‹ Versailles pendant l'occupation: recueil de documents pour servir à lChapitre 2 sur 62 · L'HISTOIRE DE L'INVASION ALLEMANDE · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE DE L'INVASION ALLEMANDE

La DOQvelle da désastre de Sedan se répandit à Yersailles dans raprès-midi du samedi 3 septembre i870. ëIIô y fut. accueillie avec une douleur d'autant plus profonde que dès ce moment, on dut pressentir que Versailles allait encore, comme en avril 1814 et en juillet 1815, être exposé à toutes les calamités d'une occupation.

Dès le soir, un certain nombre de conseillers municipaux se réunit chez l'un d'entre eux, M. Edouard Cbarton, pour s'entretenir des mesures à prendre dans l'intérêt de la ville, et là il fut décidé que le maire serait prié de convoquer le Conseil municipal le lendemain matin de bonne heure.

4 septembre.

Le Journal officiel du 4 septembre fit connaître la séance de nuit du Corps législatif. Dans cette séance, il avait été annoncé que Napoléon III s'était rendu à l'ennemi comme prisonnier, et avait conclu une capitulation au nom de son armée (composée de plus de 80,000 hommes et de 500 pièces d'artillerie).

M. Jules Favre, à la suite de cette communication, avait déposé la proposition suivante :

« Art. 1*'. Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie sont déclarés déchus des pouvoirs que leur a conférés la Constitution.

« Art. 2. Il sera nommé par le Corps législatif une commission de gouvernement... )>

La discussion de cette proposition avait été renvoyée par le Corps législatif à la séance de jour, qui devait s'ouvrir le dimanche 4 septembre, à midi.

A la séance du Conseil municipal, ouverte à 10 heures, MM. Albert Joly et Housay proposèrent à leurs collègues de faire parvenir immédiatement au Corps législatif une adresse destinée à appuyer le projet de loi déposé dans la nuit par M. Jules Favre. M. Edouard Charton rédigea cette adresse dans les termes suivants :

Versailles, U septembre 1870.

« Les membres du Conseil municipal de Versailles, soussignés :

« Au nom de leurs concitoyens,

(( Emus des graves événements qui mettent la France en péril,

« Convaincus de l'urgente nécessité de constituer un gouvernement provisoire qui ait la confiance du pays,

« Font appel au patriotisme du Corps législatif et déclarent adhérer à la proposition que M. Jules Favre a lue dans la première séance de ce jour 4 septembre. »

Cette adresse, revêtue de vingt signatures, fut immédiatement portée à Pans par M« Albert Joly.

Les signataires étaient MM. Rameab, Charton, Ramin, Fontaine, Barué-Perrault, Deroisin, Albert Joly, Housay, Lasne, Postel-Grusse, Mainguet, Denis, Rémont, de Montfleury, Riche, Ange, Barbu, de Magny,Laurent-Hanin, Jeandel. — MM. Delaroche, Guilloteaux-Vatel et Hunebelle étaient absents.

Au moment même où cette adresse était rédigée, le ffouvernement impérial disparaissait et taisait place au Gouvernement de la Défense nationale.

5 septembre.

Le Journal officiel du 5 septembre portait le titre de Journal officiel de la Bépublique français, et publiait une proclamation du gouvernement nouveau annonçant la chute de Tempire.

A 8 heures du soir, le Conseil municipal se réunit. Le procès-verbal de cette séance, après avoir relaté l'expédition de quelques affaires courantes, est ainsi conçu :

({ Il est donné lecture d'une lettre adressée par M. le préfet de Seine-et-Oise à M.

de Magny, conseiller municipal. M. le préfet informe par cette lettre Thonorable M.

de Magny que M. Ploix, MM., Talbot et du Valdailly viennent de déposer leur démission des fonctions de maire et d'adjoints de la ville de Versailles, et que l'administration municipale se trouvant vacante à Versailles, il lui appartient, aux termes de l'article 4 de la loi du 5 mai 1855, et en sa qualité de conseiller municipal premier inscrit, de prendre la direction des affaires municipales.

(c Après cette lecture et une discussion qui s'est engagée sur la nature des obligations que la loi impose aux quatre premiers conseillers inscrits sur la liste du Conseil municipal, M. de Magny est appelé à remplacer M. Ploix au fauteuil de la présidence, et MM. Ploix, Ramin et Denis, inscrits après M. de Magny. prennent successivement place au bureau. Le bureau étant ainsi constitué et l'administration municipale établie, MM. de Magny, Ploix (s'abstenant), Ramin et Denis, remettent leurs pouvoirs au Conseil, à l'effet de pourvoir, vu l'urgence à ne pas laisser l'administration vacante, à la nomination d'une administration nouvelle. M. de Maçny invite, en conséquence, le Conseil à s occuper, séance tenante, de la nomination d'un maire et de trois adjoints.

«11 estd'abord procédé, au scrutin secret, à la nomination d'un maire. Le nombre des votants étant 26, la majorité absolue

i4, et M. Rameau ayant obtenu la majorité des suffrages, cet honorable conseiller est élu maire de Versailles, i^

MM. Lasne, Laurent-Hanin et Deroisin ayant été de même élus adjoints au scrutin secret; le Conseil décida que la nomination de la nouvelle administration municipale serait portée à la connaissance de la population, ce qui fut* fait par l'affiche suivante :

MAIKIE DE VERSAILLES

Le premier conseiller municipal inscrit sur la liste, présidant le Conseil par suite de la démission de MM. Ploix, maire, Tal* bot et du Valdailly, adjoints, porte à la connaissance de ses concitoyens que le Conseil municipal a, dans sa séance de nuit du 5 septembre 1870, élu :

MM. Rameau, maire; Lasne, 1*' adjoint; Laurent-Hanin, S"" adjoint; Deroisin, 3* adjoint.

De Magny.

6 septenibre.

Le premier acte du maire nouvellement élu fut d'écrire au préfet la lettre suivante :

« M. le Préfet, j'ai l'honneur de porterà votre connaissance que le Conseil municipal de Versailles, a, dans sa séance d'hier, sur la remise de ses pouvoirs que lui a faite M. de Magny, premier conseiller inscrit et faisant fonctions de maire, procédé à la double élection d'un maire et de trois adjoints pour la ville de Versailles. Le maire ainsi élu, c'est moi, et les trois adjoints élus sont MM. Lasne , Laurent- Hanin et Deroisin. Je viens donc vous prier, M. le Préfet, de vouloir bien me faire savoir s'il vous paraît nécessaire de procéder à notre installation et s'il vous convient de le faire. Enfin, et vu l'extrême urgence des gra/es circonstances au milieu desquelles nous vivons, je vous demande, dans l'intérêt de la ville de Versailles, de vouloir bien m'autoriser à réunir extraordinairement le Conseil municipal toutes les fois que la nécessité m'en apparaîtra.

(( J'ai l'honneur d'être, etc. »

M. le préfet Cornuau répondit le même jour à M. Rameau :

« M. le Maire, « Au moment de quitter Versailles, ie reçois la demande que vous me faites de vous autorisera réunir extraordinairement le Conseil municipal de Versailles. En présence des événements, je ne vois aucun

inconvénient à ce que vous convoquiez cette assemblée tontes les fois que vous le jugerez nécessaire.

« Recevez, M. le Maire,...

« COBRUAU. »

La constitution de la nouvelle administration fut également soumise à Tapprobation du gouvernement de la Défense nationale. Le visa approbatif du ministère de rintérieur fut apposé sur la minute du placard qui devait annoncer à la population le vote du Conseil.

La nouvelle municipalité adressa immédiatement aux habitants de Versailles la proclamation suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

VILLE DE VERSAILLES

Habitants de Versailles et chers concitoyens,

Votre Conseil municipal, sous la pression des plus impérieuses nécessités, nous a remis hier les pouvoirs que la présente administration municipale a cru qu'il était de son devoir de résigner. — Dans ce moment de crise, il ne saurait être question de formuler un programme : tous nos soins doivent se concentrer exclusivement sur les mesures relatives à la protection de la ville et à son approvisionnement. — Votre attitude nous prouvera votre confiance, comme notre conduite vous démontrera notre dévouement. — Soutenons de toutes nos forces le gouvernement qui a eu le courage de prendre en main la défense de nos intérêts. — Vive la République !

Le maire élu : Ch. Rameau.

Les adjoints élus : Lasne, Laurent- Hanin, Deroisin.

L'administration du département chan-

fea le même jour. Un décret du 5 septemre nommait M. Edouard Charton préfet de Seine-et-Oise.

M. Edouard Charton était alors extrêmement souffrant, et sa première pensée fut de refuser des fonctions que l'état de sa santé lui interdisait d'accepter. Mais dans la journée, il reçut de M. Cornuau une lettre dans laquelle celui-ci résignait ses pouvoirs entre ses mains et ajoutait :

u Je me hâte, Monsieur, de vous remet- « tre les dépêches parvenues cette nuit à u la Préfecture. Il y en a de très urgentes « et qui réclament une suite immédiate. »

M. Edouard Charton était, par cette lettre, mis en demeure de la façon la plus pressante. Le danger qui pouvait résulter pour le département d'un refus qui suspendait radministration dans on pareil moment de

crise décida M. Charton à remplir, au moins provisoirement, les fonctions qui lui étaient imposées. II prit donc la direction des affaires du département, et annonça son acceptation par la proclamation suivante :

Le Préfet de Seine-et-Oise à ses Concitoyens.

Le Gouvernement me confie l'administration du département de Seîne-et-Oise.

Il fdit appel à mon dévouement : ma conscience m'ordonne d'y répondre.

Aidez-moi, mes concitoyens I laissons de côté tout sujet de discorde. N'ayons tous qu'un seul sentiment, qu'un seul cri :

Sauvons la France !

C'est de l'ensemble des bonnes volontés individuelles que se forme la puissance de l'esprit public. La Liberté se relève : que devant elle, autour d'elle, partout, elle ne voie que des âmes enflammées des sentiments généreux qu'elle seule est capable d'inspirer.

Pas de découragement I pas de défaillance !

Il n'est point d'épreuves que nous ne puissions surmonter avec l'union et un ferme courage. L'ennemi ne doit trouver en face de lui que des citoyens graves, fiers, résolus, dont aucun revers n'a abattu ni le patriotisme ni l'espérance.

Le Préfet, Edouard Charton (4).

Le Conseil municipal se réunit à 2 heures.

Le maire élu en prit pour la première fois la présidence.

A l'ouverture de la séance, « M. Ploix fait connaître que lui et ses collègues n'ont résigné leurs fonctions qu'à cause des événements politiques, et qu'ils n'ont pas cru devoir conserver leurs fonctions après la chute du gouvernement qui les avait investis.

(( M. Rameau remercie les membres du Conseil de l'honneur qu'ils lui ont fait, en le mettant à leur tête et en l'appelant à administrer la ville, poste glorieux, difficile et pénible dans la situation où se trouve le pays. Il demande le concours de tous ses collègues, et espère que le Conseil continuera à la nouvelle administration la confiance qu'elle avait accordée à la précédente, à laquelle tous rendent justice et adressent leurs remerciements (S), d

Immédiatement après cette installation,

(1) M. Charton, conformément à une dëdaration faite alors par lui, ne consentit à accepter aucun traitement.

(2) Procès-verbaux du Conseil.

le maire soumit au Conseil les mesures qu'il avait déjà dû prendre.

Il avait demandé une ehtrevue au général de Longuerue, commandant la subdivision de Seine-et-Oise , pour s'entretenir avec lui de la défense do la ville.

Sur cette question de défense, M. de Longuerue avait donné en communication au maire une instruction renfermée dans une lettre du général de la i'" division militaire, en date du i*' septembre 4870 et ainsi conçue :

« Général, le 28 août dernier, j'ai consulté le ministre de la guerre sur la réponse à faire aux questions qui m'ont été posées par plusieurs généraux, commandant des subdivisions militaires, au sujet des dispositions qu'ils auraient à prendre, dans le cas où le territoire de leur commandement serait menacé ou envahi.

Le ministre de la guerre a répondu ce qui suit, à la date du 31 août : On ne saurait, évidemment, donner à cet égard que des indications généraies, Tautorité locale pouvant seule apprécier le meilleur parti à prendre, en présence des événements, en tenant compte des circonstances particulières. — ^Toutefois, il est certaines dispositions dont l'application pourra toujours être très utilement recommandée.

Ainsi en l'absence de troupes de liçne, il devra être fait appel à la garde nationale mobile ou sédentaire, pour l'organisation sur les voies de communications d'un service d'éclaireurs et la formation de détachements destinés à protéger les chemins de fer et les gares contre toute tentative de destruction de la part des coureurs ennemis.

Si l'ennemi se présente en nombre trop considérable pour qu'on puisse songer à le repousser, il faut se retirer sur un point où la résistance soit possible, après avoir détruit les ponts, barricadé les routes et chemins, et enfin pris toutes les mesures de nature à arrêter ou retarder sa marche, en se concertant avec les services des ponts et chaussées et le génie militaire. Toutefois, il est entendu qu'en ce qui concerne les chemins de fer, ce soin doit être laissé aux officiers du génie, qui sont chargés sur chaque ligne de couper la voie, quand cela devient nécessaire, et qui disposent d'un personnel suffisant à cet effet. En dehors de ces dispositions, qui trouveront toujours leur application partout où Ton pourra craindre l'approche de l'ennemi, je ne saurais indiquer à l'avance à chacun la conduite qu'il devra tenir à un moment donné.

Ceux-là seuls qui sont sur les lieux peuvent apprécier ce que les circonstances réclament, et ils devront user de l'initiative

2ui leur appartient nécessairement dans es conjonctures comme celles où nous nous trouvons aujourd'hui. J'ai l'honneur de vous inviter à vouloir bien, le cas échéant, faire une exacte et judicieuse application des dispositions ci-dessus.

c( Recevez, etc.

<( Le général chef d'état-major, « De Malvot. »

Après avoir pris connaissance de cette lettre, le maire écrivit, le jour même, la lettre ci-après au général de Longuerue :

« Général, j'ai eu l'honneur de rétablir aujourd'hui dans vos bureaux, comme j'en avais pris l'engagement, la lettre du 4*' de ce mois que vous avait adressée le générai commandant la 4'*^ division militaire et relative aux dispositions à prendre dans le cas où le territoire de la commune serait menacé ou envahi. — Je crois devoir consigner ici l'impression que j'ai ressentie et âne vous m'aviez paru partager, au sujet e l'application de ces dispositions à la ville de Versailles. C'est qu'il faudrait pour défendre la ville de Versailles, ouverte de tous côtés, environnée de hauteurs boisées qui la dominent, percée de larges avenues et de trois lignes de chemins de fer, une très nombreuse garnison et des ouvrages en terre çamis d'artillerie sur les hauteurs. Or, la ville de Versailles ne possède ni une garnison appartenant à l'armée, ni un ouvrage défensif quelconque. Elle n'a qu'une garde nationale sédentaire composée de près de trois mille hommes, mais réorganisée depuis quelques semaines et armée depuis quelques jours seulement, qui commencent à taire l'exercice, mais n'ont,- Dour la plupart jamais tiré un coup de fusil, et sur laquelle leurs officiers n'ont encore pu acquérir aucune autorité.

(( Ces renseignements, que je voudrais qualifier de confidentiels, mais qui, malheureusement sont de toute notoriété dans la ville, ne permettent pas de se dissimuler que la ville est hors d'état de pouvoir être défendue stratégiquement dans l'état actuel.

u Cependant la population, je n'en doute pas, et la garde nationale ne voudraient pas subir l'humiliation d'une incursion et d'une sorte de pillage par des éclaireurs ou maraudeurs. En conséquence, et pour éviter cette insulte, voici les mesures que j'ai concertées avec le colonel de la garde nationale sédentaire :

(( Les quatorze barrièresde la ville seront fermées aussitôt que la présence de l'ennemi aura été signalée à une distance de quelques heures de marche; à chaeune d'elles un poste de dix à quinze hommes de

ment à toute personne qui le pourra d'enlever une partie de ces fourragea, et il en restera peu en quelques jours. D'ailleurs ne yaudrait-il pas mieux les laisser emporter ainsi par des Français que de les livrer à des Allemands on de montrer à ceux-ci les traces de Tincendie, ce qui pourrait les amener par vengeance à brûler les maisons voisines. Il en serait de même des fours de la manutention que Ton veut dé^ truire; si le fait se produit, les ennemis s'empareront des fours de toute la ville et pourront Taffamer; de même que, faute de fourrages, si on le brûle, les ennemis feront payer à la ville de Versailles les fourrages qu'ils achèteront dans les campagnes voisines. Un grand mal aura été produit sans nuire à reunemi. Je vous prie de la manière la plus instante, général, pour que cet ordre inexécutable soit révoqué.

(( J'ai l'honneur d'être, etc. »

la {^arde nationale sédentaire y sera établi de jour et de nuit, avec une consigne consistant à refuser positivement l'entrée de la ville aux éclaireurs en question; s'il s'agissait d'un régiment, même de plusieurs escadrons seulement, le chef de poste inviterait le corps ennemi à envoyer un officier comme parlementaire à l'Hôtel-de-Ville, où le maire de la ville serait appuyé par un poste de 30 on 40 hommes et pourrait ouvrir une conférence sur les conditions du passage des troupes à travers la ville.

<( Je dois dire ici que notre garde nationale n'est pas encore habillée complètement, mais je veillerai à ce qu'aux portes des barrières, les hommes de garde aient tous le képi et la vareuse; les autres qui n'ont pas de vareuse ont un brassard tricolore timbré par la municipalité. Je vous S rie, général, de faire connaître à qui de roit les dispositions ci dessus que je signale également à M. le préfet.

a Permettez-moi maintenant d'appeler votre attention la plus sérieuse^ sur deux faits qui sont de nature, en ce moment, à menacer la tranquillité et même la sûreté de la ville. Le premier concerne les militaires isolés, qui afûuent en ce moment dans Versailles, quelques-uns, cavaliers démontés ou blessés, que l'autorité militaire paraît vouloir laisser se refaire dans notre ville. Or, je vous signale ceci : c'est ^ue si l'ennemi pénétrait d'ici à quelques jours dans notre ville, ces pauvres soldats pourraient être faits prisonniers de guerre, même insultés et blessés ; et comme plusieurs d'entre eux, encore valides, pourraient vouloir se défendre, un véritable mais très inégal combat se livrerait dans nos rues, la populatioa s'y mêlerait et des conséquences déplorables pourraient s'ensuivre pour cette ville ouverte livrée à un ennemi toujours si nombreux. Je réclame de la manière la plus énergique, au nom et dans l'intérêt de notre malheureuse armée, et aussi au nom de la ville, que ces débris de régiments soient de suite mis à l'abri des fortifications de Paris.

a Le second point concerne les quinze à dix-huit cents voitures de fourrages, qui sont dans les magasins militaires de Versailles. Il paraît que Tordre de les incendier aurait été lancé d'une manière générale, et si ce fait malheureux se produisait, il pourrait avoir pour conséquence la ruine de tout un quartier, peut-être de toute la ville. Jamais la population n'assisterait passivement à une pareille exécution, et certainement l'instinct de la conservation l'emporterait sur le respect des ordres donnés. Je ne doute

1>as que la population s'y opposât. Quel 'autorité militaire puimette immédiate- 1 Le départ du trésorier -payeur général

Une copie de cette lettre fut adressée à M. Gharton, qui approuva les dispositions prises.

En même temps qu'il consultait le général de la subdivision, le maire, d'accord avec le chef de la garde nationale sédentaire, M. le colonel Michel (ancien colonel d'infanterie), prenait toutes les mesures nécessaires relatives : à Torganisation des cadres, qui étaient encore en formation; à l'armement, qui se composait d'anciens fusils à piston en assez mauvais état; à l'installation des postes qu'il fallait établir à toutes les entrées de la ville.

Après avoir adopté ces premières dispositions, l'administration municipale s'occupa de l'approvisionnement de la ville.

Les boulangers et les bouchers furent convoqués et le maire étudia avec eux les moyens propres à approvisionner les habitants de la ville de pain et de viande, lorsque les communications avec les différents marchés voisins deviendraient difficiles ou même impossibles. Des syndicats furent organisés pour régulariser et simplifier les rapports avec l'administration municipale.

A côté des difficultés alimentaires se présentaient avec non moins de gravité des difficultés financières. L'encaissement de la ville, résultant de son compte au Trésor public (397,625 fr. 28 cent.), allait partir pour Paris avec le trésorier-payeur général; les fonds du Bureau de Bienfaisance (76,972 fr. 94 cent.) allaient suivre la même route. La Caisse d'épargne allait cesser ses remboursements. Le Mont-de- Piété allait cesser ses engagements. Les produits de l'octroi allaient faire défaut.

pour Paris, et rinterraption de foutes les commanications, allaieutrendre impossibles les payements à faire notamment aux pensionnaires et rentiers de TEtat habitant Yersailles et aux employés de tous les services de TEtat et de la ville.

Telles étaient quelques-uns des mille embarras que créait la situation nouvelle au point de vue fînancier. Il fallut provisoirement ajourner la solution de ces problèmes, pour ne songer qu'au point jugé par le maire le plus urgent : la protection de la ville contre les insultes des ennemis.

7 septenibre.

La journée du 7 septembre fût consacrée presque tout entière h, ce soin.

Toutes les barrières furent visitées en commun par le maire, le premier adjoint, le colonel de la garde nationale et Tarchitecte de la ville.

Pour mieux flxer les décisions arrêtées sur les lieux mêmes, le maire les rappela au colonel dans la lettre suivante :

« M. le Colonel, je m'empresse de vous rappeler les différentes dispositions que nous avons arrêtées d*accord, dans la visite que nous avons faite ensemble ce matin des différentes barrières de la ville de Versailles.

<( J'ai donné les ordres nécessaires à Tarchitecte de la ville pour que les lieux destinés aux différents corps de garde provisoires soient appropriés à leur destination momentanée. Les gardes nationaux auront, je le reconnais, bien des privations à y supporter, mais je connais assez leur patriotisme et leur dévouement aux intérêts de la ville pour être certain qu'ils ne murmureront pas; veuillez bien, colonel, soit personnellement, soit par Tentremise des officiers sous vos ordres, les prévenir et les encourager.

c( i"" Le poste de la barrière de l'Orangerie, placé dans les bâtiments de Toctroi, Îtourrait avoir au moins 12 hommes — 2^ Ceui de la grille de Satory, dans les bâtiments de l'octroi, dont une porte serait murée, pourrait n'avoir que 6 nommes; -* 3® Celui de la grille Saint-Martin, placé dans une baraque en bois, aurait aussi 6 hommes; — Celui de la porte de Bue, placé dans une maison bourgeoise, aurait encore 6 hommes; — 5® Celui de la rue des Chantiers, dans le bureau d'octroi, aurait 6 hommes; — 6^ Celui du passage à niveau du chemin de fer de la rive gauche, très voisin de celui ci-après de l'avenue de Paris, n'a pas encore été étudié, et devrait seulement être surveillé, soit par un factionnaire, soit par des rondes fréquentes faites

par le poste suivant; — 7^ Celui de la çrille de l'avenue de Paris, placé dans deux cnambres du bâtiment d'octroi, devrait comporter au moins i6 hommes, à cause de deux autres postes à surveiller par lui; d'abord celui ci-dessus du passage à niveau du chemin de fer, ensuite celui de la grille ouvrant sur la rue Saint-Claude, fermée par une simple grille et sans poste; — 8** Celui de la barrière de Montreuil, dans le bâtiment de l'octroi, avec surveillance de la porte de sortie de la maison des Dames de la Retraite, devrait comporter 8 hommes; — 9° Celui de la barrière de Bonne- Aventure, placé dans une grange ouverte, devrait avoir 6 hommes; — 10® Celui de la voierie, placé dans une baraque en bois, devrait avoir aussi 6 hommes; — 11® Celui de l'avenue de Picardie, dans le logement du garde forestier, pourrait avoir 8 hommes; — 12® Celui de la grille de Yillenenve- TEtang, dans le logement de l'octroi, pourrait avoir 6 hommes; — 13® Celui de la rue du Plessis, ou de Glatigny, placé dans un passage de porte cocnère, clos par des planches, pourrait avoir 6 hommes; — 14® Celui de la grille de Saint-Germain, ou du boulevard du Roi, placé dans le logement du garde forestier, pourrait avoir 15 hommes, à cause de la surveillance, d'abord de travaux de terrassement exécutés par le génie, et ensuite de la porte ouvrant sur la rue des Glacières; — 15® Celui de la rue Maurepas, dans une maison bourgeoise, pourrait n'avoir que 6 hommes; — 16® Celui de la grille de Trianon^ dans le bâtiment de l'octroi, pourrait n'avoir aussi que 6 hommes.

(c Des ordres devront être donnés par l'administration des forêts de la couronne, pour faire clore et tenir closes les portes et grilles du palais de Yersailles et de ses dépendances, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné.

<( Je recommande à l'architecte de la ville de faire exécuter aujourd'hui tous les travaux que nous avons jugés indispensables, notamment ceux relatifs à la fermeture facile des portes et grilles, à certains bouchements d'ouvertures de portes ou de fenêtres, à l'éclairage des postes au moyen d'appliques et à la fourniture de paille et foins nécessaires pour le coucher des hommes de garde.

« Il est entendu qu'indépendamment des i20 hommes environ que comportent les portes des barrières, celui de l'Hôtel-de- Yille continuera à renfermer de 30 à 40 hommes, à cause des factionnaires et patrouilles.

(( Les hommes de garde devront, autant que possible, être munis du képi, et de la

vareuse d'uniforme; et comme ce point importe à leur propre sûreté, il convient de faire déposer dans les postes de barrière des vareuses pour ceux des hommes de garde qui n'auraient pas pu s'en procurer.

Le brassard pourrait être jugé insuffisant.

— Le conseil d'administration de la garde nationale agissant d'urgence et en l'absence des conseils de famille des différentes compagnies qui ne sont pas, je le crois, constitués, pourrait prendre sur lui de faire dresser l'état, par compagnies, des hommes pour qui l'acquisition d'une vareuse et d'un képi serait trop onéreuse, et leur faire délivrer un bon sur la présentation duquel les chefis de postes, à qui ils seraient donnés en compte, leur délivrerait ces deux effets d'équipement. — La ville va mettre à votre disposition, pour demain, une centaine de vareuses et képis d'uniforme; ce qui ne doit pas empêcher d'insister vivement auprès de tous les autres gardes nationaux pour qu'ils se hâtent de compléter leur habillement.

(( Quant aux cartouches, il est impossible de ne pas en délivrer à la garde nationale que l'on place en observation devant un ennemi possible; d'un autre côté, il serait bien regrettable qu'un coup de feu tiré imprudemment ou sans nécessité, pût provoquer un combat dans les rues d'une ville complètement ouverte. Dans cette situation, il a paru bon aux administrateurs de la cité de prendre le terme moyen suivant : sur le bon par vous délivré, colonel, portant réquisition d'un nombre déterminé de cartouches, en rapport avec les besoins du service, le général commandant la subdivision vous les fera délivrer immédiatement; et vous donnerez des ordres pour que chaque chef de poste reçoive, en compte, un nombre de cartouches en rapport avec celui des fusils du poste.

((Un certain nombre de gardes nationaux, ou jeunes, ou ayant déjà servi, se sont offerts pour former une ou plusieurs compagnies de volontaires, peut-être un bataillon, à l'effet de se rendre à Paris pour concourir à la défense de la capitale. Voulez-vous bien, colonel, mettre cette offre à Tordre de la légion et procéder immédiatement à la formation, si elle est possible, de ce bataillon de volontaires.

u 11 a paru encore utile de rechercher si la garde nationale renfermerait dans son sein des hommes bons écuyers et possesseurs de chevaux de selle^i qui consentiraient à remplacer leur service d'infanterie par celui de la cavalerie. On pourrait peutêtre bien réunir quinze à vin^t cavaliers qui feraient un service d'éclaireurs et au

besoin d'estafettes, dans Versailles, de l'Hôtel-de-Ville aux barrières, et même parfois extra muros.

(( Les rondes d'officiers, dont les compagnies seront de service, devront être fréquentes et précédées d'une conférence avec vous, colonel. Cette conférence aura pour objet de leur bien faire comprendre ce que la ville attend de ce service de surveillance aux barrières, dont nous avons conféré ensemble aujourd'hui... » •

Versailles a pour accès , d'un côté, le grand et le petit Parc de Versailles, qui communiquent avec les jardins et cours du Palais. Il fallait obtenir une clôture de ce côté. Le maire s'était adressé au régisseur du Palais, qui l'avait renvoyé à rinâpecteur des forêts. Ce dernier répondit par la lettre suivante, datée du 7 septembre :

(( Monsieur le Maire. M. le régisseur de Versailles me fait connaître votre désir de voir fermer les portes du Parc de Versailles. J'aurai l'honneur de vous faire remarquer que les portes dites de Bailly et de Saint-Antoine peuvent seules être fermées ; quant à l'ouverture sur la route de ^^aint-Cyr, il n'existe pas de grilles. Les portes de la Minière et du Ceri-Volantne peuvent être closes sans interrompre la circulation avec les communes environnantes ; et pour les autres ouvertures, elles sont occupées par l'octroi. Je donne des ordres pour que les grilles de Saint-Antoine et de Bailly soient fermées à tout le monde, et vous prie de me faire connaître vos intentions pour les portes de la Minière et du Cerf-Volant. »

Ce côté de la ville n'était donc pas du tout défendu, et sa très grande étendue en rendait la garde presque impossible.

Cette circonstance rendait encore plus singulière l'apparence de défense que le génie militaire, obéissant à des ordres conçus et donnés trop précipitamment, avait préparée en creusant des fossés sur quelques-unes des routes conduisant à Versailles. Ces fossés, qu'il était d'ailleurs si facile de tourner, ne devaient pas arrêter l'ennemi une heure. Ils n'eurent qu'un résultat, ce fut de donner un élan tout nouveau à l'émigration. En voyant creuser ces fossés, beaucoup de familles habitant Versailles crurent que le terrain serait disputé pied à pied et que toutes les routes et même l'intérieur de la ville seraient le théâtre de combats acharnés ; une espèce de petite redoute construite à la gare de la rue des Chantiers, fit pour beaucoup d'esprits de cette idée une certitude, et la

panique s'empara d'une partie des habitants. Les passe-ports furent demandés par centaines. Une foule immense se pressait à la ^re du chemin de fer de Rennes ; les

Suais étaient encombrés, non-seulement e malles, mais de mobiliers; on aurait cru qu'une partie de la ville avait brûlé, et

2u'on avait déposé là tout ce qui avait pu tre sauvé. Chaque départ de train était l'occasion de scènes tumultueuses ; on luttait pour monter dans les viragons qui arrivaient de Paris déjà surchargés. Les voya- Seurs qui n'avaient pu partir attendaient es journées entières et même couchaient dans la gare pour attendre le passage d'autres trains dont ils espéraient faire le siège avec plus de succès.

Cette panique n'était pas moins vive dans les campagnes. Là, elle était due, non pas tant à, ces tranchées si inutiles creusées sur les routes, qu'à un ordre télégraphi<][ue lancé de Paris le 5 septembre et ainsi coDQu :

(( Fuites immédiatement évacuer sur Paris toutes les récoltes ou denrées qui pourraient approvisionner l'ennemi qui s'approche. Celles qui resteront devront être brûlées. »

Cet ordre avait été accueilli dans les campagnes avec un étonnement auquel avait bien vite fait place la colère. Les petits fermiers se demandaient où ils iraient et qui les nourrirait, quand ils auraient brûlé des meules, des granges pleines dont l'incendie se communiquerait peut-être à leurs maisons. Il était enjoint de « faire le vide » ; mais cette injonction, d'ailleurs si tardive, était-elle d'une exécution possible dans une contrée où la population est si compacte? Cependant, des francs- tireurs se firent les exécuteurs volontaires de ces ordres, et se répandirent dans les villages pour brûler les moissons. Sur certains points, les paysans se disposèrent à défendre leurs récoltes; sur d'antres, ils émigrèrent en masse, emportant tout ce qu'ils pouvaient, fuyant au hasard, vers la Bretagne, disaient-ils, c'est-à-dire vers le côté qu'ils savaient vaguement être le plus opposé à celui d'où venait Tennemi. A partir du 7 septembre, on vit chaque jour passer à Versailles de longues files de chariots conduits par des paysans qui allaient devant eu}t, sans savoir où, avec la résignation du désespoir; les chariots étaient chargés de blé, de paille, de foin ; sur ces débris de moissons, entassés à la hâte, on apercevait souvent toute la famille du paysan, depuislavieillegrand'mère jusqu'à 1 enfant à la mamelle. Derrière venaient des charrettes portant les parties

les plus précieuses du ménage, et puis venaient enfin des troupeaux de bœufs ou de vaches, se traînant déjà péniblement et destinés à tomlier peu à peu de fatigue sur les routes. Dans la journée du 10, on compta ainsi au passage plus de âOO bestiaux escortant des familles de petits cultivateurs. Marchant dans le sens opposé, d'autres chariots portaient en toute hâte à Paris les approvisionnements qu'il réclamait pour subir le siéçe. Mêlés à toutes ces voitures qui se croisaient sans cesse sur Tavenue de Paris et dans la rue des Chantiers, on rencontrait des cavaliers ou des fantassins isolés qui revenaient de Sedan ou de Forbach, amaigris, harassés, sans armes, l'uniforme en lambeaux. D'autres soldats, incomplètement équipés, passaient par groupes nombreux : c'étaient les recrues nouvelles, les jeunes mobiles de province qui allaient s'enfermer dans Paris pour le défendre.

Rien ne saurait rendre la tristesse et la confusion de ce tableau qui se déroula sous nos yeux, sans interruption, pendant près de quinze jours, et qui fut pour Versailles le prologue poignant de l'invasiOQ.

8 septembre.

Le préfet jugea qu'il était utile d'éclairer la population de Versailles sur le véritable caractère de cet travaux militaires qui avaient donné lieu aux suppositions les plus diverses. Il écrivit au maire la lettre suivante :

(( Monsieur le Maire, une partie de la population s'émeut à la vue des travaux exécutés aux gares et sur les routes voisines. On paraît craindre que l'on ne veuille exposer Versailles à un siège. Vous jugerez utile, sans doute, de démentir ces rumeurs. Il s'agit, non pas de défendre notre ville contre une armée, ce qui est malheureusement impossible, mais de tenir à distance les maraudeurs, et de concourir, par une attitude digne, aux mesures générales que le comité de défense de Paris peut juger nécessaires. »

Cette lettre, que le préfet autorisa le maire à rendre publique, fut aussitôt imprimée sous forme de placard et apposée dans la ville.

Quelques jours plus tard un autre bruit se répandit; on affirma que des ordres étaient donnés pour incendier tous les bois qui entourent Versailles; les arbres, disaiton, seraient arrosés avec du pétrole, et enflammés. Aussitôt l'on vit l'incendie se propageant des bois dans la ville, et de

nouveau, la terreur se répandit dans les imaginations crédules.

Sans se laisser distraire par toutes ces vaines agitations, la municipalité travaillait activement à tirer parti, pour la défense du pays ou de la ville, du peu de forces dont Versailles disposait.

Le 8, le maire adressa la lettre suivante au général de Longuerue, commandant de la subdivision, qui donna son approbation entière à toutes les propositions qu'elle renfermait :

c( Général, la garde nationale de Versailles, dont l'organisation, au point de vue de l'instruction militaire et de l'habillement, est ma principale préoccupation, peut se diviser en trois catégories très dissemblables, quant au nombre des gardes nationaux qu'elles renferment.

<( La plus grande partie de ce qui forme aujourd'hui nos trois bataillons, et que le projet dont je viens vous entretenir réduirait au plus à deux, comprend les pères de famille, les hommes d'un certain âge, et qui ont toujours été depuis près de vingt ans tellement étrangers au métier des armes, qu'il sera bien difficile avant longtemps peut-être de les mettre en état de bien se servir de leurs aimes et surtout de faire le coup de feu devant l'ennemi. Je considère cette catégorie comme devant être appliquée au service d'ordre et de police dans la ville, même à la défense contre des éclaireurs et maraudeurs de l'ennemi, mais elle serait, je le crains bien, hors d'état actuellement de repousser l'attaque sérieuse d'un corps ennemi voulant pénétrer de vive force dans la ville.

« Dans la seconde catégorie, je placerais les jeunes gens, les célibataires, les hommes ayant déjà servi dans l'armée. Ceux que la famille retient moins à la maison, et qui, formés en très peu de jours au maniement de leurs armes, sont déjà en mesure de s'en servir avec force et adresse contre l'ennemi, surtout s'ils étaient placés derrière un rempart ; je serais d'avis d'en former, sur leur demande, un bataillon de volontaires^ qui pourrait être envoyé à Paris ou dans un fort, et y rendre de grands services pour la défense de la capitale.

a Enfin, la dernière partie comprendrait des hommes de toutâge, vigoureux, hardis, chasseurs et bons tireurs, très disposés à faire le service de tirailleurs et d'éclaireurs dans les bois et les montagnes ; ce serait notre compagnie de francs-tireurs volo^^ taires.

« Pour dégarnir les rangs de notre garde nationale, il faut par des affiches faire appel aux volontaires des deux catégories que je

viens de vous indiquer. Je n'ai pas cru pouvoir me permettre cette publicité sans l'aveu de l'autorité militaire, qui dispose en ce moment de toutes les forces du pays.

« Je vous prie donc, Général, de vouloir bien me faire savoir si vous m'autorisez à procéder à la formation par la voie d'un appel public fait aux volontaires à! un bataillon de volontaires pour servir exlràmuros^ et d'une compagnie de francs-tireurs, qui serait mise également à la disposition ae l'armée. »

Descréditss'élevantàun total de5,Û00fr.

furent successivement votés par le Conseil municipal pour l'équipement et l'armement de ce bataillon de volontaires de la garde nationale.

Quant au corps de francs - tireurs qui cherchait à s'organiser, M. Ange demanda en son nom un crédit de 500 fr. pour l'achat de haches. Ce crédit était le seul qui fût nécessaire, les francs-tireurs se chargeant du reste de leur armement et de leur équipement. Le crédit fut accordé, mais il resta sans emploi, divers obstacles administratifs s'étant opposés à la formation de ce corps indépendant. Déjà du reste un essai du même genre avait été tenté en vain, dès le mois d'août. Après les premières défaites de Forbach et de ReischofTen, l'appel suivant avait été affiché :

Compagnie des francs-tireurs versaillais.

« Amis,

(( La Patrie est en danger ! Etre ou n'être plus, telle est l'alternative imposée à la France!..

((Il y a un devoir, et il n'y en a plus qu'un pour tout homme do cœur : vaincre ou mourir! Venez vous joindre à nous!

Que tout homme de plus de 30 ans, brave, sachant tenir un fusil, s'engage dans la compagnie des francs-tireurs volontaires.

(( Plus qu'une pensée : la France ! un but : la victoire !

c( Georges Leghand, LÉON Rameau, Henri Rameau, Jules Charton,

DiEULEVBUT, ETC. »

Le chiffre des volontaires s'était élevé, en quelques jours, à 60. Le capitaine Janselme avait été commissionné par le général de la subdivision commo chef de la compagnie; les cadres furent rapidement constitués, et tout faisait espérer que^ le but poursuivi serait atteint, quand la' nouvelle loi militaire du 10 août vint enlever à la compagnie ses principaux éléments, et en empêcha la formation. Plusieurs de ses organisateurs entrèrent alors

dans rarmée régulière; nous citerons entre autres les deux fils du maire, MM. Léon Rameau, inspecteur des finances, et Henri Hameau, attaché au ministère des affaires étrangères, qui s'engagèrent immédiatement comme simples soldats, dans un régiment d'infanterie de ligne et firent la campagne de Paris. De son côté, le fils du préfet, M. JulesGharton, ingénieur, se rendit, dès l'entrée des Prussiens à Versailles, auprès du ministre de la guerre qui lui confia plusieurs importantes missions militaires en province.

On devait craindre que, par suite de la misère qui se produirait inévitablement pendant rhiver, un grand nombre de personnes ne fût réduit aux plus dures extrémités. Un honorable habitant do la ville, . M. Raoult, proposa d'organiser un Comité de secours qui aurait comme principal moyen d'action des fourneaux alimentaires où se feraient des distributions gratuites ou à prix très réduit.

Le projet fut accueilli avec reconnaissance par l'administration municipale. M.

Raoult étudia l'organisation d'un comité de secours alimentaires, qui, le 14 septembre, reçut du Conseil municipal une première subvention de 10,000 fr.

Une autre préoccupation de môme nature avait dû surgir. Versailles est presqu'entièrement privé d'eaux de sources; il ne peut compter que sur celles que lui amène la macnine de Marly. — Si les communications par les conduites entre Marly et les réservoirs de Versailles venaient à être coupées, la ville pouvait manquer d'eau.

Le Maire eut à ce sujet une conférence avec M. Dufrayer, directeur des eaux, et reçut de lui un rapport qui pouvait se résumer ainsi :

(( La dépense journalière étant' en moyenne de 5,000 mètres cubes, les réserves de Versailles, augmentées de l'eau contenue dans les réservoirs des Deux- Portes, feraient un approvisionnement en eau de Seine pour quatre-vingt-huit jours, en supposant interrompue l'élévation de l'eau par la nouvelle machine de Marly.

Les étangs étant à sec en ce moment, ne peuvent donner d'eau à Versailles , mais s'il survenait de grandes pluies, ils pourraient en donner. Toutes les réserves cidessus épuisées, il resterait encore le canal et la pièce d'eau des Suisses.

« La quantité d'eau en réserve à Versailles, à la date du 8 septembre i870, est ainsi divisée :

Réservoirs de Picardie. . 12,734 met. c.

RéservoirsdeMontbauron 116,293 Réservoirs de Gobert . . 39,838

Total. . . 168,865 met. c.

Réservoirs des Deux -

Portes 279,934 m. c. »

Ce côté de l'approvisionnement paraissait donc assuré.

Le Journal officiel du 7 septembre avait publié le manifeste que M. Jules Favre, ministre des affaires étrangères , venait d'adresser aux puissances. Dans cette circulaire, il était dit :

« Le roi de Prusse a déclaré qu'il faisait la guerre, non h la France, mais h la dynastie impériale. La dynastie est à terre... Le roi de Prusse veut-il continuer une lutte impie qui lui sera au moins aussi fatale qu'à nous? Veut-il donner au monde du dix-neuvième siècle le cruel spectacle de deux nations qui s'entre-détruisent, et qui, oublieuses de l'humanité, de la raison, de la science, accumulent les ruines et les cadavres?

(C Libre à lui ! qu'il assume cette responsabilité devant le monde et devant l'histoire!....

(( Je résume d'un mot nos résolutions devant Dieu qui nous entend, devant lu postérité qui nous jugera : nous ne voulons que la paix. Mais si l'on continue contre nous une guerre funeste que nous avons condamnée, nous ferons notre devoir jusqu'au bout.... »

Dans sa séance du 8, le Conseil municipal, à l'unanimité, vota l'adresse suivante :

« Le Conseil municipal de la ville de Versailles déclare donner son adhésion pleinfi et entière au manifeste du ministre des affaires étrangères. M. le ministre a exprimé en termes dignes et nobles ce que voulait la France et ce que doivent vouloir tous les vrais citoyens, La ville de Versailles, par l'organe de son Conseil municipal, l'en remercie et charge son maire de lui transmettre l'expression vive et sincère de ses sentiments. »

O Beptembrc.

Le maire, désireux de dissiper complètement les bruits répandus dans la ville, et qui avaient accru si subitement l'émigration, fit afficher dans Versailles la proclamation suivante :

« Habitants de Versailles et chers concitoyens, « Vous avez tous lu la lettre que j'avais reçue hier de M. le préfet de Seine-et-Oise,

et que, dans mon empressement à vous rassurer, j'ai fait afficher sans autre développement de ma part.

tt Vous ne pouvez plus ignorer maintenant que les travaux exécutés aux gares de nos chemins de fer et sur les routes voisines constituent une partie du concours que la ville doit aux mesures générales adoptées parle comité de défense de Paris, et que ce concours, qui n'est pas de nature à compromettre l'existence de la cité, la ville le devait encore à sa propre dignité.

« Rassurez-vous donc et envisagez avec calme l'étendue des sacrifices que la présence de l'ennemi sur le sol de la patrie vous impose. Ces sacrifices seront ^'autant moins lourds que nous nous montrerons plus dévoués à défendre notre République.

« Je dois encore vous prémunir contre les bruits répandus sur le commerce de la boulangerie et de la boucherie, et qui tendraient à faire croire qu'aux dangers delà guerre se joindraient les souffrances delà disette.

« C'est faux I Les boulangers et les bouchers sont approvisionnés comme ils doivent l'être, et ils ne cesseront pas l'exercice de leurs professions ; les principaux d'entre eux m en ont donné l'assurance, et ce n'est pas en vain que j'ai fait appel à leur patriotisme, pour nous aider à traverser de cruels jours.

« Courage et confiance I »

Le même jour, conformément aux décisions prises la veille, l'avis suivant était placardé :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

VILLE DE VERSAILLES AVIS

(c Des engagements sont reçus chaque jour, à la mairie de Versailles, au bureau de la garde nationale, de la part de tout garde national de la lésion, qui voudrait faire partie â'un bataillon de wlontaires de la garde nationale de Versailles, en formation, pour être mis à la disposition de l'autorité militaire et concourir à la défense de la capitale et de ses forts détachés. On fait appel, par préférence, aux célibataires et aux jeunes gens. »

lO septembre.

La lettre suivante, adressée le 10 septembre par le maire à l'intendant de la première division militaire, traite d'une question alors fort grave, laissée complètement de côté par l'administration cen-

trale, et sur laquelle l'attention du Conseil municipal avait été attirée, dès la séance du 6, par M. Pesty-Rémont.

a Versailles, 10 septembre 1870.

« Monsieur l'Intendant,

(( Permettez-moi de vous soumettre deux questions, qui touchent l'une à la défense du pays, l'autre à l'alimentation de la ville de Versailles, que j'ai le périlleux honneur d'administrer.

« Vous savez que le gouvernement de la Défense, ayatit adopté Ta mesure générale de faire le vide devant l'ennemi au point de vue notamment des fourrages, avait décidé que l'on devrait brûler ceux que l'on ne pourrait pas soustraire à son envahissement. Versailles, qui est dans une position exceptionnelle, se trouve renfermer dans ses magasins environ vingt mille quintaux de foin, paille et luzerne, et il faudrait do mille à douze cents voitures pour les enlever. La difficulté étant considérable, l'ordre de les brûler paraissait imminent. D'un autre côté, le danger pour la ville était énorme. Allumer un incendie qui pouvait durer huit jours et brûler peut-être une grande partie de la ville, . était un parti violent que repoussait surtout l'esprit public.

«Dans ces circonstances, M. Delhommc, cultivateur, a offert de se charger de l'enlèvement et du transport du tout dans Paris, en quatre jours, au moyen de voilures et chevaux obtenus sur réquisitions de la guerre. Il demande seulement l'indication de trois points différents pour opérer les déchargements dans Paris, la mise à sa disposition de 450 hommes pour ce travail, et enfin la fixation des conditions de rémunération, soit en argent, soit en nature, par votre administration.

« Voulez-vous bien me faire savoir si ce projet serait accueilli par vous et à quelles conditions? La réponse est bien urgente, si le projet d'incendier les fourrages n'est pas abandonné.

(( Quantau second point de malettre, pour lequel je m'étais adressé à M. le sous-in« tendant de Versailles qui me renvoie à vous, ce point semble plus facile à résoudre : Il s agit de pourvoir par moi à l'alimentation, en cas de rupture prochaine des communications (et dans tous les cas, dès les premiers jours de la mauvaise saison), des citoyens nécessiteux, des vieillards indigents, des blessés, des malades de nos établissements hospitaliers et charitables. Un comité de secours est formé pour ouvrir dans la ville des fourneaux gratuits ou & très bas prix, pour la distribution des soupes ; or, nous ne pourrions

faire ces soupes qu'avec du pain, et la grande difficulté sera de s'en procurer.

Nous n'avons d'espoir que dans le biscuit militaire, c'est-à-dire préparé pour l'armée. Un nombre considérable de rations a dû être confectionné, et je viens vous demander au nom de l'humanité de mettre à la disposition de la ville de Versailles la plus grande quantité dont vous puissiez diposcr ; la ville rembourserait à l'administration militaire le prix de revient, et se chargerait de conserver ce biscuit, à l'abri de l'ennemi, dans ses établissements charitables et ailleurs. Cette mesure si nécessaire, si essentiellement utile à la tranquillité publique, sera accueillie par vous, M. l'Intendant, avec l'autorisation de M. le Ministre de la guerre auquel je vous prie de ne pas me renvoyer, tant les instants sont comptés.

« Recevez, M. l'Intendant, l'assurance de mon respect.

<c Le Maire : Rameau. »

L'intendance voulut bien consentir au transport de ses fourrages, à la condition qu'elle ne fournirait pas les hommes nécessaires pour ce travail. Dès lors il devenait presque impossible, dans le court espace de temps dont on pouvait disposer.

Cependant, grâce à l'activité et au zèle de M. Pesty-Rémont, 4,000 sacs d'avoine purent être envoyés h Paris. Lorsqu'on vit que le temps manquait pour achever ce transport, le fourrage fut vendu à bas prix à des habitants de la ville. Le magasin ne put être entièrement vidé avant l'arrivée de Tennemi. On en avait du moins sauvé pour 130,000 francs.

Quant au biscuit, l'intendance refusa d'en fournir, mais celui qui se trouvait en magasin fut distribué par les soins de MM. Riche et Postel-Grusso et réparti principalement entre les établissements de charité. Il échappa tout entier au pillage.

11 septembre.

Toutes ces précautions d'approvisionnement devenaient à chaque instant plus urgentes, car des télégrammes officiels annonçaient l'approche de plus en plus rapide de l'ennemi. Le dimanche 11, il envahissait le département de Seine-et- Marne.

Le même jour, une revue de la garde nationale de Versailles fut passée sur la place d'Armes, par le colonel et par la municipalité.

Avant le défilé, les trois bataillons ayant été massés en colonne et les officiers appelés au centre, le maire prononça Tallocution suivante :

(( Gardes nationaux de Versailles!

« Les périls de la Patrie exigent de vous le plus virils efforts! A ce cri : « La Patrie est en danger^ » nos pères étaient debout, prêts à tous les sacrifices, même celui de leur vie, s'il le fallait. Prouvons que nous ne sommes pas des fils dégénérés. Mais la République n'exige que des sacrifices utiles. Il en est un grand nombre parmi vous qui ne sauraient pas se servir utilement de leurs armes devant l'ennemi, qu'ils restent dans. la cité pour la protection de nos familles. Quant aux autres, plus heureux parce qu'ils sont plus habiles, la ville de Versailles a résolu d'en former comme un BATAiLLOW d'honneur , qu'elle sera fière d'envoyer à Paris pour concourir à sauver la tête et le cœur de la France. Nous leur disons : Courez h la mairie inscrire vos noms sur la liste, qui se couvre de signatures ! Vos magistrats municipaux vous y convient, ils veilleront avec sollicitude sur vos familles, et nos descendants diront de vous un jour : Ils ont bien mérité de la Patrie I Vive la République! »

Cette allocution fut accueillie par de chaleureuses acclamations, et le défilé se fit aux cris de : Vive la République !

IM septembre.

Le 12, les routes du département furent coupées par ordre ministériel; les piétons seuls purent les parcourir. Un avis de la municipalité en avertit la population. Tout indiquait que bientôt l'ennemi serait dans les environs de Versailles. Le maire fit une nouvelle visite aux postes, et recommanda partout l'exacte et scrupuleuse observation des ordres donnés. Pour mieux en assurer l'exécution, une consigne plus précise fut rédigée. Soumise au Conseil, et approuvée par lui, elle fut affichée dans chacun des postes. Cette consigne était ainsi conçue :

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