‹ VersaillesChapitre 56 sur 115 · Grande galerie · texte numérisé non relu

Grande galerie

1). Salon des gardes-du-corp?.

Cette pièce avait a peu près les mêmes ornementsque tous les grands appartements, mais elle lut entièrement restaurée et changée au mariage de Louis XVI. On voit dans les encoignures du plafond les armes d Autriche réunies a celles de France ; aux quatre panneaux , au-dessus des glaces, étaient les portraits de Marie-Thérèse, de l'empereur Joseph et de l'archiduchesse Christine des Pays-Bas.

Siège de Lille.

Cette salle contient trois grands tableaux , dont le plus apparent, le siège de Lille, occupe le fond, où était le lit de la reine.

On voit sur le devant Louis XIV à cheval, et près de lui Turenne et Coudé. Le siège de Lille était une grande entreprise; le roi l’ayant résolu contre l’avis de ses généraux, détacha le marquis dTlumières avec un corps de cavalerie qui investit la place, pendant que le comte de Lislebonne et le comte de Lorges fermaient les passages; le roi arriva le 10 devant Lille, et y fit travailler aux lignes de circonvallation ; il fut toujours à cheval pour assurer les quartiers et hâter

les travaux, et sut inspirer par sa présence une telle ardeur que cette grande ville , apres neuf jours de tranchée ouverte , fut forcée de capituler.

Ce combat fut la suite ou du moins la conséquence du précédent. Le roi, occupé du siège de Lille, et sachant qu'un corps d’Espagnols s’assemblait pour tenter de porter des secours dans la place, avait fait venir le marquis de Créquy avec son camp volant pour les observer, et s’était avancé lui-même avec de la cavalerie vers le canal de Bruges pour les soutenir. M. de Marsin, qui commandait les Espagnols, prit le parti de se retirer ; mais le marquis de Créquy ayant joint son arrière-garde, l’attaqua avec une telle vigueur qu’il la délit entièrement , pendant que le marquis de Bellefond , soutenu par le roi , attaquait le gros de l’armée que M. de Marsin conduisait au secours de son arrière-garde. L’on lit dans ce combat quinze cents prisonniers et l’on prit dix-huit étendards. Ce tableau ne présente pas un fait bien important, mais il est un des plus beaux que l’on connaisse de Van der Meulen;

2 iO

il y <1 la une puissance de coloris, d’effet, île magie qu’on ne peut assez admirer.

Prise de Dole.

Louis XIV, parti de Paris pour Dijon dans les premiers jours de fé- \ l ier , se mit a la tète des troupes en marche sur Dole, dont il voulait entreprendre le siège. Le 10 février il était devant la place qui avait été investie par le duc de Boquelaure. 11 alla ensuite reconnaître les travaux , et , après s'èlre entendu avec le prince de Coudé pour assiéger la ville, la tranchée fut ouverte le 12 par trois endroits. 11 poussa si avant que les attaques étaient, les deux jours suivants, arrivées aux glacis. Les assiégés , pour obtenir une composition plus avantageuse, capitulèrent le 14.

Louis XIV.

Le grand Condé.

Salon de la Reine. — N. 7 du plan. — Présentation d’une daine à la cour

de la reine, qui suivait immédiatement sa chambre er, servait principalement aux présentations à la cour, et l’étiquette (pie l’on observait s’est conservée même encore aux Tuileries, après le 5 octobre. La dame présentée était accompagnée de deux de ses parentes ou des amies de sa famille ; elle faisait en entrant trois révérences, pour lesquelles on prenait des leçons de Vestris, et il fallait faire en sorte de ne pas s’embarrasser dans la queue de la robe. Arrivée près delà reine, la dame s’inclinait comme pour baiser le bas de la robe de la reine , et celle-ci reculait ordinairement d’un pas m donnant un coup d’éventail sur sa robe comme pour constater le droit en dispensant de s’y soumettre. De chez la reine on allait chez le roi , mais ordinairement tous deux se trouvaient dans la même pièce ; le roi faisait le geste d’embrasser la dame présentée, et quelquefois l’embrassait véritablement.

Cette pièce est du petit nombre de celles qui ont toujours conservé leur destination. C’est là que se tenait le cercle de la reine, et que les personnes célèbres des divers règnes on t brillé par les grâces de la beau té et de l’esprit, par la parure et l’envie de plaire. Les hôtels de Ram-

VlillSA I I.UiS

bouillet et d’Albret, de Richelieu , s’étaient concentrés dans ce salon. Après la mort de la reine, la duchesse de Bourgogne égaya encore quelque temps ce salon, qui n’eut plus, sous Marie Leczinska, et même sous Marie-Antoinette, qu'une lroide représentation.

Trois grands tableaux décorent cette salle, le plus en évidence est la visite de Louis XIV à l’hôtel des Invalides.

Une des idées les plus grandes de Louis XIV et les mieux réalisées a été la fondation de l’IIôtel des Invalides, commencé dans l’an 1671 et continué sans interruption jusqu'à son achèvement. Louis XIV suivait le progrès des travaux; après la campagne de Franche-Comté , il se rendit aux Invalides , et pour que le souvenir de cette grande fondation fût à jamais consacré, il en commanda le tableau à Lebrun. Il y est représenté accompagné de M. le fine d’Orléans, du prince de Condé, des maréchaux de Turenne, de Luxembourg , de Rochefort, de Schœnberg. Louvois, secrétaire d’état de la guerre, lui présente les plans, l’architecte Mansart est près de lui ; et comme il fallait toujours dans le temps un peu d’allégorie, un ange ou un génie amène

ANCIEN ET fll 01) EU NE.

des soldais blessés pour contempler le noble asile que le roi leur destine.

L’établissement des Gobelins ne consistait pas seulement, sous Louis XIV, dans les tapisseries de haute lisse qui font encore aujourd’hui sa réputation , mais dans tout un ensemble de meubles précieux en bois, en or et en argent; c’était la manufacture royale de tout le mobilier de la couronne et à laquelle les artistes dans les différents genres ont contribué à l’envie. Les peintres ne considéraient la valeur de leurs tableaux que par l’éclat qu’ils produisaient convertis en tapisseries, et les sculpteurs s’attachaient à composer en meubles, candélabres, vases précieux, des chefs-d’œuvre qui acquéraient encore plus de prix par leur rareté et la place qu’ils occupaient dans les plus beaux palais du monde.

La visite que fit le roi à cet établissement eut lieu peu de temps après la paix d’Aix-la-Chapelle et encore du vivant de Colbert, qui se trouve près du roi dans ce tableau.

Le troisième tableau et le plus intéressant de cette pièce, est le baptême de Louis de France, dauphin , fils de Louis XIV. On avait différé cette cérémonie à cause de la guerre; Louis XIV voulut y apporter

-Vii VERSAILLES ANCIEN ET MODERNE.

beaucoup d’éclat et de magnilicenee. Le cardinal de Vendôme, légal à lalere pour le pape, lut le parrain, et la princesse de Conti , pour la reine Marie d’Angleterre, la marraine.

Le Dauphin arrive vêtu en brocart d’argent avec une toque ornée de plumes blanches et d'un cordon de diamants; il était suivi de Monsieur (’ii habit de chevalier de l’ordre avec son collier, et de la maréchale de Lamottc , gouvernante des enfants de France; la princesse de Conti en deuil, et plusieurs princesses, aussi brillantes de beauté et de parures, assistaient à la cérémonie. Le cardinal légat donna à Monseigneur le nom de Louis, et en même temps les hérauts d’armes crièrent par trois fois : Vive Monseigneur le Dauphin!

Tribune: de Lnlli.

Salle du Grand Couvert.

e salon servait au grand couvert , c’est-à-dire au dîner de la reine et du roi, auquel le public était admis derrière une balustrade qu’on disposait à cet effet. Marie Leczinska dînait ainsi tous les jours, et Marie-Antoinette se soumit a cet usage tant qu’elle fut Dauphine. Le Dauphin dînait seul avec elle, et un jour, remarquant un artiste qui prenait ce moment pour faire son portrait , elle fit écarter la foule pour qu’il put la mieux voir : c’est la scène que nous avons représentée. « Ce spectacle , dit madame Campan, faisait le bonheur des provinciaux; à l’heure des dîners, on ne rencontrait dans les escaliers que des braves gens qui , après avoir vu la Dauphine manger sa soupe , allaient voir les princes manger leur bouilli , et qui couraient ensuite à perdre haleine pourvoir Mesdames manger leur dessert. »

Le plafond de cette salle, peint dans l’origine par Coypel , fut décoré plus tard d’un magnifique tableau de Paul Véronèse , échappé , comme celui de la chambre à coucher de Louis XIV, au système de restitution qui eut lieu en 1815; il représente l’Évangéliste saint Marc, qui se trouve ainsi entouré assez singulièrement de Rodogune, Artémise, Zénobie et Clélie traversant le libre à la nage, peint dans les anciennes décorations du plafond.

V li II S A I L L l£S ANGlIiM liT AlODGllNL.

Cette salle renferme quatre grandes compositions appartenant au règne de Louis XIV, et au milieu, au-dessus de la cheminée, le portrait de ce prince à cheval, tableau admirable de Van der Meulen.

L’usage était que les princes du sang reçussent la croix de l’ordre du Saint-Esprit et le cordon bleu en venant au monde. Le roi voulut donc recevoir le duc de Bourgogne avec les mêmes cérémonies qui avaient été observées à la naissance du grand Dauphin.

Le président de Mesmes, prévôt et grand-maître des cérémonies, alla prendre ce prince dans son appartement, et le conduisit dans la chambre du roi. S. M. lit entrer d’abord les chevaliers de l’ordre dans son cabinet pour y tenir chapitre, et il fut arrêté que monseigneur serait reçu chevalier; alors le président de Mesmes conduisit ce prince dans le cabinet, où, s’étant mis à genoux, Sa Majesté tira son épée et lui en donna un coup sur les épaules en disant : Par sainl George el sainl Michel je te fais chevalier. Cette cérémonie se lil au château de Saint-Germain-en-Lave.

Le tableau qui suit représente le mariage du due de Bourgogne avec une princesse de Savoie, en 4697, après la paix de Ryswick. Il fut célébré «à Versailles, avec une grande magnificence; lçs dames surtout n’épargnèrent aucune dépense : le roi était habillé de drap d’or; le prince, de velours noir tout couvert de perles; la princesse, d’un drap d’argent semé de pierreries. Le roi était accompagné du duc d’Anjou, du duc de Berry, de la duchesse de Verneuil. Le tableau suivant, de l’autre côté de la cheminée, est la réparation faite au roi par le doge de Gênes Impérial! , suivant un traité signé à Paris le 12 février 1685, en exécution duquel le doge fut conduit au pied du trône du roi, élevé au bout de la grande galerie et d’une magnificence particulière. Monseigneur était à la droite du roi • Monsieur, à sa gauche.

Le troisième tableau retrace un fait moins ancien, mais plus important, Louis XIV. présentant à sa cour le duc d’Anjou comme roi d’Espagne.

Ce magnifique tableau de Gérard comprend toutes les personnes marquantes de la cour de Louis XIV, a l’époque où ce prince fit la

vi;usaiu,i:s

grande l'an U1, si blâmée par le sage Beauvilliers, d’aecepler le testa ment par lequel Charles 11 légua la ronronne d’Espagne à Philippe, duc d’Anjou, lils puîné du grand dauphin.

Ee lundi 15 novembre, le roi partit de Fontainebleau entre neuf et dix heures, et arriva à Versailles vers quatre heures. Le lendemain 16, au sortir du lever, il lit entrer le marquis de Castel dos Bios, ambassadeur d'Espagne, dans son cabinet, où RI. le duc d’Anjou s’élail rendu par les derrières.

Le roi, le lui montrant, lui dit qu'il le pouvait saluer comme son roi ; aussitôt l’ambassadeur se mit â genoux à la manière espagnole, el lui lit, en cette langue, un assez long compliment.

Tout aussitôt après, le roi fit, contre toute coutume, ouvrir les deux battants de la porte de son cabinet, et commanda à tout le monde qui était lit en foule d’entrer; puis, promenant majestueusement les yeux sur la nombreuse compagnie : « Messieurs, leur dit-il en montrant le duc d’Anjou, voilà le roi d’Espagne. Sa naissance l’appelait à cette couronne; le feu roi aussi, par son testament;

A N Cli; N ET MODERNE.

toute la nation l’a souhaité et me l’a demandé instamment : c’étail l’ordre du Ciel ; je l’ai accordé avec plaisir. Soyez bon Espagnol , dit-il alors à son petit-fils : c'est présentement votre premier devoir; mais souvenez-vous que vous êtes né Français, pour entretenir l’union entre les deux nations ; c’est le moyen de les rendre heureuses et de conserver la paix de l’Europe. »

1 Monseigneur de Gualtério, nonce du pape.

2 Cliapelain de l’ambassade espagnole.

5 Gentilhomme espagnol.

4 Achille de Ilarlai.

5 Duc de Villars.

Ü D’Aguesseau.

7 Duc de Bcauvilliers.

8 Duc de Bervvick.

9 Marquis de Louville.

1 0 Bourdalouc.

1 I Coysevox.

12 Mansard.

1 5 Bossuet.

1 Père Lacbaise.

2 Vauban.

5 Cardinal d’Eslrces.

4 De Puy-Scgur.

5 Boileau.

fi De Torcv.

1 Duc de Berry.

2 Due de Bourgogne.

5 (Irand Dauphin

i Prince de Conli.

S Monsieur, frère <lu roi

0 Coiiilc de Toulouse.

7 Duc du Maine.

8 Pliili|>|>c d’Orléans.

9 Duc de Vendôme.

1 0 Monsieur le Duc.

Ce tableau est une admirable réunion de tous les personnages distingués de cette époque, qui lut la seconde et la dernière du règne île Louis XIV ; cependant il y a quelques portraits d’individus que leur âge ou leur absence aurait empêchés d’assister à cet événement. On peut dire aussi que le costume n’est point exact, car la cour devait déjà être en deuil. Quant à l’exécution du tableau, elle est du meilleur faire de Gérard, et la couleur n’a point passé au noir comme dans les deux grandes compositions île la salle des batailles, c’est-à-dire l’Entrée de Henri IV et la Bataille d’Austerlitz. Ce tableau a été admirablement reproduit, et par la gravure, et par la manufacture des Gobelins.

Page 1