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CHAPITRE VIII

Le Château de Louis XIV, du fond de sa petite cour de ^Marbre, par ses bâtiments impérieusement allongés vers Limmense place d"Armes, par les trois avenues qui s'ouvrent à perte de vue devant lui, proclame à la ville qu'il domine la loi de soumission et d'harmonie qui est maîtresse en architecture ; il affirme une volonté, un ordre, une beauté dont il donne l'expression parfaite, à laquelle tout doit se subordonner. Si Versailles eût compris cette loi, c'était le modèle des villes. Xon plus ramassée et blottie comme les villes féodales, mais largement épanouie dans la verte plaine c^ue ceignent des collines régulières, la paisible cité devait être un jardin de repos aux portes du bru3^ant Paris.

• Le cardinal de Richelieu avait tenté, près des rives de la Loire, ce que Louis XIV réalisa. Mais la petite ville de Richelieu ne pouvait vivre, parce qu'elle ne dépendait que d'un homme ; à Versailles Louis XIA'

attirait la France. Jusqu'en 1 671 ce ne fut guère c|u''un village, avec sa petite église, sa maison de justice et c|uelc|ues auberges de rouliers, dont les noms se trouvent en des procès-verbaux de rixes. Louis XIII, en faisant élever son « petit château de cartes », ordcjuna un premier défrichement des terrains qui s'étendaient vers Paris, et institua des foires et marchés francs pour attirer les habitants par quelque trafic durable. Les premiers hôtels se contruisent en 1664, pour les heureux c|ue Louis XIV veut garder à ses côtés ; mais, auprès de ce petit nombre de favorisés, quelle foule de mécontents 1 M""' de vSévigné, qui a\'ait assisté aux fêtes de cette année-là, racontait à Olivier d"Ormesson que tous les courtisans étaient

La place d'Armes et la Grande Écurie, vues du Château.

enragés, n"a}'ant pas « quasi un trou pour se mettre à couvert ». C'est en 167 1 c|ue Louis XIV décida la création de toute une ville autour du Château agrandi ; la résolution fut rendue publique le 22 mai, dans les termes qui suivent : « Sa ^lajesté a^-ant en particulière recommandation le bourg de Versailles, souhaitant de le rendre le plus florissant et le plus fréquenté c^u'il se pourra, elle a résolu de faire don des places à toutes personnes qui voudront bâtir depuis la Pompe dudit Versailles] usqu'à la ferme de Clagny..., pour desdites places et bâtiments jouir par chacun des particuliers auxc^uels icelles places seront délivrées en pleine propriété comme à eux appartenant, à la charge de par eux, leurs hoirs et ayant cause, entretenir les bâtiments en l'état et de même symétrie ciu'ils seront bâtis et édifiés. » La clause était importante ; elle assurait la beauté et le style de Versailles. Les hôtels que les courtisans vont s'empresser de construire pour plaire au maître, tout en profitant des avantages fort appréciables qui leur sont offerts, ont, à en juger par les estampes et les plans qui nous en conservent l'image, un aspect si par-

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faitenient uniforme etressemblant qu'il serait inuliled'y chercher quelque détail. Mieux vaut s'attarder aux entours de la place d'Armes, à ces dépendances immédiates du Château que l'on nomme les « Dehors de A^ersailles ». C'est d'abord la Surintendance, construite pour Colbert en 1670 et i67i,et l'hôtel de la Chancellerie, terminé en if^^y,,, au midi du Château ; ce sont surtout les Ecuries et le (îrand Commun, dont le rôle est considérable dans la vie du Roi et de sa Cour.

Ce complément nécessaire du Château, ces « Dehors » ma,onili([ues

La Petite Écurie et la place d'Armes, vues du Château.

sont l'œuvre de 31ansart. Déjà Le Vau avait arrêté les proportions de la place Royale et des trois avenues à quadruple rangée d'ormes, qui semblaient prolongera Tinfinises larges per.spectives ; mais elle n'était bornée, du côté de Paris, que par deux hôtels, celui de Xoailles et celui de Lauzun ; ils furent remplacés par les Ecuries du Roi, que 31ansart termina en 1682, avec un travail de quatre années, et une dépense de trois millions de livres. La Grande lîcurie s'étend au nord de l'avenue de Paris, que Ton nomme alors la Grande Avenue, la Petite Ecurie au midi ; et leurs pavillons avancés délimitent exactement le départ des trois avenues. Leur plan est sensiblement le même. Au fond d'une vaste cour fermée d'une grille (qui a malheureusement été refaite sous la Restauration}, un pavillon central ouvre sa porte, couronnée d'un fronton triangulaire et flanquée de pilastres sculptés, qui en font comme un arc de triomphe.

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Alentour se déploie une galerie en demi-lune qui se raccorde à deux ailes pour aboutir aux pavillons de la place d'Armes. Le Mercure de 1686, qui en donne une longue et précise description, fait justement remarquer que « ces bâtiments sont assez bas pour ne point emi:êcher la vue du Château ; ainsi le niveau des faîtes répond à peu près au pavé de marbre de la petite cour... » Le Mercure nous apprend encore que la Grande Ecurie renferme les chevaux de main, avec deux manèges, dont l'un pour les joutes et tournois, au-devant duquel est le Chenil. « ].a sculpture de

Le vieux Versailles et Saiin-Louis, vus du Château.

Tavant-corps du milieu renferme de grands bas-reliefs, des trophées d'armes, des harnais et autres ouvrages de cette nature », sculptés par Granier, Raon et Mazière ; de la voussure de la porte s'élancent trois chevaux en haut relief; deux Renommées, au fronton, s'appuient à l'écusson royal ; et il ne faut pas oublier les beaux masques de faunes qui, aux clefs des croisées de l'étagebas, rient et grimacent dans un épanouissement de vie animale et heureuse.

La Petite Kcurie, dont le décor sculpté est parallèle (les trois chevaux et le cocher que l'on voit au-dessus de la porte ont été modelés par Le Comte), renferme les remises des carrosses dans les arcades de la demilune au fond de la cour. Trois hautes galeries rayonnent autour d'un dôme porté sur quatre pendentifs, « voûté de pierre et éclairé par un jour au milieu, dont le châssis de fer, un peu cintré, porte les vitres ».

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Ces galeries, où les chevaux sont attachés sur deux rangs, sont séparées par des piliers en deux berceaux, où les râteliers « laissent encore assez d'espace derrière le chevaux pour 5'- pouvoir aller en carrosse. Derrière cette écurie est encore une entrée ])rincipale au milieu d'un grand avantcorps environné d'un fronton triangulaire, dans lequel est un bas-relief qui représente Alexandre qui dompte Bucéphale. Ce bas-relief- est de 31. (jirardon. »

)■- 1,1 faudrait dire, mieux que ne font ces notes, la beauté des ccnirbes, la pureté et l'harmonie des profils, et l'effet puissant de ces nefs intérieures-dont les rexêtements de brique et de pierre sont divisés par des pilastres aux chapiteaux sculptés, enfin la singularité du dôme à coupole surbaissée, imitation réduite du Panthéon de Rome. Le bas-relief de Girardon est une des plus nobles œuvres du grand sculpteur.

: Le manège de la Grande Ecurie servit aux fêtes de Louis XI\' et de Louis XA" ; un opéra de lAdli, un ballet de Voltaire et de Rameau y furent représentés. Depuis 1852, ces bâtiments superbes api^artiennent à l'Armée ; la Grande Lcurie abrite l'I^cole et la Direction de l'artillerie; la Petite Lcurie est affectée au premier régiment du Génie; et du somptueux décor que décrivait le yicrciire il ne reste rien, que d'élégantes potences en ferronnerie, auxquelles les lanternes étaient suspendues.

Le Grand Commun est entrepris aussitôt après l'achèvement des Écuries, et terminé en 16S4, en face de l'aile du 3lidi, sur l'emplacement des pauvres maisons du vieux village, et de la petite église dédiée à saint Julien. Autour d'une énorme cour carrée s'étend un quadruple corps de logis dont les deux étages et les combles n'ont pas moins de cinq cents fenêtres ; à l'intérieur, un millier de j^ièces de toute dimension reçoivent jusqu'à quinze cents habitants : ce n'est plus une maison, c'est une ville que ce « Grand carré des offices communs du Roi, de la Reine, de 31onseigneur et de 31""^ la Dauphine j). Le décor sculpté se réduit aux ornements d'une porte immense et à quatre frontons de pierre où sont modelées (par 31azeline, 31azière, Le Comte et Jouvenet, d'après des dessins de Le Brun; les figures des Saisons accompagnées de leurs attributs. A l'intérieur il y a d'autres sculptures, et une balustrade en fer forgé qui tourne tout au long des murailles.

Les cuisines occupent le rez-de-chaussée, ainsi que la paneterie et Téchansonnerie ; tout cequi a, comme l'on dit. « bouche à la Cour «.tire de là sa nourriture. Seule, « la Bouche du Roi n'est jamais hors du lieu

LA VILLK

OÙ loge Sa 3Iaje.sté )) : elle a des cuisines spéciales au rez-de-chaussée de l'aile du 3Iidi, d'où, ainsi que nous l'enseignent les Ordonnances de la liaison du Roi, la Viande de sa 3lajesté est portée en cérémonie, précédée de deux gardes, de l'huissier de salle, du maître d'hôtel avec son bâton, du gentilhomme servant-panetier. du contnMeur général, du con-

■jiiniMrv-

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Avant-corps central de la Grande-Écurie.

trôleur clerc-d'office et autres..., « et derrière eux deux autres gardes de vSa ^Majesté qui ne laisseront personne approcher de la Viande. » Pour la nourriture d'un Roi qui « mangeait si prodigieusement, » dit Saint- Simon, u et si solidemenc, soir et matin, qu'on ne s'accoutumait point a le voir, » il n'y avait pas moins de trois cent vingt-quatre officiers et gens de service ; et d'autres étaient attachés aux offices de la Reine, du Dauphin et de la Dauphine.

L'organisation complexe du (yrand Commun (lurejus([u"à la Révolution. En 1793, il est transformé en une manufacture d'armes qui, sous la direction habile de Boutet, s'acquiert une célébrité universelle ; de cette époque datent les bas-reliefs guerriers qui se mêlent autour de sa pcjrte

aux sculptures du XVI 1'^ siècle. Puis on \it au Grand Commun une l{cole de musique et une l^cole de dessin, un ()r])helinat ; en 1826, il fut maladroitement surélevé d'un étage ; rhô])ital militaire qui l'occupe aujourd'hui y est in stalle depuis 1832.

Le Potager, de Uj-jS à 1683, fut établi plus au 31idi, au-dessus de la rue de l'Orangerie, sur des terrains marécageux patiemment comblés et assainis.

Lesconstructionsde .Mansart y sont de petite importance ; mais on y retrouve les dispositions générales dues à l'illustre La Ouintinie, dans les carrés percés de bassins, les terrasses et les jardins clos. La seule œuvre d'art qui subsiste est une admirable grille en fer forgé, qui ouvre en bordure de la Pièce d'eau des ^Suisses.

Tels sont, des « Dehors de Versailles » au temps de Louis XIV, ceux que notre époque a gardés à .son usage. Il suffit de mentionner les grandes constructions disparues, telles que la Vénerie, dont un Palais de Justice, depuis 1800, occupe les terrains, ou que le château de Clagny, donné par Louis XIV avec un domaine immense à l'orgueilleuse Montes-

hîtérieur de Notre-Dame.

pan. Dès 1769, rien ne subsistait de ce « palais d'Armide », comme l'appelait 31"" de S^vigné, et de ces jardins enchantés, où Mansart et Le Nôtre avaient créé des merveilles. Tout un quartier neuf et des plus

Versailles vu de la butte de Montboron, peinture de J.-B. Martin.

riches du Versailles moderne occupe la place où s'étalaient des somptuosités presque rivales de la résidence du Roi. L'étang- de Clagny fut desséché en 1736, et remplacé par le réseau de rues qui vont de la rue Duplessis à la rue Maurepas, et de la rue Berthier à la rue Neuve.

Tout le Versailles de Louis XIV (qui compte, en 17 15, près de trente mille habitants) consiste, au milieu des jardins et des rues pavées et

iqo VERSAILLES

liordées d'ormes par Colbert. en hôtels de seigneurs ou en maisons de marchands et auberges, dont hi hauteur et la couleur apparaissent partout les mêmes, car pavillons ou maisons sont pareillement de pierre et de brique, élevés d\in seul étage, et cou\'erts d'une toiture dardoises. L'effet

Façade de Saint-Louis.

de ces murs roses et de ces toits bleus parmi les lignes vertes bien régulières des arbres devait paraître d'une symétrie amusante et joyeuse ; c'était, vu du Château, comme un grand parterre fleuri, à l'opposé de ceux que montraient les jardins. Bien ])eu de ces hôtels ont conservé leur première forme ; l'un des plus beaux et des plus grands était celui de Conti, élevé en 1670 par le maréchal de Bellefonds, et acheté en 1680 par Louis XIV pour son fils le duc de Vermandois, de qui la princesse

de Conti Teut en héritage, dès i6(S3. En 1723, Louis XV le fit affecter au Grand 3Iaître de la .Maison du Roi, qui était le duc de Bourbon. De grandes fêtes y furent données en l'honneur de M'"" de Prie, et c'est de ce temps c[ue datent les ravissantes boiseries que l'on peut voir encore, bien que très altérées, dans le nouvel Hôtel de Avilie, avec des dessus de porte de Martin et des toiles c|ue Restout, Detro}', Coypel et Lemoyne ont égayées de leurs plus galantes inventions. Le pavillon des Bains de la princesse de Conti, avec un joli plafond peint à fresc^ue clans le goût des décors de fjérain, subsiste encore (au n'' I de l'avenue deSceaux) .

On distingue une partie du gracieux hôtel, ainsi que la Carrière et le Chenil qui lui font vis-àvis, derrière la Grande Lcurie, dans le tableau de J-B.

Martin qui représente 'Versailles vu des hauteurs de

.Montboron. Le Roi, entouré de courtisans, vient de traverser la chaussée qui divise par le milieu le grand réservoir ,'établi en 1685) où vont se recueillir, ainsi ciue dans le réservoir de Gobert, les eaux pluviales drainées au plateau de Satory, On aperçoit au bas de la butte, derrière les pavillons habités par la Cour, les maisons d'artisans et de marchands; on devine dans le nombre ces auberges aux noms pittoresques, de l'iniage Notre-Dame, de la Licorne, du Pélican, du Mouton rouge ; l'énorme hôtel de Limoges, où logent les maçons et les charretiers limousins, à

Intérieur de Saint-Louis.

gauche de Tavenue de Paris, n'est point compris dans le tableau. Dans un coin, toute petite et basse, est l'église Xotre-Dame, que .Mansart a construite de 1684 à 1686, pour remplacer la chaj^elle voisine des Récol-

Porte de la Bibliothèque de la Ville.

lets, transportée de l'autre côté de la place d'Armes. C'est une église purement italienne, et de caractère assez banal, avec ses petites coupoles basses et sa façade à double, étage de colonnes , qu'encadrent deux clochers ; sa voûte au cintre aplati repose sur un large entablement que soutiennent des pilastres classiques.

Les proportions modestes de la joaroisse de Versailles ^à laquelle une

LA VIL

chai^elle du Sacré-Cœur fut annexée en 1867) paraîtront plus exiguës encore, si on les rapproche de celles de la cathédrale dont Louis XV posa la première pierre le 12 juin 1743, et qui fut ouverte au culte le 24 août 1754. L'église cathédrale vSaint-Louis a été construite parle petitfils du grand 31ansart, Jacques-Hardouin .Mansart de Sagonne, à Test des

Lliché Barbichon.

Vue intérieure de la Biblioihèque de la Ville.

jardins du Potager et par delà la rue de Satory. L'extérieur^en est bizarre et peu plaisant, avec la grande coupole à renflements bulbeux qui la domine, et les clochetons baroques de la façade. Mais la nef (longue de 93 mètres) est haute et lumineuse, et l'on s'y souvient sans trop de surprise des belles voûtes gothiques. Quelques peintures anciennes y seraient à citer : dans la sacristie, Vd Résurrection du fUs delà veuve de Naïin,

par JoLivenet (lyo.S), Lableau i)rovenant de l'église des Récollels ; au pourtour du chœur, un Saint-Louis^ par Lemoyne, et une Prédication de saint Jcjii, par Boucher. Auprès de Saint-I.ouis, le (juarlierdu Parcaux-Cerfs se peu])le de maisons. Le beau ])lan de labbé Delagrixe, en 1746, nous montre les carrés réguliers c[ui ont subsisté en partie dans cette région du \"ersailles moderne. Le centre en est occupé par le 3larché, qui a conserv'é jusqu'à nos jours son aspect si curieux ; il date de 1735 ; la grande fontaine que Ton y \'oit a été construite en 1766. Dans la rue Ro\'ale, on remarque la jjorte monumentale de l'ancien Hôtel des Gardes du corps '173 i' ; c'est maintenant une caserne de cavalerie. Caserne aussi, l'hôtel des Che\-au-légers \^ 1751), sur l'avenue de Sceaux. L'Hôtel de la Guerre, construit en 1759 par Berthier, et dont la porte, ornée de beaux trophées, ouvre sur la rue Gambetta, s'appelle aujourd'hui l'Lcole d'artillerie et du génie. Plus bas. l'Hôtel des Affaires étrangères, construit en 1701 i)ar le même Berthier, est de\-enu en 1799 la Bibliothèque de la \'ille. C'est un des plus beaux monuments de Versailles, avec sa haute porte à fronton si élégant, et la richesse des salles aux ornements dorés, dont les dessus de porte, peints par Van Blarenberghe en 1770, représentent les principales villes de l'Iùirope. Bien des livres du Château ont trouvé asile en cette aimable P)ibliothèque, où les maroquins aux armes royales, ceux cpie .Mesdames, filles de Louis XV, aimèrent à manier, ceux qui habitèrent les vitrines des cabinets de 3larie-Antoinette, reposent auprès de boiseries excjuises et de quelques œuvres d art, parmi lesquelles un des plus charmants bustes féminins de Caffiéri.

Les maîtresses du Roi ne sont pas oubliées dans le nouveau Versailles. 31""-' de Pompadour, non contente des jardins dont elle a enrichi en 1748 son Ermitage, proche de Trianon. reçoit en 1752 un magnifique hôtel construit tout auprès du Château, sur l'emplacement de la Pompe de Louis XIV i c'est aujourtl'hui l'hôtel-restaurant des Réservoirs, qui a englobé aussi les grands bâtiments du Garde-.Meuble de la Couronne, élevés en 1783;. 31""" du Barry eut, sur l'avenue de Paris, ^e gracieux pavillon que Binet, valet de chambre du Dauphin, s'était fait arranger en 1751 ; elle y annexa un vaste logement, où furent installées, en 1775, les écuries du comte de Provence ; la caserne cpii les occupe depuis la Révolution en a gardé le nom de caserne de .Monsieur.

Depuis longtemps, les prescriptions de Louis XIV étaient tombées en désuétude ; les maisons n'avaient plus l'aspect et les dimensions uniformes du xvir siècle ; de gracieuses façades rehaussées d'ornements fleuris, des balcons en fer forgé mettaient au milieu des grands alignements d'arbres

une gaie Lé nouvelle et variée. Beaucoup de ces maisons ont été mutilées et cléfiu-urées ; la plus charmante que Ton puisse citer est Thôtel de Nyert, premier valet de chambre de l.ouis KV 'au n° 35 de la rue Neuve).

Porte de la chefferie du Génie (6, avenue de Paris).

L'église Saint-Symphorien, construite de 1764 à 1770, est d'une parfaite médiocrité ; mais on admirera les proportions du beau couvent des Ursulines, achevé par .Clique en 1772, avec les matériaux de démolition du château de Clagny. C'est, depuis 1807, un lycée, c^ui a reçu le nom de Iloche. La chapelle, avec son majestueux portail, fut imitée assez

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ser^'ilement dans les construclions qui complétèrent, de Louis X\^I iusqu'à nos jours, le grand Hospice civil, situé entre la rue Richaud et le boulevard de la Reine. Parmi les édifices dus à Louis XVI, en dehors des petits hôtels très simples (|ui ])euplcnt le quartier des Prés à la place qu'occupait l'ancien étano- de ( "la^-ny . il faut citer le théâtre, élevé en 1777 pour M'^'^ 3l()ntansier par le machiniste lioullet, entre le bassin de Xeptune

Cliché Neurdein.

Salle du Jeu de Paume.

et la rue des Réservoirs : grand l^âtiment très simple, dont la salle a des proportions parfaites ; un couloir le reliait autrefois au Château. L'hôtel de M""" Elisabeth, vaste propriété en bordure de Ta venue de Paris, date de 1776 ; celui d'Etienne Defautre, valet de chambre de la Dauphine, situé tout contre la barrière de la ville, s'est accru en 1780 d'un belvédère et de grilles élégantes ajoutées à la petite maison de 1734 ; de celui de la comtesse de Provence, datant aussi de 1780, il ne reste guère qu'un somptueux pavillon.

Une démolition stupide, en 1800, a su])primé la magnifique salle que l'architecte Paris avait élevée en 1787, tout auprès des bâtiments des Menus-Plaisirs i^transformésen caserne;, pour les séances de l'Assemblée

des Notables ; c'est là que les Ktats Généraux s'étaient réunis le 5 mai 178g. Du moins il reste à Versailles un souvenir précieux des temps héroïques : c'est la pauvre salle nue et lumineuse qui servit dès 1686 au jeu de paume de Louis XIV, et où, le 20 juin 178g, les députés du Tiers prêtèrent leur fameux serment. Dans ce berceau de la grande Révolution, une table de bronze commémorative avait été posée dès 17QO, mais ce ne

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L'Hôtel de Ville de Versailles.

fut qu'en 187g qu'il fut décidé d'y créer un Musée spécial ; le Musée de la Révolution fut inauguré le 20 juin 1883. Une statue de Baillj^ par Saint-.Alarceaux, est entourée de bustes des principaux membres du Tiers Etat ; et une reconstitution par Luc-Olivier Merson de la grande peinture entreprise par David orne le mur de fond de la salle. Les vitrines contiennent des médailles, des moulages, des dessins, gravures et autographes intéressant les origines de la Révolution.

La ville du Xix" siècle, avec ses inévitables enlaidissements, a longtemps respecté, autcint qu'il était possible, le caractère de ses vieilles

i-Lies et de ses vieilles places ; elle a com])ris la beauté unique de ses grandes avenues, dont les ormes continuent à dresser leurs murailles symétriquement taillées. La gare de la Rive Droite, qui fut inaugurée en 1839 par le duc d'Orléans, a déjà, peut on dire, un charme archaïque, si Ton songe au mouvement incessant c|ui, depuis quelques années, soulève des ilôts de poussière autour du Château de ].ouis XIV. .Sous le Second Empire, de 1863 à i8(j0, un architecte versaillais, An^klée .^lanuel, construisait en bordure de l'avenue de Paris, sur l'emplacement du Chenil du Roi, les élégants l)àtiments de la Préfecture, où le souvenir de 31ansart est partout visible. Trois corps de logis à un étage, surmontés, au-devant de la toiture, d'une balustrade ornée de vases de pierre, encadrent une cour que précède une fort belle grille. Les hautes fenêtres cintrées, les sculptures du fronton et le comble surélevé du pavillon central ont une harmonie aimal*le et discrète. L'exemple était parfait, et il semblait l)ien qu'il n'y eût qu'à le suivre, sans chercher en des -voies nouvelles des effets rares et amljitieux. Et p()urtant. lorsque la municipalité de Versailles, à l'étroit dans le gracieux petit hôtel de Ccjnti. voulut se donner, aux dernières années du XIX*^ siècle, une maison qui fût l'honneur et l'orgueil de la \ille, le souvenir de 3lansart ne prévalut ])oint contre les glorieux désirs. L'œuvre à faire eût été \Taiment trop sim])le ])our a\-oir chance de réussir : il s'agissait de doubler l'hôtel de Conti par un corps de logis parallèle, et de réunir ces deux ailes ]jar une galerie en façade sur l'avenue de Paris, L'n concours fut institué en 1897, et le projet de l'architecte Le Grand adopté et exécuté sans retard ; le nouvel Hôtel de \'ille était inauguré en juillet 1900. Le mieux ([uelon en pourrait dire serait de n'en rien dire du tout. C'est un monument d'une entière nullité architecturale, mais un monument gigantesque. La lanterne qui surmonte ses combles aigus du plus faux style de la Renaissance) domine audacieusement tout ce que, dans l'ancienne \-ille et jusque dans le Château, la sagesse et le goût des architectes disciples de 31ansart avaient fixé en harmonieuses proportions. La loi de Versailles, de s'étendre paisiblement, en lignes régulières, sans effort pour s'éLincer trop haut ou trop loin, a été cruellement enfreinte. Il y a des villes dont la beauté morte doit être conservée sans outrages, lentement et pieusement accrue par la vie qui afflue autour d'elle ; villes de repos et de silence, miroirs où la i)âle figure d'autrefois sourit à la figure nouvelle c|ui se penche et l'interroge ; et que pourrions-nous demander de moderne à la \ille de Louis XIV et de 31ansart ?

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