‹ Versailles et les trianonsChapitre 17 sur 136 · LA VILLE. — MONUMENTS · texte numérisé non relu

LA VILLE. — MONUMENTS

s'ouvrent de loin en loin, vis-à-vis des rues correspondantes, de larges grilles en fer qui permettent aux passants de jouir de la vue du potager, généralement fermé aux visiteurs.

Parmi les monuments publics de Versailles ,

Entrée principale du château sous Louis XIII.

nous citerons encore : le nouvel hôtel de la Préfecture, composé d'un vaste corps de logis, avec pavillon central, et de deux ailes en retour terminées par des pavillons semblables (avenue de Paris ; entrée des bureaux, rue Saint- Pierre) ; — la mairie (à côté du débarcadère de la rive gauche) ;

— y hospice (rue du Plessis) ; — le lycée (avenue deSaint-Cloud; — le palais de justice (rue Saint- Pierre) ; — le bâtiment du Grand- Commun (rue de la Surintendance, aujourd'hui de la Bibliothèque), immense édifice qui pouvait loger 2000 personnes attachées au service du château. Sous la première République, une manufacture d'armes y fut établie ; il sert aujourd'hui d'hôpital militaire.

Versailles date de Louis XIII. Ce prince, qui venait continuellement chasser dans les bois du voisinage, ennuyé, et sa suite encore plus, d'y avoir couché dans un méchant cabaret de routiers, ou dans un moulin à vent, excédé de ses longues chasses dans la forêt de Saint-Léger et plus loin encore, s'y fit d'abord construire un pavillon, dont on retrouve l'emplacement à l'angle de la rue de la Pompe et de l'avenue de Saint-Cloud.

Mais Louis XIII voulut bientôt avoir une véritable habitation ; il en confia les plans à Lemercier, en 1627, et en devint, cinq ans plus tard, le vrai seigneur, par l'achat qu'il lit de cette terre à François de Gondi, archevêque de Paris, moyennant 66 000 livres.

Le vieux château presque ruiné qui dépendait de ce fief fut abattu. A cette époque, des bois couvraient l'emplacement actuel de la place d'Armes. Une avenue, tracée dans ces bois, en face du châ-

teau, est devenue sous Louis XIV la large avenue de Paris : toutefois les contre-allées n'en ont été rendues praticables qu'en 1774.

Dès Tannée 1661, l'architecte le Vau ajoutait de nouvelles constructions au modeste château de Louis XIII , perdu au milieu des bois. Mais ce fut seulement en 1682 que Louis XIV fixa définitivement à Versailles la résidence de la cour. « Avant Louis XIV, dit M. le Roi, dans l'ouvrage déjà cité, le chemin de Paris à Versailles passait par Saint-Gloud et Ville-d'Avray. Mais, lorsque ce monarque eut fixé son séjour à Versailles, il voulut que la route de la capitale à son habitation royale fût digne du palais qu'il venait de créer. Une véritable armée, composée de soldats et d'ouvriers, fut répandue de Paris à Versailles. Des travaux considérables furent exécutés sur les bords de la Seine. On fit de très-hautes levées de terre dans Paris et le long du village d'Auteuil; un grand nombre de maisons de Sèvres furent abattues; la butte de Ghaville fut aplanie , et une route large et commode vint enfin aboutir à cette grande avenue de Versailles, magnifique entrée de la demeure du grand roi. *

L'architecte Mansart ne put, malgré son insistance, obtenir de Louis XIV la démolition des bâtiments élevés par Louis XIII. Pour agrandir le château, il dut l'entourer, du côté du jardin, d'une enveloppe qui en doublait la profondeur, et établir à l'intérieur quatre petites cours, afin de

conserver le jour aux façades masquées par les nouvelles constructions ; il joignit les pavillons isolés, élevés en avant, et fit disparaître les arcades qui fermaient la cour de Marbre {Y, page 35).

Du côté du jardin , Mansart avait conservé à la partie centrale une terrasse qui disparut, en 1678, pour faire place à la grande galerie (F. page 65); les ailes du sud et du nord , qui furent successivement construites, vinrent se rattacher à cette partie centrale, et firent comparer ce vaste ensemble à un oiseau aux ailes disproportionnées. Ce palais si magnifique manquait non-seulement d'ensemble, mais il était distribué d'une manière très-incommode. C'est pour se soustraire à ces incommodités insupportables des appartements du palais de Versailles que Louis XIV fit bâtir Trianon à l'extrémité du parc ; il y trouva un refuge contre Versailles; plus tard, il en chercha un autre mieux approprié à ses goûts au château de Marly.

Ce fut par les jardins que commencèrent les grands travaux d'agrandissement qui firent de Versailles la plus somptueuse des résidences royales. Le Nôtre en fut chargé; le parc, dessiné par lui, devint le chef-d'œuvre des jardins dits jardins français.

Cependant, quand les allées eurent été plantées, les bassins construits, on s'aperçut, un peu tard, que, grâce à la situation élevée de A^ersailles, l'eau prise des étangs du, voisinage était insuffi-

santé pour alimenter les bassins et les jets d'eau. Afin de remédier à ce manque d'eau, on imagina divers projets : le premier et le plus hardi, proposé par Riquet, auteur du canal de Languedoc, consistait à amener sur les hauteurs de Satory

L'Orangerie sous Louis XIIL

une portion de la Loire, en la prenant près de Briare. Par ordre de Golbert, l'abbé Picard commença en 1674 les études de nivellement. Mais le projet dut être abandonné ; on s'aperçut qu'afîn d'avoir une pente suffisante pour amener l'eau de la Loire , il faudrait la prendre , non pas même à

Briare , mais à la hauteur de la Charité, c'est-àdire à 50 lieues de Versailles.

Une machine immense, inventée et construite par le Liégois Rennequin {V. l'article que M. de Prony lui a consacré dans la Biographie universelle^ tome XXXYII), fut établie à Marly. Elle mettait en jeu 221 pompes et devait faire monter les eaux de la Seine à la hauteur de 1 54 mètres sur V aqueduc de Marly, long de 643 mètres, et l'amener à Versailles. Les travaux durèrent 7 ans et coûtèrent 3 674 864 livres\ Quand l'eau de la machine de Marly arriva à Versailles, en 1683, on ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle serait insuffisante ; et comme, à cette époque, on venait de construire le château royal de Marly, elle fut réservée au service de cette dernière résidence. En 1741 une partie en fut rendue à Versailles.

Cependant l'eau manquait toujours à Versailles; tous les esprits travaillaient pour trouver le moyen d'en faire venir. Enfin, on entreprit de détourner la rivière de l'Eure et de l'amener à 'Versailles. Louvois chargea l'académicien Lahire d'étudier les nivellements. Les travaux furent commencés et poursuivis activement auprès de Maintenon, qui appartenait depuis peu de temps à la veuve de Scarron, destinée à devenir plus tard la femme légitime de Louis XTV.

1. L'entretien de la machine de Marly, de 1691 à 1792, a coûté 7 242 750 livres.

On creusa un canal de 40 000 mètres depuis Pontgouin jusqu'à Berchère-la-Mangot ; le lit du canal devait avoir 5 mètres de largeur et 3 mètres de profondeur ; l'aqueduc, qui traverserait la vallée de Maintenon, devait avoir 5920 mètres de longueur et 242 arcades. — On lit dans une lettre de Racine à Boileau, à la date du 4 août 1687 : « J'ai fait le voyage de Maintenon et je suis fort content des ouvrages que j'y ai vus ; ils sont prodigieux et dignes en vérité de la magnificence du roi. Les arcades qui doivent joindre les deux montagnes vis-àvis de Maintenon sont presque faites : il y en a 48 ; elles sont bâties pour l'éternité. Je voudrais qu'on eût autant d'eau à faire passer dessus qu'elles sont capables d'en porter. Il y a là plus de 30 000 hommes qui travaillent. »

A ces indications nous ajouterons un dernier détail :

« Vauban, calculant que toutes les bêtes ,de somme delaBeauce mises en réquisition n'auraient pas suffi pour charger les matériaux de ce gigantesque monument, matériaux qui n'existaient qu'au loin, avait creusé un canal de 12 kilomètres et à 9 écluses, d'Épernon à Maintenon, par la vallée de la Guesle, tout exprès pour apporter les masses de pierre de grès. Un autre canal de 33 kilomètres, du Moulin-Neuf, près de Saint-Priest, jusqu'à Maintenon, fut établi pour amener la pierre à chaux. »

On a beaucoup discuté sur le montant des sommes que coûta la tentative faite pour amener la

rivière de l'Eure à Versailles. Ces dépenses ont sans doute été fort exagérées par Saint-Simon et par des historiens plus récents, peu favorables à Louis XIV. Un écrivain moderne, qui, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, a entrepris de justifier à la fois Mme de Maintenon et Louis XIV, croit pouvoir affirmer que, sans compter les acquisitions de terrains^ les dépenses occasionnées par ces travaux ne s'élevèrent qu'à près de 9 millions. Quoi qu'il en soit, il est juste de faire remarquer que cette somme était encore considérable pour le temps, et qu'elle eût pu d'ailleurs trouver un emploi beaucoup plus utile, lors même que les travaux entrepris n'eussent pas complètement avorté !

Mais ce qui est hors de doute, parce que le fait est attesté par des contemporains très-favorables au roi, entre autres par Mmes de la Fayette et de Sévigné, c'est que ces travaux entraînèrent des malheurs d'un autre genre et beaucoup plus déplorables qu'une perte d'argent. On imagina d'employer les troupes aux terrassements. En 1684, le chroniqueur de la cour, Dangeau, porte, par jour, le nombre des soldats qui y travaillaient à 22 000 hommes, et celui des chevaux à 6000. L'année précédente, il porte le nombre des travailleurs à 36 000. « On employait, dit Mme de la Fayette, des troupes à ce prodigieux dessein pour avancer de quelques années les plaisirs du roi^ et on le faisait avec moins de dépenses et moins de temps

que l'on n'eût osé l'espérer. La quantité des maladies que causent toujours les remuements des terres mettait les troupes qui étaient campées à Maintenon, où était le fort du travail, hors d'état d'aucuns services; mais cet inconvénient ne parais-

Intérieur de l'avant-cour sous Louis XIII.

sait digne d'aucune attention^ au sein de la tranquillité dont on jouissait. » Voici ce que Mme de Sévigné écrit à Bussy-Rabutin, à la date du 12 octobre 1678 : « Le roi veut aller à Versailles; mais il semble que Dieu ne le veuille pas , par l'impossibilité de faire que les bâtiments soient en état de le

recevoir et par la mortalité prodigieuse des ouvriers, dont on emporte toutes les nuits des chariots pleins de morts. On cache cette triste marche, pour ne pas effrayer les ateliers et ne pas décrier l'air de ce favori sans mérite. Vous savez ce bon mot de Versailles. » Ces inutiles tentatives, où périssaient des milliers de soldats pour avancer de quelques années les plaisirs du roi^ durèrent plusieurs années; « et non-seulement les officiers particuliers, mais les colonels, les brigadiers et ce qu'on y employa d'officiers généraux, n'avaient pas, quels qu'ils fussent, la liberté de s'en absenter un quart d'heure. » La guerre, enfin, interrompit les travaux en 1688. On ne fut peutêtre pas fâché d'avoir un prétexte de les abandonner sans honte. Ils n'ont jamais été repris. Sous Louis XV, ces travaux tombèrent dans la propriété du maréchal de Noailles. Mme de Pompadour obtint de lui la permission d'y prendre des matériaux pour la construction de son château de Grécy. D'autres après elle obtinrent des permissions semblables. L'aqueduc de Maintenon, dont on admire encore la jeune ruine, atteignait une longueur d'environ 1300 mètres lorsque les travaux furent interrompus. (Consulter l'ouvrage de M. le Roi, bibliothécaire de Versailles : Des eaux de Versailles considérées dans leur rapport historique et hygiénique. 1847, 1 vol. in-8.)

Après tant de travaux si tristement avortés, on se réduisit à un plan beaucoup plus modeste, et

qui réussit enfin, ou à peu près. On songea à utiliser les eaux des étangs situés sur le plateau qui s'étend de Versailles à Rambouillet; et, « par un vaste système de rigoles et d'aqueducs souterrains présentant un développement de 50 lieues, on parvint à recueillir et à transporter à Versailles, comme cela se fait encore, les eaux de pluie et de fonte de neige qui tombent sur une surface de 8 à 9 lieues de long sur 3 ou 4 de large. » (M. de Noailles, Histoire de Mme de Maintenons t. II, p. 87.) Le sol des jardins de Versailles est une sorte de parquet recouvrant des voûtes souterraines, qui ont sous le parterre jusqu'à 5 mètres de hauteur, des aqueducs et des milliers de tuyaux.

Ces jardins, enfin pourvus d'eau, furent peuplés de satues dues au ciseau des plus habiles sculpteurs. Le parc de Versailles se divisa en grand et en petit parc : ce dernier se composait du parc actuel ; l'autre, qui renfermait plusieurs villages, était entouré d'un mur de 9 lieues de longeur.

On a évalué diversement les sommes énormes qui durent s'engloutir à Versailles. On sait seulement d'une manière certaine que Louis XIV, effrayé de tant de dépenses, brûla les mémoires des ouvriers.

En 1682, Versailles devint la résidence presque permanente de la cour. Mais, aux joies et aux fêtes, succédèrent des revers. En 1709, Louis XIV envoya à la Monnaie son trône d'argent et les meubles les plus précieux de son palais, pour

subvenir aux frais dé la guerre. Il mourut à Versailles le 1" septembre 1715 et fut enterré sans pompe à Saint-Denis.

Louis XV ne vint habiter Versailles qu'en 1722. Sous Mme de Pompadour, ce palais ne fut plus qu'un boudoir * : sous Mme Dubarry, une petitemaison. Il subit alors des transformations conformes à la vie cachée que voulait mener le souverain : ses vastes pièces furent converties en petits réduits. Cependant quelques additions y furent faites. En 1753, l'architecte Gabriel y construisit une salle de spectacle, et, vers 1772, le pavillon parallèle à la chapelle, et dont l'architecture fait avec le reste des bâtiments un contraste choquant quand on arrive par la cour d'honneur. Ce pavillon se rattachait à un projet de restauration générale interrompu par la mort de Louis XV.

La ville qui avait vu ces effroyables excès de la royauté devait en voir aussi la première expiation; et ce fut l'infortuné Louis XVI qui, sans avoir hérité des vices de ses ancêtres, en subit le châtiment. Nous ne pouvons ici que rappeler l'affaire du collier, dont les principales scènes se passèrent dans les bosquets de Versailles, et dont le scandale fut si fatal au prestige du trône.

Pendant l'année 1789, l'histoire de Versailles se

1. M. le Roi, bibliothécaire de Versailles, a publié, d'après un« manuscrit conservé aux archives 'de la préfecture de Seine-et- Oise, le relevé des dépenses de Mme de Pompadour pendant sa faveur; elles s'élèvent au chiffre de 36 924 140 livres.

confond avec celle de la Révolution. C'est dans le Jeu de Paume dé cette ville que l'Assemblée nationale se réfugia et refusa de se dissoudre. A l'intérieur de l'édifice, on lit encore cette inscription : « Les représentants des communes de France,

château du côté du parc sous Louis XIII.

constitués en Assemblée nationale, le 17 juin 1789, ont prêté ici, le 20 du même mois, le serment qui suit :

« Nous jurons de ne jamais nous séparer, et « de nous rassembler partout où les circonstan- « ces l'exigeront, jusqu'à ce que la constitution

« soit établie et affermie sur des fondements so- « lides. »

Au-dessus de cette inscription, a été ajoutée cette phrase :

ILS l'avaient juré :

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