ÉVÉNEMENTS CONTEMPORAINS
Jggje désert a pris place dans le palais de Versailles. La gloire française l'y a couduil. Ail milieu du repos du monde, lui seul est agile, lui seul est l'arène des combats : <|if il soit donc le bienvenu avec son ciel d'azur, ses habitants nomades, ses privations, ses dangers. Il y a là de jeunes princes à la tète de jeunes guerriers cpii vont affronter scs solitudes cl préparer pour les galeries de Versailles de nouveaux triomphes à consacrer. Ouvrez-leur donc de nouvelles salles qu'ils sauront bientôt remplir. Voilà déjà celle-ci qui présenté un bien vif intérêt, c'est le siège d'Anvers, terminé en trente jours sous les yeux mêmes de
vi: usai u. i: s
la puissance qui pouvait h* disputer. C'est nu autre événement qui a lieu «Unis un nouveau monde, où une ville est prise par des marins avec un jeune prince à leur trtc; armée improvisée en rlia|ieau de paille et en veste, pénétrant dans un fort à travers une grêle de balles. Plus loin sont les merveilles africaines, le siège et l'assaut de Consiantine , le col de Mouzaya , et les marches dans le désert.
Ksi -il rien qui appartienne plus à l'imagination des peintres et des poêles, que ces luttes ou ces alliances avec îles |>euples jusqu'alors inconnus, sur un sol peuplé île monuments classiques et d'une nature nouvelle? Les voyez-vous descendre île l'Atlas, accourir du fond des déserts, ces tribus arabes, kaliailes, hadjoules, ces successeurs des Partîtes et îles Numides, qui depuis Rclisaire n'ont pas connu de visages occidentaux! Quelle singulière variété de costumes et d'usages! l'Orient a repris avec nous ses anciens rapports politiques cl religieux; les Chrétiens du Liban , les gardiens du Saint -Sépulcre ont vu parmi eux un descendant de saint Louis, un fils du roi très-chrétien , et les successeurs de Soliman et de Selim ont remercié ce jeune homme d'avoir sauvé de l'incendie leur capitale. Oh ! qu'une guerre générale ait lieu eu Europe, ou par la jalousie des cabinets étrangers ou en haine de nos institutions, et il sera l>eau de voir un souverain sage, prudent, éclairé, mais brave, mais déterminé, si’ présenter avec scs cinq (ils et un million d'hommes libres et dévoilés, lutter contre l'Europe entière et en triompher une seconde fois. Mais toute celte salle présente aux regards les premiers élaas des rejetons d'une famille régnant sur la France : qu'il me soit permis de dire un mol sur les difficulté* de la position de ces jeunes princes, afin de me dispenser de faire leur éloge.
A l»eine sortis de la première enfance, c’est-à-dire de huit à neuf ans, ils sont placés dans les collèges royaux, avec les autres enfants de leur âge pris dans toute la bourgeoisie ; ils sont élevés comme eux et avec eux ; oui , mais à la condition de se distinguer d’eux par l'assiduité au travail et la capacité, sans toutefois blesser leur amour-propre. Il faut qu’ils sachent remporter sur eux des prix et s'en faire aimer. A peine sortis «lu collège , ils entrent dans l'armée ; oui, mais à la condition qu'il ne soit |»as tiré un coup de canon dans le momie sans qu'ils y soient. Au bout de quelques années de service ils («cuvent, ils doivent même se marier ; oui, mais à la condition de ne pouvoir chercher une compagne qu'entre dix ou douze princesses , et alors il faut qu'ils rencontrent une personne sur laquelle la critique ou la malveillance n'ait aucune prise , car elle ne lai serait pas épargnée ; enfin l'un d’eux est destiné à devenir Roi. Il égalera alors les autres souverains de l’Europe en naissance et en illustration; oui, mais à la condition de les surpasser en intelligence, sous peine d'être l'objet d'une constante attaque, d'une constante réprotia! ion. Il faut, non-seulement qu’il sache se faire obéir, mais se faire respecter. Il ne lui est pas permis d’avoir une faiblesse , un caprice, une distraction ; il doit parler aux etrangers leur langue et aux nationaux leurs intérêts. A de telles conditions, je le
demande, s'il csl beaucoup de ramilles en Europe, pai mi les prinees ou les Itour^eoi*. <|iii réunissent aussi hieia mules ces conditions ipie les princes de la liitnillc royale.
Tous les tableaux compris dans celle salle soûl l'ouvrage de M. Horace Vernel, i|ui a déployé dans celle suite loule sa verve , loul son jçénte ; ralla(|ue cl l'assaut de Coiislatiliue Ami surtout eu enlraitl un admirable effel : ou voit «pie l'artiste a élé sur les lieux el s'est bien pénélré de leurs ns|»ects.
Flan «le l'audite «lu Midi.
CaÜKTilK.1 «le MAlici*.
Michel de l*HA| »ital.
Plane de Poitier».
Cbrifttophe de Thon.
Plan «h* t'altique «lu Nord.
(iahrielle il»tr(S>.
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Première salle Jr l*:« 1 1 i«|U(r du Nnnl.
COLLKCTIO.X UK PORTK4ITS KT 19 K 0 4 1 1, U KS .
A«nr ilr M»nlnt»r
rez-de-chaussée et le premier étage de Versailles composent un 7n-~t musée français, les deux atliques, un musée européen. l-à se trouvent rassemblés les portraits île tous les personnages qui ont acquis dans leur vie quelque célébrité , n'importe leur pays ou leur profession. Cette foule illustre , rangée chronologiquement , s'augmente tous les jours et formera par la suite la biographie vivante du monde entier. A côté et dans les embrasures des fenêtres, est une collection de plus de quatre mille médailles, sorte d'illustration également authentique des hommes et des événements : on parvient à l'atlique du nord par un escalier qui se trouvait autrefois au milieu de cette aile et «pion a reporté à l'autre extrémité pour ne pas interrompre la suite des tableaux : c’est mie de ces dépenses dont nous avons parlé,
% qu'on ne voit pas et dont on ne se rend
M*i»ar.l. * Kw^vrl.
pas compte, lorsqu'on admire le l»el ensemble de ces distributions. On trouve, au haut de l'escalier, deux statues en Imis de Philippe de Comines et de sa femme , et on |»énètre dans une suite de dix salles ou galeries qui composent l'attique du uord , et de cinq grandes pièces contiguës qui forment j'attique du midi. La première salle contient des |M»rtrails depuis le douzième siècle jusque vers la lin du seizième; la salle suivante, la troisième et la quatrième, de 1600 à 1700; la cinquième et la sixième, le règne entier de
V K II S Al L LES ANCIEN ET MO DK 11 N K.
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Louis XIV; la septième et la huitième, le règne de Louis XV; les deux dernière*,
Louis XVI et la révolution.
L' ’al tique du midi a un moindre nombre de port raits, parce qu'ils sont, la plupart , eu pied et en grandeur naturelle: cesl toute la famille Bonaparte par David, Gérard, Giroilet , ce qui forme une collection aussi in- Miir .1. léressanle pour les arts que [tour l'histoire ; on y distingue le beau portrait du pape Leon XII, par Verne!, et une hien curieuse collection de tous les personnages célèbres de cette époque, par Gérard, qui ont «en i à scs tableaux exécutés en grand. Celle suite |K)rlrails, la plupart authentiques et faits d après nature, est une des choses qui plaît
le plus aux étrangers, et qui, complétée ha- w* vu.
hilenieut , suffirait pour attirer à Versailles tous ceux qui s'occupent de l'étude de l'histoire et «le la littérature ; ce sera un jour un dépôt qu’on viendra consulter, et sans lequel on ne pourra complètement traiter les sujets historiques.
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Tlicitir de \ rruillct.
In*u|,utaiii n <W la salle le f* juin (770, |M>«r k miiùgr ik Louis XVI.
Quar le tant lali Inlrrnnl S veilla ? qui lanli ult'tn jefiaer* parmln’ Vian.. Jf.n., I, B0.1.
csl encore <|iiel<|iies vieillards <|ni ont présent ;i la mémoire ee jour d'ivresse el de magie , où deux mille personnes parées remplissaient pour la première fois la plus belle salle de théâtre qui ail été construite , lorsqu'une porte dans le fond ouvrit, et que lieux jeunes époux, dans loin l'éclat de la jeunesse, s'avancèrent et saluèrent le public au bruit des applaudissements de tonte la salle. Il existait encore alors ee sentiment d'un tendre respect , d'une sorte même de fanatisme pour les personnes royales , lorsque aux agréments de la figure elles savaient joindre des manières bienveillantes : la dauphine, rayonnante de fraîcheur, de majesté, et surtout du désir de plaire, paraissait comme un astre consolateur , comme un flamlieau d'espérance au milieu d'une cour dépravée. Quelques années suffirent à la calomnie pour détruire ce prestige heureux.
La salle de Versailles a cent quarante-quatre pieds de longueur, soixante de largeur. cinquante île hauteur ; son pourtour est orné de trente-huit colonnes ioniques dont les intervalles, remplis |iar une élégante balustrade , divisent la [iartie ovale
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destinée aux spectateur* eu douze loges ; la séparation de la scène est marquée par huit lielles colonnes corintliieunes. La salle fut élevée sur les plans de l'architecte C.abriel, et les peintures par Du rameau , Touzet et llriand ; la sculpture par Pajou, les niaehiues par Arnould.
Intérieur ilu t tirât ri- «le \ maille*. In nuit du âO «rptemhrr 1789.
Oui» rladrin illiu» nxlit . qui» funrra Tnnprrrl a !
Via*., Mm , II, Ml.
Nous avons vu le côté des loges sur la gravure précédente , celle-ci montre le tond du théâtre tel qu'il ap|>arut aux regards le jour où les gardes du corps donnèrent un repas aux officiers du régiment de Flandre, repas célèbre, nuit terrible par l explosiou qui eu fut la triste conséquence. Touchés des marques d'intérêt que des fidèles serviteurs manifestaient pour leur cause, le roi et la reine furent entraînés à paraître au milieu de ce banquet et à y recevoir «le vive voix l'expression «le leur* sentiments.
ANCIKN K T MOPKim:
Celle scène , reproduite avec e variai ion dans tous les cercles, dans ions les groupes de la capitale, porta au plus liant point la fermentation, qui finit |>ai éclater. Une masse considérable de la population se rendit à Versailles dans la journée du 5 octobre; on sait quel en fut le terrible résultat.
Inuii>>uration du llicàlrc de Ver>aillc», le soir du <7 mai IS37.
iu-iH-miii Sitiiiriiia rt-giiA VlKKItE.
Celte salle, marquée |»ar tant d'allégresse jadis, et tant île désastres depuis, sembla rester |iemlaul quarante ans frap|>ée d'anatbème et de réproluition. Lorsque le roi Louis- IHiilipiie y entra , elle conservait encore les lambeaux des décorations, dès devises, des guirlandes de fleurs dont elle avait été ornée, comme si le célèbre banquet se frtl passé la veille, ou que des génies malfaisants en eussent défendu l'entrée. A sa présence, ces tristes souvenirs disparurent , l'édifice reprit sa splendeur, son éclat, et se trouva rétabli de manière à recevoir les deux mille spectateurs invités à l'inaugural ion du palais. Cinq mille bougies, faisant l'effet de dix mille par la réflexion des glaces, jetèrent dans la salle une masse éblouissante de lumières. Lorsque la toile se leva cl qu'on entendit les vers de Molière, il n’y eut plus d'intervalle entre Louis XIV et le règne nouveau, entre l liabilalinn du grand roi
VKIISAILMiS ANCIEN KT MODEM N K.
et le musée national du grand peuple; mais la dernière scène mil le comble à l'enthousiasme général, lorsqu'on vit paraître sur le théâtre les hommes célèbres de France dans le costume de leur temps et qu'on lut sur le fronton du palais l'inscription à toutes les gloires de la France. Cette scène fut la dernière de cette belle journée, elle sera aussi la dernière de notre description, mais avant de la terminer, disons un mot de ces nobles galeries pleines de trois mille statues ou bustes en marbre, qui forment de toits cotés l'enceinte du palais. Dans l ime sont réunis les rois de la première race ; ces grandes ligures qui ont abandonné les portails des églises détruites, et ont trouve ici un asile. Les autres forment un musée de nos arts et de notrehisloirc jusqu’au dernier temps, elles nous donnent la ressemblance, le costume, l'aspect des guerriers morts sur les champs de bataille ou de citoyens chers à la patrie par leurs talents ou leurs vertus, mais parmi toutes ces statues, il en est une qu'on ne cesse point d’admirer, et qui pourrait tenir sa place au milieu des plus belles productions de l'antiquité. Hélas! elle nous ramène à d'inexprimables regrets sur la perte de son illustre auteur.
(lui* itnidrnuM» |Kwl«r nui iihmIti* Tutti cari rapine.
tlosxr odes.
Jeanne d'Arc,
|»ar ta princesse Marie d'Orléans.
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