‹ Versailles et les deux Trianons;Chapitre 1 sur 44 · M D CCC XCIX · texte numérisé non relu

M D CCC XCIX

INTRODUCTION

architecture doit tout d’abord parler aux yeux, et. de si loin qu’on l’aperçoive, un édifice doit dire ce qu’il est : « Je suis un temple, un tribunal, un palais. »

« Je suis un palais! dit Versailles, rendant plus éclatante encore, par son majestueux exemple, l’éternelle vérité de cet axiome d’art. Je suis un palais comme il n’en existe aucun autre dans le monde entier, quelque contrefaçon, quelque imitation qu’on ait tenté de faire de moi. Et ce qui fait mon incomparable grandeur, ce n’est pas seulement le majestueux développement d’immenses façades percées de centaines de fenêtres, ornées d’un peuple de statues, découpant aujourd’hui sur le ciel les trophées et les vases d’autrefois; ce qui fait que, lorsqu’on m’a vu une fois, je suis entré pour tout jamais dans le souvenir, ce n’est pas seulement parce que j’ai procuré aux yeux une noble émotion d’art, c’est que dans mes flancs j’ai porté tout un siècle de gloire française; c’est que toutes mes pierres parlent à qui sait les entendre, et que les échos de mes salles résonnent encore des voix de Louis XIV, Bossuet, Villars, Molière, Racine, comme dans les glaces de mes galeries passent toujours, pour l’œil évocateur, les silhouettes des Marie-Thérèse, La Vallière, Montespan, Maintenon, de la duchesse de Bourgogne, de Marie Leczinska, de la Pompadour, de la Dubarry et de la reine martyre. »

INTRODUCTION

Aussi n’est-il pas un étranger venant en France qui ne veuille d abord connaître ce Versailles dont les merveilles sont célèbres par toute la terie, ce \ ersailles qui excita l’intérêt et l’admiration dès qu'il fut construit, qui fut chanté par tous les poètes, raconté par tous les historiens, qui servit de sujet aux romanciers de son temps, qui provoqua un engouement tel, que les vues de ses jardins et de son palais se multiplièrent, fidèles ou non, à 1 infini, et qu on vit même un ouvrage de science, la Géométrie pratique d’Allain Manesson— Mallet, reproduite en tête de théorèmes, qui d’ailleurs ne s’y rattachaient en aucune façon, ses vues sous tous les aspects.

Cette faveur sans pareille qu'obtint jadis Versailles, loin de se ralentir, s est accrue encore aujourd’hui et a fini par attirer sur lui l’attention de 1 administration ; elle a compris qu’elle avait, devant la postérité, la responsabilité des trésors que trois belles époques d’art avaient accumulés dans ce palais déjà sauvé de la ruine. Aussi a-t-on peine à comprendre que, récemment encore, un représentant de notre pays ait fait demander le détail des raisons pour lesquelles on avait intérêt à conserver le palais de Versailles. De là à demander, comme on le fit à la Convention, que l’on voie passer la charrue à la place où fut le palais de Versailles, ou à mettre un écriteau portant que « la maison est à vendre ou à louer», il n’y a qu’un pas. Heureusement il ne peut plus être franchi, car on sait quels services ce château, soi-disant ruineux, a rendus à l’art pendant plus de deux siècles, sans compter ceux qu’il lui rend encore aujourd'hui.

La France n’avait pas jadis des expositions universelles où ses artistes, ses artisans et ceux des autres nations pussent apporter les témoignages de leurs progrès dans leur art ou dans leur métier. Versailles, dès que Louis XIV eut résolu d’en faire l’autre, la véritable capitale de la France, devint le point central vers lequel se dirigèrent tous les efforts de l’art et de l’industrie. C’est de là, jusques et y compris le règne de Louis XVI. que partit le goût de l’Europe entière; c est à Versailles que semblèrent se donner rendez-vous tous ceux qui sentaient en eux 1 instinct du beau. On vit accourir de toutes parts, pour apporter leur contingent de talent, des Italiens, des Hollandais, des Belges, Van den Bogaeit (Desjardins), Warin, Tuby, Van der Meulen, Sébastien Slodtz, Van Clève, \ igarani, le chevalier Bernin, Buyster, Bette, les frères Keller et tant d’autres, dont les œuvres puiement artistiques ou les travaux d’art industriel associèrent les noms à ceux des Coysevox, Puget, Girardon, Regnaudin, Magnier, Le Brun, Mignard, Legros, Legeret, Francine, Mansart, Le Nôtre, etc.

Chose étonnante à constater, aujourd’hui que chaque artiste semble chercher à s’isoler pour conserver ou acquérir ce qui s’appelle l’originalité, où tout semble

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vouloir se désagréger, ces peintres, sculpteurs, fondeurs, etc., accourus de tous côtés avec des tempéraments différents, sentirent le besoin d'obéir à une unique discipline, qu'elle fût celle de Le Brun ou de Mignard, et c’est ce qui explique la majesté calme, la grandeur qui se dégagent de l’ensemble de tant d’œuvres sorties de tant de mains. Aucun de ces artistes n’a cherché à appeler l’attention par une étrangeté qui eût rompu l'unité générale, et chacun, obéissant comme les musiciens d’un orchestre admirable à celui qui les dirigeait, a concouru, sans chercher la gloire personnelle, à une œuvre inattaquable au point de vue du goût, parce qu’elle était défendue de tous côtés avec une égale conscience.

Rien d’ailleurs n’était livré au hasard par ceux qui commandaient à ces armées de travailleurs, et, bien que des historiens peu dignes de ce titre, — et Dulaure est de ce nombre, — se soient plu à essayer de prouver que la construction du château de Versailles a suffi seule pour faire pencher la balance au jour où se manifesta la ruine de nos finances, il est aisé de démontrer que, si l’on comparait les recettes et les dépenses occasionnées jusqu'à présent par l’édification de Versailles, on constaterait que, moins coûteux que nos expositions universelles, devenues nécessaires aujourd’hui, il a rendu au moins autant de services qu’elles à l’art, à l’industrie et à nos finances.

C’est qu’en dépit de tout ce que les partis intéressés ont dit et écrit sur l’administration de la France, sous Louis XIV, elle fut le résultat d’une admirable organisation, et qu’aujourd’hui encore nous sentons les bienfaits de la scrupuleuse Honnêteté avec laquelle elle a fonctionné. De même que les armées de la Révolution furent heureuses de trouver les cadres militaires du gouvernement de Louis XVI, notre administration présente est redevable aussi à celle d’autrefois du principe de son fonctionnement. Il n’a pas fallu moins, pour convaincre les incrédules, que la publication des Comptes des Bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV, faite par l’éminent M. Jules Guiffrey, alors archiviste aux Archives nationales, maintenant directeur de la manufacture des Gobelins, pour mettre à néant les erreurs et les mensonges qui circulaient couramment sur les déprédations commises par l’administration et la royauté au xvif siècle.

Il faut lire par le détail, dans la préface si documentée que M. Jules Guiffrey a mise en tête du premier volume des Comptes des Bâtiments du roi, les opérations de vérifications, les contrôles de toutes sortes exercés pour les payements totaux ou partiels; il faut voir enfin, dans cette paperasserie si reprochée (parfois justement, reconnaissons-le) à notre administration, une garantie nécessaire pour la netteté, l’apurement de ces comptes si compliqués, et dans lesquels on peut lire si clairement aujourd’hui.

« Il y a longtemps, dit M. Guiffrey, que cette importante collection avait attiré l’attention des historiens. Un commis de Jules Hardouin-Mansart, nommé Marinier, avait dressé, dès le commencement du xvni" siècle, un état détaillé de la dépense de chaque palais, et les résultats de son travail, réimprimé à diverses reprises, ne diffèrent pas sensiblement de ceux auxquels il est arrivé. La récapitulation de Marinier, destinée au surintendant des bâtiments, resta longtemps enfouie dans ses bureaux, et ainsi put se répandre la fameuse anecdote qui montre Louis XIV jetant au feu les comptes de Versailles. La légende fit son chemin malgré les réserves de Voltaire, à qui les comptes authentiques furent communiqués. Cette fable ridicule était considérée à l’égal d’une vérité historique, d’un article de foi, et ceux qui s’en servaient pour accabler la mémoire de Louis XIV ne se faisaient pas faute, selon l'usage, d’adjoindre quelque broderie au récit primitif, et de chercher à embellir l’anecdote. »

Ici j’ajoute à ce que dit M. Guiffrey que, dans ma jeunesse, j’ai entendu raconter cette ridicule historiette par un guide du musée qui, au cours d’une visite du château, s’arrêtait devant la cheminée de la salle du Conseil et disait, avec une feinte indignation qu’il s’efforçait de faire paraître mal contenue : « C’est ici que Louis XIV, sentant ses derniers jours venir, se fit apporter des monceaux de papiers, des registres de comptes, qui contenaient le chiffre des « milliards » qu’il avait dépensés, et les jeta lui-même dans un brasier qu’il avait préparé. La hauteur des flammes fut telle, qu’elle atteignait à la hauteur du toit et qu’on pouvait les voir de la place d’Armes! » Et pour prouver la véracité de son récit , le guide emmenait la foule des visiteurs près de la fenêtre qui fait face à la cheminée, et, montrant du doigt la place d’Armes, il disait : « C’est de là qu’on a tout vu ! »

Revenons au plus véridique récit de M. Guiffrey, qui ajoute que, grâce aux amplifications successives et fantaisistes, vers la fin du xvnfi siècle, les frais de construction de Versailles n’étaient pas évalués à moins de quatorze cents millions. Volney, qui avance ce chiffre dans ses Leçons d'histoire prononcées à l’École normale en l'an III, précise en disant que cette somme équivaut à quatre milliards six cents millions. Le voilà arrivé à l’évaluation du guide dont je viens de parler. Volney va plus loin : il affirme avoir vu ces chiffres sur un registre de l’administration. Or il est constant que le registre consulté par Volney est précisément le travail de Marinier, qui servit à le confondre, comme le prouvent les Comptes des Bâtiments du roi.

Je continue mon emprunt à l’introduction de M. Guiffrey. Tel était l’état de la question, lorsque le relevé de Marinier tomba entre les mains d’un honnête homme, intelligent, connaissant par métier le prix des choses et ne se payant

pas de mots. L’architecte Charles-Axel Guillaumot, possesseur du mémoire de Marinier, demanda vainement, sous le règne de Louis XVI, l'autorisation de le comparer aux registres originaux. 11 ne put obtenir cette communication ; mais bientôt la Révolution lui fournit une occasion de pénétrer dans les bureaux et d’acquérir la preuve ardemment cherchée. Toutefois les circonstances n’étaient pas favorables pour mettre au jour un travail tout à l’avantage de l’ancienne monarchie. La publication d’une pareille découverte eût suffi à rendre son auteur suspect. Guillaumot se tut. Quand des temps plus calmes revinrent, il se décida enfin à exposer au public le résultat de ses investigations. Il les résuma en une courte brochure devenue en peu de temps fort rare, peut-être parce que son titre singulier ne donnait pas une idée très nette des questions importantes qu’elle traitait; il l’avait intitulée : Observations sur le tort que font à l’architecture les déclamations hasardées et exagérées contre les dépenses qu’occasionne la construction des monuments publics. Bien habile qui eût pensé que derrière ce titre un peu ridicule était cachée, jusqu’à un certain point, la réhabilitation financière de Louis XIV!

L’éveil était donné; on était sur la trace de documents authentiques qui, en apportant la vérité, mettraient à néant tant de fables et aussi de diffamations. Un chercheur qui, sous la Restauration, écrivit le Tableau descriptif, historique et pittoresque de la ville, du château et du parc de Versailles, Vaysse de Villiers, tout en révoquant en doute quelques-unes des affirmations de Guillaumot, ne put s’empêcher de constater qu’on ne connaissait le chiffre des dépenses occasionnées par la construction du palais de Louis XIV que par de perfides exagérations. Mirabeau, dit-il, n’a pas craint d’en porter le montant à plus de douze cents millions, dans sa dix-neuvième lettre à ses commettants, qu’il égarait par ses fausses assertions; quant à Volney, cité plus haut, il écrivait : « Si Louis XIV eût employé en chemins et en canaux les quatre milliards six cents millions qu’a coûtés son château, déjà en dégât, la France n’eût vu ni la banqueroute de Law, ni ses conséquences reproduites parmi nous. Il existait chez l’ancien intendant des bâtiments (d’Angivilliers) un manuscrit superbement relié, qui était le registre des frais de la construction de Versailles et dont le résumé, au dernier feuillet, était de quatorze cents millions de livres tournois; mais l’argent était à 16 francs le marc, et il est de nos jours à Sa livres. » C’est, ajoute Vaysse de Villiers, sentant l’énormité de Terreur, — si ce n’était qu’une erreur, — c’est sur cette différence , d’ailleurs erronée , du marc d’argent que Volney base sans doute son résultat de quatre milliards six cents millions, quoiqu'il n’en dise rien.

A ces calculs exorbitants, le cardinal de Bausset, Ihistorien de Fénelon, s’empressa d’opposer ceux de M. Guillaumot qu’il venait d’étudier. Peu à peu, on

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le voit, la lumière se fait, et le cardinal entrant dans le détail reste, comme il le dit, frappé d’étonnement en apprenant que toutes les dépenses du château et des jardins de Versailles, de la construction des églises de Notre-Dame et des Récollets de la même ville, de Trianon, de Clagny et de Saint-Cyr, du château, des jardins et de la machine de Marly, de l’aqueduc de Maintenon et des tiavaux de la rivière d’Eure, qui devait conduire ses eaux à Versailles, enfin des châteaux de Noisy et Moulineux, ne se sont élevées dans l’espace de vingt-sept ans, depuis 1664 jusqu’à 1690, époque où la guerre fit suspendre tous les travaux, qu’à la somme de cent soixante et onze millions trois cent cinq mille tiois cent quatre-vingt-huit livres deux sous dix deniers. Restait à traduire cette somme en chiffres exacts en l’augmentant de la plus-value du piix de 1 aigent au xix* siècle.

Comme on le voit, peu à peu les chercheurs approchaient de la vérité, que la découverte de la collection des fameux registres allait enfin faire voir tout entière. Le cardinal de Bausset, qui ne voulait pas qu’on s'en tînt à des calculs approximatifs, insista pour que tous les registres fussent recherchés. « C’est sur les mémoires originaux, dit-il, que M. Guillaumot a relevé lui-même tous ses calculs. Ces mémoires existent encore et sont disséminés dans divers bureaux. Rien ne serait plus facile que de les réunir. » Malgré ces affirmations, Vaysse de Villiers, quels que fussent sa bonne volonté, son désir de trouver la vérité, ne voulait pas se rendre. Il révoque en doute l’authenticité des documents découverts par Guillaumot, et il ajoute imprudemment qu’il n’a pu lui-même, en remontant aux sources, découvrir l’existence des mémoires dont il s’agit. Toutes ses recherches, dit-il, ont été infructueuses et n’ont, au contraire, servi qu’à le convaincre qu’ils n’existaient plus. Pour lui la totalité de la dépense, après renseignements pris chez l’architecte du roi, est de moitié moins forte que celle accusée par M. Guillaumot et ne monte qu’à quatre-vingt-six millions, sans compter la dépense de la chapelle, qui la porte à quatre-vingt-neuf millions. Nous voilà, on le voit, bien loin des milliards de Volney et des chiffres de Mirabeau.

Un des historiens les plus consciencieux du château de Versailles, un de ceux qui l’ont le mieux compris, Dussieux, dit très justement à propos de ces questions de chiffres, qui ne sont rien moins que des questions d’histoire, que ceux qui ont écrit sur cette question sans avoir à leur disposition les « Comptes des Bâtiments » et les autres documents administratifs du temps ont imaginé des prix qui varient suivant leur opinion. Il résume celle de Voltaire, qui appelle \eisailles « un abîme de dépenses », qu il évalue à cinq cents millions; de Volney, lequel a fixé un chiffre de quatorze cents millions, et enfin celle d’Eckard,

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qui, en 1 838 , arriva à donner un total de cent seize millions quatre cent trentehuit mille huit cent quatre-vingt-douze livres, et qui se décomposait ainsi :

Dépenses avant 1664 . i,5oo,ooo livres

— de 1664 à 1690 . 87,537,989 —

— de la chapelle 1699-1710. . . . 3,260,341 —

— de Marly 1679-1690 . 4,501,279 —

Plus des dépenses payées sur d’autres fonds

que ceuxdes Bâtiments (meubles, orfèvrerie,

tableaux antiques, étoffes d’or et d’argent). 19,639,282 —

Ce qui forme un total de . 1 16,438,892 livres

et représente une somme d’environ cinq cents millions de francs de nos jours en multipliant la livre de ce temps par 5.

Tout en reproduisant ce travail de Dussieux, nous ferons remarquer que, dans le compte ci-dessus, Marly figure pour quatre millions et demi, qui sont à déduire du total, en tenant également compte de la multiplication de la livre de l’époque de Louis XIV par 5. Dussieux ajoute qu’il est bon d’observer que sur ces cent seize millions de dépenses, le château de Clagny, bâti pour M“ de Montespan, a coûté plus de deux millions de livres, la machine de Marly près de quatre, les travaux de l’Eure plus de huit millions, etc.

Il serait inutile et fastidieux de donner ici le détail des Comptes des Bâtiments du roi, en ce qui concerne les dépenses de Versailles; mais le tableau en est curieux à consulter. On le trouve très clairement exposé à la fin du tome premier desdits Comptes, année par année. Depuis 1664, elles augmentent progressivement jusqu'en 1672; c’est l’époque des grands travaux du château et du parc. La décroissance s’accuse pendant trois ou quatre années, mais le mouvement ascendant des dépenses reprend pour ne plus s’arrêter jusqu’à 1680. A ce moment, le total en est de 25,725,836 livres 4 sous 8 deniers; ce total s’augmente, de 1681 à 1687, de 13,975,900 livres 3 sous 1 denier, puis de 4 millions de 1688 à 1695; les années suivantes ne virent plus, comme grande dépense, que les frais de la chapelle de Versailles. A l’aide de ces chiffres on peut, en tenant toujours compte de l’augmentation de l’argent, dans la proportion que nous avons indiquée plus haut, constater que la dépense de la construction de Versailles, quelque considérable, quelque disproportionnée qu’elle fût avec les ressources de la France, est loin d’avoir atteint les chiffres fabuleux qui ont été donnés pour établir que le désastre de nos finances venait de là.

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Évidemment le défaut de Louis XIV ne fut pas la parcimonie, et il faut reconnaître que c’est un amour insurmontable de faste et de splendeur qui le lança dans des entreprises aussi dispendieuses que l'était celle de construire le plus grand et le plus beau palais du monde, de faire jaillir des eaux, de tiacer de merveilleux parcs dans un endroit que la nature avait couvert de foiêts, qui ne comptait que des hameaux pour la plupart privés d’eau, et où son père n était parvenu qu’à construire un petit château de plaisance, à côté des ruines d un vieux château féodal.

Ce n’était pas seulement la nature qu’il tyrannisait, comme dit Saint-Simon, qui s’opposait à la réalisation de ses projets, c’était aussi les protestations de ses meilleurs et plus fidèles conseillers. Colbert lui-même, n osant plus faire au roi des représentations de vive voix, lui écrivait en 1 665 :

« Vostre Majesté retourne de Versailles. Je la supplie de me permettre de luy dire sur ce sujet deux mots de réflexion que je fais souvent et qu’elle pardonnera, s’il lui plaist, à mon zèle.

« Cette maison regarde bien davantage le plaisir et le divertissement de Vostre Majesté que sa gloire.

« Cependant si Vostre Majesté veut bien chercher dans Versailles où sont plus de 5ooooo ècus, qui y ont esté dépensés depuis deux ans, elle aura assurément peine à les trouver. »

Colbert voyait avec douleur Louis XIV abandonner Paris pour Versailles, et négliger l’achèvement du Louvre pour ce château dont il voulait faire une œuvre unique dans le monde. Ne sachant par quel moyen détourner le roi de Versailles, il ajoutait :

« Vostre Majesté sçait qu’au défaut des actions éclatantes de la guerre rien ne marque davantage la grandeur et l’esprit des princes que les bastiments, et toute la postérité les mesure à l’aune de ces superbes maisons qu’ils ont élevées pendant leur vie. O quelle pitié que le plus grand roy et le plus vertueux de la véritable vertu qui fait les plus grands princes, fust mesuré à l’aune de Versailles! Et toutefois il y a lieu de craindre ce malheur. »

En dépit des remontrances, fort sages d’ailleurs, du pauvre Colbert, Louis XIV continua Versailles, et si on le mesure à son aune, comme disait son ministre, Louis XIV n'en paraît pas moins grand.

Nous ne suivions pas ici les dépenses faites pour Versailles sous les règ’nes de Louis XV et de Louis XVI. Pour être beaucoup moins considérables que celles de Louis XIV, elles n’en eurent pas moins une assez grande importance, ne serait-ce

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qu’en raison des frais occasionnés par la construction des petits appartements. Leur installation eut pour conséquence, il est vrai, la destruction du merveilleux escalier des Ambassadeurs de Le Vau et Dorbay; mais elle nous a valu ces étonnants spécimens de la grâce et de l’élégance décorative du temps de Louis XV. Nous reparlerons, quand leur tour viendra, de ces appartements de Madame Adélaïde, par exemple, qui renferment jusque dans les moindres détails des lambris ou des boiseries des chefs-d’œuvre de goût qui sont encore aujourd’hui les éléments de précieuses leçons pour les artistes de tous les pays.

La monographie que nous avons entreprise, et qui commence au château construit par Louis XIII pour finir à l’année 1900, devra signaler époque par époque les grands travaux faits sous les différents règnes par les architectes Le Vau, Mansart, Robert de Cotte, par Gabriel, qui ne montra pas à Versailles le génie qu’on admire dans ses constructions du Garde-Meuble; nous constaterons aussi des travaux d’achèvement comme ceux du pavillon Dufour, sans oublier les travaux de restaurations, qui depuis quelques années ont pris une si grande importance au château de Versailles. Ces restaurations ont attiré l’attention des artistes, soulevé même des polémiques assez vives et que, en parlant du château, on ne saurait passer sous silence.

Depuis que le roi Louis-Philippe avait par sa volonté et par sa persévérance fait revivre le château de Versailles, menacé sous l’empereur, qui avait songé à le détruire, et assez oublié sous les Bourbons de la branche aînée, on ne s’était guère préoccupé des nouvelles dégradations que le temps y apportait, malgré l’importance des réparations faites. Des pierres se disjoignaient, des corniches se détachaient par morceaux, les joints s’ouvraient, et la ruine évitée sous Louis- Philippe recommençait à se montrer menaçante. Dans les bosquets surtout, les froids, les humidités de l’hiver, toujours particulièrement rigoureux à Versailles, avaient détérioré, sinon détruit, des constructions, des piédestaux, des bassins, des statues. Déjà, sous l’empereur Napoléon III, on avait cherché à appeler l’attention de l’administration sur une situation qui ne pouvait qu’aboutir à la destruction absolue d’objets d’art, de ces morceaux qui tous concourent à la gloire de « l’école de Versailles », comme on l’appelle aujourd’hui.

Après la guerre de 1870, quand les esprits eurent repris un peu de calme, l’art se remit à fleurir, et ce fut pour la France une époque de production qu’on ne saurait oublier. Le monde, qui avait été sevré d’art français pendant près d’une année, mit de toutes parts nos peintres, nos sculpteurs à contribution, et leur prouva que leur inactivité forcée ne les avait point fait oublier, loin de là. Le

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mouvement intellectuel s était produit avec plus d’intensité encore que les années

précédentes. . .

C’est alors que des curieux des choses du passé, des historiens, des écrivains,

des poètes, tournèrent les yeux du côté de Versailles, et constatèrent l’étrange abandon dans lequel on l’avait laissé. 11 faut lire les pages mélancoliques qu’inspire à Théophile Gautier, après le siège de Paris, une promenade solitaire dans le parc, quand il y constata l’œuvre destructive du temps. Un groupe d admirateurs de Versailles, dont nous avions, avec Victorien Sardou. 1 honneur de faire partie, mit toute son activité à faire cesser cet état de choses; des démarches furent faites et renouvelées auprès des ministres, des directeurs des Beaux-Arts, pour leur faire comprendre la part de responsabilité qui leur serait attribuée dans la ruine du château, du parc et des bosquets.

Un tel appel fut heureusement entendu, et bientôt on vit sauver dune perte certaine deux marbres merveilleux de Coysevox, la Vénus accroupie et la Nymphe à la coquille. Toutes deux furent transportées au musée du Louvre et remplacées, la première par un ancien bronze de Relier, moulage de cette statue, l’autre par une copie en marbre reproduisant l’original avec une rare fidélité.

L’idée de remplacer par d’excellentes copies les statues qui ont trop souffert des injures du temps est excellente en soi , et il est fort regrettable qu’on ne l’ait pas appliquée, par exemple, lorsqu’on enleva de l’entrée de l’allée royale ou du Tapis-Vert les deux chefs-d’œuvre de Puget. le Milon de Crotone et Y Andromède, au lieu de se contenter de combler les vides qu’ils laissaient par le déplacement d’autres groupes, par exemple celui du Laocoon de Tuby, qui fut enlevé au parc du Grand-Trianon.

Qu’il nous soit cependant permis de présenter ici une observation, et de faire remarquer que si rien n’est plus juste que de recueillir dans un musée une statue, un groupe dont le grand air entraînerait la ruine, il n’est pas indispensable que ce musée soit celui du Louvre. Les chefs-d’œuvre dont nous parlons ayant été faits expressément pour Versailles, il semble tout naturel que ce soit le musée de Versailles qui les abrite et conserve ainsi des richesses artistiques que les visiteurs seront heureux de retrouver dans le voisinage du milieu pour lequel elles ont été créées.

Et puisque nous avons commencé à parler des restaurations du palais de Versailles et de son parc, répondons en quelques mots aux objections qu’elles ont pu soulever.

Certes, le temps, qui emporte tant de choses, en sait apporter aussi, et sa

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grandeur et sa poésie apparaissent jusque dans les ruines qui marquent son passage. Si, chaque jour, son « pouce intelligent» vient adoucir des angles, harmoniser des contours, son souffle vient atténuer, changer des colorations, poursuivant incessamment sa tâche qui est d’unifier, d'égaliser peu à peu et, finalement, de détruire. Ici se pose naturellement cette question : Doit-on restaurer une œuvre d'art et empêcher les siècles de la faire retourner au néant, après l’avoir fait passer par les différentes phases qui permettent aux poètes, aux philosophes, aux penseurs, de tirer des rêveries et des enseignements de leurs ruines?

La réponse me semble se présenter d’elle-même : il faut d’abord, et à tout prix, entretenir, sous peine d’avoir fatalement à restaurer et, si l’on ne restaure pas, d’avoir à refaire ou à reconstruire. L'entretien constant , confié à des artistes, eût sauvé de la ruine et de la destruction bien des chefs-d’œuvre; des lichens, des lèpres végétales enlevés à temps des marbres de Puget, par exemple, nous permettraient d’admirer tels qu’ils sont sortis de ses mains et ce Milon de Crotone et cette Andromède, où les hivers de Versailles ont laissé des traces irréparables aujourd’hui.

Quand il s’agit des bâtiments, c’est bien autre chose. Si l’entretien n’en est pas, comme je le disais, continuel, c’est l’effondrement à prévoir dans un délai qui peut être apprécié. Les pierres maîtresses, les clefs de voûtes atteintes, la ruine complète d'une construction peut être considérée comme consommée, à moins qu’on ne consente à rebâtir et à édifier un monument qui peut, matériellement, être aussi beau que celui qu’il remplace, mais n’aura pas le charme, la poésie que les années seules savent donner et dont elles imprègnent, pour ainsi dire, jusqu'aux pierres. En regardant les silhouettes de ce merveilleux palais dont l’image tint dans les yeux de Louis XIV, de Molière, de Racine, de Bossuet, de Villars, ces marches que gravirent des reines, des Montespan, des Pompadour, que de souvenirs glorieux ou charmants s’éveillent dans l’esprit! L’impression serait-elle la même, si après l’avoir laissé tomber en ruines on nous réédifiait de neuf le château de Versailles, et ressentirait-on. en passant dans ces appartements reconstruits, l'émotion qu’on éprouve en regardant ces lambris, ces chambres que ne semblent pas avoir quittées les âmes de leurs royaux habitants? Non, certes, et c’est pourquoi nous protestons au nom de l’art contre tous les destructeurs de souvenirs.

Mais ce qu’il faut réclamer, par exemple, c’est l’entretien qui évite les réparations. Quant aux réparations, devenues, hélas! indispensables par la négligence, il est nécessaire qu’elles soient faites avec tact et discernement, et qu’au lieu de s’étaler au grand jour, elles se dissimulent autant que possible. Montrées avec ostentation, elles ne peuvent qu’accuser la coupable insouciance d’une adminis-

tration qui a laissé le mal s’aggraver, et faire critiquer celle qui le répare. Malheureusement il a fallu beaucoup refaire à Versailles (infiniment moins qu on ne le croit cependant), et il est de notre devoir de dire que l’administration doit être défendue contre des accusations d'actes de barbarie dont elle n est vraiment pas coupable.

On lui a reproché, entre autres griefs, d’avoir remis en état « le Buffet », ruiné, de Mansart au Grand-Trianon. N’était-il pas intéressant, au contraire, de voir exactement comme Louis XIV et Louis XV l’avaient vu , avec toute leur coloration, leurs ors, ces beaux marbres, ces plombs, cette magnifique composition d’un art si élégant?

Pour arrivera ce résultat, on s’est contenté de copier exactement, scrupuleusement, dans sa tonalité, le tableau d’Étienne Allegrain que possède le musée de Versailles. Par exception, ne pouvait-on pas faire revivre dans ce coin isolé du parc de Trianon, sans blesser aucun ensemble, un morceau aussi intéressant? Je dis par exception, car le beau ton gris des plombs, devenus aussi doux à l’œil, par le travail du temps, que l’argile des sculpteurs, donne à tous les groupes des bassins de Versailles une unité, un charme incomparables. Pour eux, je l’avoue, je ne regrette pas la disparition de l’or étincelant et criard dont l’éclat, commandé par le goût de l’époque, choquerait aujourd’hui tous les yeux. Pour revenir au Buffet de Mansart, je suis loin d’en blâmer la restauration, ne regrettant qu’une chose, c’est qu’on ne l’ait pas complétée en replaçant sur les beaux piédestaux qui sont posés devant lui les délicieuses statues de Louis XV et de Marie Leczinska, de Nicolas et de Guillaume Coustou; les originaux sont aujourd’hui au Louvre, et, à leur défaut, rien ne serait plus facile que d’en faire faire deux bonnes copies.

Les réparations de la « Colonnade », qui renferme le beau groupe de Girardon, l’Enlèvement de Proserpine, n’ont pas été faites avec moins de soin ni de respect; aucun marbre nouveau n’y a été rapporté; on s’est contenté de consolider les parties trop compromises et qui faisaient courir trop de risques à la construction de Mansart; on a débarrassé les marbres des moisissures et des végétations qui les effritent et les délitent si vite sous notre ciel.

La réedification des « Dômes » est, quoi qu on en ait dit, un travail nécessaire pour commencer à compléter l’ensemble des bosquets de Versailles. Les statues qui ornaient celui-ci ont été presque toutes replacées sur les piédestaux; le bassin, si curieux avec ses chéneaux à effets deau, fonctionne comme autrefois; on a nettoyé ces merveilleux bas-reliefs auxquels ont travaillé les principaux artistes de l’époque, et une grande partie des deux édicules, détruits parce qu’on

ne daignait pas les réparer, gît dans les magasins; ces fragments importants sont des colonnes, tous les chapiteaux de ces colonnes, des pilastres, des socles, des bases, les deux motifs supérieurs, des plans, des tympans, des mascarons, des trophées en plomb, un grand fronton principal, des feuilles d’angles, etc., plus des substructions presque intactes, qui indiquent exactement l’emplacement des pavillons, et un dessin gèométral du temps, concordant exactement avec les éléments que nous venons de signaler. Donc les « Dômes » peuvent et doivent être reconstitués avec ces fragments, qui naturellement devront être complétés, mais cela rien qu’en copiant scrupuleusement les modèles qu’on a conservés et en dissimulant le plus possible tout ce qui devra forcément être le résultat d’un travail nouveau.

Je pourrais bien aussi parler ici des travaux des Petit et Grand Trianons, insister sur l’habile restauration du «Temple de l’Amour », sur ceux du « Pavillon Français », dont toutes les boiseries ont été réparées par de respectueux et intelligents ouvriers qui sont de véritables artistes; mais il est temps d’arriver à la description de tant de merveilles, en émettant de nouveau le vœu de les voir dorénavant entretenir avec un soin tel que nos petits-fils n’aient point à recommencer les travaux qui viennent d’être faits.

Et, pour conclure, je crois devoir faire remarquer à ceux qui ont combattu le principe des réparations de Versailles, en opposant au château désormais consolidé, ou sur le point de l’être, la grande impression produite par les ruines du Parthénon ou celles du château de Heidelberg, que les amis de ces chefsd’œuvre ont demandé depuis longtemps que de discrets moyens de soutènement les empêchent de s’écrouler, et que d’ailleurs leur cas n’est pas celui du château de Versailles. En effet, ici, il ne s’agit pas seulement de maintenir dans la pureté de leurs majestueuses lignes de développement des murailles qui n’auraient d’autre raison d’être que la beauté de leurs silhouettes se découpant sur un ciel pur ou nuageux, sur des couchers et des levers de soleil merveilleux, des nuits sombres ou étoilées; il s’agit aussi de sauver de la destruction d’incomparables trésors d’art décoratif, et ce sont ces murailles qui les protègent comme l’écrin protège les précieux joyaux.

Et maintenant, sans prétendre à découvrir le palais de Versailles, nous allons essayer d’en dénombrer les richesses artistiques, examiner ces appartements où pendant plus d’un siècle sont passées tant de grandes figures et l’histoire de la France elle-même, où se déroula ce règne qui tint entre deux glorieuses victoires, Rocroy et Denain, cette royale demeure dont la splendeur commença

INTRODUCTION

sous l'éclat du soleil de Louis XIV, pour s’éteindre dans l’ombre de la tempête révolutionnaire.

Avant de terminer ce préambule, nous croyons devoir indiquer sommairement les sources où nous avons puisé la plupart des éléments de cette monographie. Nous avons dû avoir recours, outre aux Comptes des Bâtiments du roi, s, précieux à tous égards, aux ouvrages de Fêlibien, Pigamol de La Force. J.-B. de Monicart, Claude Denis, Dangeau, du duc de Luynes, aux mémoires des Anthoine, aux œuvres de M"e de Scudéry, Blondel, Narbonne, aux correspondances des directeurs de l’Académie de France à Rome, à Vaysse de Villers, au Cicerone, à Jal, Eudore Soulié, Dussieux, Le Roy, etc., et aux travaux de M. Guiffrey, dont le nom seul est d’un poids si considérable pour les chercheurs et les amis de l’art. Nous avons aussi emprunté à M. Pierre de Nolhac, qui a fait de si intéressantes découvertes dans ce musée de Versailles, auquel ses fonctions de conservateur lui ont permis de rendre tant d’importants services.

Les estampes, les plans, nous ont été aussi d un grand secours, et nous engageons vivement ceux qu’intéresse Versailles à consulter d’abord la très belle collection qu’en possède la Chalcographie du Louvre. Ils y trouveront dans l’œuvre d’Israël Silvestre, de Cochin, de Lepautre, de Rigaud, Perelle, Aveline, Thomassin, Menant, dans les gravures de Surrugue, Baquoy, Simonneau, Girard. Maria Hortemels. Rochefort. Delamonce, Fonbonne et de tant d’autres, de très curieux renseignements; mais ces renseignements, ils devront parfois les contrôler par d’autres documents, tels, par exemple, que les tableaux des vues de Versailles, dont la précieuse collection est réunie dans les salles 34, 35, 36 et 37 du rez-de-chaussée du château, et dans lesquels Van der Meulen, les Martin, Cotelle , Allegrain, nous montrent les constructions, le parc, les fontaines, les bosquets, tels qu’ils étaient et non pas, comme l’ont fait certaines gravures, tels qu’ils avaient été projetés.

En effet, les artistes graveurs de ce temps, avec la précipitation de nos illustrateurs d’événements journaliers, saisissant souvent au vol le moindre bruit d’un nouveau désir du roi, burinaient comme définitifs des projets auxquels il avait renoncé au bout de quelques jours. C’est ainsi qu’il existe une gravure, signée Salle et Aveline, représentant l’Orangerie telle quelle a peut-être dû être, mais certainement telle qu’elle n’a jamais été, avec ses « caisses d’orangers meslez de plusieurs jets d’eau et statues représentant les principales nations du monde rendant hommage à la statue du roy en tenant en leurs mains des fleurs de leurs pays, une gallerie pour mettre des statues antiques, une gallerie pour mettre un billard et autres sortes de jeux, et enfin, au milieu de l’un des

INTRODUCTION

nombreux bassins, la statue du rhy faite par les ordres de M. le duc de la Feuillade ». Or rien de tout cela ne fut réalisé, excepté la présence de l’ancienne statue de la place des Victoires ; elle est aujourd’hui dans l’intérieur de l’Orangerie et n’a jamais figuré où Aveline l'a placée dans sa gravure.

Mais il s’agit moins, dans un travail comme celui que nous avons entrepris, de redresser des erreurs ignorées pour la plupart, et qui d’ailleurs finissent toujours par tomber avec le temps, comme tout ce qui est faux, que de montrer les choses sous leur véritable jour. Les curieux de menus détails les trouveront aisément aux sources où tout le monde peut les prendre, et où nous-même avons puisé. Nous avons cru surtout intéressant de présenter dans son majestueux ensemble le château de Louis XIV, d’en indiquer les grandes lignes et d’en établir l’histoire depuis ses origines; nous nous sommes efforcé de le montrer, autant que possible, animé de la vie que lui ont donnée les cours de quatre règnes, d’aspect et de mœurs si différents, jusqu’au jour où la Révolution a imposé le silence aux courtisans et ouvert les portes du palais aux fureurs populaires et aux injures du temps.

Heureusement qu’après l’effroyable tempête des guerres civiles et étrangères, le soleil de la paix vint briller sur la France, et, éclairant les ruines qui s’étaient faites, lui fit comprendre qu’elle allait perdre un des plus éclatants témoignages de sa grandeur artistique. C’est alors que le roi Louis-Philippe, se souvenant du palais où il était né, eut l’idée, pour pouvoir le restaurer sans heurter les susceptibilités des partis, de le dédier à « toutes les gloires de la France ». Chacun applaudit à la dédicace : le château de Versailles était sauvé.

Château de Louis XIII, d’après Silvestre.

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