SALLE DU CONSEIL - CHAMBRE DE LOUIS XIV
a visite des grands appartements du château est presque terminée. Nous allons pénétrer dans la chapelle, dont nous avons déjà admiré le vestibule, et examiner autant que possible les détails de ce chef-d’œuvre d’un art nouveau, d’une architecture moins sévère que celle de l’époque de Louis XIV, et qui marque la transition que l’époque de la Régence va accentuer davantage. Celui qui vient de voir les grandes et majestueuses façades du château créées par Le Vau, développées et perfectionnées par Mansart, qui en a admiré la grandeur et la simplicité, éprouve quelque étonnement en présence de cette merveille d’élégance, qui évoque, en même temps que le souvenir de la Sainte-Chapelle, les principes des raffinements délicats du style Louis XV.
Rien de plus explicable pourtant que cette singulaiitè, quand on saura que c’est surtout à Robert de Cotte, dont on retrouvera la main aux restaurations du
palais du Grand-Trianon, qu’est due la majeure partie de l’exécution de la chapelle. Beau-frère de Hardouin Mansart, il fut par lui associé aux travaux de
construction qu il acheva à sa mort. Naturellement il dut suivre les dessins laissés par Mansart; mais subissant, à son insu peut-être, un nouveau et impérieux mouvement d’art, il dut y apporter, même du vivant de Mansart, des modifications qui répondaient mieux à l’esthétique du moment.
Porte du rez-de-chaussée de la chapelle.
La chapelle fut commencée en 1699, et livrée au culte en 1710. Elle tient au château du côté du nord, et n a de visible extérieurement que son chevet et sa partie méridionale, qui forme un côté de la cour de la chapelle. Sur ce chevet on voyait, jusqu en 1765, une lanterne ornée de riches sculptures en plomb doré;
Voussure de l’entrée de la chapelle.
elle fut supprimée comme menaçant ruine, et peut-être, — il est quelquefois des accidents heureux pour les œuvres d’art, — la silhouette de la chapelle n’a-t-elle pas perdu à cette suppression. Le comble est aussi décoré d ornements de plomb, dorés autrefois; il porte à ses deux extrémités des groupes d anges par Lepautre et G. Coustou. Les balustrades qui entourent la partie élevée sont garnies de vingt-huit statues de pierre de Tonnerre, hautes de trois mèties, elles représentent les douze Apôtres et des Pères de 1 Église.
Les dix premières statues, placées du côté du parc, sont : saint Thomas et saint Jacques le Mineur, par Magnier; saint Jacques le Majeur et saint André, par Théodon; saint Paul et saint Pierre, par Poirier; saint Jérôme et saint Augustin, par Coustou ; saint Grégoire et saint Ambroise, par Lepautre. Au
Antoine Coypel.
chevet : les quatre Évangélistes, par Van Clève. Du côté du nord : saint Basile et saint Athanase, par Poultier; saint Chrysostome, par Flamen; saint Grégoire de Nazianze, par Iiurtrel; saint Philippe et saint Barthélemy, par Flamen; saint Simon et saint Jude, par Lemoine ; saint Barnabe, par Bourdict; saint Mathias, par Lapierre. Plus : la Foi, par Slodtz ; la Justice, par Granier ; la Charité, par Le Lorrain, et la Religion, par Barrois, tous sculpteurs dont nous retrouverons des œuvres dans le parc.
C’est l’ordre corinthien avec ses pilastres cannelés qui règne sur tout le
pourtour extérieur ; le même ordre se retrouve à l’intérieur. Rien de plus délicat, de plus parfait que les colonnes corinthiennes en pierre de liais et de Tonnerre qui soutiennent la voûte; elles sont striées et ornées de filets qui s’étendent dans toute la longueur des cannelures, ajoutant beaucoup à leur finesse. L’ensemble de la chapelle ne peut être bien apprécié que lorsqu’on entre par le vestibule qui conduit à la tribune royale qui fait face au maître-autel.
Cette tribune se développe dans
toute la largeur de la chapelle. A chaque bout de la balustrade qui la termine, on voyait deux grandes lanternes en bois doré, garnies de glaces, d’où le roi et la reine venaient assister aux offices.
Le roi occupait la lanterne de gauche, et la reine celle de droite. Le roi ne descendait dans la chapelle que lorsqu'un évêque officiait. De cette tribune on peut aisément voir les peintures qui ornent la voûte et viennent compléter une décoration admirable à tous les points de vue , et par la richesse et par le haut goût qui y domine.
Trois grandes peintures occupent la voûte. Au milieu c’est le Père éternel Charles de Laisse.
dans sa gloire, par A. Coypel; Dieu est
représenté dans le ciel, au milieu des nues, entouré de sa gloire et des anges. Le même artiste a peint, de chaque côté, deux groupes d’esprits célestes portant la colonne et la croix, instruments de la passion de Jésus-Christ. Les quatre Évangélistes sont représentés aussi par lui dans les voussures des fenêtres de l’attique, et aux extrémités du plafond Charlemagne et saint Louis. Sur les pendentifs, A. Coypel a peint aussi les douze Prophètes.
La voûte du chevet a pour sujet la Résurrection de Jésus-Christ, par Lafosse. Le Christ apparaît dans les airs, entouré de groupes d anges et dominant les soldats, gardiens du sépulcre saisis de frayeur. Un seul des soldats s efforce de résister et, furieux, menace l ange qui est assis sur la pierre du tombeau. La Descente du Saint-Esprit, peinte par Jouvenet, occupe toute la partie de la voûte qui est au-dessus de la tribune royale. Le Saint-Esprit, sous la forme d une colombe, est placé au plus haut de cette voûte, au milieu de plusieurs groupes
d’anges. Ces trois peintures de grand effet complètent admirablement la décoration de la chapelle.
Antoine Coypel, qui peignit la partie centrale de la voûte, fils de Noël Coypel, directeur de l’Académie de Rome, profita de son séjour en Italie pour y étudier les maîtres. A vingt ans, il fut reçu à l’Académie et peintre de Monsieur, frère de Louis XIV. Sollicité d’aller se fixer en Angleterre, où la plus brillante situation
lui était offerte, il en fut détourné par le duc de Chartres, resta à Paris, et y peignit, en deux ans, la galerie du Palais-Royal, où il avait représenté V Histoire cl’Énée. Louis XIV le félicita lui-même à l’occasion de sa peinture de la chapelle de Versailles, et le nomma directeur des tableaux et dessins de la Couronne. L’église de Notre-Dame, le chœur des Chartreux, la paroisse de Versailles, Meudon. Marly, furent ornés d’œuvres de cet artiste, d’une valeur reconnue encore aujourd’hui. Il naquit à Paris en 1661, et y mourut en 1722.
Charles de Lafosse, qui peignit la voûte du chevet de la chapelle, était neveu d’un auteur tragique bien oublié présentement, de Lafosse d’Aubigny, l’auteur de Thésée, Corésus et Callirhoë, de Polixène, et de Manlius Capitolinus , œuvres sorties depuis longtemps du répertoire. Charles de Lafosse, élève de Le Brun, fit, comme la plupart des artistes contemporains, ses études artistiques en Italie. Après avoir obtenu de grands succès en France, il passa en Angleterre et y laissa de nombreuses et importantes œuvres. De retour en France, il fut chargé de plusieurs ouvrages pour la chapelle des Invalides, pour celle de Versailles et pour le chœur de Notre-Dame entre autres. 11 était né à Paris en 1640, et y mourut en 1716.
Jean Jouvenet, l’auteur de la Descente du Saint-Esprit à la chapelle de Ver-
sailles, descendait d’une famille de peintres. Son aïeul, Noël Jouvenet avait donné les premières leçons au Poussin. Venu à Paris, Le Brun le prit sous sa protection et le fit recevoir à l’Académie. Ses œuvres décoratives sont éparses dans les églises et les musées, et leur valeur explique très bien le succès quelles obtinrent à leur apparition. Jouvenet naquit à Rouen en 1644, et mourut à Paris en 1717. Frappé de paralysie de la main droite en 1713, il se mit à peindre de la main gauche, sans que la sûreté de son exécution ait eu à en souffrir.
Le Louvre possède d’Antoine Coypel : une Athalie chassée du Temple , Suzanne accusée par les deux vieillards, Esther en présence d'Assuérus, et Rébecca et Éliézer; de Lafosse : un Moïse sauvé des eaux, l’Enlèvement de Proserpine, le Mariage de la Vierge, le Sacrifice d’Iphigénie; de Jouvenet : douze tableaux dont plusieurs sont célèbres, tels que: la Pêche miraculeuse, Jésus guérissant les malades,
Jésus chez Marthe et Marie, la Résurrection de Lazare, le Portrait de Fagon, médecin de Louis XIV, etc.
Sans entrer dans le détail des richesses artistiques accumulées dans la chapelle, nous signalerons d’abord le merveilleux carrelage du sol, chef-d’œuvre de mosaïque, sur lequel reposent des arcades sur les archivoltes desquelles sont sculptés des bas-reliefs d’une rare perfection, dus aux sculpteurs les plus habiles : Coustou, Van Clève, Magnier, Lepautre, Le Lorrain, etc.
Le maître-autel est fait de marbre et de cuivre doré, orné d’un grand bas-relief de Van Clève. Dans les bas-côtés, tout aussi riches de sculptures et d’ornements, on compte sept chapelles dédiées à sainte Adélaïde, sainte Anne, saint Charles Borromée, la chapelle du Sacré-Cœur de Jésus (construite sous Louis XV), des autels dédiés à saint Philippe, saint Louis et sainte Victoire.
1 panneau de la porte de la chapelle.
Nous avons parlé plus haut de la tribune royale placée au fond de la chapelle. A ses deux extrémités commencent les tribunes des pourtours, qui sont divisées en quinze travées par les colonnes et les piliers qui soutiennent l’attique. Les
arcades des grandes travées sont surmontées de figures assises, sculptées en bas-relief et représentant les Vertus. Les plafonds contiennent des peintures qui représentent les douze Apôtres. Voici les titres des peintures et des sculptures des travées et de leurs plafonds, avec les noms des artistes à qui on les doit :
La Charité et la Religion, bas-relief par Le Lorrain; la Charité allaitant un enfant, la Religion tenant d'une main la croix, de l’autre s’appuyant sur la Bible; Saint Barnabé, peinture de Bon Boulogne; le saint, vêtu d'une tunique blanche et d’un manteau de pourpre, est environné de quatre anges; la Prudence et la Justice, la Prudence avec ses attributs, un miroir et un serpent, appuie la main sur une tête de mort; la Justice tenant ses balances et un faisceau. Au plafond, Saint Jude, peint par Bon Boulogne; l’ Humilité et la Sagesse, bas-relief par Lapierre ; Saint Jacques le Mineur, plafond par Bon Boulogne ; la Modération et la Mortification, bas-relief par Frémin; Saint Jacques le Majeur, plafond par Bon Boulogne; Anges portant des instruments de musique, plafond par Bon Boulogne; \a Libéralité et le Zèle, bas-relief de Le Lorrain ; le Ravissement de saint Paul, par Louis Boulogne; la Clémence et la Miséricorde, par Slodtz ; un Concert d’anges, plafond par Louis Boulogne; la Vigilance et l’Éternité, bas-relief par Thierry; Saint Pierre, plafond par Louis Boulogne; Trois anges chantant, par Louis Boulogne; V Adoration et la Contemplation, bas-relief par Magnier; Saint André, par Louis
Chute du pilastre intérieur de la chapelle.
Boulogne ; Sainte Thérèse en extase, tableau peint par Santerre; la Mort de sainte Thérèse, bas-relief en bronze par Vinacho; la Piété et Y Obéissance, bas-relief par Lemoine; Saint Philippe, plafond par Louis Boulogne ; la Modestie et la Pureté, bas-relief par Lepautre; Saint Simon, plafond par Louis Boulogne ; la Tempérance et la Foi, bas-relief par Poultier; Saint Matthieu, plafond par Louis Boulogne; Y Espérance et la Foi, bas-relief par Coustou; Saint Thomas, par Louis Boulogne.
La chapelle de la Vierge est placée au-dessus de celle de saint Louis; dans la coupole, est peinte une Assomption de la Vierge, œuvre qui passe pour la meilleure de Louis Boulogne; la Vierge, entourée de nuées, lève son regard et ses bras vers les cieux; un ange soutient le nuage qui la porte. Dans les trois arcades sont représentées la Pureté, sous les traits d’une jeune fille voilée et vêtue de blanc, tenant un lis; YHumilité, figurée par une autre jeune fille, une couronne sous les pieds, et Y Amour divin, peints aussi par Louis Boulogne.
Nous ne saurions entrer dans plus de détails sur les richesses d’art
Pilastre de la chapelle avec chute.
que contient la chapelle; l’impression que
ressent le visiteur, en présence de ce luxe de haut goût, est tout autre que celle qu'il éprouve devant les beautés plus graves du palais qui datent du milieu du règne de Louis XIV. C’est pourtant le génie de Mansart qui domine encore; mais le xvii’ siècle vient de finir, et une nouvelle transformation de l’art annonce le commencement du xvnf. C’est par la grandeur et la majesté qu’on est frappé
en regardant le palais, c’est par la grâce et l’élégance qu’on est charmé en admirant la chapelle. La transition est faite, et bientôt vont apparaître les délicatesses ingénieuses du style Louis XV.
Nous avons fréquemment cité, à propos des peintures de l’intérieur de la chapelle, le nom de Boulogne. C’est celui d'une famille d’artistes dont le plus ancien, père de Louis Boulogne et Bon Boulogne (qu’on écrit souvent Boullongne), exécuta des peintures à Versailles, dit Guillet de Saint- Georges, « dans l’appartement de l’ordre attique qui, depuis, a été démoli pour la construction de la Grande Galerie. » Il eut deux fils, Bon et Louis; le premier travailla d’abord sous Le Brun à l’escalier des Ambassadeurs, puis aux Invalides, à Trianon, à la Ménagerie et enfin à la chapelle. Son frère Louis, qui signa: de Boulogne le jeune, se fît connaître par ses importantes copies Baïustres en cuivre. d’après les maîtres italiens, et particulière¬
ment Raphaël. Il travailla aussi aux Invalides, entra à l’Académie des inscriptions, puis fut anobli. Le premier naquit à Paris en 1649, et y mourut en 1717. Le second y naquit en 1654, et y mourut en 1733. Nous avons parlé plus haut de leurs sœurs, Geneviève et Madeleine Boulogne.
Nous résumerons également la vie d’un homme qui fut un précieux auxiliaire pour Henri Mansart, l’architecte Robert de Cotte, son élève et son beau-frère, et qui travailla avec lui aussi bien pour le palais de Versailles que pour celui de Trianon. On lui doit, dit l’abbé de Fontenai, le dessin du Vœu de Louis XIII, à Notie-Dame de Paris, le portail de l’église Saint-Roch, un grand nombre
d’hôtels à Pans, le plan de la place Bellecour à Lyon et les bâtiments qui en ornent les côtés; le palais épiscopal de Verdun, celui de Strasbourg. Il dirigea les travaux d’arrangement et de décoration intérieure à la Bibliothèque, etc. etc.
Grille de la chapelle.
Robert de Cotte, dont l’influence apparaît visiblement dans la construction de la chapelle de Versailles, fut directeur de l'Académie d’architecture et vice-protecteur de celle de sculpture et de peinture. Il dessina les plans des palais des électeurs de Bavière et de Cologne, du comte d’Hanau, de l’évêque de Würzbourg, etc. etc. C’est à Robert de Cotte que l’on doit, dit l’architecte Patte, une invention qui modifia beaucoup l’aspect des appartements, 1 emploi de glaces
Un des petits autels de la chapelle.
Rentrons dans l’intérieur du château, en traversant les appartements particuliers du Roi, c’est-à-dire le cabinet des Médailles ou des Raretés, devenu depuis 1 appartement de M"e Adélaïde ; la Petite Galerie, dont l’emplacement est occupé par la bibliothèque, la salle à manger à la suite et un cabinet, ancien appartement de M” de Montespan; le salon Ovale, remplacé sous Louis XV par trois
cabinets, dont 1 un lui servait de cabinet particulier; le cabinet des Agates et des Bijoux, le cabinet du Billard, devenu la chambre à coucher de Louis XV, qui fut formée du cabinet du Billard ou Cabinet des chiens du roi Louis XIV : toutes pièces dont nous avons eu 1 occasion de parler plus haut, en examinant les collections de tableaux de maîtres qui y étaient conservées.
Salle du Conseil. — Entrons dans une pièce qui, jointe à une autre, forme aujourd’hui la salle du Conseil. On l’appelait le cabinet des Perruques ou cabinet des Termes. Ce dernier, qui n’existe plus, avait pris son nom, dit Piganiol , de vingt figures d’enfants en forme de Termes, qui ornaient une espèce d’attique élevée audessus de la corniche. C’est par cette pièce que le roi entrait dans la Grande Galerie, lorsqu’il allait sans cérémonial à la chapelle. Ce cabinet était entièrement orné de glaces dans les trumeaux, entre les portes et les fenêtres. On y voyait des consoles chargées de vases ou d’objets d’art et quatre tableaux de Bassan : Noé faisant construire V arche , aujourd’hui au musée de Grenoble ; Noé faisant entrer tes animaux dans l’arche, au musée du Louvre (une répétition de ce tableau est au musée de Boulogne) ; Moïse frappant le rocher, au musée du Louvre, et Noé offrant un sacrifice, appartenant au musée de Bordeaux.
A propos du cabinet des Perruques, l'État de la France nous dit que Louis XIV changeait plusieurs fois de perruques en une journée. Le barbier à qui le soin en était confié venait présenter au roi deux perruques, quelquefois plus, de différentes longueurs ; la perruque du lever était plus courte que celle qu il
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portait dans la journée; cette dernière variait suivant l'heure ou le montent; celle qu’il mettait pour aller à la chapelle était autre que celle dont il se coiffait pour aller dîner, chasser, souper ou faire sa promenade dans le parc.
Voussures de la chapelle, côté de la tribune royale.
La salle du Conseil se trouvait placée entre sa chambre à coucher et le Cabinet des Termes; elle était moins grande mais mieux éclairée que ce dernier. Parmi les tableaux qui l’ornaient on en remarquait trois de Poussin, qui appartiennent maintenant au musée du Louvre : les Aveugles de Jéricho, le jeune Pyrrhus sauvé et une Bacchanale; on y voyait aussi : la Séparation de saint Pierre et de saint Paul, par Lanfranchi. également au Louvre. Nous ne parlerons pas
ici de l'exquise décoration de la salle du Conseil qu’on admire présentement; elle date du temps de Louis XV, et nous nous y arrêterons quand nous mentionnerons les modifications qui furent faites sous son règne au château de Versailles.
On y voyait aussi des études de fortifications, des cartes géographiques, des
Plan actuel de la chambre à coucher de Louis XIV.
tableaux généalogiques, instruments de travail dont le roi était entouré. C’est là qu’on rencontrait souvent un personnage singulier, à peu près inconnu aujourd'hui, bien que Charles Perrault et d’Alembert en aient parlé et que Saint-Simon l’ait signalé dans ses Mémoires. M. de Villiers du Terrag'e lui a consacré une étude qui fait mieux connaître l’importance qu’il eut dans son temps; il s’agit de Toussaint Rose, qui devint marquis de Coye, président de la Chambre des
comptes et membre de l'Académie française, titres que lui valurent surtout ses fonctions de secrétaire particulier de Louis XIV.
Pendant plus de quarante-cinq ans, dit son biographe, seul des secrétaires du cabinet, Rose « tint la plume », c’est-à-dire qu’à tout instant il prenait en quelque sorte la personnalité du roi, écrivant pour lui. en son nom et « de son écriture », sa correspondance même la plus intime et la plus secrète. Aucun secrétaire du roi n'eut comme lui la confiance de son maître; à la cour il fut un personnage, comme à la ville et à l’Académie; tout ce qu’il demandait au roi était chose obtenue d’avance, et le prince de Condé lui-même ne put lui manquer impunément. Molière, Saint-Simon furent de ses amis; à l’Académie, Boileau, La Bruyère, Choisy, s’honorèrent de sa « connaissance ».
Toussaint Rose avait été légué à Louis XIV par Mazarin . de qui il avait été secrétaire ; ce fut à lui que Louis XIV dicta les recommandations que le cardinal lui avait faites quand il sentit venir la mort. Le livre de M. Villiers du Terrage est plein de spirituelles et mordantes reparties de Rose qui ne peuvent prendre place ici. Son écriture et celle de Louis XIV étaient de tous points semblables; une note de Rose nous apprend qu’il arrivait souvent au roi de mettre de sa main un post-scriptum ou une « autre ligne » aux lettres qu’il écrivait, et que cela n’était pas apparent.
Semblant oublier que Rose, qui avait été en commerce d'amitié avec lui, avait été plus qu’un secrétaire, mais parfois un conseiller pour Louis XIV. Saint-Simon se contente d’abord de dire que celui qui par métier « avait la plume » n’était qu’un faussaire public et faisait par charge ce qui coûterait la vie à tout autre. Pourtant il ajoute ce correctif important au court chapitre qu’il lui consacre : « Il n’est pas possible de faire parler un grand roi avec plus de dignité que faisait