PRÉFECTURE
du département
DE SSINK-IT-0I8B
Division
« Versailles, le h octobre 1870.
c( Monsieur,
«J'ai l'honneur de vous envoyer mes propositions suivantes :
(( Le journal :
(( VUnion libérale et démocratique de Seine-et-Oise, peut continuer de paraître en remplissant les conditions suivantes :
tt 1^ Ne rien écrire contre la Prusse, ni
contre rAllemagoe en général, ni contre les armées alliées ; ils traiteront de politique comme ils le voudront;
« 2^ Insérer gratuitement les articles donnés par mon ordre ou par les ordres des autorités militaires, ainsi que les annonces et avis, provenants de moi et des autorités militaires.
« 3^ Envoyer gratuitement deux exemplaires pour moi.
« 4<^ Pour les contraventions quand ils me donnent sujet à des pleintes une amende, la première fois de cent francs, la seconde de deux cents, francs, et la troisième fois, il y a suspension.
« 5® Vendre des exemplaires dans les rues.
« Ayez la bonté de me faire connaître votre opinion sur ce sujet. »
L'opinion des rédacteurs du journal fut bientôt faite, et la réponse suivante fut adressée à M. de Brauchitsch :
« Versailles, U octobre 1870
« A monsieur l'intendant civil.
« Le Conseil de V Union libérale et démocratique, après avoir pris connaissance des conditions que monsieur Tintendant civil lui a communiquées, a décidé que le journal cesserait de parsdtre. »
M. de Brauchitseh ne s'attendait pas à une décision aussi prompte et aussi^ nette :
il chercha alors à négocier; il lui semblait maladroit de supprimer un journal dès les premiers jours de son entrée en fonctious ; il avait d'ailleurs pour politique de maintenir autour de lui le plus possible de vie locale, et pour cela, il ne fallait point en venir tout de suite aux mesures de rigueur.
Dans une conversation avec un employé qui remplissait alors les fonctions d'administrateur du journal, il feignit d'abord d'être offensé, a il ne comprenait pas, disait-il, comment ces messieurs avaient pu c( lui écrire une lettre aussi peu polie, à la « troisième personne. On n'écrirait pas (( ainsi à son valet de chambre! » il ajouta cependant qu'il ne voulait pas considérer l'affaire comme terminée ; aans une explication verbale, dit-il, les difficultés s'aplaniraient sans doutû, et il exprima le désir que « l'un de ces messieurs du journal » voulût bien se rendre à la préfecture pour conférer avec lui.
Deux des rédacteurs, MM. Bersot et Scherer, furent délégués pour se rendre à cette conférence. M. de Brauchitsch, avec la subtilité insidieuse qu'il avait toujours à sa disposition, essaya de démontrer que les conditions qu'il avait posées n'avaient rien qui ne fut acceptable. On voyait qu'il
avait un grand désir qu'un journal français continuât à paraître dans le département qu'il administrait, afin de pouvoir tirer parti de son existence pour établir combien la Prusse est généreuse et libérale dans la victoire ; d'un autre côté, il entendait bien se servir de ce journal dans l'intérêt prussien ; il fallait donc tâcher de faire tomber les rédacteurs de VUnion dans quelque piège, en leur promettant une certaine liberté, mais en exigeant d'eux, en revanche, la promesse de publier les articles qui leur seraient envoyés par l'autorité allemande. On aurait ainsi un journal d'un caractère assez ambigu pour qu'il fût possible de soutenir que la Prusse avait, au quartier-général même, respecté la liberté de la presse. Cette ruse échoua devant la clairvoyante fermeté de MM. Bersot et Scherer. Ils ne consentirent pas à entrer dans les compromis que leur proposait M. de Brauchitsch, et, résistant à tous les arguments qui leur étaient présentés, ils se réservèrent le droit entier et absolu de refuser l'insertion des pièces communiquées par les autorités allemandes, toutes les fois qu'ils le jugeraient convenable.
a C'est la guerre, alors I répliqua avec irritation M. de Brauchitsch.
— Non, c'est l'indépendance.
— Eh bien 1 soit, mais c'est l'indépendance à vos risques et périls.
— C'est bien comme cela que nous l'entendons. Le jour où il le faudra, nous cesserons de paraître, mais tant que nous paraîtrons, nous resterons libres. »
Ainsi s'était terminé l'entretien qui, déconcertant les projets de M. de Brauchitsch, n'avait en rien modifié la situation déjà existante, car dès le 2 octobre, VUnion, en annonçant l'arrestation de M. Jeandel, avait ajouté : « Nous persistons à paraître, malgré les circonstances que les événements nous ont faites. Nous publierons tous les faits que la population a intérêt à connaître ; quant aux réflexions qu'ils peuvent nous inspirer, nous ne dirons pas tout ce que nous voudrions dire, m^is nom ne dirons que ce que nous voudrons, »
Le numéro du 9 octobre fut composé conformément à cette ligne de conduite.
Avec un remarquable article de M. Scherer sur l'impossibilité de la restauration bonapartiste que méditait M. de Bismarck, il renfermait des fragments du récit de l'entrevue de Ferrières, que M. Jules Favre venait de donner dans une circulaire diplomatique ; on avait eu soin de supprimer de ce document toute la partie purement polémique, dans laquelle M. Jules Favre tâchait de démontrer combien étaient inacceptables
les ooDditions mises par M. de Bismarck à la BJgnatare d'un armistice.
Le 8 octobre, on pliait ce numéro, qui allait paraître, lorsque le secrétaire de M. de Brauchitsch se présenta dans les bureaux, porteur de la lettre suivante :