‹ Versailles, ancien et moderneChapitre 9 sur 104 · ANCIEN ET MUÜKH.NE. SI · texte numérisé non relu

ANCIEN ET MUÜKH.NE. SI

reuse: « Vous lie savez pus, général. «Nubien ou peut trouver de bonheur dans quatre arprnl> de terre'. »

g^-r^u.K est encore debout, celte allée d 'urines <|iii jadis ombrageait les assemblées des sages. Quels sont ceux que nous n|iercevous ici , qui discutent, les uns uvvc tant de chaleur, d’autres avec tant de logique? C'est le fougueux Diderot, le spirituel baron d'Holbach, Morellet, Cuhunis. ou Helvétius lui- même. Dans le fond de l'allée, un personnage grave * joue au volant avec une jeune personne : c'est Turgot, l'ami du peuple. Des vieillards assis écoutent, en souriant, la discussion : car c'est à leur

• Nj|Mvl<-on y i*ilaU souvent madame IlelvétiiM et Ambitionnait les suffrages de la société d'Auteuil : ce ne fut «|ia après être monté sur le trône «pi'il en appela les membre» des ulr» dogues.

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école qu'elle a pris naissance; Fontanelle, Thomas. dAlembcrt, Franklin, etc.; ce sont les fondateurs de l'encyclopédie, les héritiers du génie de Iiacon. Que de tristes méditations n'inspirent pus aujourd'hui la solitude de ce lieu , les bancs déserts de cet aréopage , le souvenir de ces doctes entretiens ! Et pourquoi les regretter, s'écrie tout ù coup une voix morose! Quel bien ont-ils fait au monde? Ils l’ont incendié ! Quels services ont-ils rendus à la science? Ils n'ont fait qu'élargir l’abime du néant! C’était bien lu peine de renverser la scolastique par le cartésianisme pour tomber après duos la doctrine des sens , et bientôt dans l'éclectisme . sorte de mélange de tous ces rêves , mosaïque du petits morceaux d'erreurs. Que me fout vos nouvelles formules, vos méthodes d’examen, si elles ne me tirent point du doute , si elles ne mettent rien a la place de lu foi aveugle ou de l'incrédulité? Vertu, disait Brutus, n'eslu donc qu’un vain nom? Philosophie, peut-on dire, n'es-tu donc qu'une vaine science? A peine la voix avait-elle prononcé ces amères paroles, qu’il me sembla être entouré d'une vive clarté , les arbres paraissaient s'élever dans les airs et se recourber comme un dôme. Sous leur voûte, s'avauçait uue femme majestueuse; elle tenait d’une main des livres , de l'autre un sceptre. Je reconnus la philosophie telle qu'elle apparut uu vénérable Boëec dans sa prison, la Divine I’hilosophy de Milton. —

« Qui ose, s‘ écria-t-elle, appeler vaine science le culte des plus beaux génies de tous les âges ; l'étude à laquelle le monde doit ses lumières, les peuples leurs institutions, les malheureux leur appui! Hommes ingrats, voulez-vous qu’on vous rende les instruments de la torture, les fouets de l’esclavage, les sueurs de la corvée!

Voulez -vous ôter ù l'enfant abandonné son berceau, au vieillard son asile, au malade ses secours! Alors, insultez la philosophie, et surtout celle du dix-huilième siècle; car c'est elle qui a produit en grande partie ces merveilles; c’est elle qui a voulu rivaliser avec la religion dans ses bienfaits. Hommes injustes ou aveugles, vous révérez les martyrs de la foi, c'est bien; mais

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ANCIEN ET MODERNE. SS

lie sentez-vous rien pour les martyrs des améliorations sociales , pour les victimes de l’ignorance, pour Socrate buvant la ciguë, Galilée se tramant sur les genoux , les solitaires de Port-Royal errant autour de leur maison démolie . le cercueil de Liancourt renversé dans la fange, et ces milliers d'hommes morts ou persécutés , pour le seul tort d’avoir v oulu se connaître , d’avoir interrogé leur raison , le plus beau présent de la divinité? et l’ont-ils méconnue celle divinité dans leur examen? .Non, sans doute , du moins pour la plupart1 ; ils l’ont seulement séparée de leurs méditations ; ils l’ont plaeée dans une sphère plus élevée ; et si , dans ce trouble de l'imagination , à travers ces faits contradictoires , il s'est élevé des doutes , si de faux systèmes sont nés, le raisonnement , lu logique se sont perfectionnés pour les combattre , et de ce frottement , de ce choc môme devait jaillir la vérité. Oui , je le déclare , tous ceux qui, dans la fougue de leur esprit, mais dans l’innocence de leur coeur, se sont égarés , ceux-là ne me sont pas moins chers que ceux qui , plus heureux , ont approché plus près de la vérité , car tous ont avancé lu perfectibilité humaine, l’amélioration du sort de l’homme, la dignité de son être, principal but de mes efforts, principal objet de mes voeux.» Pendant qu’elle prononçait ces paroles , des images d’hommes vénérés semblaient s’élever de tous côtés, prés d’elle, et l'entourer comme d'une phalange mystique. Les sages de l'antiquité, ces premiers bienfaiteurs du monde, Platon, Anaxagore, Thaïes, Solon, Aristote, Pythagore; bientôt après les philosophes romains , Cicéron , Varron , Sénèque ; les pères de l'Église, continuateurs de la pensée philosophique , armés de plus de l'autorité de la foi , lumières du moyen âge , éclairant huit siècles de ténèbres jusqu'à la venue des nouveaux apôtres de la raison, Louis Vives, Racon, Leibnitz, Galilée, Montaigne, Newton, etc., et ceux de lu charité et de la bienfaisance, François de Salles, Vincent de Paule, Fénelon. Vous auriez pu y figurer aussi, écrivains éloquents de la philosophie chrétienne, poètes du spiritualisme , Rousseau, Rernardin de Saint- Pierre, Chateaubriand, Lamartine , et vous tous qui consacrez votre vie

* Cabanis, Lttlre sur les causes prtsklèrts; Conhiii.ac. inheductiau. Voltaire même nelait |*a» nuiériaHsIi*' mai* pii qurlqur *ortc »lclecli«joe.

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à lamour «lu bien, u lu recherche de lu vérité. Une douce mélodie semblait partir du milieu de cette troupe illustre. Semblable au concert des anges , le concert des sages Taisait entendre ces paroles : Gloire u l'intelligence divine qui anime le monde, gloire ù la lumière vue de loin , mais que le temps rapproche ; à lu iierfection voilée, mais que le génie découvre; gloire... A ces mots , je me sentis serré par le bras , j'ouvris les yeux , tout avait disparu. La clarté s’était éteinte , les arbres s'étalent rabaissés; il y avait bien encore une femme prés de moi , mais c'était la portière de la maison qui , me supposant l'idée d'acquérir lu propriété, venait m'offrir de lu visiter. — Mu bonne diimc, lui dis-je. si vous voulez me vendre cette partie du jardin, je l'achèterai ; mais comme cela ne conviendrait pas au propriétaire, Taites-moi le pluisirde lui dire qu'il conserve précieusement cette allée de tilleuls : elle renferme les mystères de la nature, la science do l'esprit humain. Cette femme me regardait d'un air hébété , me prenant pour un fou ; je lui donnui une pièce de monnaie, elle reconnut alors que j'étais dans mon bon sens et me reconduisit poliment jusqu'il la porte de la rue.

Vis-à-vis de l' habitation de M“" Helvétius était celle de l'aimable marquise de Boufllers, dont la société se distinguait par la grâce de l'esprit, comme l'autre par sa profondeur. Madame de Boufllers avait brillé longtemps à la cour de Stanislas, à Lunéville, qu elle quitta en I7<ili. C'était chez elle que se continuait l'école de Voltaire , et peut-être même un genre de conversation supérieur au sien par la promptitude du trait, le brillant des saillies , et je ne sais quelle folle gaieté qui consistait à traiter légèrement Ira choses sérieuses et sérieusement les frivoles , à leur appliquer à Unîtes des comparaisons , des images prises des habitudes communes de la v ie. C'est dans ce genre que les Anglais appellent humour, les Allemands, tau ne, et nous, esprit naturel, que brilluient si bien le chevalier de Boufllers , l'âme de celte société, le duc de Lauzun , le prince de Ligne. Cnraccioli , l'ablie Galiuni , le comte de Tressan, le duc de Nivernais, et plus lard Bivarol,

Champceuelz, les deux Ségur. Sans doute ce genre d esprit, de gaieté . «le hardiesse, ne s'éteindra jamais en Kranre; mais il n'a plus ces lieux de

million , de frottement , oii il se transmettait. On prend aujourd'hui l'esprit au passage , on le cahote , on ne lui laisse pas le temps de se fixer, de s'établir a demeure comme à celle époque.

sortir d’Auleuil, on rejoint la grande roule cl le bord de la rivière, d'où l’on découvre , à gauche , les coteaux d’Issy, de Vanvres, de Meudon et de Bellevuc. Tous les quarts d’heure, un bateau à vapeur remonte ou descend la rivière, et toutes les minutes, une diligence parcourt la route. Pour peu qu'on soit alors porté à la méditation, on a beau jeu en pensant au changement merveilleux que le génie a produit , depuis trente ans , dans les moyens de communication ; une pensée confiée au télégraphe est apportée en un quart d’heure d’un bout à l’autre de l’Europe , et la vapeur va bientôt faire traverser, en peu de jours, cet immense continent dans toutes les directions; et cependant notre génération a vu pendant deux ans le bateau de Fulton, nmarré nu Pont-Royal, recevoir les regards dédaigneux des

passants : le temps viendra , disait Sénèque , oit nos descendants ne concevront pas que nous ayons si longtemps ignoré les découvertes dont ils jouiront. . . C’est ainsi qu’en pensant a Sénèque et uux machines à xapcur, nn arrive à une petite élévation nommée le Point-du-Jour.

l était trois heures après minuit , le jeu de la reine se ralentissait et n'était plus soutenu que par des paris considérables entre le prince de Dombes, (ils du due du Maine, et le marquis de Coigny. Ce dernier, perdant un coup d’une somme assez forte, s’écria : Il faut être bâtard pour avoir un tel bonheur! Le prince, se |>enehant à son oreille sans discontinuer son jeu , lui dit : Vous pensez bien que nous allons nous voir tout à l’heure , n'est- ce pas? — Où et quand? — Mais, sur la route, au point du jour. — het voitures parlent... le jour parait... on s’arrête... le prince de Dombes est heureux à ce jeu comme ft l’autre ; il tue son adversaire, et le lieu où se passa cette scène en a conservé le nom de Point-du-Jour. — Il aurait mieux mérité celui de Point-de-Vue, car c’est de là que les regards se portent sur

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