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VI. Vertige labyrinthique

Anatomie.

Le nerf labyrinthique, ou nerf de la huitième paire crânienne, est formé de deux troncs, le nerf vestibulaire et le nerf cochléaire.

Ces deux troncs, distincts par leur structure, ne diffèrent pas moins par leurs attributions fonctionnelles que par leur distribution anatomique.

Structure. — Les fibres du tronc vestibulaire sont de grosses fibres qui rappellent les fibres molrices des nerfs spinaux (Horbaczewsky, Erlitzky) à engainement myélinique précoce (Bechterew) , et sont interrompues par une longue suite d'amas ganglionnaires, intumescence gangliforme, ou ganglion de Scarpa.

Celles du tronc cochléaire, grêles et tardivement engainées, sont interceptées dans la rampe spirale de l'axe cochléaire osseux, par le ganglion spiral de Corti.

Ajoutons qu'Erlitzky a décrit, dans la partie du nerf vestibulaire qui correspond au corps restiforme, à des niveaux variables, de petits îlots cellulaires formés de deux réseaux dont l'un rappelle celui de Gerlach dans la moelle et l'autre les formations ganglionnaires à gros noyaux globuleux. Il en sort des fibres nerveuses transversales très délicates qui donnent naissance au nerf intermédiaire de Wrisberg.

Distribution. — Origines périphériques.

De la surface neuro-épithéliale de l'oreille interne s'élèvent vers les centres nerveux six rameaux primitivement isolés, qui bientôt s'unissent pour traverser de compagnie l'épaisseur du rocher.

Un premier faisceau part de la macule utriculaire, un autre de la crête ampullaire transversale, et un troisième

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de l'horizontale. Ils s'accolent et sortent par la taciie criblée supérieure, formant le rameau supérieur de Schwalbe; un quatrième faisceau se détache de la macule sacculaire et se confond avec un cinquième qui provient de l'ampoule sngittale. Ils sortent ensemble parla tache criblée moyenne. C'est le rameau moyen de Schwalbe.

Ces cinq faisceaux réunis composent le nerf vestibulaire, dit de l'Espace, qui après le ganglion de Scarpa et au sortir du méat osseux interne, deviendra la racine antérieure ou interne du nerf labyrinthique.

Du neuro-épithélium cochléaire proviennent trois ordres de fibres ténues, sans myéline, qui se détachent : 1° des cellules ciliées internes ; 2° des cellules ciliées externes, passant sous les arcs de Corti ; 5° des cellules de Deiters (Lawdowsky) des unes et des autres (Tafani).

Ces différentes fibrilles prennent une gaine de myéline ('n pénétrant dans la rampe spirale osseuse, formant un sixième rameau d'origine du nerf de la huitième paire. Elles se perdent dans le ganglion de Corti, puis deviennent de plus en plus rectilignes et à peu près parallèles; elles ■ ibandonnent la capsule auditive en traversant la fossette cochléaire et forment le rameau inférieur de Schwalbe, racine postérieure ou externe.

Trajet. — Les deux racines, antérieure et postérieure, du nerf labyrinthique, correspondent sans doute parla majorité de leurs fibres, au nerf cochléaire et au nerf vestibulaire; mais à mesure que l'on s approche des centres bulbo-protubérantiels, cette distinction devient en réalité beaucoup plus difficile à maintenir par suite de la multiplicité des conducteurs et de leurs origines nucléaires, par suite aussi de la différence de hauteur entre les coupes. Cette difficulté nous explique dans une certaine mesure les remarquables écarts que l'on peut constater dans les descriptions des différents auteurs, et l'impossibilité où l'on se trouve fréquemment de superposer leurs descriptions, qui d'ailleurs en elles-mêmes manquent parfois de clarté.

LES VERTIGES

Centres. — Un grand nombre d'amas nucléaires interceptent les fibres du nerf labyrinthique et établissent entre leurs centres des correspondances importantes; nous devons les déterminer tout d'abord.

1° C'est en premier lieu le noyau interne de Meynerl, Clarke, Huguenin, noyau central de Stieda, Schwalbe, noyau médian des racines postérieures de Krause, noyau supérieur de Henle. Ce noyau commence sur le plancher du quatrième ventricule, en dehors et en arrière du noyau glosso-pharyngien qui finit à ce niveau. Après la disparition de ce dernier, il s'étend en largeur et couvre presque toute la surface du plancher.

2° Il forme sous l'épendyme le tubercule acoustique de Schwalbe dont Bechterew fait un noyau isolé.

5° Il atteint en dedans le noyau de l'hypoglosse, dépasse en dehors le corps restiforme et se confond à ce niveau avec un autre noyau, le noyau de Deiters, — noyau externe de Meynert et Clarke, noyau latéral de Stieda et Schwalbe, partie externe du noyau supérieur de Henle, — qui offre des rapports remarquables avec plusieurs racines de l'acoustique.

Les éléments du noyau interne sont petits et multipolaires; par leurs dimensions ils tiennent le milieu entre les grosses cellules de l'hypoglosse et les pelits éléments des noyaux sensitifs des nerfs mixtes voisins.

4° Sur le raphé, entre la colonne de l'hypoglosse et l'eminentia teres, les noyaux innommés de Clarke, noyaux du raphé.

5° Un autre noyau important est le noyau antérieur. Il se trouve entre le corps restiforme et le confluent des racines du nerf labyrinthique. C'est l'accessoire de Schwalbe le noyau latéral des racines antérieures de Krause, le noyau antérieur de Huguenin et Meynert, l'inférieur de Henle. Il est formé en réalité de deux amas cellulaires, l'un antérieur dans la protubérance, l'autre postérieur dans le bulbe. Le premier, placé en avant et au-dessous des corps restiformes, contient de grosses cellules vésiculeuses dont on n'a pu fixer exactement les rapports avec les faisceaux de la racine postérieure que nous décrivons

VERTIGE LADYliINTHTQUE.

plus las. La portion postérieure présente des éléments moteurs avec prolongements qui sont le point de départ du nerf de Wrisberg, d'après Erlitzky, et d'autres qui appartiennent à la racine postérieure et peut-être à l'antérieure du nerf labyrinthique. D'après Onufrowicz, le noyau antérieur présente une analogie complète avec les ganglions intervertébraux,

6° Un petit amas externe intercepte la racine postérieure, nous le nommerons noyau radiculaire superficiel .

7° Un autre noyau radiculaire profond, noyau vestibulaire de Bechterew. se remarque à la partie postéro-interne du corps restiforme, sur le faisceau cérébelleux direct du nerf vestibulaire, qui le traverserait sans s'y intercepter, d'après Huguenin, en s'y arrêtant, d'après Bechterew.

8° et 9° Les noyaux globuleux et du toit dans le cervelet.

Ces noyaux, que l'on peut nommer primaires, entrent en rapports directs avec d'autres noyaux que nous appellerons secondaires, et qui participent à plusieurs systèmes de fibres.

Nous pouvons diviser le nerf cochléaire ou racine postérieure en trois racines :

C. 1. Fibres externes de la racine postérieure. Elles présentent sur leur parcours les cellules du noyau radiculaire superficiel et forment sur la paroi bulbaire ce qu'on appelle stries acoustiques, stries médullaires l. Elles contournent le corps restiforme, entrant dans le quatrième ventricule immédiatement sous l'épendyme, formant les barbes du calamus scriptorius. Elles longent alors la paroi postérieure du noyau interne sans s'y perdre, passent derrière le noyau glossopharyngien, derrière celui de l'hypoglosse, le fasciculus teres et plongent dans le raphé. Pierret et M. Duval les font se perdre dans les noyaux du raphé, noyaux innommés de Clarke. On leur a décrit deux faisceaux termi-

1. D'après Onufrowicz, elles traversent le noyau antérieur et. se terminent dans le tubercule acoustique. Obersteiner les conduit dans le noyau interne. Bechterew a montré que les stries médullaires ne constituent pas un prolongement direct des racines de l'acoustique, mais établiraient des connexions entre différentes parties du cervelet.

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naux : l'un (Krause) entre dans le noyau interne du côté opposé, l'autre (Edinger) remonterait par le faisceau central des fibres sensitives du côté opposé également. Nous pourrions alors rattacher ce faisceau aux fibres qui unissent cette région aux circonvolutions des lobes temporaux.

G. 2. Fibres hypothétiques qui passeraient en dehors du corps restiforme, sous les précédentes, et aboutiraient au noyau interne du même côté (Obersteiner).

C. 3. Gros faisceau se terminant directement dans le noyau antérieur.

De son côté le nerf vestibulaire, ou racine antérieure, se divise en quatre racines :

V 1. Faisceau cérébellenx direct appartenant au nerf vestibulaire. Il passe en dedans du noyau antérieur, du corps restiforme, traverse sans s'y arrêter (Huguenin) le noyau radiculaire profond, passe à travers le noyau de Deiters et remonte dans le cervelet où il se termine partie dans le noyau globuleux, partie dans le noyau du toit du même côté. Il serait, d'après Bechterew, intercepté par le noyau vestibulaire.

V 2. Fibres plus internes, n'atteignant pas le noyau principal et s'enfonçant dans la profondeur du bulbe. G'est la racine ascendante de Roller qui apparaît dans la moelle allongée en dehors du funiculus solitaris et parvient, d'après Bechterew, au noyau de Deiters.

V 3. Le faisceau le plus important de la racine vestibulaire, allant directement au noyau interne, ou principal.

V 4. Un double faisceau cérébelleux croisé, tout à fait interne, traversant le noyau principal et se divisant en deux parties : l'une, postérieure, dépasse le raphé, remonte vers le noyau interne du côté opposé, le dépasse sans s'y arrêter et gagne les noyaux du toit du côté opposé ; l'autre, antérieure, croise le faisceau longitudinal postérieur du même côté, passe en avant de celui du côté opposé et gagne à son tour les noyaux du cervelet.

Tels sont les sept faisceaux radiculaires directs du tronc labyrinthique. Voyons maintenant les connexions des noyaux primaires.

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Le noyau antérieur s'unit :

1° Au noyau interne du même côté ;

2° À l'olive supérieure du même côté ;

3° A l'olive supérieure du côté opposé ;

4° Au tubercule quadrijumeau postérieur du côté opposé par un faisceau formant, avec le précédent, le corps trapézoïde, qui se dirige transversalement, s'entre-croise dans le raphé avec le faisceau correspondant du côté opposé, et remonte dans l'anse latérale vers les tubercules quadrijumeaux postérieurs.

De ceux-ci partent des faisceaux qui arrivent au noyau postéro-basilaire de la couche optique (Bechterew) d'une part, et de l'autre au corps genouillé interne, lequel est relié aux lobes temporaux (Monakow). Les corps genouillés internes s'unissent entre eux par la commissure de Gudden.

Le noyau interne entre en rapport avec : 1° Le noyau antérieur du même côté ; 2° L'olive supérieure du même côté ; 3° Le noyau du toit du même côté ; 4° Le noyau du toit du côté opposé.

Les deux noyaux radiculaires n'ont d'autres rapports connus que ceux décrits plus haut.

Le noyau globuleux et le noyau du toit ont tous deux des communications avec l'écorce du verrais supérieur. Le dernier a en plus d'importants rapports avec le noyau rouge de Stilling, d'où partent des fibres allant à l'écorce des lobes pariétaux, vers les régions psychomotrices.

Le noyau de Deiters communique, d'une part, avec le cervelet et, d'autre part, avec le faisceau fondamental des cordons latéraux de la moelle.

Les olives supérieures communiquent avec : 1° Le noyau antérieur du même côté ; 2° Le noyau antérieur du côté opposé ; 3° Le noyau interne du même côté ; 4° Le noyau du toit du même côté ; 5° Le noyau du nerf de la sixième paire et par lui avec les oculomoteurs et peut-être le facial ;

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6° Les tubercules quadrijuraeaux postérieurs et par eux avec les centres supérieurs que nous avons cités plus haut.

Quant aux centres de l'écorce cérébrale, nous savons que certaines fibres vont à la première circonvolution temporale du côté opposé, et que d'autres, parle noyau rouge, se rendent aux circonvolutions pariétales du côté opposé. Une très intéressante étude de Manouvrier sur le cerveau d'Adolphe Bertillon nous fournit d'importantes constatations. Bertillon était sourd de l'oreille gauche, depuis l'enfance, et sur le cerveau droit nous voyons non seulement la première temporale, mais aussi la pariétale ascendante très atrophiées. L'oreille droite ayant dû toute la vie suppléer dans toutes ses fonctions, sans doute, à sa congénère, il se trouve que les mômes circonvolutions sont notablement développées sur le cerveau gauche, la pariétale en particulier est presque dédoublée.

Ajoutons cette particularité que Bertillon, gaucher de naissance, devait exprimer à l'aide de son cerveau droit (circonvolution de Broca), des idées auxquelles la mémoire auditive gauche fournissait les termes appropriés.

Nous avons donc ici, correspondant au maintien et, sans doute, à l'ampliation des fonctions auriculaires d'un côté, une remarquable appropriation de la première temporale et de la pariétale ascendante du côté opposé. La pariétale, qui appartient aux zones psychomotrices, n'est pas développée comme il semblerait nécessaire, puisque Bertillon était gaucher, dans l'hémisphère ciroit ; elle est, au contraire, extrêmement amplifiée dans le cerveau correspondant à l'oreille active. Il y a là un rapport évident entre le centre pariétal et certaines fonctions auriculaires qui ne sont pas du domaine de l'audition i

Si nous résumons les correspondances que ces divers conducteurs établissent entre l'organe périphérique et les centres gris, nous les voyons très variées.

Le vestibule, d'abord, par la racine antérieure et en rapport avec :

A) le cervelet, par un faisceau direct ; par des faisceaux croisés;

YERTIGE LABYRINTHIQUE. 97 par le noyau interne ;

par le noyau interne et l'olive supérieure ; par le noyau de Deiters (racine ascendante), par le noyau de Bechterew.

B) Le cerveau ; 1° Appareil psychomoteur (lobules pariétaux) par le cervelet et le noyau rouge ;

2° Appareil percepteur (lobules temporaux), par l'olive supérieure, les tubercules quadrijumeaux postérieurs et le corps genouillé interne ;

C) Les noyaux moteurs bulbo-médullaires :

1° Nerf facial et oculomoteur par l'olive supérieure, et le faisceau longitudinal postérieur ;

2° Appareil tympanomoteur (nerf deWrisberg).

3° Appareil moteur de la tête et des membres, appareil de l'équilibration et de l'appropriation des mouvements coordonnés dans l'espace par le cervelet et le noyau de Deiters ;

D) Les noyaux des nerfs mixtes, glossopharyngien et pneumogastrique par le noyau interne.

E) Les noyaux acoustiques antérieurs.

Le limaçon, de son côté, entre en rapports avec:

F) Le cervelet, par le noyau interne et l'olive supérieure, par chacun d'eux séparément ;

G) Le cerveau: appareil percepteur (lobules temporaux),

par les stries acoustiques, le faisceau sensitif des pédoncules ;

par le noyau antérieur, le corps trapézoïde, les fibres sensitives ;

par le noyau antérieur, l'olive supérieure, le corps trapézoïde.

H) Les noyaux moteurs de la moelle :

1° Nerf facial et oculomoteurs, par l'olive supérieure et le faisceau longitudinal postérieur ;

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2° Appareil psychomoteur et moteur médullaire, par le cervelet, les noyaux internes, le noyau de Deiters (Bechterew).

Il résulte de la comparaison de ces rapports que le vestibule est directement en communication avec le cervelet et indirectement avec le cerveau, tandis que le limaçon est directement en correspondance avec le cerveau et indirectement avec le cervelet. Nous pouvons donc regarder la racine vestibulaire comme faisceau surtout cérébelleux, et la racine cochléaire comme cérébrale avant tout.

Cet exposé anatomique, qu'il nous eût été impossible d'abréger, nous montre combien les deux racines du tronc labyrinthique sont différentes dans leur distribution.

Leurs attributions les distinguent encore davantage, car nous ne pouvons attribuer que l'audition tonale au nerf cochléaire, en réservant au nerf vestibulaire, d'ailleurs infiniment plus ancien et plus général dans toute la série organique, toutes les autres fonctions auriculaires que nous allons maintenant passer en revue.

Physiologie.

Par l'étude de l'oreille humaine, qui se refuse à un grand nombre d'expérimentations, par la clinique et la pathologie spéciale de cet organe, nous savons véritablement bien peu de ses fonctions.

Si nous remontons, à travers la série des êtres organisés, la suite des formations qui précèdent l'oreille de l'homme, nous trouvons un certain nombre de fonctions dont le mécanisme se simplifie à mesure que nous nous adressons à des organes plus primitifs. Certaines de ces attributions sont générales et appartiennent à tous les êtres pourvus d'oreilles ou d'organes similaires, quels que soient leur dignité organique et leur rang dans la série biologique. D'autres sont plus récentes, et particulièrement l'audition qui est loin d'être une attribution générale de l'oreille et

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qui, non seulement fait défaut à l'immense généralité des espèces animales, mais même chez l'homme, peut disparaître sans que l'oreille cesse de remplir ses autres offices.

Nous pouvons, par l'étude comparative des organes auriculaires et pré-auriculaires, reconnaître aux organes généralement appelés auditifs et que nous nous contenterons de nommer labyrinthiques, sept fonctions dont le mécanisme, les réflexes, le rôle psychologique et les symptômes cliniques pourront assez facilement s'établir :

1° La propriété la plus générale des appareils auriculaires est ce que nous avons étudié plus haut sous le nom d'orientation subjective directe, c'est-à-dire la faculté pour l'animal de reconnaître son attitude dans son milieu, son attitude par rapport à la pesanteur, les modifications de son attitude, les mouvements passifs ou actifs du segment qui porte les organes auriculaires, l'accélération, le sens et la durée de ces mouvemenls; c'est, en un mot, la source sensorielle directe de l'exercice de l'équilibration réflexe ou voulue;

2° L'animal possède encore, quelle que soit l'espèce considérée, la propriété de mesurer la pression, la poussée de son milieu, liquide ou aérien sur lui-même, et nous appellerons fonctions baresthésiques cette importante spécialité de l'oreille ;

3° Par le même mécanisme les appareils labyrinthiques perçoivent les écarts de pression sanguine, et nous aurons à examiner leur rôle dans la régulation du rythme cardiaque et pulmonaire. Ce sont les fonctions manoesthésiques.

¥ Les organes auriculairesperçoivent les variationspassagères et rapides de pression, c'est-à-dire analysent les oscillations, les ébranlements, les trépidations dans leur rythme et leur intensité : fonctions seisesthésiques (de treïcnç, ébranlement) ;

5° Les Vertébrés peuvent en outre, grâce au limaçon , tirer de l'ébranlement rapide la sensation tonale, continue et plane, qui permet de classer les ébranlements, non plus par leur rythme, c'est-à-dire par l'analyse de leur rapidité, mais par le degré d'acuité de la sensation sonore. La perception de son appartient à la papille cochléaire, c'est là

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moins générale des fonctions auriculaires, c'est l'audition proprement dite avec l'analyse des rapports harmoniques et la notion du timbre ;

6Û Les formations auriculaires peuvent, grâce à diverses dispositions organiques que nous examinerons, localiser, extérioriser, orienter les perceptions d'ébranlements isolés et les perceptions synthétiques de sons. C'est ce que nous appelerons orientation objective et spécialement orientation auditive ;

7° Enfin, dans le monde des ébranlements orientés par rapport à nous, l'appareil auriculaire nous permet de nous orienter par rapport aux ébranlements localisés dans l'espace, par renversement de l'orientation objective, cest l'orientation subjective indirecte.

Le vertige peut naître des troubles de chacune de ces fonctions, et quelle que soit la forme clinique observée, il s'agira bien du vertige labyrinthique. Nous devons donc passer rapidement en revue le mécanisme de ces différentes fonctions auriculaires, pour mieux saisir le mécanisme propre à chaque réaction vertigineuse, la physionomie clinique de chaque cas particulier et en faire ressortir les indications thérapeutiques.

Fonctions baresthésiques. — Les formations neuroépithéliales des appareils pré-auriculaires et auriculaires (otolithiques, otocystiques et labyrinthiques) présentent, depuis les organes marginaux des Cœlentérés jusqu'à l'appareil auditif de l'homme, l'intégrité absolue de leurs caractères ectodermiques. Non seulement leur morphologie n'a pas varié essentiellement, mais leur milieu même ne s'est que très relativement altéré : dans sa forme pélagique comme dans sa formule endolymphathique, il maintient une remarquable constance de composition. De plus, pour avoir suivi l'invagination progressive de cet ectoderme rentré qui est le neuroderme auriculaire., le contenu de la vésicule n'en a pas moins gardé une pression que certaines dispositions anatomiques équilibrent toujours avec celles du milieu extérieur. Ce sont ces dispositions que nous voulons examiner.

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Avant l'apparition des formations labyrinthiques, nous ne trouvons que des appareils otolithiques en communication plus ou moins large avec le milieu marin. Il y a donc identité de milieu et de pression. Chez certains Mollusques supérieurs, la communication de la vésicule otocystique avec le milieu est déjà plus lointaine, mais persiste. Le premier des appareils labyrinthiques, l'organe central des Cténophores, déjà très parfait, et unique dans son fonctionnement, communique directement avec le milieu extérieur par des ouvertures symétriques.

Nous trouvons chez les Vertébrés inférieurs une disposition que l'évolution du crâne rend plus complexe. Il s'agit surtout ici des Poissons cartilagineux. Du labyrinthe de chaque côté partent deux prolongements postérieurs qui aboutissent à une fossette médiane, de signification otocystique, formant une oreille occipitale que l'on peut comparer à l'œil médian pariétal (glande pinéale). Cette formation est en communication avec le milieu extérieur par plusieurs petits pertuis qui traversent les téguments. La régulation de la pression intra-labyrinthique se fait donc ici encore par communication.

Il en est tout autrement chez certains Poissons osseux dont le labyrinthe n'entre plus en communication directe avec le milieu extérieur et ne peut plus, par conséquent, participer à sa pression.

Dès que le labyrinthe cesse de régler sa pression par la pénétration du milieu pélagique dans sa cavité on le voit s'aboucher avec la vessie natatoire, soit sans autre intermédiaire que des membranes, soit au moyen d'une chaîne d'osselets (appareil de Weber). Tantôt les labyrinthes s'unissent par des prolongements en un réservoir basilaire, dont il ne reste plus tard d'autre souvenir que les sacs endolymphatiques, et qui s'unit par de petits diverticules avec la vessie natatoire ; tantôt c'est cette dernière qui émet un prolongement bifurqué en culs-de-sac, terminés ou non par des osselets.

Le labyrinthe se trouve donc ainsi supporter en dehors la pression centripète du milieu extérieur, et en dedans la pression centrifuge de l'air de la vessie natatoire. Il en est

séparé par des membranes; or nous admettons que le fonctionnement de C3S membranes, qui sont des tympans, n'est possible que si elles sont planes, à l'état de repos, c'est-à-dire supportent sur leurs deux faces des pressions se faisant équilibre. Le liquide labyrinthique doit donc faire équilibre à la pression extérieure et à la tension de l'air de la vessie. La pression extérieure variant peu, il est vrai, avec la profondeur, et la tension de l'air de la vessie lui faisant équilibre quand l'animal plane, il est légitime d'admettre que le labyrinthe perçoit ces changements de pression avec lesquels il doit équilibrer sa poussée sur ses propres tympans. Il est de plus probable que ses rapports communs avec le milieu extérieur et la vessie natatoire ne sont pas sans utilité pour l'adaptation de celle-ci à l'équilibre de pression indispensable à l'hydrostation.

Quand l'animal doit monter ou descendre, il rompt volontairement cet équilibre en faisant varier le volume de sa vessie. La tension du contenu subit une variation inverse de celle de la capacité du contenant, et le labyrinthe est soustrait à la poussée centripète ou centrifuge qui en résulte par l'appareil musculaire frénateur des osselets de Weber.

Quant aux animaux dépourvus d'osselets, il nous semble assez difficile de comprendre comment ils obvient aux dangers de la distension des tympans et à la compression qui la suit.

A mesure que chez les Vertébrés la tête devient mobile sur un cou dont les côtes disparaissent, les osselets qui terminent les culs-de sac antérieurs de la vessie natatoire et qui sont d'origine costo-vertébrale, vont repasser la fonction à des formations hyo-mandibulaires plus complexes que nous pouvons immédiatement étudier chez l'homme.

Le prolongement antérieur de la vessie natatoire qui se bifurquait pour atteindre deux labyrinthes est chez nous représenté par la trachée et les deux trompes d'Euslache issues du pharynx respiratoire. L'orifice membraneux interne du labyrinthe est devenu la fenêtre ronde, qui s'applique d'abord à l'extrémité de l'expansion en cœcum

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do l'arbre aérien. Cette expansion tympanique aérienne gagne la membrane externe ou fenêtre ovale et s'étend même autour de la partie interne, proximale des arcs osseux mandibulaire et hyoïdien, formant plusieurs articles, marteau, enclume, étrier — et s'adosse au tympan. — Le milieu ambiant, aérien maintenant, pénètre donc de nouveau à la surface du liquide labyrinthique suspendu entre ses deux membranes et recevant sur ses deux orifices membraneux une pression centripète (tympans, osselets, fenêtre ovale) et une pression centrifuge (fenêtre ronde, face interne du tympan) qui se font équilibre puisque la seconde, la pression intra-tympanique, n'est que la pression atmosphérique déglutie par la trompe d'Eustache.

11 suffit donc que la trompe s'ouvre pour que la pression s'équilibre sur les deux parties mobiles de la paroi labyrinthique.

Mécanisme tubo-tympanique. — L'arc mandibulaire forme deux des muscles tubo-tympaniques et son nerf, le trijumeau , les innerve.

Le péristaphylin externe ouvre la trompe en prenant son insertion fixe sur le voile du palais attiré en bas et fixé momentanément par la déglutition. 11 est aidé par le salpin go-pharyngien qui agit sur le cartilage tubaire. Cette ouverture de la trompe rétablit subitement la pression atmosphérique dans la caisse tympanique : la membrane du tympan, la plus grande et la plus mobile de ses parois, reçoit toute la poussée et se porte d'autant plus facilement en dehors que la même poussée centrifuge s'exerce également sur la membrane du tympan secondaire (fenêtre ronde) et refoule le liquide contre la base de l'étrier, qu'elle pousse au dehors.

L'effet de la pénétration de l'air est donc de déplacer au dehors tout le liquide labyrinthique, suspendu entre ses membranes sollicitées par la même pression centrifuge. C'est à cet effet que s'oppose la contraction du frénateur tympanique externe, ou muscle du marteau, qui retient la membrane en dedans et s'oppose à la traction en dehors de la chaîne des osselets et du liquide lui-même à sa suite. Ces

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deux muscles externes, le dilatateur tubaire et le frénateur tympauique malléaire ont même origine, même innervation. Il est donc vraisemblable que leur action synergique et antagoniste sert pour l'un à neutraliser les effets extrapbysiologistes de la poussée centrifuge que l'autre a provoquée.

L'arc hyoïdien a formé, de son côté, les deux autres muscles tubo-tympaniques, naturellement innervés par le facial qui est le nerf de cet arc; dans le clignement tubaire qu'accompagne la déglutition, le péristaphylin interne relève les insertions inférieures du péristaphylin externe et s'oppose à son action dilatatrice; de plus, Tépaississement de sa masse charnue repousse le cartilage tubaire dans le sens le plus défavorable à la dilatation; il est donc obturateur et antagoniste du premier. Dès que la trompe se referme sur l'air introduit, ce qui se produit immédiatement après son introduction, l'élasticité de la membrane la ramène en dedans et l'action du muscle du marteau exercerait maintenant une pression centripète sur le liquide labyrinthique, si le muscle de l'étrier, frénateur tympanicjue interne ne s'opposait à cette action en immobilisant l'étrier au moment de ce recul de dehors en dedans. Les deux muscles tubo-tympaniques se contractent donc synergiquement et les deux frénateurs tympaniques s'opposent, en agissant sur la chaîne, au va-et-vient du liquide pendant le clignement, c'est-à-flire l'ouverture et la fermeture rapides de la trompe.

Le réflexe tubo-tympanique règle l'équilibre de pression entre l'air de la caisse, le liquide labyrinthique et l'air extérieur, et cet équilibre apparaît d'autant plus nécessaire que divers tympans membraneux disposés non seulement dans la caisse (tympan, fenêtre ronde), mais dans l'oreille interne (membrane de l'utricule, membrane de Reissner et membrane basilaire), ne pourraient fonctionner normalement sans lui, — ce même réflexe s'oppose donc aux déformations des membranes, à l'immobilisation des osselets articulés dans des attitudes qui leur enlèveraient leur flexibilité, les exposeraient à l'ankylose, et mettraient l'oreille moyenne hors d'état de compenser par la mobi-

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lité la flexibilité et l'élasticité de ses parties, les variétés de tension des liquides internes.

Compensation labyrinthique. — Nous appellerons compensation labyrinthique l'ensemble des procédés et conditions qui permettent à l'oreille de soustraire, dans une certaine mesure, le neuro-épithélium à la compression du liquide qui le baigne.

Lorsque, pour l'une des nombreuses causes que nous observons dans la partie clinique de cette étude, la tension du liquide labyrinthique vient à augmenter, la compensation peut s'établir tout d'abord par le refoulement du liquide, qui fait bomber dans la caisse la membrane de la fenêtre ronde, qui sort du labyrinthe par les gaines péri-vasculaires de la paroi osseuse, les aqueducs du vestibule et du limaçon, et le sac endolymphatique; quand ces voies d'échappement sont épuisées, il reste le frénateur tympanique interne, muscle de l'étrier, qui s'oppose aux pénétrations exagérées de l'étrier, quand la compression labyrinthique est de causes extérieures. Cette résistance du stapédius détermine la flexion de la chaîne des osselets et retarde ainsi la compression centripète. Quand enfin la flexion des osselets, du tympan, la résistance du frénateur interne, l'issue du liquide par les gaines et les aqueducs sont insuffisantes ou impossibles, le liquide ne peut plus échapper à la compression que par la rupture du tympan ou celle du tympan secondaire ou fenêtre ronde.

Si la compensation labyrinthique ne peut plus se faire, la compression apparaît, se traduisant par des bourdonnements, de la surdité dans le domaine auditif, c'est-à-dire le limaçon, et par une sensation de plénitude, de compression tactile, de lourdeur et d'oppression labyrinthique que tout le monde connaît plus ou moins, dans le domaine du vestibule; enfin par le vertige.

Pas plus que les sensations qui réalisent l'orientation subjective directe, les sensations baresthésiques ne sont conscientes.

Elles le deviennent comme beaucoup de sensations de ce

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genre, quand elles sont douloureuses, ou encore quand leur économie est troublée et que, sans aller jusqu'à la douleur, le trouble fonctionnel ou l'acuité de la perception causent une sensation de gêne, qui, elle, est consciemment perçue.

Néanmoins nous savons qu'un grand nombre de personnes sont très susceptibles aux variations barométriques, et sont véritablement indisposées, quand le temps va changer. Ces personnes sont d'ailleurs très sujettes aux troubles labyrinthiques et il suffit de les interroger pour le reconnaître et le leur apprendre même.

Chez les sujets qui compensent mal, le bourdonnement et l'oppression labyrinthique apparaissent naturellement plus vite, mais ne devons-nous pas admettre que tout en compensant bien, l'exercice même de la compensation, pour ce qui concerne le muscle de l'étrier, implique des perceptions centripètes, qui sont la source de la régulation réflexe1? Ces perceptions inconscientes ont d'autres effets, soit sur la disposition générale de l'esprit, tantôt déprimé, tantôt au contraire surexcité et singulièrement léger, soit sur certaines fonctions bulbaires auxquelles elles irradient volontiers. Les rapports de contiguïté et peut-être de continuité entre le noyau interne du nerf labyrinthique et les noyaux sensitifs des nerfs mixtes, glossopharyngien et pneumogastrique peuvent peut-être nous expliquer pourquoi le rythme cardiaque et respiratoire se ressent de la pression atmosphérique, pourquoi il se ralentit quand celleci augmente (cloches à plongeur) et s'accélère quand elle diminue (mal des montagnes) ; pourquoi les malades du cœur, les brightiques sujets à accès de palpitation et d'oppression, certains asthmatiques auront plus volontiers leurs crises à certains jours qu'à d'autres, et souffriront véritablement des variations barométriques; pourquoi la nausée, le bâillement et une foule de troubles subjectifs apparaîtront plus facilement chez les malades qui compensent mal leurs troubles de tension labyrinthique.

Ajoutons que la meilleure preuve de la perception des

1. Réflexes auriculaires. Soc. d'Otologic de Paris. 2 fév. 1894.

VERTIGE LABYRINTHIQUE.

pressions par le labyrinthe est celle ci : la perception auditive, la perception des ébranlements du milieu aérien, n'est que la perception des variations rapides et rythmées de la pression aérienne, selon le passage et la phase des ondulations. L'appareil, qui s'est progressivement adapté aux analyses des vibrations rapides, peut sans doute apprécier les variations lentes et par conséquent percevoir les pressions quelles qu'elles soient.

Chez les Poissons, les rapports internes du labyrinthe et de la vessie natatoire, nous font prévoir les rapports bulbaires du noyau du labyrinthe avec les noyaux pneumogastriques chez l'homme.

En résumé, nous devons accorder au vestibule, et plus particulièrement au saccule la perception des pressions centripètes auxquelles est soumise l'oreille interne. La compensation réflexe, dont nous avons parlé, a ses sources périphériques dans cetle perception. Tant qu'elle peut soustraire le labyrinthe à la compression, ces perceptions restent inconscientes ou ne se trahissent que par leurs irradiations bulbaires ; aussitôt que la compensation est rompue, il se produit du bourdonnement et de l'oppression labyrinthique, qui sont alors des perceptions conscientes.

M. Gellé met en évidence la perception baresthésique de l'oreille au moyen de l'expérience suivante, qu'il destine toutefois à la démonstration des synergies fonctionnelles de l'accommodation binauriculaire. « Le diapason vibrant près de l'oreille droite, si l'on comprime avec la pulpe du doigt assez fortement le méat opposé, ou qu'au moyen de la poire à insufflation adaptée à l'oreille gauche, on en comprime le tympan, aussitôt le son perçu à droite baisse; voilà le fait expérimental observé sur l'individu dont les deux organes sont sains, c'est l'effet et la preuve de la synergie fonctionnelle des deux oreilles dans l'accommodation pour l'audition binauriculaire. » {Soc. de Biologie, 19 avril 1884.)

Le frénateur tympanique interne de droite s'est contracté synergiquement avec le gauche, cela est évident; mais il n'est pas moins évident que la contraction réflexe du frénateur de gauche provenait d'une perception, d'ail-

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