C. Obstacles à la compensation labyrinthique
Nous avons déjà examiné, à propos des perceptions baresthésiques et manoesthésiques, comment s'alimentaient les liquides de l'oreille interne et comment se faisait la régulation de leur tension. Nous devons y insister plus méthodiquement en recherchant d'une façon systématique les obstacles particuliers à chaque forme de compensation.
Le labyrinthe se soustrait normalement aux variations excessives de tension et surtout à la compression, par deux sortes de voies d'échappement : les unes sont endocraniennes, les autres tympaniques. Quand la tension labyrinthique descend au-dessous de la tension d'équilibre, le renouvellement rapide du liquide suffirait à lui seul pour rétablir facilement la tension convenable ; il n'en est pas de même quand elle s'accroît excessivement et les voies de résorption semblent moins praticables : aussi les troubles sont-ils presque toujours dus à un excès de tension.
En dehors de la résorption et de la transsudation séreuse, qui sont, des procédés assez lents, le labyrinthe lutte contre les variations passagères ou continues de sa tension par les variations de sa capacité. Nous n'étudierons que les augmentations de capacité, celles où se manifestent le mieux les obstacles pathologiques. Il suffira de supposer un mécanisme inverse pour les réductions de capacité.
LES VERTIGES
Compensation en do- crânienne. — De l'ulricule et du saccule, ce dernier réuni à la rampe moyenne du limaçon par le canal d'union, partent de fins canaux membraneux qui s'abouchent et forment le ductus endolymphaticus, passant par l'aqueduc du vestibule et terminé à la face postérieure du rocher par le sac endolymphatique dans lequel, d'après Rudinger, s'ouvrent de petits canaux mettant le récipient endolymphatique de l'oreille interne en communication avec les espaces lymphatiques de la duremère. Il y a là une voie d'équilibration entre la pression des espaces lymphatiques endocraniens et celles des espaces lymphatiques de l'oreille, par laquelle l'oreille participe aux stases lymphatiques et aux congestions passives de la cavité crânienne.
19. Une exostose, une tumeur, un bouchon al bumineux, peuvent supprimer la circulation par les conduits endolymphatiques. Un malade leucémique de Lannois (loc. cit.) présentait à l'autopsie, entre autres lésions, un exsudât albumineux bouchant complètement le canal de réunion et le saccule.
Autour de ce conduit, dans l'aqueduc du vestibule, existe une gaine lymphatique faisant communiquer la périlymphe avec les espaces arachnoïdiens. De même les canaux accessoires de Siebenmann, la gaine même du nerf de la huitième paire et l'aqueduc du limaçon.
20. Les mêmes causes de compression et d'oblitération peuvent se présenter ici, ainsi que les lymphangites et la sclérose.
Le même malade de Lannois présentait aussi des formations osseuses comblant les espaces périlymphatiques des canaux en respectant les canaux membraneux. Lannois cite un malade de Politzer, et un autre de Steinbrugge, qui avaient également les canaux périlymphatiques oblitérés par une formation conjonctive plus jeune, non ossifiée.
La compensation par voie endo-cranienne peut donc se trouver supprimée par oblitération des voies émissaires du labyrinthe sur les espaces lymphatiques de la cavité crânienne.
VERTIGE LABYRINTHTQUE.
Compensation ti/mpaniqne. — Elle se fait tout d'abord par la distension de la membrane de la fenêtre ronde qui se laisse refouler dans la cavité tympanique. « J'ai trouvé, dit Gellé, sur un sujet atteint de vertige de Menière, avec la soudure de l'étrier, une membrane de la fenêtre ronde bombée en dehors. » (Voir aussi Duplay, Oven Pomeroy 1891.) Les obstacles à cette distension sont :
21. La présence dans les caisses d'un exsudât, d'une collection purulente, de masses cholestéatomateuses, de poudre d'acide borique formant ciment, etc. « La compression, dit Gellé, et l'accroissement de la tension intralabyrinthique sont des conditions faciles à trouver dès que la fenêtre ronde est immobilisée (Duplay). Alors, le moindre déplacement en dedans de l'étrier est un choc sur le nerf labyrinîhique et devient l'origine de vertige et de bourdonnement d'oreilles ; on le produit alors expérimentalement à volonté (Duplay, Gellé). G'est ainsi que toutes les collections aiguës ou chroniques de la laisse, qui donnent lieu à la compression labyrinthique, causent les troubles fonctionnels précédents. »