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Partie de la courtepointe du lit du roi

Rose, ni plus convenablement à chacun ni sur chaque matière. » Et plus loin : « Il était extrêmement secret, et le Roi s’y fiait entièrement. » Toussaint Rose, qui était né à Provins en i6i5, mourut à Paris en 1701, laissant une fortune

considérable.

C’est donc dans la partie de la salle du Conseil contiguë à la chambre du Roi, que se trouvait le cabinet de Louis XIV; c'est là que chaque jour il venait travailler avec une régularité que rien ne put interrompre que la maladie, et encore faut-il dire qu’alors même qu’il touchait à ses derniers jours, il s’y faisait transporter dans une chaise roulante, cherchant à reprendre le cours d’une vie d’activité qui lui échappait.

Rien n’était plus difficile que l’accès de ce cabinet. « D’audiences à espérer dans son cabinet, dit Saint-Simon, rien n’était plus rare, même pour les affaires du Roi dont on avait été chargé. Bien que tout le monde pût parler

Mort de Louis XIV.

librement au Roi, ajoute-t-il, en allant ou revenant de la messe, en passant d’un appartement à un autre, ou allant monter en carrosse, les plus distingués, même quelques autres, s’avançaient jusqu’à la porte de son cabinet, mais sans oser l’y suivre.

La chambre du Roi — Cette pièce fut d’abord désignée sous le nom de grand cabinet du Roi, alors que le roi couchait dans la partie du salon de l’Œil-de- Bœuf contiguë à la chambre' dont nous parlons; on l’appela d’abord Salon où le Roi s’habille; c’est là, selon Piganiol, que Sa Majesté s’habillait et se déshabillait. Sa description , à part celle du mobilier, ne diffère guère de celle qu’on en ferait aujourd’hui; la décoration présente autant de splendeur que celle

et les deux trianons

des autres salles, avec plus de discrétion peut-être, de légèreté et de bon goût. C est la seule pièce importante des grands appartements dont le plafond n’ait été orné d’aucune peinture. On constatera cette singularité en consultant un tableau de la fin du xvif siècle dont nous avons parlé plus haut; il est placé dans l’antichambre du roi, et représente la cérémonie de la création des chevaliers de l’ordre de Saint-Louis par le roi dans sa chambre. La décoration actuelle s’y retrouve, bien que le peintre 1 ait assez légèrement indiquée pour laisser l’attention se porter seulement sur les personnages de la scène qu’il a voulu représenter. 11 existe aussi une vue de cette chambre gravée par Cochin fils, et montrant Louis XI\ dans son lit de mort, et adressant ses derniers conseils à son petit-fils; elle est reproduite ci -contre.

La nudité du plafond ayant paru, sous l’Empire, contraster avec la richesse de la décoration générale, on y fit placer vers 1814 une peinture de Paul Véronèse : Jupiter foudroyant les crimes, qui provenait de la salle du Conseil des Dix, à Venise. Des pluies ayant traversé le plafond de la chambre du Roi, le tableau fut enlevé, restauré et mis dans le musée du Louvre. De chaque côté du lit se trouvaient deux tableaux des plus précieux: Saint Jean l’Évangéliste dans Vite de Pathmos, par Raphaël, aujourd’hui au musée de Marseille, et David jouant de la harpe, du Dominiquin, transporté au Louvre. Les autres tableaux qui ornaient cette chambre étaient : le portrait de François de Moncade, par Van Dyck; le portrait de Van Dyck, par lui-même; les Pharisiens, une Bohémienne, par Le Valentin ; Agar dans le désert, par Lanfranchi, appartenant présentement au Louvre; le Mariage mystique de sainte Catherine, par Paul Véronèse, aujourd’hui au musée de Compiègne, et une Madeleine , du Dominiquin, appartenant au musée de Marseille, plus Quatre Évangélistes, du Valentin, placés dans l’attique, au-dessus de la corniche.

Le lit du roi était de velours cramoisi, enrichi d'une broderie d’or. Il était, comme aujourd’hui, dans l’enfoncement que forme une arcade surbaissée, sur l’archivolte de laquelle on voit deux Renommées assises. Dans le cintre qui est au-dessus du chevet du lit du roi apparaît, se détachant sur le manteau royal soutenu par deux génies, la France couronnée, le sceptre en main, assise sur des trophées d’armes. Ces figures, dit Piganiol, sont de Coustou; les autres sculptures sont de Goupil, Dugoulon, Taupin, etc. La balustrade placée devant le lit est celle du temps de Louis XIV; quant aux fauteuils et à une partie du lit, ils ont été faits sous Louis-Philippe avec des tapisseries qui ornaient le salon d’Apollon, ancienne chambre de parade dont nous avons donné la description.

Le couvre-pied, qui avait disparu à l’époque de la Révolution, fut retrouvé par hasard parmi les objets qui composaient une succession restée en déshé-

rence. Le personnage qui le possédait, et qui pendant sa vie porta le costume de femme et les noms de Henriette-Jenny Savalette-Delange, fut à sa mort reconnu pour une sorte d’aventurier dont un écrivain de nos jours a essayé de démêler les origines. Parmi les objets inventoriés, il en était un que l'affiche de vente décrivait ainsi: « Magnifique dessus de lit, en fine guipure ancienne en parfait état, provenant de la famille royale de France, avec armoiries, écussons, dauphins, etc. » Ce couvre-pied fut reconnu et classé au musée des Souverains, comme étant celui qui figurait sur le lit de Louis XIV à Versailles; les chiffres de Louis XIV et de Marie - Thérèse, les couronnes royales, d’autres ornements brodés indiquaient suffisamment sa provenance. Après la suppression du musée des Souverains, ce couvre-pied fut envoyé au musée de Versailles et reprit sa place dans la chambre de Louis XIV, où on le voit encore aujourd’hui.

Bien qu’il n’ait pas figuré dans cette chambre du vivant du roi, mentionnons aussi le très curieux médaillon en cire peinte, grandeur nature, de Louis XIV, par Antoine Benoist. 11 n’existe certainement pas de portrait plus ressemblant que celui-ci, œuvre d’un réalisme étonnant. Le Mercure galant de 1684 le signale en ces termes: «M. Benoist, dont la réputation est si répandue dans toutes les cours de l'Europe, par l’avantage qu'il a eu de travailler aux portraits, en cire de plusieurs rois et de plusieurs reines, vient d’en finir un nouveau de Sa Majesté, dans lequel on dit qu’il s’est surpassé lui-même. Jamais il n’avait employé avec tant d’art le talent heureux qu’il a d’imiter parfaitement la nature, que dans un nouveau portrait pour lequel, par une bonté particulière, le Roi a bien voulu lui accorder tout le temps qui lui a été nécessaire pour l’achever. On y voit un air vif et content, auquel il ne manque que le mouvement pour faire croire que c’est quelque chose de plus qu'un portrait. Benoist, ajoute le Mercure , voulut bien le faire paraître dans le cercle royal. » Constatons, après ce témoignage de ressemblance donné par les contemporains, que ce médaillon est saisissant de vérité, et que la vieillesse majestueuse du roi y est traduite d’une façon vraiment impressionnante.

Antoine Benoist, né à Paris vers 1 63 1 , mourut à Paris en 1717; il avait le titre d’écuyer, peintre et sculpteur ordinaire du roi, et fut nommé académicien sur la réception des portraits peints du sculpteur Buirette et du peintre Blanchard, « n’y pouvant être reçu pour ses marionnettes, » dit un critique du temps. Benoist fit les portraits en cire de souverains, de princes, d’ambassadeurs et de grands personnages de son époque; sa valeur artistique était admise, puisque le grand Edelinck grava, d’après une de ses cires, le médaillon de M“ de Montespan.

Il fit aussi., dit-on, le portrait, malheureusement perdu, de M“ de Sévigné qui parle de lui dans une lettre écrite à M« de Grignan: « Si, par un miracle que je n’espère ni ne veux, vous étiez hors de ma pensée, il me semble que je serais vide de tout, comme une figure de Benoist. »

De grands faits qui appartiennent à l’histoire s’étaient accomplis dans cette chambre, entre autres la reconnaissance du duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, comme roi d’Espagne; mais de tous le plus considérable fut celui où finit, avec la vie du grand roi, la période la plus glorieuse de la monarchie française.

Bien des nuages étaient, il est vrai, venus assombrir, vers les derniers jours, l’éclat du soleil, alors emblème de la splendeur du règne ; mais ils avaient été bientôt dissipés, et la victoire était revenue fidèle à la France.

Les longues et cruelles circonstances qui éprouvèrent pendant les dernières années la constance du roi, dit Saint-Simon, rendirent un plus solide service à sa véritable

renommée que n’avait pu faire tout Hyacinll,e mgaud.

l’éclat de ses conquêtes. Il en eût

pu dire autant de sa mort ; malgré toutes ses restrictions plus ou moins intéressées, le grand écrivain ne peut s’empêcher de laisser un libre cours à la vérité, et, en présence de cette héroïque agonie d’un chrétien qui sait qu’il doit finir en roi , il écrit :

« On ne pourra refuser detre touché du tranquille courage avec lequel ce Roi, toujours entier, console ses valets et leur demande si c’est donc qu’ils Font cru immortel; mais qui ne fondrait en larmes quand, leur parlant une de ses dernières nuits de je ne sais quel fait : « Du temps que j 'étais Roi, » dit-il, et du même ton et sans chercher à rien dire; mais sans regret, sans faiblesse, mais pénétré de la vérité de son état présent, et pénétré en même temps de détachement, de dénuement, d’abandon, de solitude et du néant de tout ce à quoi

il ne tenait plus? Rien de plus simple et de plus court que son adieu à sa famille,

ni de plus humble, sans rien perdre de sa majesté, que son adieu aux courtisans, plus tendre encore que l’autre. »

Plusieurs récits sont restés, relatant toutes les circonstances de la maladie, de l’agonie et de la mort du roi; celui du Mercure de 1715, par Lefebvre de Fontenay, entre autres. Nul n’est plus éloquent que celui de Saint-Simon, son ennemi; nul n’est plus touchant, plus pénétré de véritable douleur que celui que nous a laissé Dangeau, qui avait voué tous les instants de sa vie à celle de Louis XIV, et qui commence ainsi : « Je sors du plus grand, du plus touchant et du plus héroïque spectacle que les hommes puissent jamais voir. » Pas à pas il suit les progrès du mal, et pieusement recueille chaque mot qui tombe des lèvres du mourant, assez maître de son esprit pourtant pour dire à M“ de Maintenon , qui ne l’abandonna pas, comme l’avance Saint-Simon : « J’ai toujours ouï dire qu’il est difficile de mourir; pour moi, qui suis sur le point de ce moment si redoutable aux hommes, je ne trouve pas que cela soit si difficile. »

Et, en effet, c’est avec une sereine tranquillité qu'il parle de sa mort à ceux qui l’entourent. Qui ne se rappelle sa touchante allocution au petit Dauphin commençant par ces mots, rapportés aussi par Dangeau: «Mignon, vous allez être un grand roi,... » et terminée ainsi : « Pour vous, madame, dit-il à M“ de Ventadour, j’ai bien des remerciements à vous faire du soin avec lequel vous élevez cet enfant, et de la tendre amitié que vous avez pour lui ; je vous prie de la lui continuer, et je l’exhorte à vous donner toutes les marques possibles de sa reconnaissance. » « Après quoi, il a encore embrassé le Dauphin par deux fois, et, en fondant en larmes, il lui a donné sa bénédiction. Le petit prince, mené par la duchesse de Ventadour, sa gouvernante, en est sorti en pleurant , et ce tendre spectacle nous a tiré des larmes. »

Saint-Simon n’a pas de ces attendrissements, qu’on ne trouve d’ailleurs que chez ceux qui vivaient en une sorte de familiarité toujours respectueuse avec le roi, et avaient ainsi pu apprécier les qualités de l’homme. Pour mieux se rendre compte de l’admiration et de l'affection que ceux qui l'approchaient professaient pour Louis XIV, il faut lire un petit livre dont le manuscrit original est à Caen et dont une copie est entre les mains de M. Victorien Sardou, et qui a pour titre : Journal historique , ou récit Jidel (sic) de ce qui s'est passé de plus considérable pendant la Maladie et la Mort de Louis XIV, Roy de France el de Navarre.

Ce récit a été écrit jour par jour par les frères Anthoine, «porte-arquebuse»

ou garçons de chambre ordinaires du roi; on trouvera dans ce livre, publié pour la première fois par M. E. Drumont, un éloge du grand roi d’autant plus touchant, d autant plus véridique, qu’il sort de la bouche d’humbles serviteurs qu, n’avaient plus d’intérêt à flatter, car le roi était mort, et le gouvernement qui allait remplacer le sien ne semblait pas fort disposé à acquitter ses dettes de reconnaissance.

Ici s arrête la partie de l’histoire du château de Versailles sous le règne de Louis XIV. Comme nous l’avons dit, nous avons dû y mêler un peu de celle des personnages qui l’ont animé ; il était dès lors naturel d'y donner la première place à celui qui lavait édifié, qui pendant si longtemps en avait fait le centre politique de l’Europe, de celui qui, d’abord brisé par des revers imprévus, les malheurs domestiques, courbé sous le poids des années, par une fortuné merveilleuse se releva, pour montrer à l’univers et le roi et l’homme qu’il était. En effet, comment ne pas s’arrêter devant cet étonnant spectacle : Louis XIV, Louis le Gland, éclairant le seuil du xviiil siècle par le coucher majestueux de son royal soleil, pendant que de I autre côté de 1 horizon commençait à rougir l’aurore lointaine de la Révolution !

IHBH

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