SA I, LE DE MARIN ES
ps ssis sur le bord de la mer el appuyé sur sa redoutable épée, Charlemagne observait avec inquiétude des vaisseaux qu’on distinguait à peine dans le lointain. Ces vaisseaux étaient ceux des Normands ou hommes du Nord , qu’il avait vaincus dans leur pays glacé , mais qui osaient ainsi se représenter à ses regards par un nouveau moyen d’agression. C’étaient les mêmes hommes dont Sidoine Apollinaire, dans une lettre à Mimanlius , faisait déjà un si terrible portrait quelques années avant l'entrée de Clovis dans les Gaules; les mêmes hommes que Théodebert, fils de Thierry, avait battus, et auxquels il avait enlevé leur butin. « S’ils sont assez hardis pour paraître ainsi sur nos côtes pendant ma vie, disait Charlemagne en soupirant , que ne feront-ils pas après ma mort ! » Ce grand prince semblait prévoir les deux siècles de ravages et de destruction de ces monstres de la mer que la France n’avait pas le moyen de combattre ou de prévenir avant qu’ils se précipitassent sur son sol. On chercherait donc en vain une marine française avant Philippe-Auguste ; el encore si , sous le règne de ce prince, quelques Français se rendaient par mer à Constantinople, ils étaient en petit nombre, et les moyens de transport étaient pris à Pise et à Gênes. Philippe- Auguste ne pensa à se procurer une flotte que lorsqu’il voulut, d’accord avec le roi d’Angleterre, humilier le comte de Flandre; alors les côtes de la Normandie el de la Bretagne prirent un autre aspect, celles de la Méditerranée imitèrent cet exemple, et Saint-Louis, dit Joinville, avait, à son départ de Chypre pour Damiette, une flotte de dix-huit navires, tant grands que petits, presque tous français. Mais ces bâtiments, construits dans les ports de la Méditerranée, étaient des vaisseaux de transport ; et , malgré quelques succès sur mer contre les Espagnols
sous les amiraux Bonivet, Chabot et Annebaut, et surtout pendant le ministère du cardinal de Richelieu, ce ne fut vraiment que sous Louis XIV qu’on put parler de la marine française. Elle naquit alors tout d'un coup brillante , hardie et souvent victorieuse. Partout où la furici francese put opposer le courage à la science , nos armées triomphèrent. Les duels de frégate à frégate furent presque toujours à notre avantage, et lors même que, subjugués par une puissance plus habile , nous fûmes obligés de céder , c’était toujours avec quelque trait de valeur, de magnanimité , qui couvrait la défaite, et le vaisseau le Vengeur, s’enfonçant aux cris de vive In république ! valait seul une victoire. Les quatre salles du Pavillon du Roi, dont nous donnons le plan, contiennent près de quatre-vingts tableaux, dus la plupart au pinceau et au génie de M. Gudin ; les principaux sont les exploils de Duquesne, de 1 d’Estrées, de Jean-Bart, de Tourville, Forbin , Duguay-Trouin; plus lard ceux de Suffren dans la mer des Indes ; mais surtout les combats partiels de frégate à frégate , tels que ceux du Quélec et de la Surveillunie, delà Belle-Poule contre VArèihvse , de la Bayomiaise contre l’Embuseade , affaire i mémorable représentée par le peintre de marine Crépin, ^ G œuvre admirable qui fit sa réputation. Ne pouvant faire connaître tous ces tableaux , nous nous sommes bornés à présenter les portraits de nos principaux marins; leurs noms suffisent à leur histoire.
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