La sclérose et la rigidité de la membrane
Gellé [Oreille, surdité, 11, p. 164) dit : « Le labyrinthe dont les fenêtres sont raidies ou immobilisées se trouve transformé en une sorte de manomètre de la pression sanguine ; le vertige est le signe indiquant une tension exagérée par la commotion ou l'excitation anormale des nerfs des canaux semi-circulaires. La lésion auriculaire moyenne constitue la prédisposition. »
llemarquons à ce propos que le fait, si fréquemment présenté par les sourds scléreux, de perdre progressivement l'audition des sons aigus vers les sons graves, doit, d'après la théorie de Helmholz, nous faire songer à une sclérose de l'oreille moyenne ayant atteint la fenêtre ronde et passant de là à la base de la rampe membraneuse du limaçon, où sont perçus normalement les sons aigus, pour gagner de proche en proche vers le grave par une marche que suit très nettement l'épreuve au sifflet de Galton. Nous avons cependant observé des cas de surdité absolue pour les sons aigus disparaissant subitement par la reprise du
LES VERTIGES
flux hémorrhoïdaire, chez un artérioscléreux entre autres.
C'est aussi l'action du frénateur tympanique interne, ou muscle de rétrier, qui peut, dans une faible mesure, altérer en dehors la platine de l'osselet et augmenter ainsi la capacité labyrinthique. Ce mécanisme peut être rendu impossible.
23. Par paralysie faciale. — Le facial contribuant à l'innervation du stapédius, Gellé (Annales des mal. de Vor. 1890, p. 178) a trouvé 14 cas de vertige sur 21 cas de paralysie faciale d'origine otitique grippale. 11 cite Pierreson (1857), Bail (1880), qui ont signalé le vertige dans la diplégie faciale. Le nerf de Wrisberg peut vraisemblablement compenser les effets de la paralysie faciale du côté des osselets, au moins pour les écarts brusques de pression.
24. Par sclérose et rigidité de la membrane qui relie l'étrier au pourtour de la fenêtre ovale : c'est Yankylose de l'étrier.
Gellé (Oreille et surdité II, p. 173) cite un cas où l'étrier était soudé, et un autre où il n'était qu'immobilisé par des brides scléreuses. Il en existe d'autres observations.
25. Par rétraction extrême du marteau, entraînant en dedans et en haut l'enclume et fixant l'étrier dans son cadre osseux. Observation de Gellé (Oreille, surdité, II, 181), les causes de cette rétraction sont multiples, extra ou intratympaniques.
26. Par ankylose de toute la chaîne des osselets. Gellé (loc. cit. 173) a observé un cas où les osselets étaient liés par des replis muqueux et immobilisés du dedans au dehors ; on conçoit que la compensation tympanique ne puisse se faire de ce côté.
27. Par crampe ou spasme du frénateur tympanique externe, ou muscle du marteau (cas de Burnett et Hinton, crampe des masticateurs, etc.).
Telles sont les principales causes d'incapacité compensatrice du labyrinthe. Dès qu'elle apparaît, le neuroépithélium est à la merci de toutes les variations de tension du liquide qu'il sépare de la paroi osseuse servant ici
VERTIGE LABYRINTHIQUE.
d'enclume, et les symptômes labyrinthiques apparaissent au moindre écart.
Remarquons cependant que les causes de compression agissent uniformément sur tout le récipient périlymphatique dont toutes les parties communiquent entre elles. Les récipients endolymphatiques, utricule, saccule et rampe moyenne, se trouvent réunis par des canaux membraneux d'une grande ténuité ; il s'ensuit que le limaçon membraneux peut, par exemple, par oblitération du canal de réunion, perdre sa faculté de compensation et le manifester par des symptômes auditifs, alors que le saccule et l'utricule 'resteront silencieux. De même l'utricule et les canaux peuvent être isolés des voies d'échappement du liquide endolymphatique par oblitération de la branche utriculaire du conduit endolymphatique. Le vertige permanent avec paroxysme pourra donc se manifester indépendamment et en dehors de tout symptôme cochléaire ou sacculaire. Un simple bouchon albumineux dans l'un ou l'autre de ces conduits, et tel brightique deviendra sourd, tel autre aura du vertige de Menière. Une hémorrhagie distendra le saccule sans intéresser l'utricule, etc. Ceci peut, dans une certaine mesure, nous expliquer comment les symptômes de compression Iabyrinthique peuvent être associés sous forme de syndrome de Menière, ou nettement dissociés.
D. Abaissement exagéré de la tension Iabyrinthique.
Nous n'en pouvons relever que peu de causes. C'est, tout d'abord :
28. V anémie céphalique, avec le vertige anémique de Guéneau de Mussy, le vertige coïncidant avec les purgations, les sudations abondantes, les diarrhées, les congestions viscérales formant dérivation brusque, les débâcles intestinales, succédant à de longues constipations, le flux hémorrhoïdaire, les épistaxis, les hémorrhagies de tout ordre, la saignée, les vomissements, la faim trop sentie. C'est le vertige de la chlorose sans brightisme, le vertige
LES VERTIGES
des convalescents, des alités, des vieillards (Bachclet) survenant quand le malade s'assied ou pendant la digestion ; c'est le vertige qui suit l'accouchement, le vertige de l'insuffisance aorlique (Potain), le vertige essentiel de Ramskyll (dilatation des cavités droites du cœur) ; c'est sans doute aussi le vertige des névroses, des spasmes vasculaires, celui de l'anémie hystérique, le vertige des neurasthéniques, le vertige gastrique de Trousseau, avec sensation de vide et de constriction céphalique qui disparaît (Lasègue) quand l'estomac prend une véritable maladie.
Certains médicaments qui abaissent la tension sanguine produisent le bourdonnement et le vertige : ce sOnt, à doses faibles, le salicylate de soude (Kôhler, Danewsky), le sulfate de quinine, l'opium, la morphine, la nicotine. Kiesselbach (Monatschr, /'. Ohr. sept. 1889), traitant les bourdonnements d'oreilles par des injections de quelques gouttes de cocaïne à 2 pour 100 dans la trompe d'Eustache, remarque, ;>vec une anémie profonde de la caisse, des symptômes vertigineux.
29. Rupture ou érosion de la fenêtre ronde et issue du liquide périlymphatique. Politzer et Voltolini, cités par Weill, ont observé des fissures traversant la fenêtre ronde dans un cas de fracture, avec extravasations sanguines. Boeters (id.) décrit un cas de perforation brusque des fenêtres labyrinthiques avec violent vertige, nausées et vomissements.
30. Diminution de la pression de Vair de la caisse. — Le vertige a été observé dans ce cas par Bonnafond.
31. Diminution de la pression de Vair du conduit. — Mal des montagnes, des hauteurs. Le vertige peut aussi se produire pendant que le médecin opère des raréfactions dans le conduit.
32. Augmentation de pression de Vair de la caisse, provoquant le refoulement en dehors de la membrane du tympan avec extraction de l'étrier. Guye a signalé le vertige ,iprès la douche d'air de Politzer, dans un cas de catarrhe lubo-tympanique. Gellé a observé le vertige chez certains malades quand ils se mouchaient ou éternuaient. Un de ses malades, de père asthmatique, avait, après la douche de
VERTIGE LABYRINTH1QUE.
Politzer, non pas du vertige, mais du spasme glottique, avec toux et aphonie, ce qui nous montre des irradiations bulbaires extrêmement sensibles, puisque l'irritation labyrinthique ne se manifestait pas et influait secondairement, il arrive ainsi que beaucoup de malades, très sensibles à la nausée, ont la nausée quand ils devraient avoir du vertige, ou de l'oppression au lieu de vertige. Lœwenberg (Bulletin médical, août 1891) décrit une forme bénigne du vertige de Ménière produite, soit par le mouchage, soit par la douche de Politzer; le vertige peut apparaître quand la trompe cède trop facilement et s'ouvre, ou quand le tympan immobilisé par le cérumèn ne se laisse pas refouler.
Lœwenberg admet qu'à l'état normal l'étrier est attiré en dehors de la fenêtre et que l'augmentation de l'air dans la caisse le refoule et produit ainsi une compression labyrinthique. En fait, il est facile de reconnaître au contraire que la poussée de l'air s'exerçant sur toutes les parois de la caisse, c'est la membrane du tympan qui doit en recevoir la plus grande part, et attirer en dehors la chaîne des osselets.
55. Soustraction de liquide, soit par fracture du rocher, soit par lésion expérimentale (expériences classiques de Flourens, etc.).
54. Spasmes du frénateur interne. — Le muscle de l'étrier étant innervé par le facial, on conçoit qu'il prenne part aux tics de la face. Gellé (Oreille, surdité, II, p. 05) donne l'observation d'un jeune homme chez qui des vertiges apparurent à la suite d'une pharyngite, et chez qui la chorée n'avait laissé à sa suite que de rares accès de légers tics du facial. Bien que cette observation, à cause de la pharyngite qui peut à elle seule expliquer le vertige par catarrhe tubaire, ne soit pas absolument probante, nous la donnons comme la plus vraisemblable de celles que nous avons pu réunir, avec celles de Burnett et de Hinton.
55. Nous pourrons ajouter ici la paralysie du frénateur externe ou muscle du marteau, laissant son antagoniste entraîner en dehors la chaîne des osselets. Nous n'en avons pu trouver aucune observation.
La facilité avec laquelle s'établit la transsudation séreuse
LES VERTIGES
compensatrice nous permet de croire que ces causes ne peuvent avoir d'effets prolongés ; les membranes peuvent se refermer, et d'ailleurs certaines des causes énoncées plus haut peuvent agir directement par lésion de l'appareil de perception.
E. Augmentation excessive de la tension labyrinthique.
L'excès de tension labyrinthique se produit de deux façons : par action centrifuge ou par action centripète. Nous appellerons compression centrifuge celle que subit le neuroépithélium auriculaire par le fait d'un accroissement spontané de la tension du liquide, grâce à la participation plus ou moins complète de cette tension à la tension artérielle, supérieure à la pression atmosphérique. Nous nommerons compression centripète toutes les augmentations de pression par le fait d'une action refoulante des parties mobiles de la paroi labyrinthique (fenêtres ovale et ronde), déplacées de dehors en dedans par une foule de causes extérieures au labyrinthe.
Compression centrifuge. — Nous avons vu que le sérum sanguin, pour passer dans les récipients endo-lymphatique et péri-lymphatique, devait traverser la paroi artérielle d'abord, puis l'endothélium qui tapisse les parois membraneuse et osseuse du labyrinthe. La pression labyrinthique peut donc augmenter :
36. Par lésion des parois artérielles. — L'athérome est cité par Bachelet (1868). Les autopsies de Ménière, de Gruber, l'avaient trouvé d'abord. Althaus (Deutsch. Arch. klin. Med., XIII) a signalé les inondations labyrinthiques par rupture d'anévrysmes miliaires. Walcker, Politzer, Steinbrugge, Lannois, ont trouvé des hémorrhagies spontanées dans le labyrinthe, surtout dans les espaces périlymphatiques chez des leucémiques (Lannois, Ami. des mal. de /'or., etc., janvier 1892). On peut les supposer chez les brightiques artérioscléreux et dans beaucoup de maladies à lésions artérielles.
VERTIGE LABYRINTHIQUE.
37. Par paralysie vaso-motrice. — Brown-Séquard (1869) avait remarqué qu'en lésant le corps resliforme, on déterminait de l'hémorrhagie labyrinthique; MM. Duval et Laborde (thèse de Baratoux, 1881) ont montré que chez le chien, le lapin et la grenouille, le centre vaso-moteur de l'oreille se trouvait entre le noyau de la racine sensitive du trijumeau et la première paire dorsale, et que ce centre irrité provoquait également des hémorrhagies labyrinthiques. Ménière a observé le vertige causé par le froid humide, Brunner par la chaleur excessive. Jones (cité par Weill) a noté le vertige pendant des attaques d'épilepsie accompagnées d'une élévalion de tempéralure au niveau de la tête. On peut attribuer à la paralysie vaso-motrice les cas de vertige dans la névropathie cérébro-cardiaque de Krishaber, dans la névralgie générale de Valleix, le goitre exophtalmique, observé par Urbantschitch. La congestion paralytique du labyrinthe a été considérée comme cause du syndrome de Ménière neurasthénique par L. Sune y Molist (Rev. de laryngologia, sept. 1891). Beefor (cité par Weill) a remarqué que chez les épileptiques la sensation de rotation vertigineuse ayant lieu, par exemple, de gauche à droite, c'est à droite que le spasme commence. Nous avons pu observer, chez un syphilitique cérébral du service de M. Dieulafoy, qui avait près de quatre cents attaques épileptiformes par jour, que chaque attaque commençait par une sensation d'anxiété, traduite par la crispation très marquée des sourciliers et des frontaux, accompagnée de mouvements incohérents des globes oculaires, indiquant peut-être un vertige que l'état du malade ne permettait pas de rechercher par interrogation ; puis les yeux se tournaient à droite très fortement, la tête se tournait elle-même à droite ; le bras droit et tout le côté se crispaient, puis les convulsions cloniques apparaissaient en même temps qu'un nystagmus très rapide. Il y a évidemment dans le vertige de cause cérébrale une liaison entre le côté atteint par les convulsions et le sens du vertige. 11 s'agit ici du vertige cérébral, car l'autopsie a montré une gomme du pied de la deuxième frontale et des parties voisines de l'insula.
LES VERTIGES
58. Congestion active on passive. — Hinton, cité par Gellé, regarde comme très fréquente l'hyperémie labyrinthique dans les affections aiguës de la caisse. Des causes plus éloignées sont signalées, comme l'effort, l'ivresse, la constipation, les surexcitations morales, la colère, les mouvements exagérés de la tête, les inclinaisons forcées, le refroidissement (Ménière, Guye), la menstruation, la ménopause (Ménière), l'insolation (Handfield, Jones), l'accouchement (Knapp), les grandes chaleurs (Rul'z). Guéneau de Mussy, cité par Weill, attribue le vertige de la chlorose à des congestions cérébrales et rappelle la pratique ancienne de femmes enceintes qui soulageaient le vertige par la saignée ; ce vertige apparaît à la suite de suppression de règles, de flux hémorrhoïdaire, d'épistaxis, d'accès de goutte. Rappelons ce malade de Bouchard qui eut du vertige avec de la surdité et du purpura. Chez les brightiques, on rencontre fréquemment une aura congestive commençant par des palpitations, de l'oppression thoracique, des bourdonnements d'oreille, de la surdité, du vertige, des éblouissements, des battements pulsatiles dans la tête, etc. Le vertige congestif peut disparaître par une hémorrhagie. Nous avons soigné longtemps sans succès une malade à l'âge de la ménopause et atteinte, depuis des années, du vertige de Ménière. Le lendemain du jour où nous cessâmes tout traitement, il y eut une perte abondante et le vertige disparut entièrement, pour revenir un mois après.
Dans la dilatation de l'estomac avec constipation opiniâtre, le vertige est fréquent (Bouchard). On le trouve au début des fièvres typhoïdes, fièvre jaune, récurrentes, typhus, etc. Dans la scarlatine, avec ou sans angine (Gellé), dans la grippe (Falconas, 1803), dans les oreillons (Moos), dans la méningite cérébro-spinale, le vertige peut être dû à la congestion.
Les chauffeurs, les cuisiniers, les verriers, les repasseurs, peuvent attribuer leur vertige à la même cause.
59. Action des médicaments. — Certains de ceux que nous avons vus abaisser la tension sanguine à faible dose l'augmentent à des doses plus élevées (Kirchner); avec de fortes doses de sulfate de quinine et le salicylate de soude,
VERTIGE LABYRINTHiQUE.
sur des animaux, on a obtenu une congestion intense du labyrinthe et de l'oreille moyenne avec hémorrhagies. L'éther, le chloroforme, l'alcool, agissent dans le même sens.
40. Par lésion de Vendothélium. — Nous avons vu plus haut que le labyrinthe, abstraction faite de sa forme, pouvait être assimilé à une vaste capsule endothéliale coiffant des terminaisons glomérulaires, et il serait rationnel d'y rechercher des lésions analogues à celles des néphrites, affectant soit l'artère, soit la capsule endothéliale. Les lésions de l'endothélium, qu'on devrait retrouver dans les infections intéressant le rein, produiront surtout la toxité des liquides labyrinthiques par troubles dans le choix, dans la filtration des produits transsudés; les lésions de l'endartère provoqueront soit une transsudation trop facile, faisant participer partiellement et progressivement le labyrinthe à la pression de l'arbre circulatoire, soit des hémorrhagies par suintement, soit de véritables fuites vasculaires, des inondations qui caractérisent la véritable forme du vertige de Ménière, vertige apoplectiforme, ictus labyrinthique, le plus souvent observé chez les brightiques et de même cause que les épistaxis, le purpura, les hématuries, les apoplexies méningées, quand le sang passe directement de l'artère dans le labyrinthe; ou simplement comparable aux œdèmes, aux hydropisies de ces mêmes malades, mais se produisant dans un récipient clos à parois rigides, au lieu de pénétrer par infiltrations dans des tissus perméables.
Compressio?i centripète. — 1° De cause in ira - tym panique.
41 . Enfoncement direct de létrier. — Gellé a provoqué du vertige par l'attouchement direct de l'étrier chez un malade dont le délabrement tympanique rendait cette expérimentation praticable.
42. Exsudât abondant dans la caisse, hémorrhagie, etc. — Hillairet (1861) l'a signalé le premier comme cause du vertige ; Bouchut l'a observé dans une otite consécutive à une angine; Bonnenfant avec des catarrhes tympaniques;
LES VERTIGES
Guye après tamponnement des fosses nasales; Gellé dans une otorrhée avec rétention : le vertige cessa après la perforation; Krakauer, Voltolini, Cartaz,Lermoyez, l'ont signalé après des opérations intra-nasales (voir aussi Vertige trijumeau).