‹ Versions latines commentées pour les classes de troisième, seconde et première. Livre du maître. Cinquième éditionChapitre 127 sur 133 · Cléobis et Biton · texte numérisé non relu

Cléobis et Biton

(Cicéron, Tusculanes , I, 47-48.)

Les philosophes, dans leur enseignement, exposent souvent ce que les dieux immortels ont pensé de la mort. Il ne s’agit pas de simples fictions de leur part, mais de récits appuyés sur l’autorité d’Hérodote 1 et de bien d’autres. On cite en première ligne l’histoire de Cléobis et de Biton, fils d’une prêtresse d’Argos 3 . Cette aventure est fort connue. La loi voulait 3 que cette prêtresse, pour présider à une date fixe un sacrifice solennel, fût conduite en char jusqu’au temple, situé assez loin de la ville. Or les bêtes de somme se faisaient attendre. Alors les jeunes gens, que j’ai nommés plus haut, ôtèrent leurs vêtements, se frottèrent d’huile et s’attelèrent au joug. La prêtresse, amenée ainsi jusqu’au temple dans le char traîné par ses fils, demanda 4 , dit-on, à la déesse de leur donner en récompense de leur piété filiale ce que la divinité pouvait accorder de plus précieux à un être humain. Ensuite, les jeunes gens, après avoir dîné avec leur mère, allèrent se coucher et le lende-

inain matin, on les trouva morts. On raconte que Trophonius et Agamède eurent recours à la même prière. Après avoir achevé la construction du temple de Delphes, dans les prières qu’ils adressèrent au dieu, ils lui demandèrent de les récompenser dignement 5 de leurs travaux et de leur peine; ils ne désignaient rien de précis, mais désiraient ce qu’il y a de meilleur pour l’homme. Apollon leur fit savoir 6 qu’ils l’obtiendraient au bout de. trois jours. Dès que ce jour parut, on les trouva morts. On remarque que le dieu lui-même donna ainsi son avis, et précisément le dieu dont tous les autres dieux reconnaissent la supériorité dans la connaissance de l’avenir 7 . On allègue aussi une petite histoire qui concerne Silène. Des auteurs racontent que fait prisonnier par Midas, il lui donna, en guise de rançon pour sa délivrance, la leçon suivante: il apprit à ce roi que pour l’homme, le plus grand bonheur incomparablement, c’est de ne pas naître, et que le plus grand après celui-là, c’est de mourir au plus tôt. Un rhéteur ancien fort connu, nommé Alcidamus, a même écrit un éloge de la mort, fondé sur l’énumération des malheurs de l’humanité.

Notes. — 1. Auctor, garant et non pas écrivain. — 2. Cette prêtresse argienne s’appelait Cydippe. Junon était honorée particulièrement à Argos. — 3. Pour l’interprétation de jus est et de morarentur jumenta on peut rapprocher ce récit de celui d’Hérodote : « Il fallait absolument qu’elle fût conduite... les bœufs n’étaient pas revenus des champs. » — 4. Precari a deo ut, demander (dans une prière) à un dieu que. — 5. Ils demandaient une récompense non petite à la vérité. — 6, Ostendit; entendez : par un oracle. — 7. Auquel les autres dieux avaient concédé (ceci, à savoir que) il prédît l’avenir mieux que (au delà de) tous les autres.

Page 1