PERSONNES DÉPOURVUES MOMENTANÉMENT DE RESSOURCES
PAR SUITE DE l'ÉTAT DE GUERRE (1)
La misère, dans les tristes circonstances que nous traversons, a atteint une classe de citoyens qui en souffrent d'autant plus qu'elle est venue les surprendre après qu'ils croyaient s'être assuré tontes les garanties d'un oien -être aussi durable que leur existence même. La charité, qui est si ingénieuse à faire le bien, est elle-même surprise de se trouver en face de souffrances si nouvelles : elle semble déconcertée et comme frappée d'impuissance. C'est qu'en effet un mot nouveau résonne à ses oreilles : on l'aborde avec le mot d'emprunt, et, comme elle a toujours ouvert les m:iins pour donner et jamais pour reprendre, elle semble ne pas saisir le sens et le portée d'une fonction de nature si étrange.
Cependant, c'est bien par la voie du prêt, et même du prêt à courte échéance, mais renouvelable en cas de besoin, qu'il est urgent d'aller au secours de certaines misères qui se sont révélées, et de celles peut-être plus nombreuses encore^ sinon plus profondes, qui luttent silencieusement contre les angoisses de la faim, en attendant que les événements amènent la reprise du cours normal des choses et rétablissent de malheureuses victimes en possession des ressources qui suffisaient naguère à leurs besoins.
A une situation si nouvelle doivent correspondre des moyens nouveaux qui vont être fournis par la création d'une œuvre temporaire d'intérêt public. Cette création a été proposée par plusieurs honorables habitants de Versailles; l'administration municipale s'est empressée de donner son précieux concours ; et dès le 23 décembre dernier le Conseil municipal a pris une délibération qui accorde la [participation de la ville au fonctionnement de cette œuvre éminemment utile et philanthropique.
L'œuvre proposée consiste dans l'établissement de prêts et avances temporaires qui seraient réalisés par l'entremise du receveur municipal, avec les ressources h provenir des dons et des dépôts volontaires déjà spontanément offerts par diverses personnes, et des autres versements analogues à encaisser ultérieurement.
Ces avances et prêts paraissent devoir répondre et suffire aux besoins de la situation actuelle ; et, comme il s'agit (on ne saurait trop le bien faire remar(}uer) d'avances et de i>rêts, il va de soi qu'il doit être perçu au profit de l'œuvre un petit intérêt : ce sera d'aileurs le moyen de lever les scrupules de quelques personnes qui n'auraient jamais osé demander un service gratuit, et qui n'hésiteront plus dès qu'elles auront conscience de pouvoir l'obtenir autrement.
2) La première pensée et la première rédaction de ces statuts sont dues à M. Laurent-Hanin. n fait curieux montre la suspension d'existence produite par Toccupation : du 31 septembre 1S70 au 1*' mars 1S71 , U n'y eut pas un seul mariage à Versailles; Tannée précédente, année moyenne, pendant ce même espace de temps Il y en avait eu 188.
Quant au capital nécessaire à la marche des opérations, il est difOoiie d'en préciser Timportance. Mais ce n'est pas le cas de ne rien faire, alors qu'on ne peut avoir le pressenti* ment ou la certitude de ne pouvoir tout faire. Pas de limite mintma à poser pour le commencement des opérations, pas d'atermoiement non plus. Leur point de départ peut être marqué par la première somme qui aura été versée dans la caisse.
Avant tout il était indispensable d'établir un règlement fixant les conditions sous lesquelles pourraient avoir lieu les diverses opérationb que la caisse municipale serait autorisée à effectuer dans un intérêt public unanimement reeonnu.
Ces dispositions préliminaires ont été établies et coordonnées par une commission mixte, composée de trois membres nommés dans le sein du Conseil municipal, et de trois autres membres élus dans une réunion de la majeure partie des promoteurs de l'œuvre.