‹ Versailles pendant l'occupation: recueil de documents pour servir à lChapitre 35 sur 62 · ORDONNANCE CONCERNANT LA CONSCRIPTION · texte numérisé non relu

ORDONNANCE CONCERNANT LA CONSCRIPTION

Nous, Gouverneur général des départements occupés par les troupes alliées et

(i) Le commandant de place avait offert un Jour des attelages de Tarmée prussienne, mais les chemins étalent trop mauvais pour qu'ils pussent servir.

(2) Les maires ne l'avalent pas reçue , mais les Prussiens mettaient largement en pratique l'adage : « Nul n'est censé Ignorer la loi, » et ils avalent déclaré que dès qu'ils entraient dans un département, toutes les communes de ce département devaient aussitôt obéir (sans doute d'instinct) à leurs arrêtés. L'affichage d'une prescripUon dans une seule commune du département rendait officiellement cette prescripUon obligatoire dans toutes*

qui ne sont pas placés sous l'autorité des gouvernements généraux de Lorraine et d'Alsace,

Avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

« l°Les maires dresseront immédiatement la liste des personnes appartenant à leurs communes, et ^ui, y étant présentes^ sont, d'après les lois françaises, sujettes à la conscription, tant pour l'armée que pour la garde mobile.

2° Les maires dresseront en même temps une liste des hommes de la commune qui n'ont pas dépassé leur quarante-sixième année, qu'ils aient été ou non sujets à la conscription.

(( 3° Les maires présenteront une copie de ces listes, d'aujourd'hui en huit jours, à MM. les préfets, sous-préfets ou aux fonctionnaires suppléants (militaires ou civils).

(( l"" En cas do départ clandestin ou d'absence non motivés d'un individu porté sur les listes ci-dessus, les parents et tuteurs, ou les familles seront frappés d'une amende de 50 francs pour chaque individu absent et pour chaque jour d'absence.

(( 5^ Nos autorités civiles et militaires seront chargées de faire des perquisitions domiciliaires chez les individus inscrits sur les listes, afin de s'assurer de la stricte exécution des ordres ci-dessus publiés.

u Reims, le 27 octobre 1870.

u Le gouverneur général,

« £. fi. De Roseuberg-Gruszgtnski,

«Lieutenant-général. »

(( J'ai constaté que dans le département de Seine-et-Oise cette ordonnance est en grande partie sans résultat.

n Je préviens par conséquent MM. les maires qui sont en retard que si ces listes n'étaient dressées dans le plus bref délai, et si les copies ne m'étaient adressées immédiatement (et dans l'arrondissement de Gorbeil à M. le sous-préfet), je me verrais obligé d'emnloyer des mesures sévères, dont la responsabilité retomberait entièrement sur eux.

u Le préfet de Seine-et-Oise,

« E. R. Forster,

« GoDBeilier de préfecture et secrétaire-général (i). u

(1) On peut remarquer la variété changeante de titres dont M. Forster escortait sa signature pendant Tabsence de H. de Brauchltsch. ^ On reconnaît là une des habitudes d'un pays où le goût pour les Utres et les fonctions officielles est encore plus prononcé que chez nous.

Dos la première lecture de cet arrêté scandaleux , Tadministration municipale prit la résolution de se refuser absolument à l'exécuter. LeConseil municipal, consulté, jugea de même que c'était là une de ces exigences auxquelles il fallait résister, sans se laisser aller à aucune espèce de transaction ou de concession. Les quatre membres de l'adminit^lration s'étant rendus chez M. Forster, lui exposèrent que l'autorité allemande pouvait bien, en vertu des droits du vainqueur, et en se renfermant dans certaines limites , exiger de la ville qu'elle occupait tout ce qui se résout en argent, mais qu'elle n'était jamais autorisée à donner h son ennemi vaincu des ordres auxquels Thonneur ne permet pas d'obéir; par conséquent, la municipalité, quelle que pût être la sévérité de la peine prononcée contre la désobéissance, se refuserait toujours à tout acte ressemblant à une trahison ou à une kicheté, et c'était là le caractère incontestable de l'injonction qui venait de lui être faite. M. Forster s'elforça d'établir que l'arrêté n'avait pas le sens qu'on lui attribuait, et l'entretien se termina sans qu'il eût été pris en apparence de décision définitive, mais jamais les listes demandées ne furent fournies par la municipalité, et ni M. Forster, ni M. de Braucbitsch ne les redemandèrent.

Comme il airivait très souvent dans les circonstances analogues, les Prussiens, sachant fort bien qu'ils avaient été au-delà du droit tel que l'Europe contemporaine le reconnaît, et rencontrant en face d'eux une résistance bien ferme, avaient reculé. Ils avaient assez d'impudence pour faire sans vergogne les tentatives semblables à celle que nous venons de raconter, mais lorsqu'on osait leur montrer à haute voix, avec un accent sincère d'honnêteté, combien leur acte était honteux, ils n'étaient pas toujours incapables de comprendre, et de revenir à des procédés plus dignes d'un ennemi qui se respecte.

Dans la journée, vers une heure, les Prussiens amenèrent encore à Vei*sailles six pièces de canons, suivies de quatre caissons. Elles arrivèrent par la route du Pont- Golbert. On les fit passer devantle roi Guillaume, qui, pendant quelles défilaient, se tint sur l'avenue de Paris, au coin de la rue des Chantiers.

Lorsque ces pièces étaient entrées à Versailles, elles étaient accompagnées de six aflïïts de rartillerie allemande complètement démontés, mais les Prussiens avaient eu soin d'emmener ces affûts par la rue de Noailles, afin de les soustraire le plus tôt

possible à la vue des habitants et de lear souverain.

Le même jour, à 4 heures de raprès-midi, deux détachements de prisonniers français passèrent par la ville ; c'était là un fait assez fréquent ; il attira davantage l'attention parce que ces soldats, au nombre de soixante environ, venaient, les uns d'Artenay, les autres d'Evreux. Ils excitaient plus de sympathie que d'habitude, car on savait qu'ils étaient de ceux qui avaient livré ces derniers combats où le succès avait été si chèrement disputé.

Selon l'usage, on fit arrêter ces prisonniers un certain temps place d'Armes, devant l'Hôtel de France, où logeait le commandant de place, chef de l'étape. Pendant cette station réglementaire, les prisonniers français se trouvaient toujours bien vite entourés d'une foule d'habitants qui cherchaient à approcher d'eux, leur tendant la main, la leur serrant quand ils le pouvaient, leur glissant en même temps des pièces blanches pour qu'ils pussent s'acheter du tabac ou des vêtements. Ce jour-là, ces démonstrations si naturelles furent empêchées par les soldats allemands avec une brutalité révoltante ; ils se jetèrent sur les prisonniers et sur les habitants qui s'étaient approchés, et les frappèrent à coups de crosse, à coups de pieds, à coups do poings « avec la furie et la rage de véritables bêtes féroces, » sui vaut l'expression d'un témoin. Plusieurs prisonniers et plusieurs personnes furent ainsi frappés jusqu'à être blessés.

On devine quels sentiments de pareilles scènes inspiraient. Le bruit s'en répandait aussitôt dans toute la ville et les âmes les plus culmes ne pouvaient s'empêcher d'éprouver, avec un profond mépris pour de pareils ennemis, un avide besoin de vengeance.

En dépit de tout, la municipalité ne se laissait pas abattre, et, ce jour-là même, le maire adressa au colonel de la garde nationale la lettre suivante, qui témoigne de l'espoir qui survivait toujours et quand même au fond des cœurs patriotes ;

« Colonel,

« Vous savez que l'administration municipale est très piéoccupée de la nécessité de réorganiser notre garde nationale pour la pouvoir appeler sous les armes le jour même où l'occupation allemande cessera.

Ce jour là, — plaise à Dieu qu'il soit très prochain ! — il faudra que le poste de la mai-

rie soit de suite occupé par la moitié de la compagnie de pompiers faisant le service en uniforme avec les sabres, si les fusils n'étaient pas rendus.

a Le lendemain, la seconde moitié de la compagnie de pompiers relèverait la première et pour le surlendemain nous aurions le temps de commander le service des autres compagnies. Quant aux fusils de la garde nationale qui sont conservés dans les salles du rez-de-chaussée des Grandes-Ecuries, ils devront nous être rendus et des hommes de corvée devront être commandés dans chaque compagnie pour en effectuer le transport à THôtel-de- Ville. Seulement il faudrait, dès le premier jour, y installer un atelier d'armuriers chargés de remplacer dans la batterie de chaque fusil à percusston le marteau (ou chien) qui en a été enlevé. Je vous prie, Colonel, de vouloir bien, dès à présent, faire faire les recherches nécessaires pour former, à l'aide d'armuriers et même de serruriers, l'atelier dont il s'agit, lesquels seront commandés de service obligatoire à la mairie dès le premier jour pour le travail ci-dessus.

« Je vous renouvelle, Colonel, la demande instante de réformer, vérifier et maintenir les cadres des bataillons de notre garde nationale sur les rôles comme si elle devait être appeléeà marcher d'un jour à l'autre.»

Ces ordres furent exécutés, mais plus de quatre mois devaient encore s'écouler avant la fin de l'occupation allemande.

Un militaire allemand, nommé Weiss, avait remis entre les mains de ses chefs deux obligations trouvées par lui dans un jardin de Montretout. Ces valeurs furent transmises à la mairie par M. le général de Voigts-Rhetz. Le Conseil, qui aurait vivement désiré avoir souvent l'occasion de constater dans l'armée allemande des dispositions de ce genre, s'empressa, dans sa séance du 7 décembre, de voter au soldat Weiss une gratification de 50 francs, espé^ rant que l'exemple donné par cet honnête homme serait suivi, mais la mairie ne reçut plus de pareil dépôt.

Au contraire, et pour ainsi dire comme compensation, au même instant un autre soldat fit passer chez un commerçant de la ville un billet faux de 25 thalers (93 francs).

Dès le 4 novembre 1870, M. de Voigls- Rhetz avait enjoint à la municipalité de payer les frais de son séjour à l'Hôtel de France. Cette \njonction avait été faite dans les termes suivants :

a A la Mairie de la ville de Versailles.

« C'est mon désir et ma volonté qu'un

accord intervienne entre le commandant de place et la commune pour régler la question de ma nourriture pendant mon séjour à Versailles, En conséquence, l'hôtelier de l'Hôtel de France est invité à présenter son compte à la mairie ; une partie de ce compte devra être payée et le reste garanti par uu bon.

«M. Raffali devra, à l'avenir, présenter son compte à la mairie les 4" et 15 de chaque mois et le faire reconnaître.

« De Voigts-Ruetz, « Général Major et Commandant. »

Cette note s'élevait, pour 40 jours, à 7,406 fr. 90 c.

Le Conseil, après avoir discuté pendant plus d'un mois, dut, le 7 décembre, sous le coup de menaces nouvelles, se résigner à payer un premier à-compte sur cette note invraisemblable. Elle devait continuer à s'élever chaque jour dans les mêmes proportions, et, au départ du général, elle montait au chiffre de 24,894 fr. 40c.(l).

M. de Voigts-Rhetz était, en vertu de ses fonctions, chargé spécialement d'empêcher tout abus de la victoire par les troupes d'occupation, et il était sincèrement convaincu qu'il donnait l'exemple d'une modération souvent même excessive.

On peut juger par le chiff*ro de sa note comment on entend en Prusse la discrétion du vainqueur.

8 décembre.

Un spéculateur allemand avait eu l'idée d'organiser un service d'omnibus entre Versailles et Lagny, point où l'on retrouvait le chemin do fer pour se rendre en Allemagne. Il avait parlé de ce projet au commandant de place, qui l'avait approuvé, beaucoup d'officiers ayant à chaque instant l'occasion de se rendre dans cette direction. Mais il fallait des omnibus. Comment se les procurer? Par le moyen ordinaire : la réquisition n'était-elle pas là pour donner gratuitement aux Allemands civils et militaires tout ce qui pouvait leur être agréable. On requit donc de la ville des omnibus. Trouver ces omnibus n'était pas chose facile ; on s'en occupa, mais MM.

Jeandel, Rémont et Verlhac, conseillers municipaux chargés de ce service, et M.

Bernay, employé de la mairie, placé sous leurs ordres, ne mirent pas à cette re-

(1) La note payée par la Tille à V hôtel des Réservoirs^ pour la dépense des princes et officiers allemands, s'éleva de son côté à 62,218 francs. — Total pour deux hôtels seulement t 87|112 francs.

cherche un empressement proportionné à l'impatience du spéculateur qui attendait ses voitures et^ tout à coup, sans doute sur une plainte adressée par lui au commandant de place, Tadministration municipale ressentit les coups de verge de l'autorilé prussienne.

Le 7, M. Bernay était arrêté et emprisonné.

Le 8, la lettre suivante était adressée à la mairie :

(( Les réparations d'omnibus ordonnées depuis plus de huit jours n'étant pas terminées, le général commandant la ville prévient la municipalité que si ces voitures ne sont pas prêtes aujourd'hui même, à 4 heures après midi, la ville aura à payer une amende de 4,000 francs. »

A 4 heures, les réparations aux omnibus n'étaient pas terminées. Sans doute pour éviter les discussions et les résistances que la municipalité aurait opposées comme d'habitude, l'amende de 1,000 francs ne fut pas demandée, mais onze garnisaires vinrent, à 4 heures et demie, s'installer chez le maire et chez MM. Rémont et Verlhac.

Ces garnisaires étant envoyés comme châtiment, ils avaient reçu la consigne de se montrer, pour la nourriture et le logement, aussi exigeants, aussi intraitables que possible, et la plupart s'acquittèrent en conscience de cette partie de leur mandat.

Chez le Maire, ils jugèrent à propos de se livrer à cette plaisanterie essentiellement prussienne, qui restera un trait célèbre de l'histoire de la seconde campagne de France, et témoignera dans l'avenir, de la délicatesse des mœurs germaniques : ils souillèrent à dessein de leurs ordures l'appartement et l'escalier.

Le châtiment dura jusqu'au 12 au matin, c'est-à-dire jusqu'au moment où les omnibus requis furent livrés.

Afin de pouvoir frapper plus facilement à l'avenir, le commandant de place avait, le 9, écrit au maire :

« Les irrégularités répétées qui se sont produites dans le service des voitures et les inconvénients sensibles qui résultent pour les troupes de ce manque d'ordre m'amènent à déclarer expressément que, pour tout retard et toute négligence, je rendrai désormais personnellement responsables les employés de ce service et spécialement le président de la Commission.

Il m'est impossible de tolérer que de pareils retards se produisent dans les rap- {)orts entre la Gommandanture royale et es autorités de la ville. »

Une si grande sévérité sur ce chapitre

convenait - elle à « la Gommandanture royale? » On en jugera par deux incidents qui datent de cette même époque.

Dans la soirée du 8 décembre, un cocher, nommé Legrand, revenait de Lagny avec sa voiture. Il rencontra sur la place Hoche deux officiers prussiens. L'un d'eux, qui était complètement ivre, s'approcha du cocher en lui ordonnant de le conduire au café du Globe. Le cocher répondit que son cheval, ayant fait le voyage de Lagny, pouvait à peine se tenir sur ses jambes, tant il était fatigué, et que d'ailleurs la voiture était déjà occupée par deux personnes. L'ofQcier tira alors son sabre, força les voyageurs à descendre, monta sur le siège et prenant le fouet, il en frappa le cocher, qui s'était placé auprès de son cheval, le tenant par la bride pour l'empêcher de tomber. On arriva ainsi rue Mademoiselle où était la remise de la voiture. Là, l'officier tira de nouveau son sabre et en frappa le cocher qui, voyant son sang couler, s arma d'une fourche et se disposa à se défendre vigoureusement. Une femme présente à la lutte s'élança pour séparer les combattants; l'officier se jeta sur elle à coups de poing, puis il alla chercher des soldats allemands pour arrêter le cocher. L'intervention d'autres officiers logés dans le voisinage mit enfin un terme à ces violences. Le cocher avait la tête, la joue et la nuque couturés de coups de sabre et deux doigts de la main gauche coupés. Le pavé de la cour était couvert de sang. Le camarade de l'officier ivre avait assisté à toute la scène comme simple témoin, sans rien faire pour s'y opposer.

Plainte fut déposée chez le commandant de place. Qu'en résulta-t-il pour le coupable ? On n'en dit jamais rien ni à la municipalité, ni à la victime, ce qui permet de supposer que cette plainte eut le sort de toutes les autres. On était d'autant plus porté à le penser, que l'officier ivre était, dit-on, un prince.

Quelques jours auparavant, le maire avait reçu, d'un des loueurs de voitures de la ville, la lettre suivante, qui racontait un fait analogue et que nous reproduisons sans commentaire, à titre d'échantillon assez complet des plaintes de même genre qui étaient adressées à tout moment à la municipalité :

« Monsieur le Maire,

(( Hier, à onze heures du matin, deux militaires du 3S^ de ligne sont montés dans la voiture à deux chevaux de mon cocher Girard. Ils l'ont fait aller au numéro 2 de la Petite-Place prendre une feomie qu'ils ont fait monter avec eux. II les a conduits à

Viliène, où la femme, ayant eu peur, est descendue de voiture pour revenir à Versailles. Les militaires ont dit alors au cocher de courir après elle ; il est descendu de son siège pour la faire remonter et, pendant ce temps, les militaires sont partis avec la voiture. Le cocher a été obligé de revenir à pied à Versailles. La voiture n*est pas revenue.

(( Je m'adresse à vous, Monsieur le Maire, pour me faire rendre justice, vous disant que j'aime mieux tuer mes chevaux que de continuer.

« Meresse, (( Loueur de voitures. »

Le maire avait transmis cette plainte de vol au commandant de place, qui l'avait jointe à la collection déjà très riche des lettres auxquelles il ne répondait pas.

O Décembre.

Le 9 décembre, M. de Magny présenta son second rapport sur le service des fourneaux économiques établis par les soins du Conseil municipal. D'après ce rapport, du 1«' au 30 novembre, il avait été distribué :

1« 12,874 cartes alimentaires individuelles à des habitants de la ville ;

2<* 17,062 portions de bouillon ou viande à des réfugiés des communes voisines, dont le nombre était à la fin de novembre de 502;

3^ 1,780 portions aux prisonniers civils et militaires détenus par l'autorité allemande dans les prisons de la ville.

Il avait été, de plus, distribué aux enfants réfugiés, par les soias de M. Rimbault, 235 francs de chaussons, sabots, chemises, pantalons el autres objets.

L'oeuvre faisait une dépense moyenne de 346 francs par jour.

Le Conseil, après la lecture de ce rapport, vota un nouveau crédit de 5,000 francs pour la continuation des divers services dont il lui avait été rendu compte.

Dans ces premiers jours de décembre, on remarqua qu'une partie des émigrés et surtout des émigrées, qui avaient quitté Versailles avant le 19 septembre, commençait à revenir; la sécurité n'était pourtant pas très grande, car rien ne pouvait garantir que la ville ne deviendrait pas un jour ou l'autre le théâtre d*un combat, ou qu'elle ne serait pas, par un incident quelconque, exposée aux vengeances prussiennes; cependant une expérience de plus de deux mois avait démontré que, parmi les paya occupés, le grand gaartier

général prussien était encore un des endroits ou l'on était le plus à l'abri des excès de la soldatesque, et Versailles vit reparaître en assez grand nombre les per* sonnes qui avait surtout redouté les désordres de l'entrée des troupes. Par ces personnes, on eut des nouvelles de l'intérieur de la France, mais là aussi, on trouva les contradictions qu'on rencontrait partout. Selon les uns, nos ressources militaires étaient immenses, et ne faisaient Qu'augmenter de jour en jour; l'enthousiasme patriotique était presque partout admirable; les défaîtes essuyées jusqu'à présent n'avaient donc rien compromis; plus les armées prussiennes s'avançaient au cœur de la France, plus le danger augmentait pour elles ; déjà le découragement, la maladie, la fatigue les décimaient, et le jour approchait où elles pourraient être coupées et dispersées... Selon d'autres, rien n'était plus lamentable que le spectacle de nos armées en formation et les improvisations les plus audacieuses, les efforts les plus persévérants, quelque honorables qu'ils fussent, ne pourraient absolument rien contre l'invasion d'un million d'hommes si merveilleusement organisés.

Tiraillée ainsi en sens contraires, l^pinion publique restait dans une ignorance inquiète, mêlant à ses anxiétés un fond indéracinable de vagues espérances. Les noms d'Aurelles de Paladmes, puis de Chanzy, la veille complètement ignorés et devenus tout à coup célèbres, faisaient croire à l'apparition prochaine d'un de ces hommes de génie que suscitent parfois les grands désastres. Bien des imaginations excitées attendaient quelque chose de semblable à Tapparition de Jeanne d'Arc, et plus les noms des généraux nouveaux étaient inconnus, plus ils inspiraient de confiance à des âmes qui ne pouvaient plus compter pour le salut que sur une espèce de miracle. A Versailles, où les canons parisiens faisaient sans cesse retentir leurs détonations amies, où Ton voyait chaque jour un si grand nombre de blessés et de malades s'entasser dans les ambulances prussiennes (1), on ne pouvait pas se résigner longtemps au désespoir, et, dans les nouvelles qui vinrent alors de la province, on ne voulut guère donner d'autorité qu'à celles qui faisaient envisager comme heureuse Tissue finale de la lutte. D'ailleurs, les officiers prussiens eozmémes, dans leurs moments d'abandon, nous avouaient que si tontes les chances semblaient bien être pour eux, rien cependant

(1) D arriTait tons les autlns, par la gare des Chm tian, de 80 à 100 h k w tfi.

n'était encore définitif. En face d'une ville immense comme Paris, énergiquement lésolue à se défendre, en face de généraux habiles et actifs comme paraissaient l'être les nouveaux généraux, on ne pouvait rien affirmer de certain, et un seul revers de l'armée allemande pouvait compromettre tous les succès passés. — Ces aveux recueillis avec joie contribuaient à raffermir les courages.

lO décembre*

Le 10, le maire reçut de son collègue de Ville-d'Avray l'avis que le cadavre d'un enfant, qui sans doute était de Versailles, et qui paraissait avoir de 12 à 14 ans, avait été trouvé dans les bois de Ville-d'Avray.

La mort était due à un coup de fusil. On découvrit bientôt que cet enfant était un petit maraîcher de Viroflay. Comment avait-il été tué? Evidemment par quelque sentinelle prussienne qui n'avait pas hésité à faire feu sur un enfant, et qui, le meurtre accompli, avait laissé là le cadavre sans oser rien dire de ce qui s'était passé.

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