‹ Versailles, ancien et moderneChapitre 16 sur 104 · IJ · texte numérisé non relu

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ans *a description de ce grand musée national oii se trouver,t l’un par l’autre illustrés nos arts et notre histoire, n’estiSSSiRlB il pas à propos de rappeler brièvement quel a été, de tout temps, ce culte des héros presque assimilé à celui de la divinité, ce désir reconnaissant de transmettre à la postérité les services rendus au pays, enfin ce qu’on peut appeler la peinture higtorique? Ce n’est point ici qu’il faudra chercher la perfection, mais la vérité; le prestige de l’imagination, mais la satisfaction de l’esprit, et cependant tous les deux pourront s’y rencontrer ; Zeuxisse trouvera digue de Périclès, Apelles d’Alexandre, Lebrun de Louis XIV, peut-être David de Napoléon.

Entrons doue hardiment dans cet examen qui comprend les vertus et le génie. L’Égypte se présente d’abord comme berceau des beaux-arts, et principalement de celui-ci ; c'est là qu’une double allée de monuments gigantesques sur la rive d’un fleuve raconte, pendant deux cents lieues, ^ les usages, les cérémonies d’un grand peuple, et en même temps les A exploits d'un héros inconnu, de Ramessès ou Sésostris, peu importe pp son nom, mais bien sa figure exacte, ressemblante, et les différentes

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actions de sa vie. Ici on le voit, dans toute l'énergie de la jeunesse*, monté sur un char et attaquant des peuples de différents aspects, assiégeant des villes, traînant en triomphe des captifs; là on lui offre un sacrilice, il préside aux moissons; ailleurs il est assis dans l’enceinte do sou palais ; enün des cérémonies funèbres annoncent sa mort, et des montagnes de pierres, sous le nom de pyramides, défendent son corps de la destruction1. Allons plus loin : ce n’est plus l’histoire d’un homme que uous trouvons chez uu peuple moins ancien, mais plus illustre ; c’est l’histoire de ce peuple tout entier et de ses guerres célèbres retracées sur les murs de ses temples. Les villes de la Grèce ont contié aux arts leurs glorieuses annales. D’abord les exploits de leurs héros: Hercule, Thésée, Pirithoüs1, les expéditions des Argonautes3, des Amazones; bientôt après, les véritables guerres de l’indépendance qui fondèrent leur empire; Athènes présente deux fois avec orgueil la bataille de Marathon, l’une par Mycon4, dans le Pceuée, l’autre par Panwnus, dans les Propylées*. Les personnages s’y reconnaissent; voilà Miltiade, Darius, Artaphcrne*. Les combats de Platée, Mantinée, Salamine décorent le Parthénon, le Pcenée, les Propylées, les portiques d’Élis, d’OIympie; les sages, les philosophes y graissent à côté des guerriers7, mais bientôt toutes ces gloires vont se confondre dans une seule : un nom qui retentit encore dans tout l’Orient, celui de Scander ou Alexandre, annonce un culte semblable à celui des dieux *. Qu’un des Ptolémées ait eu l’idée, après la mort de ce héros, de réunir en un même lieu tous les ouvrages de peinture ou de sculpture qui concernaient son règne ou reproduisaient ses traits, et un musée semblable à celui de Versailles9, mais bien autrement remarquable sous le rapport des arts, aurait existé pour l’admiration des hommes, il aurait montré à la fuis les événements les plus mémorables de l’histoire, retracés par les arts au moment de leur plus grande perfection.

A l’entrée de cet édifice, ainsi que dans les cours du palais de Versailles, on aurait contemplé les statues colossales en marbre des guerriers thébains qui avaient

* Rosselini, tora. III, partie historique.

* Temple de Thésée, v. Stcakt, Ain. gr.

* Tableau de Cydias dans le portique de Neptune — Dion Cassifs, lit», ni; Pline, xxxv.

4 Pafsanias, lib. vi; Uti lisa s, Alt», al., lib. i, c. 5. L’artiste fut blâmé d’avoir fait les Perses plus grands que les Grecs.

4 Ksciiim: contre Glésipbori, 575 ; Pline, lib. xxxv.

4 Les perses de leur côté décoraient aussi leurs palab de peintures historiques de combats.

AmuEN Marcellin, lib. xxiv.

* Pacsanias, i, c. 80. les Gis de Théinistocle placèrent son portrait dans le Pnrlliénon; on voyait celui d’Alcibiade en pied dans l'édifice A gauche des Propy lées ( Plut., ht Ad. ), prés de ceux de Sophocle et de Prologèncs.

4 Jusqu’au troisième siècle, le profil d* Alexandre, en camée ou en métal, se voyait aux ceintures des femmes, ou sur l'épaule des hommes, pour attacher la chlamyde iTreuelils Poluo). Saint Jean Chrysostôme reproche celte faiblesse aux chrctieus.

* Ptolémée-Phlladelphc, suivant Athénée, fil de sa tente un musée. On y voyait cent statues de marbre adossées aux pilastres, et dans les cutreculonncmcnts des tableaux de l'école de Sicyooe, semblable au pinacoltièquc de Varron, où il avait rassemble sept cents portraits. CalusthIwes, ap. Aihen., lib. it, cap. SC.

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péri au passage du Graniquc, ouvrage immortel de Lysippe'; bientôt Adroite et à gauche de la porte, on aurait reconnu les quatre statues de bronze qui décoraient l’entrée de la tente d'Alexandre et qu'il portait avec lui dans ses conquêtes*. Admirez dans la première salle le groupe de Philippe et d’Alexandre dans un quadrige, par Euphanor1; Alexandre enfant placé depuis dans le portique d'Octavie1; le même domptant Bucéphale, que Mélelltis fit transporter à Rome lorsqu'il eut soumis la Macédoine; le même avec Philippe et Olympias, tiré du Philipéou d’OIympie. Voici sa statue qui était placée dans le temple d’Apollon, à Delphes ‘, et que Néron fit dorer ; celle d'Ephestion, de même grandeur; le tableau d’Alexandre tenant la foudre, qu’on voyait dans le temple de Diane et oh on admirait les saillies de la main *. Plus loin c’est un cheval seul, en bronze, lancé à la course, c’est Léda', le plus rapide de scs coursiers, par Myron. Ici, Clytus, partant [tour la guerre et préparant son casque*. Dans d'autres salles, on l’aurait vu placé sur le char de triomphe, suivi des guerriers qu’il a vaincus; son combat avec Darius tel que le représente la mosaïque trouvée à Pompéi ; les deux tableaux d’Apelles dont parle Plutarque et qu' Auguste fit placer dans son Forum*. Le portrait du guerrier qui lui sauva la vie, par Lysicrate, élève d'Eutycrate ; la statue d’Alexandre que Jules-César vit à Cadix et qui excita si vivement son ambition10; Alexandre et Éphestion, par Chœreas"; enfin, le célèbre tableau, si admirable, si admiré, des noces de Roxane, où les amours jouent avec les armes du héros '*, décrit par Lucien et reproduit par Raphaël. Au milieu de ces salles auraient été placés sur des piédestaux les bustes les plus ressemblants du héros, afin qu’on e&t pu étudier mieux ses traits ; l’un d’eux, qui a été retrouvé '* et qui porte son nom, le montre calme, les cheveux relevés pour placer le diadème, et le menton légèrement avancé '*. Un autre l'aurait représenté la tète penchée vers le côté gauche, dans une sorte de méditation et montrant tout l’éclat de ses yeux 11 ; un troisième enfin exprimait par ses regards fixés vers le ciel et par l’expression de sa bouche toute

1 Ces groupe* de guerriers a citerai ôtaient si nombreux (lue eiiue les distingue sous te nom dMi&nmdri tumia. cure, lib. xxxtv. On voyait tes .statues d'Alexandre jusque dans l'Inde, suit aut Philos mue.

* Veu. Pat., lib. i, c. 3 ; Afp., III). t, de Bel. I.

* Pline, lib. xxxiv.

* Pure, lib. xxxtv.

* V.arron , de Re r., lib. il, c. S.

* Hérodote, lib. vm, c. ti.

1 Pure, lib. xxxv.

' Antiiol. grec., lib. iv, c. *.

* Pure, lib. xxxt.

“ Claude üt scier la létc d'Alexandre pour y placer celle d'Auguste.

" Pline, lib. xxxt. Il ajoute que Chœreas était célèbre pour peindre les rois.

" Proxcnldes, homme riche du temps, fut si eoclumté de cet ouvrage qu'il donna sa fille en mariage au peintre. Lccien, lib. 1, et encore Imaginibus, lib. u, c. 8.

“ Trouvé près de Rome dans la ville des Pisoo».

" Comme l’iudique Aristote.

“ Val. Pat., lib. i, c. 3; armer, lih. i.

sa puissance et son génie; il semble s’adresser à Jupiter et lui dire : • Mon père, donne-moi le monde et garde pour toi l’Olympe *. •

La Grèce mourante laissa son héritage et ses arts aux pâtres du Latium1, et la louve allaitant deux enfants fut le premier monument de ce peuple grossier*; le second, la statue de son fondateur Romulus, placée depuis dans le temple de Vulcain, et celle d’un homme courageux qui défendit seul un pont*. Mais bientôt les triomphes amenèrent à la suite des vainqueurs les chefs-d’œuvre des arts et les hommes capables d’en créer de nouveaux. Athènes envoya le peintre et philosophe Métrodore pour représenter les exploits de Paul-Emile. Setnpronius Gracclius, ayant conquis la Sardaigne, en produisit l’image dans le Forum. Marius couvrit les voûtes du temple de Mars des événements de sa vie.

Lucius Hostilius imita cet exemple en exposant dans le Forum un tableau où il était représenté montant le premier à l’assaut sur les murs de Carthage ; il en donnait lui-même l'explication, en faisant remarquer les lieux où s’étaient donnés différents combats, acte de popularité qui lui valut le consulat aux comices suivants.

Le peuple apprenait ainsi, par les tableaux qui suivaient les triomphes, le nom, le costume des peuples du monde qu’il ajoutait à son immense empire*. L’Afrique parut personnifiée au triomphe de Balbus contre les Garamantes, les villes des Gaules à celui de César; mais l’orgueil romain céda à un sentiment de compassion au triomphe de Pompée, lorsqu’il aperçut l’image de Mithridate mourant, et qu’il vit ses malheureux eufants suivant le char du vainqueur. De combien de tristesse ces sortes de fêtes ne durent-elles pas s’accroître, lorsqu’à la suite des guerres civiles, au lieu de victoires remportées sur des peuples barbares, c’était de la perte de ses plus grands citoyens qu’on lui demandait de se féliciter®! A l’aspect de Scipion se perçant de son épée et se laissant tomber dans la mer, de Caton déchirant ses entrailles, de Pompée lui-méme lâchement égorgé, un silence terrible, interrompu seulement par des gémissements, fut l’ovation de ce triste triomphe.

A ces tableaux historiques qui décoraient les temples, les Forums, les Romains joignaient les productions des arts qui représentaient les événements des autres pays, et lorsqu’ils méritaient par leur perfection cet honneur T.

1 Ullliol., tib. IV, lit). VIII. PLt-TAHQCR, »» Al.

Grrcia capta fcruin vlrlorem repli, cl arte* Intulit agrcsli Laiio.

Hoaxcs.

* IÏTE-ÏJVE, III). II.

' Tite-Live, niv*uTi.

* Simulacra moutium, Ov., de Vont., xxi; ArrtKX, de Bel. Pim. ; Pijxe. v, 5; Oppidorum shnulucui, Tite-Uve, xxxvii-t; Vel. Pâte». i-ix; Simulât nt jnignarnm pida, Tite-Uve, xii, SH.

* Putarqce, in Pomp.

’ Le» portraits de vingt-sept rois «le Sicile placés dans le temple de Minerve, A Syracuse, furent enlevé» et trans|M>rtés A Itome par Verrès. Ctcsa., in Ver., xiv. Deux de Siryone furent enlevé» par Aratuv pi.t'T arqi'E . in Aral.

Un long intervalle sépare ces temps glorieux de ceux qu’on appelle avec raison la renaissance des arts, et cependant que d'actions courageuses ne durent point marquer les derniers temps du grand empire et la formation des états modernes ! Mais il est des siècles où les hommes manquent aux événements pour les retracer \ et d’autres où les événements manquent au génie qui en aurait exalté les merveilles; c’est alors l’histoire seule, froide, exacte, qui comble ces lacunes. Tel fut le moyenâge, qui commence dans les arts à la (in du règne des Antonin et se prolonge jusqu'au quinzième siècle. C’est alors que, pour la seconde fois, le flambeau des lumières sortit de la Grèce; des anges aux ailes dorées, des vierges chastes, les figures vénérées des apôtres, des prophètes apparurent en Italie et furent accueillis avec enthousiasme et reproduits avec perfection. Mais là rien n’était pour l'histoire, les arts semblaient ne pas exister pour elle, comme si elle n’eût fias existé pour eux. En vain l’Italie avait-elle déployé ses guerres sanglantes, ses expéditions aventureusesde Vénitiens, de Pisans, de Génois, et Rome la ville éternelle, Rome veuve d'unpeuple-Roi et reine encore du monde.

En vain l’Espagne combattit pour le triomphe de la foi, l’Angleterre pour celui de la liberté, la France enfin présentant au monde des hommes tels que Charlemagne, saint Louis, Philippe-Auguste. Pas un tableau ne retraçait de si glorieux exploits; des portraits, qui sans doute appartiennent aussi à l’histoire, furent presque les seules traditions dont on fut redevable aux arls; les brillantes écoles italiennes, les artistes qu’elles formèrent en France sous François 1er et Henri II, les écoles allemande, flamande et espagnole , chacune si remarquable par des caractères différents, semblèrent s’étre donné le mot pour ne laisser au monde que des compositions religieuses ou mythologiques9. Ce n’est qu’après François rr que la peinture historique a cherché à renouer la chaîne du passé et a présenté aux regards les nobles figures qui avaient paru dans l’obscurité des âges3. Son

* La peinture historique ne se perdit point tout-A-fuil dans le moyeu-Age. On voit que l'empereur Maximums non-seulement écrivit au sénat le récit de la bataille qu’il avait livrée dans les marais de la Germanie, mais envoya uii grand tableau de cette bataille pour être exposé aux regards dans la curie.

Henri, roi des Saxons, fil peindre dans un camantlo superiorl la viclolre de Méseshon sur les Hongrois. LoiTMUMD, lib. n, Hitl., cap. 9. Theudelinde, relue de Lombardie, bAlil un palais à douze milles de Milan où elle (U peindre les guerres des Lombards, dont on remarque les singuliers costumes. P s cl Diacre, de Gest. Long., lib. iv, c. Si.

Michel Paléologuc, en I4CB, fait représenter sur la muraille de son palais les victoires remporté»** pendant son régne.

* Quelquefois cependant il se trouve des traits d’histoire, et Léonard de Vinci Dt pour le grand conseil de Florence un beau tableau du capitaine Hlcolo picrloino qui enleva un drapeau.

* L’école vénitienne produisit quelques-uns des hauts faits de celte république, de ses eomlrals sur mer, de ses cérémonies, mais sur une petite échelle. L’école romaine sembla craindre d’aborder de pareils sujets, de laisser pénétrer même l’allégorie. Ainsi dans le tableau de Raphaël repiésentant Iléliodore battu de verges, qui veut signifier le triomphe de la religion sur rimpiete, le pape, dont celle allégorie devait retracer le zélé pour la fol, est relégué dans le fond, |K*nr seulement l'indiquer. A Florence et A,$ienne,on trouve quelques tableaux relatifs à l'histoire de res républiques, mais sans une grande importance.

premier essai fut un chef-d'œuvre, c’cst l’histoire de Henri IV, par Rubens, divisée en vingt superbes tableaux, où la ressemblance de Henri se retrouve fidèlement retracée, mais malheureusement mêlée, d’après le goût du temps, aux divinités de la fable, aux compositions allégoriques ; c’est plutôt l’apothéose d’Henri IV et de Marie de Médicis que leur histoire. Louis XIII, ce prince faible et qui laissait les affaires de l’état entre les mains d’un homme de génie pour s’en épargner l’ennui, était cependant très sensible aux arts d’imagination ; il écrivit lui-même au Poussin pour le rappeler en France; il prépara par ses encouragements le grand règne qui devait obscurcir le sien.

On attendait un artiste qui sortit de ce genre vague, toutefois sans tomber dans la sécheresse ; il se rencontra dans le célèbre Callot, bien connu par ses esquisses grotesques, mais dont le crayon, le pinceau et le burin nous ont successivement retracé les principaux faits de ce temps. Les compositions de Callot faites à vol d’oiseau donnaient le détail des opérations militaires, de la marche des troupes, et sur le devant, dans une plus grande proportion, les principaux personnages qui en faisaient partie. C’était déjà plus qu’un plan, mais pas encore un tableau. Van der Meulen comprit ce qui manquait à Callot et ce que Rubens avait dépassé; évitant à la fois la sécheresse du plan et le vague de l’allégorie, il composa des tableaux stratégiques où les personnages principaux paraissent avec leur ressemblance, leur expression, et où on aperçoit cependant dans le fond tout le détail des opérations militaires et l’aspect exact des lieux. La peinture historique fut alors créée, et elle devait naître dans un temps où tant de victoires, tant d’actions célèbres pouvaient lui servir d’aliment.

On ne peut pas dire cependant qu’elle n’eùl pas déjà existé en France sous d’autres formes; c’était' bien de la peinture historique celle qui se développait aux regards sur les vitraux des églises, celle qui couvrait les manuscrits de compositions piquantes, celle surtout qui, de temps immémorial, paraissait sur les tapisseries des vieux châteaux. Dans ces trois genres, c’est la France qui eut à la fois les plus anciens et les plus brillants succès, et l’usage surtout des tapisseries était si établi, que les tableaux des plus grands maîtres ne furent longtemps que des toiles qu’on découpait pour être exécutées de la sorte; les morceaux en ont été retrouvés dernièrement. Il en fut ainsi jusqu’au moment où Louis XIV conçut l’idée de faire représenter sur le plafond de la galerie de Versailles les actions principales de sa vie, de 1601 à 1075, par Lebrun, qui s’était déjà fait connaître par les plus grands tableaux historiques connus, ceux des hataillesd'Alexandre. Cet homme, d’un vaste génie, quoique manquant souvent de goût, sut comprendre et créer pour ce règne fastueux le véritable genre qui lui convenait, la peinture décorative jointe à la sculpture ornementale. Aux grandes et nobles compositions des batailles d’Alexandre, il joignit l’allégorie

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dont ses pridécesseurs avaient commencé à emprunter le prestige; il avait été en Italie A l’époque des Carraches, et il s'était malheureusement trop adonné à cette école éclectique qui se formait alors de toutes les autres, sauf la supériorité de cliacune d’elles, n'ayant ni le dessin de l’école romaine et toscane, ni le coloris vénitien, ni la grâce des peintres de Parme, sorte de genre ampoulé, blafard, souvent maniéré, toujours froid, conservant encore quelque vigueur dans ceui qui le créèrent, mais devant entraîner l’école dans une route funeste.

On vit bientôt le mauvais godt se manifester à un haut degré dans les ouvrages de Vanloo, Coypel, Doyen, deTroy, Boucher, etc. Encore si ces artistes, doués cependant de mouvement et d’imagination, eussent dirigé leurs études, employé leurs pinceaui à reproduire les faits de notre histoire, il en fût résulté des productions utiles; mais leur dédain à cet égard égalait celui des poètes, et des historiens. Voltaire est le premier qui ait rompu ce singulier silence. Lamothe, du Belloy, Lemière, suivirent ses traces, et les artistes commencèrent de leur cûté à chercher dans nos annales des sujets de tableaux. Bayard, Duguesclin, Jeanne d’Arc, Henri IV, Louis XIV reparurent, et au moment de la révolution, ils avaient pris, sur la scène et dans les arts, le dessus sur les sujets religieux ou mythologiques; il restait un 'pas à faire, et ce fut le plus difficile , c’était d'assujettir la nouvelle école, qui était revenue A l’étude et A la passion de l'antique, A composer des tableaux de scènes modernes, A passer du casque au chapeau A trois cornes, du cothurne aux bottes cirées. Cette conquête ne pouvait manquer au grand homme qui réussissait si bien dans toutes les autres. En effet, il ordonna, il exigea impérieusement que les arts qu’il protégeait fussent employés A sa gloire. Il imposa A David les sujets de son histoire, et celui-ci, avec son immense talent , composa des tableaux où il ne fit que changer le costume, mettre des habits d'uniforme A Léouidas, des pantalons A Brutus. Alors reparut la véritable peinture historique telle qu'elle fut sous Louis XIV, débarrassée toutefois des emblèmes allégoriques et d’un inutile. mélange d’ornement, Lebrun avait peint des Français sous le costume grec, David représenta des Grecs sous l’habit français ; et les deux compositions du sacre et de la distribution des aigles sont deux grandes scènes que l’on prendra toujours pour modèles; scs élèves, Gros, Gérard, Girodet, suivirent ses traces et le surpassèrent, les uns dans la couleur, d'autres dans l’expression. Les batailles d’Aboukir, d'Eylau, la peste de Jaffa, montrent jusqu’où on peut parvenir dans ce genre et ne laissent rien A regretter du style et des compositions des anciennes écoles. Versailles de nos jours vient d'ouvrir une nouvelle carrière, un magnifique avenir aux artistes qui voudront se consacrer aux compositions historiques et militaires; et la réputation des Vernet , Laroche, Couder, Allaux, La Rivière, Pujol, etc., s'est accrue par cette consécration de la grandeur nationale.

C’est vers ce genre que les jeunes artistes doivent diriger leurs efldrts, afin de pouvoir, un jour, trouver place dans ce musée national qui assurera leur réputation. Et de im'nie que nous avons dit plus haut, que d’avoir un portrait, un buste à Versailles sera l’objet des plus grands sacri lices, des actions mémorables ; de même, pour les artistes, être choisi pour les représenter, sera l’objet des plus ardentes ambitions. Heureux le pays qui peut produire à la fois des actions qui l'illustrent et des artistes capables de consacrer ces actions !

3 fil!» Goujon.

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