‹ Versailles et les trianonsChapitre 18 sur 136 · ILS ONT ACCOMPLI LEUR SERMENT · texte numérisé non relu

ILS ONT ACCOMPLI LEUR SERMENT

On peut lire, dans toutes les histoires de la Révolution, le récit des journées des 5 et 6 octobre, où la royale demeure de Versailles ayant été violée par le peuple de Paris, le roi et la reine furent obligés de venir s'installer à Paris avec l'Assemblée nationale. Cette insurrection avait été provoquée, qui l'ignore, par le banquet qu'avaient donné quelques jours auparavant les gardes du corps dans la salle de théâtre du château.

Depuis cette époque, Versailles n'est plus la résidence des rois. La Convention fit faire l'inventaire du mobilier, qui fut vendu. Cette ville fut négligée par Napoléon, qui, à Sainte-Hélène, la traitait de ville bâtarde^ et se reprochait le peu de dépenses d'entretien qu'il y avait faites. Il s'était fait présenter des projets de restauration; mais, découragé par les difficultés, effrayé des dépenses, « il regretta, en le maudissant, dit M. Fontaine, que Louis XIV, dans cet amas d'incohérences, lui eût laissé son faste à utiliser, et la Révolution ses excès à réparer. »

Sous Louis XVIII et Charles X, 6 millions furent consacrés à réparer les façades du château, à res-

taurer les peintures et les dorures, et à élever un pavillon correspondant à celui qui avait été construit sous Louis XV par Gabriel (F. page 28).

Louis-Philippe a rendu au palais de Versailles son ancienne splendeur. Il l'a débarrassé des petits logements qui l'obstruaient. « Le palais, dit un historien de Versailles, sous l'ancien régime et depuis, était habité par un nombre considérable de familles, qui avaient divisé en deux ou trois étages la plupart des grandes salles. La salle de 1830 contenait 27 chambres. Les corridors, autour de ces salles, recevaient les immondices de tous les ménages. On se ferait difficilement une idée de la saleté, du désordre qui régnaient à Versailles, dans l'ancienne cour. » Il fallut abattre tous ces planchers et ces soupentes pour retrouver les salles spacieuses qui devaient être rétablies dans leur ancien état. Ces détails sont confirmés par M. Fontaine, architecte.

En 1831, dit M. de Montalivet, la pensée d'établir à Versailles des invalides militaires fut reproduite et faillit triompher. La résistance énergique du roi, aidée de l'opinion de quelques-uns des ministres, repoussa ce projet. Louis-Philippe résolut alors de sauver pour toujours l'ancienne "demeure de son aïeul, et de la mettre par une destination nouvelle hors de l'atteinte des révolutions futures. Le vaste musée de Versailles est l'œuvre personnelle de Louis-Philippe. Lui-même il a discuté le plan de toutes les salles et des ga-

leries, qui contiennent plus de 4000 tableaux et portraits et environ 1000 œuvres de sculpture. Dans ce vaste classement de tous les souvenirs glorieux pour le pays, il ne reculait devant aucun acte de l'impartialité la plus hardie. Pour l'unique satisfaction de léguer à l'État cet immense musée, Louis-Philippe a consacré 398 visites à l'indication et à la surveillance des travaux de restauration dirigés par l'architecte du palais, M. Nepveu. Les sommes dépensées par le roi, pour la création qu'il avait conçue et qu'il tenait à réaliser, s'élèvent en bloc à 23 494 000 francs, qui se décomposent ainsi : entretien des bâtiments et du système des eaux : 2 640 000 francs ; travaux neufs : 12 419 000 francs; commandes , acquisitions et restaurations de peintures et de sculptures : 6 625 000 francs ; acquisitions et restaurations du mobilier : 1 810 000 francs. L'emplacement d'un nouveau musée, consacré à la gloire politique et aux vertus civiles, était désigné dans la partie du palais qui s'étend parallèlement à la grande aile du midi, sur l'un des côtés de la rue de la Surintendance ; la révolution de Février a mis obstacle à la réalisation de cette pensée.

Malgré le peu de valeur qu'ont un certain nombre de tableaux, qui devraient être remplacés, le musée de Versailles est le plus beau monument consacré à l'histoire d'un peuple ; il offre, en outre, un grand intérêt aux amateurs de peinture qui étudient l'École française.

Le palais de Versailles comprend trois corps de bâtiments principaux : une partie centrale et deux ailes. Du côté des jardins, il offre aux regards une lii,^ne d'une grande étendue (415 mètres 27 centimètres, sans compter les façades en retour), sur laquelle s'avance le corps central. Du côté de la grande cour, nommée autrefois cour des Ministres, au contraire, non-seulement on ne peut pas en embrasser toute l'étendue, mais, à cause des deux pavillons qui se projettent en avant, il ne présente que des lignes qui fuient et des parties rentrantes : une cour centrale, la Cour Royale, dans la portion comprise entre les deux ailes (au fond est la petite cour de Marbre), et deux petites cour latérales, la cour des Princes à gauche, et la cour de la C/iapdle, à droite. Les architectes Gabriel et Peyre firent, sous Louis XV et Louis XVI, -des plans pour dissimuler cette mauvaise ordonnance, et donner de ce côté au palais un grand aspect monumental. Les événements ont empêché l'exécution de ce projet.

Cour du Palais.

Cette cour, créée par Louis XIV, a subi depuis plusieurs changements. On consultera avec inté-

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rêt les tableaux du Musée n°' 725 et 726 (dans la grande salle des Résidences royales, n° 99 du plan II), qui montrent l'état du château vers 1664 et 1722. La porte de la grille était à l'endroit où est placée >aujourd'hui la statue équestre de Louis XIV. Les personnes qui n'avaient pas le privilège d'être admises dans la cour Royale « trouvaient, à l'entrée, des chaises bleues (F. ci-dessus, page 13), qui les transportaient pour six sous jusqu'aux vestibules des escaliers de marbre. » Une grille dorée sépare la cour de la place d'Armes. De chaque côté de cette grille est un groupe en pierre : à droite, la France triomphant de l'Empire, par Marsy: à gauche, la France triomphant de l'Espagne, par Girardon; plus en arrière, aux deux extrémités de la balustrade, sont deux autres groupes : à droite, la Paix, par Tuhy; à gauche, l'Abondance, par Coysevox. Seize statues en marbre ornent à droite et à gauche la grande cour ; la plupart ont été placées autrefois sur le pont de la Concorde, à Paris, mais leur masse trop considérable, surchargeant le pont, elles furent transportées à Versailles. Ces statues sont, à droite, celle de Richelieu, par Ramey; puis celles de Bayard, de Colbert, de Jourdan, de Masséna, de Tourville, de Ruguay- Trouin, de Turenne; à gauche, celle de Suger, par Stouf; puis celle de du Guesclin, de Sully, de Lannes, de Mortier, de SufTren, de Duquesne, et de Condé, par David (d'Angers).

Au milieu de la cour, la statue équestre, en

bronze, de Louis XIV est de Petitot et de Cartellier, Le cheval est de ce dernier ; il était destiné à une statue de Louis XV.

Des deux côtés s'élèvent deux pavillons modernes qui se projettent en avant, ornés de colonnes corinthiennes; sur leur fronton triangulaire se lit cette inscription, qui indique la destination actuelle du palais : A toutes les gloires de la France.

La petite cour carrée du fond, entre les deux pavillons, qui était celle de l'ancien château de Louis XIII, a été nommée, à cause de son dallage en marbre, la cour de Marbre.

Cour de Marbre.

Cette cour était d'un mètre 75 centimètres environ plus élevée que les appartements du rez-dechaussée. On y montait par des marches. Louis XIV était obligé de la traverser pour aller de ce côté gagner sa voiture. Elle a été abaissée sous Louis- Philippe, et n'est plus élevée que d'une marche au-dessus du sol de la cour précédente. Elle servit quelquefois à des fêtes données par Louis XIV; en 1674, l'opéra d'Àlceste^ par Lully et de Quinault, y fut représenté. Dans la matinée du 6 octobre 1789, ce fut au balcon du premier étage que Louis XVI et Marie-Antoinette se virent forcés de se montrer au peuple qui remplissait la cour. Des cris se firent ensuite entendre, appelant : « La reine seule I » et elle s'avança seule sur le balcon.

De la grande cour du château on peut gagner les jardins par les passages qui sont au fond, soit de la cour des Princes, à gauche, soit de la cour de la Chapelle, à droite {V. plan II). C'est ordinairement de ce côté que Ton entre dans le Musée. La salle d'entrée au rez-dechaussée (sous le vestibule ouvert, qui sert de passage entre la cour de la Chapelle et les jardins) est à droite. Elle sert de vestibule à la chapelle (1, plan II).

La chapelle.

(Plan IL),

Il y a eu successivement trois chapelles dans le palais : la première, élevée sous Louis XIII, et qui était près de l'escalier de marbre; la seconde, qui fut bâtie sous Louis XIV, et qui était à la place où se trouvent aujourd'hui le vestibule ouvert à côté de la chapelle actuelle et le salon d'Hercule, au premier étage; enfin, la chapelle actuelle, qui, commencée en 1696, ne fut achevée qu'en 1710; c'est le dernier ouvrage de Mansarl.

« Cette chapelle, dit Saint-Simon, qui a coûté tant de millions, si mal proportionnée, qui semble vouloir écraser le château, n'a été faite ainsi que par artifice. Mansart ne compta ses proportions que des tribunes, parce que le roi ne devait presque jamais y aller en bas, et il fit exprès cet horrible exhaussement par-dessus le château pour forcer, par cette difformité, à élever tout le château d'un étage. Sans la guerre qui arriva, pendant laquelle il mourut, cela serait

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