I.* MniiKàVt, Gloire des Armes
• Oonferet exsanpui* quô se post bella senectus ?
Qtia* sede# erit emeritis ?
Li'CàlN . Ph., liv. v, v. 361 .
1 Sou* Philippe-Auguste, le» homme» de guerre ble**ê* allaient mendier de rhJteau en rliâteau , quelquefois accueilli», trop *ouvenl repoussé*.
ANCIEN ET MODERNE. Il)
tion île l'aumône, ou à la communauté de l’hospice1. Des chefs, à lu voix desquels ils ont obéi sur vingt champs de bataille , des camarades qui ont affronté les mômes dangers, leur composeront une nouvelle famille ; et en levant la tête, ils apercevront les drapeaux qu’ils ont enlevés il l’ennemi : enfin ils auront ce qui suffit à l'homme et surtout au vieux guerrier, le vivre et le couvert , de lu gloire et un tombeau.
Ia' magnifique Hôtel des Invalides a cent huit toises de longueur, sur une profondeur de soixante -dix. Il est divisé en cinq corps de bâtiments , contenant une population de plus de quatre mille personnes. La façade principale , celle qui regarde la Seine , présente un avant-corps orné d’un fronton circulaire, dans lequel on a placé la statue équestre de Louis XI V . Le côté opposé offre le portail d’une magnifique église : c'est en petit Saint-Pierre de Borne. Même apparence dans l'ordonnance de lu façade, même aspect du dôme ; et , si l’on avuit terminé cette partie de l'édifice , comme on avait intention de le faire , par deux colonnades circulaires en avant , rien n'eùt manqué à lu ressemblance.
Celte grande et noble conception a sans doute de graves défauts : on n'aime point à voir ces piliers contournés en forme de volutes, ces consoles en enroulements et la surcharge d’ornements alors en vogue ; mais ces défauts se perdent dans In masse des beautés et surtout à la vue de ce dôme qui domine tout Paris et annonce de loin à l’étranger qu’il a existé un grand siècle et un grand roi.
L’intérieur de l’édifice est peut-être plus remarquable encore. Ses longues galeries , semblables aux cloitres des couvents ou même des palais de l’Italie ; son pavé de marbre , ses grandes et commodes distributions ; tout cet ensemble frappe- d’étonnement, et la pensée y place Louis XIV faisant une visite aux Invalides , ainsi que le représente le tableau de Van der Meulcn que nous avons cherché à imiter sur cette vignette.
L’usage était alors qu’à l'instant où le roi entrait dans l’enceinte de l’édifice , sa garde cessait son service auprès de lui ; elle se rangeait en bataille dans les cours , et les invalides prenaient sa place. C'étaient eux qui tiraient le canon à l’approche du roi , qui l’escortaient dans sa marche.
' Soi» Henri IV. IL» furent itHmis tlan* une maison tle charité, nie île l’Oursine ; «ou# t.iiii* Mil . au « li.it * au rte Bicétre.
VKKSAILLES
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qui l'entouraient de leurs corps mutilés , de leuis cris de joie et de reconnaissance. Aussi , jusque dans ses derniers moments. Louis XIV montra sa sollicitude pour ce bel établissement 1 auquel les princes étrangers venaient rendre hommage , et qui seul peut-être , à travers tous les événements, n'a jamais changé de destination.
L'intérieur de l'église des lnvubdes , sa haute ne! , sou admirable cou- |K)lc. rappellent le style qui prévalut en Italie a 1a fin du seizième siècle el
• Louis XIV s'exprime ainsi dans son testament : « Parmi le» différents établissement» que nous avons faits pendant le cour» de notre repue , il n'en est point qui soit plus utile k l'état que celui de Hutte! royal de* Invalides..... Toute» sortes de motifs doivent engager le dauphin et tous no» successeur» i soutenir cet établissement et k lui accorder une protection particulière. Nous le» y exhorion» autant qu’il est en notre pouvoir. •
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(tendant toute In durée du dix-sepUéme; on voulut conserver la forme des églises gothiques, mais leur appliquer les règles de l'architecture grecque et romaine. Telle fut la pensée des deux architectes libéral - Bruant et Mansard , qui cherchèrent à élev er un édifice qui ne cédât à aucun monument de l’Italie et de l’Espagne en grandeur et en beauté. Les ornements et les peintures sont dns aux meilleurs artistes du règne de Louis XIV, àJouvenet, La Fosse, Coypel, aux deux Boullogne; les bas-reliefs et les statues au ciseau de Coustou , Coysevox , Girardon ; mais un plus habile urtiste a décoré ce magnifique temple , c'est celui qui couvrit sa voûte des drapeaux pris sur l'ennemi. Ou appelait autrefois le maréchal de Luxembourg le tapissier de Notre-Dame , parce que alors c’était dans cette basilique qu'on suspendait les trophées de la victoire; depuis , ee fut aux Invalides , et le nouveau décorateur y fit arriver le mobilier de toutes les puissances de l’Europe.
A côté de l’église est le réfectoire contenant la place de douze cents couverts et dont les murailles sont ornées de tableaux de batailles. Il présente aux heures des repas un aspect curieux. C’est là que le czar Pierre , pendant son séjour en France, vint s’asseoir et boire à la santé, disait-il , de scs vieux camarades.
Une des singularités de cet établissement, c'est que Louis XIV lui interdit , pur une ordonnance formelle , expresse , toute donation , tout legs qui aurait pu lui être fait , revendiquant ainsi le droit exclusif de celte liliéralité, de cette magnificence en quelque sorte orientale
Te serais-tu flaltê DYgaltr Urotmaii on générosité?
Cet édifice a vu ainsi les générations guerrières se succéder sous ses voûtes et y raeouter, comme autant de hérauts d'armes, les hauts faits des temps passés. Lorsque mourut naguère un brave maréchal sorti du rang des soldats, on trouva toute sa biographie dans les souvenirs de ses anciens compagnons ; comme jadis on recueillit les traditions fugitives
• Nou* voulons, dit IV«)il de Iti74. qu'il tu» puime être reçu ou accepté pour ledit Mtd aucun*fondation . don» et «ratification qui pourraient lui Pire fait* |»r quelque» personnes et pour quelque» cause* que CP Mit.
des poésies d’Uomère et d’Ossiun dans lu mémoire des v ieillards qui les avaieut connus.
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Cette vaste cour, entourée de |>ortiqucs , réunit In grandeur à la mugnilicenee; la façade est ornée d'un portail majestueux , au milieu duquel on a placé la statue de Napoléon en costume moderne , qui convient parfaitement à cette place, tandis qu’elle est ridicule au haut de la colonne de la place Vendôme. Celte cour et les portiques serv ent de promenade aux invalides. Un jour les vieux guerriers virent arriver au milieu d'eux un immense convoi. Depuis la translation du maréchal Lannes , mort de sa vingtième blessure sur le champ d’Essling, ils n'avaient pas reçu de maréchaux de France. Mais , quoi I celui-ci arrive escorté de huit autres cer-
cueils do simples citoyens , et parmi eux le corps d'une jeune tille. Le souverain , échappé comme par miracle au même danger, vient honorer et bénir ces illustres victimes. Vieux guerriers, laissez -leur prendre place sous votre toit ; elles ont , comme vous , été mutilées par la mitraille; elles ont péri de la mort des braves; gardez leurs dépouilles saerées , mais ne racontez pas l’événement qui vous les a confiées.
MA peine a-t-on dépassé le vénérable Hôtel des Invalides qu'on aperçoit un autre édifice sur la même ligne, offrant à peu près le même aspect. Le premier était un asile pour les vétérans , l'autre est une école militaire pour la jeunesse. Louis XV a complété la pensée de
Au bout d'une immense esplanade, sur laquelle vingt mille hommes
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peuvent facilement manœuvrer, s’élève un liàtiineut élégant et régulier, destiné à l'éducation de cinq cents jeunes gens , qui viendront s’y former dans la science des combats , car il ne faudra plus dire le Métier de la guerre. Est-ce en effet un métier que tel art dont l’apprentissage est la gloire, et le résultat, 1a conquête? art difficile , qui ne s'aequiert pas seulement dans les combats , mais aussi par les leçons et les exemples. Ils aimaient à les donner ees leçons , les guerriers de l'antiquité , Xénophon , Marins, César, Pompée, à cette ardente jeunesse à laquelle ils racontaient leurs longs et pénibles travaux ; ils les donnaient aussi dans leurs châteaux , les chevaliers, revenus de la Terre-Sainte, lorsque le soir, dans la grande salle tapissée de nattes et ornée de riches armures , ils redisaient les combats où avaient brillé les Godefroi , les Renaud , les Tancrède. Mais c'était surtout sous les beaux ombrages de Chantilly qu'on aurait pu écouter et comprendre ces merveilleuses combinaisons qui , par la promptitude des mouvements , par la justesse du coup d’œil et de la pensée , font arriver sur le point décisif la plus grande masse de forces possible , principes mis en pratique par le vainqueur de Rocroi , et développés depuis sur une si grande échelle par Frédéric et Napoléon.
Mais ces préceptes fugitifs , isolés , ne convenaient plus aux générations qui devaient se consacrer aux combats des guerres modernes , a cette masse de connaissances de tout genre qu’on exige aujourd'hui ; tout le temps de leur jeunesse suffisait à peine pour s'y préparer. Dans ce but fut élevé cet édifice , dont on a depuis fort mal à propos changé la destination.
I Ji tout était consacré à une seule pensée . à l'élude de la guerre et à la profession des armes. On y trouvait une pièce renfermant les plans et reliefs des villes fortifiées ; plus loin, une galerie contenant les batailles célèbres; des salles d'amies; des manèges; et sur l’escalier même, les statues de Coudé , de Turenne , de Luxembourg et du maréchal de Saxe accueillant le jeune homme qui venait se préparer à imiter ces grands modèles. Entourés ainsi de tout ce qui peut émouvoir le cœur et frapper l'imagination , les élèves sentaient naitre dans leurs âmes une nrdeur brillante , une ambition sans bornes. Gloire, Honneur, Patrie, étaient des mots toujours présentsù leur pensée. N’est -il pas vrai . jeune homme, qui êtes la près de cet arbre il rêver, pendant que vos camarades jouent autour de
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vous? ditcs-nous où s<* portent \os |>onsci's , où loiulont ces regards ardent* qui semblent dévorer l'avenir?... Serait-ce par hasard à la conquête du monde? el pourquoi pas? Alexundre, à votre Age, craignait déjà que la terre ne fût trop petite
le poème d'Ossiau qui s'échappe de vo6 mains dit : Heureux (eux qui meurent jeunes et illustres !
Mais quel singulier caprice du sort ! ici va commencer la carrière du génie le plus extraordinaire qu'ait produit l'histoire, et ici même se développera, s'anéantira sa fortune. En moins d'une demi-lieu carrée, doit s'accomplir ce grand drame. En effet, cinq ans se sont à peine écoulés, qu’à cent pas de là *, un jeune officier, pAlc, maigre, couvert d'un habit usé , promène ses sombres rêveries; ses cheveux plats, tombant sur des joues creuses, lui donnent l'air malade; un mouvement convulsif fait souvent tressaillir son corps; ses regards vagues et ardents dénoncent une Ame ulcérée. Un vieillard l'observe’, l'aborde, lui demande ce qui l’agite.— Ce qui m'agite, a-t-il répondu avec violence, c’est l'injustice des hommes, leur ingratitude , leur odieuse indifférence. J'arrive de Toulon. Ils étaient là depuis deux mois sans oser l'attaquer, sans savoir le prendre, je l'ai remis entre leurs mains , et (mur prix de ce service , on m’envoie dans la Vendée , combattre des Français, m’ensevelir dons l'oubli; et cependant il y a là quelque chose..., ajoute-t-il en montrant son front. -Calmez-vous, dit le vieillard, et suivezmoi. Ils marchent quelque temps en silence; ils entrent dans une allée bordée de fleurs ; dans une maison simple , mais élégante ; enfin dans un salon , où le vieillard laisse son jeune compagnon.
Cette pièce semblait consacrée aux arts , aux Muses. Une harpe, un piano ,
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île la musique sur mi |iu|iilre . line palette , un elie\alet , et sur ee chevalet un talileau commencé; des livres de poésie sur la table; partout je ne sais quelle grâce , quel abandoii dans celte demeure. Celle qui l'habile parait bientôt. C'est la plus belle , la plus élégante des femmes , el pour le jeune oflicier, la plus bienveillante 1 . Elle mimait déjà ses services et scs malheurs ; elle l'uccucille , le console, lui promet son appui , et l’inviteà parnitre dans sa société . el , pour qu'il y soit d'uue manière plus convenable , elle coupe elle-même une partie d'une pièce de drap qui se trouvait là sur lin fauteuil et qu elle le prie d’accepter. Quelques jours après le jeune oflicier s’est montré dans ee eercle brillant , il a retrouve son assurance, il a pu déployer ses talents , ses lumières ; une femme distinguée* a attache son sortàsa fortune; el mite fortune va devenir le di'slin el la gloire de la France.
Mais passons à la troisième partie de ee singulier roman. La scèneesl a ipielques pas plus loin.
Couronné par la v ictoire , parvenu au plus haut degré de puissance que I on ail vu dans les temps modernes , le même oflieier gravit les hauteurs «•* de Chaillot, qui dominent la capitale, el là , entouré de tous h-s graudsdun empire , qui s'étend de la Baltique au Carigliano, d’Amsterdam à Cadix . près de In tille de trente Césars, qui est venue recevoir de lui en dot le monde entier, Mo doiabere nwiidu il trace les contours, désigne l’enceinte du plus magnifique palais. En effet, il n'est plus d habitation en proportion avec tant
de gloire; il faudra loger en souverains, parents, allies
ou vaincus; il y faudra reproduire l'image de cinquante batailles gagnées, de toutes les capitales de l'Europe envahies; il y faudra placer neuf cent cinquante étendards pris sur l’ennemi
' MjmI.mjk- TaHten. EUc habitait à Chaillot ht maison n*3.
1 Jo«éf>Uine de La Pagerw. veuve du général IV ml» n:i;uv * CutroiKrt, detfnpt.