‹ Versailles, ancien et moderneChapitre 1 sur 104 · I* H EK A CK · texte numérisé non relu

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la France par leur courage, leurs vertus, leurs talents. Bois, magistrats, guerriers, ils se sont tous rangés dans un Élysée de gloire, dans un temple des arts élevé par la magnificence et legoiit. Ils vont y recevoir le culte des générations, et lesexeiter elles-mêmes à la vertu par leur présence*. Bayard , appuie-toi sur cet arbre, tourne vers nous tes derniers regards. Duguesclin , Montmorency. Coudé, Turenne, Masséna, vieux paladins, connétables de France, maréchaux de l'empire, reparaissez dans les champs de Bouvines, de Marignan, de Hocroy.de Wagrarn; unissez à jamais vos palmes triomphales; toi, surtout. Napoléon, phénomène des temps modernes , domiue cet Olympe deguemers, vois si' dérouler il tes pieds ce passé glorieux ; homme prodige , héros fantastique . Ion image est présente il la pensée de tous ceux qui Font connu , comme si tu vivais encore ; et cependant le temps marche si vite , l'oubli est si rapide . ta vie si merveilleuse, qu’on pourrait douter si tu as existé; tu ressembles déjà à ces héros de la Table, à ces demi -dieux , qui précédèrent les temps historiques.

Mais, quoi? la gloire militaire serait -elle pour nous la seule, ou devraitelle effacer toutes les autres? S’il est vrai que « In France ne fut oncqnes si déconfite qu'on n'y trouvât toujours bien à qui combattre a, ■ fut -elle oncqites si barbare qu'on n’y trouvât plus d’idées généreuses, de nobles pensées . un désir ardent de lumières et de progrès? I.a magistrature, l'administration , les sciences , les lettres, les arts n’ont-ils pas au contraire brillé même aux époques les plus désastreuses? N'est-cc (xiint parmi nous qu'est née cette Gaie Science, cette poésie qui éleva notre langue à un si haut degré de supériorité? Nos guerres civiles, féodales , religieuses , ont-elles empêché le génie de se faire jour et de préparer ce grand régne , ce grand siècle , où toutes les gloires se donnèrent rendez-vous; où d’Aguesseau, Corneille, Kaciue, Molière. Lebrun, se pressaient autour de Fondé et de Turenne? Quelle province , quelle ville de France n’a pas produit un homme cher aux lettres ou à la patrie ! Que manquait-il à tous ces glorieux souvenirs, que de se voir réunis; à ces ombres , errantes autour de leurs demeures , que de trouver enfin un asile , un temple digne d’elles !

Ce fut donc une grande, une glorieuse pensée , que de créer un Panthéon historique, où se développeraient aux regards comme à l’imagination l'histoire entière de la France , les |>ortraits des hommes qui l’ont illustrée dans tous les temps et dans toutes les carrières. Mais pour exécuter celte noble entre-

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prise, que île libéralité, que île persévérance , que d abnégation mène il lalluil dans celui qui l’avait conçue Umis XIV avait dédaigné le souvenir de François I" et d'Henri IV ; Napoléon, relui de Louis XIV ; la restauration , les hauts faits de Napoléon. Ou altendait un souverain qui eût le sentiment de la patrie assez vif, assez profond , |>our confondre dans son ctcnr tout ce quelle avait produit de grand, et qui peut-être même avait le droit de réclamer personnellement une sorte de part Aces différents genres d'illustration. Ainsi, A res anciens preux rouverts d’armoiries , A res hommes qui souvent ne savaient pas lire , mais qui taillaient le fer et les rangs', et qui s'arrangeaient. île père en lits , pour aller mourir prés du tombeau de Jésus-Christ *, il fallait quelqu'un qui piil dire : Il y a parmi vous , deux de mes ancêtres qui se conduisirent assez bien A cette époque ; ils s'appelaient saint Louis et Philippe-Auguste. A res autres guerriers , plus nouveaux , mais non moins illustres , qui ne blnsonnent que des cicatrices, mais qui ont laissé leurs membres et leurs souvenirs dans le mondeentier, il était heureux de pouvoir dire : J’ai affronté, comme vous, les premier-, coupsde canon tirés contre la liberté ; et res couleurs nationales , qui v ous sont si chères , je n'ai jamais voulu en porter d'autres , et je mourrai pour les défendre. A ces I tomme-s (dus modesle-s et plus doux . dont les i-onipiête's sont e-epeudant plus durable-s, et ne coûtent |xunt de larmes A l'humanité, il fallait qu'il pût dire: Ces sciences, que vous cultivez avec tant d’ardeur, mont consolé élans l'exil et nourri dans l'adversité. Mais c'est A vous surtout qu il élevait s'aelresser , hommes simples et grands des jouruée-s de juillet , vous qui avez romhatlii l’arbitraire elont vous n’aviez pas à souffrir, et remporté une victoire dont vous ne vonlie-z pas proliter ; venez contempler la place glorieuse qui vous a été réservée élans e-cltc histoire des siècles. Ijv salle qui porte votre nom 3 termine ce Musée national ; il faut traverser la galerie des bataille», la gloire de la Frane-e entière, pour arriver A la vôtre. les reconnaissez -vous , e-es bras nus , ces mains noircies par la poudre . qui écartent les pavés pour faire place nu prince que vous avez élevé au trône. Le voilà cet Hôtel-de-Ville où vous avez reçu ses serments ; levez les yeux et voyez la Charte sous l’emblème de la vérité ; elle vous rappelle les premières paroles qu'il prononça , et il leur a élevé ce monument pour consacrer éternellement sa promesse.

Oui, sans doute , celui qui avait conçu celte grande pensée , pouvait mieux

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’ Trois Guy dr bavai périrml MircrsAorntrnI a la TrmMMiilr. t.a Mlle dm croisade» tenir r me lr* armoiries tir 1 1 ni* emh famille* françaises qui s'y distinguèrent.

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qui1 personne l'exécuter dignement , mais encore fallait-il qu il en eût le moyen. Les républiques cl les monarehies absolues ont seules la faculté de créer de grandes choses, parce qu’il n’est pas d’obstacles à leur volonté. Mais qui aurait osé, dans les temps modernes, proposer de ressusciter l’ériclés, ou de recommencer Louis XIV? Il fallait la magnificence . les profusions même d'un grand règne, pour élever un édifice proportionné à la gloire d'un grand peuple Or, cet édifice heureusement existait : le grand , le magnifique Versailles était là , superbe encore dans son abandon , comme Louis XIV dans ses revers; il semblait attendre une si noble destination. Un voyageur, qui l’avait vu en 1780 dans toute sa pompe, à l’ouverture des états-généraux, fut curieux d’v retourner après sept ans d’absence ; il s’avance à travers les ronces , les hérités qui croissaient dans les cours , les débris des escaliers et des perrons; il pénètre dans cette antique demeure des rois , • refera»» penelralia regum ' . . et il y trouve la solitude et la dévastation , des lits de malades dans les galeries dorées, des troupeaux (laissants dans les jardins . les bassins desséchés, les statues renversées ou mutilées. Attristé de ce spectacle, il s’enfonce dans les bois voisins, gravit machinalement le coteau de Satorv; et là, retournant la tète , il aperçoit le majestueux édifice isolé au milieu des arbres , et brillant des derniers rayons du soleil , comme ces {valais des contes arabes créés par enchantement dans la solitude. Le voyageur avait lui-même éprouvé île grands malheurs, survécu à de grands dangers; plongé dans la rêverie à la i ue de ce lieu qui lui rappelait d’autres tcni|*s . il répéta ces tristes paroles de l'auteur des Ruines1 : < Ici fut jadis le siège d’un empire puissant; ees lieux « maintenant si déserts , jadis une multitude vivante animait leur enceinte ;

ces murs, où règne un morne silence , retentissaient des cris d’allégresse et « du fêtes , et maintenant voilà ce qui reste d’une vaste domination : un

• lugubre squelette , un souvenir obscur et vain , une solitude de mort ; le

• palais des rois est devenu le repaire des bêtes fauves! Comment s'est

• éclipsé tant de gloire ? •

Si ce voyageur vivait encore , quels ne seraient pas sa surprise cl son ravissement de retrouver cette ancienne gloire brillante encore d une gloire nouvelle , de voir ces solitudes ornées des souvenirs de tout ce qui fut grand , vénéré , illustre dans les siècles ; de parcourir ces galeries jadis abandonnées , maintenant couvertes de tableaux, peuplées de statues , éclatantes de marbres et de dorures; archives en quelque sorte vivantes des plus glorieuses annales

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renfermées dans le plus magnifique dos palais . Mais que serait-ce si ce voyageur avait assisté à l'inauguration de ce temple des arts, au milieu de quinze cents convives assis au banquet royal, comme une seule famille : et si, dans cette foule des notabilités d’un pays, il eût pu à peine distinguer A la dignité des manières ceux qui cherchent à efTaeer leur rang par la bienveillance : princes et souverain populaires au milieu d'un peuple souverain. Ah! qu'il eût admiré, qu'il eût vit avec orgueil ce palais national où le citoyen et le monarque sont entourés d’une gloire commune , où des ancêtres célèbres pris dans tous les rangs rouvrent, honorent de leur parenté' les générations nouvelles, où l 'on a pu voir enfin cette réunion si rare de la monarchie , dans sa plus grande magnificence , A côté de la liberté , dans sa plus grande extension.

C’est cet ensemble de gloire et de splendeur , ce musée de deux mille tableaux , ce peuple de statues , ces jardins de fées , que nous avons cherche a faire connaître dans un récit rapide , animé . qui , sans s’appesantir sur des détails, ne laisse omis rien d'important ; qui retrace, A ceux qui l'auront vu , les aspects . les souvenirs qui les auront le plus frappés , et donne aux autres nue idée fidèle de cette superbe demeure. Chaque salle y sera représentée dans son état actuel, mais animée par des scènes et des personnages d'un autre temps . suivant les événements qui s’y seront passés.

Il est inutile d'ajouter que si l'on pouvait découvrir dans ce récit la moindre partialité, la moindre flatterie , pour un prince on pour une époque qui pùl sembler injurieuse pour d'autres , cet ouvrage serait indigne de son sujet Colui-lA qui ose se déclarer l’historien de Versailles doit avoir toujours devant les yeux l’inscription qui se lit A l'entrée du palais . < A toutes les gloires de « la France, • et penser qu’oti ne rend hommage A aucune d’elles quand on prétend leur assigner arbitrairement des rangs.

L'ouvrage comprend une description de la route de Paris A Versailles, l'histoire du palais et des divers accroissements qu’il a reçus depuis le moulin qui abrita Louis XIII jusqu'aux travaux de l’époque actuelle; une notice sur la peinture historique en France et la sculpture iconographique pour servir A l'étude et à la connaissance de l'école française, la description du palais , scs vastes cours , les grands et petits appartements de laïuis XIV, qui composent le premier étage du corps de logis. Us salles consacrées aux connétables, maréchaux et guerriers célèbres ; l'aile du midi , où la vie de Napoléon occupe le rez-de-chaussée et la magnifique galerie des batailles le premier étage ; l'aile

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iln nonl, formant h elle seule un musée complet des nrls et de l'histoire de I rame dans tous les siècles , enfin les jardins de Louis XIV, qui, semblables au lliérou d’Olympic, entourent dignement le temple.

C'est dans cette dernière partie qu'on a cherché à retracer le souvenir de la cour de fronce dans tous les temps , les hommes célèbres qui la composaient , les moeurs , les habitudes de différentes époques , depuis l'existence fastueuse de Louis \IV h Versailles, jusqu'à la vie simple et élégante de Marie-Antoinette à Trianon.

Puissions-nous, en retraçant ainsi l'histoire nationale par les arts nationaux, ne pas nous être montré trop indigne de l'un et de l'autre, trop au-dessous surtout de la pensée qui a présidé à celle noble création qui a su faire d'un palais abandonné un monument glorieux, et du caprice d'un seul homme le charme de tout un |KHiple.

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chemins principaux tracés sur relit* carte rouduisenl l'aria à Versailles. I.e plu» important, et relui qu'une longue habitude a fait préférer, patte par Cltaillol , Passv, Vuleuil, Sèvres el Yilled'Avray; les deux autres, qui , à droite et à gauche , semblent presque se réunir à la grande route au delà de Sèvres , sont les chemins de 1er, uouveaux et magiques moyens de communication qui absorberont bientiU tous les autres. Ces trois chemins traversent des campagnes historiques , des lieux marqués par des événements intéressants que nous avons cru devoir indiquer comme préliminaire à la description du grand palais, alin que relui qui voudra prendre notre ouvrage pour guide ait . pendant ce court trajet, une lecture qui l'intéresse ou au moins le distraie.

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