‹ Versions latines commentées pour les classes de troisième, seconde et première. Livre du maître. Cinquième éditionChapitre 128 sur 133 · Dévoûments d’esclaves · texte numérisé non relu

Dévoûments d’esclaves

(Sénèque, De beneficiis, HL)

'Qui donc est assez haut placé pour que la fortune ne puisse l’obliger à recourir à l’aide des plus humbles? Je vais rapporter, en fait Je services ren-

dus, de nombreux exemples fort différents les uns des autres et même contraires. Tel esclave a sauvé la vie de son maître, tel autre lui a donné la mort, celui-ci Ta tiré d'un danger mortel, et, si on trouve que c'est peu, j'ajouterai qu'il l'a fait au prix de sa vie; celui-là a aidé son maître à mourir, tel autre l'a sauvé du suicide par une feinte. On conduisait Vettius, chef des Marses 1 , auprès du général romain. Un de ses esclaves tira du fourreau l'épée du soldat qui l'emmenait, tua d'abord son maître, puis s'écria: « Il est temps de penser aussi à moi-même; quant à mon maître, je l'ai affranchi. » Et ce disant, il se transperça d'un seul coup. Cite-moi quelqu'un qui ait sauvé son maître plus noblement. César assiégeait Corfînium où Domitius 2 était enfermé. Ce dernier ordonna à son médecin qui était aussi son esclave de lui donner du poison. Le voyant chercher des faux-fuyants: « Pourquoi ces hésitations? lui dit-il. Il semble vraiment que tout cela te regarde. Je demande la mort, mais je tiens encore mes armes 3 . » L'autre promit et lui donna à boire une drogue inoffensive. Une fois son maître endormi, il alla trouver le fils de Domitius et lui dit: « Pais-moi garder jusqu'au moment où le résultat montrera si j'ai donné' du poison à ton père. » Domitius vécut et César, lui pardonna. Cependant, avant César même, son esclave l’avait sauvé. Durant la guerre civile, un esclave cacha son maître qui était proscrit. Puis il mit ses anneaux & ses doigts, se revêtit de ses habits et se présenta ainsi aux soldats qui le recherchaient. Il déclara qu'il ne s'opposait nullement à ce qu'ils exécutassent leur mission et tendit le cou. Quel homme de cœur ne faut-il pas être pour mourir ainsi à la place de son maître à une époque où c’était une rare preuve d'attachement que de ne pas souhaiter sa perte ; pour ne désirer que la mort comme prix de sa fidélité, au moment même où l'on vous promet, si vous trahissez, une récompense considérable?

Notes. — 1 . C’était un des principaux chefs qui avaient iombattu les Romains dans la guerre sociale. — 2. Ce |)omitius était du parti de Pompée. — 8. Entendez qu’il faenace de le tuer, s'il n’obéit pas.

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