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XVII. Vertige cérébelleux

11 est évident et nécessaire, d'après ce que nous avons vu plus haut, que le cervelet centralise la généralité des analyses de localisation, d'.orientation objective et subjective, et nous voyons en effet de toutes parts, de toute la périphérie sensitive et sensorielle converger des faisceaux directs ou interceptés par des amas ganglionnaires, droits ou croisés, des faisceaux à destination cérébelleuse, aboutissant soit aux noyaux, soit à l'écorce du cervelet.

Aux appareils sensoriels, rétine, papilles labyrinthiques, surface cutanée, etc., le cervelet réclame non pas les perceptions spécifiques de couleur, de son, de chaleur, de contact, etc., mais les perceptions de localisation, d'orientation

LES VERTIGES

dans l'espace coloré, sonore, tangible, qui seules sont indispensables à la destination motrice.

A la moelle, il demande ses notions sur les attitudes segmentaires du corps. Par tous les sens il recherche la connaissance objective de l'espace en tant qu'espace, l'orientation objective et subjective. Ce sont ces acquisitions des divers sens de l'espace que centralise le cervelet, — en dehors des analyses conscientes que prélève le cerveau, et qu'il exploite pour la formation des images d'attitudes consacrées à l'orientation du moindre mouvement coordonné.

Le cervelet ne peut coordonner sans obéir à une appropriation; celle-ci exige une orientation qui ne peut être édifiée que sur des images d'espace d'origine périphérique, sensitive ou sensorielle, et sur des images d'orientation subjective directe fournies surtout par le vestibule. Dans la sclérose des cordons postérieurs de la moelle, il y a ataxie, incoordination motrice faute d'images d'attitudes, faute d'images motrices. Le contrôle cérébelleux est suspendu, par rupture des voies centripètes de communication, ou plutôt l'intervention cérébelleuse est faussée par des renseignements inexacts ou incomplets, souvent l'un et l'autre. Quand il y a intégrité des images, il n'y a pas incoordination motrice, mais il peut y avoir néanmoins titubation si le cervelet opère sur des images d'orientation subjective faussées par des troubles labyrinthiques, oculaires ou médullaires, par exemple. La titubation peut être une appropriation motrice correcte dépendant d'une orientation qui ne l'est pas. La coordination motrice reste alors intacte.

Le cervelet est en rapport avec le nerf optique, les nerfs oculomoteurs, le trijumeau, le nerf labyrinthique et tous les noyaux sensitifs du bulbe et de la moelle; il s'unit aux noyaux centraux de ces nerfs et par des faisceaux cérébelleux directs, il recueille une foule de perceptions périphériques.

Du cervelet partent des fibres qui, par le faisceau spinal du pédoncule moyen, s'associent au noyau réticulé qui, d'après Bechterew, reçoit à son tour les fibres du faisceau

VERTIGE CÉRÉBELLEUX.

fondamental des cordons antéro-latéraux de la moelle. C'est la grande voie centrifuge d'inhibition et d'impulsion motrice. Par le faisceau cérébral du pédoncule moyen passent les fibres qui unissent le cervelet aux noyaux oculomoteurs. Ces rapports nous expliquent les mouvements de manège, les latéropulsions, propulsions, rétropulsions, les rotations, etc., observés dans les lésions cérébelleuses, et aussi les mouvements des globes oculaires qu'on y remarque. Ces mouvements sont ou des impulsions motrices incohérentes produites par irritation directe des fibres centrifuges, ou des mouvements réflexes correctement appropriés à des notions d'attitude et d'équilibre faussées, supprimées ou exagérées par irritation desfibres centripètes, ou encore des mouvements réflexes privés du contrôle cérébelleux.

Nous ne nous étonnerons pas de rencontrer le vertige oculomoteur, labyrinthique, cutané, locomoteur ou autre, provoqués par lésion cérébelleuse, parce que les centres oculomoteurs, labyrinthiques, médullaires sont en rapports avec le cervelet. Il en est du cervelet comme du bulbe, et rien ne nous empêche d'admettre que si le cervelet traduit par des troubles moteurs sa désorientation motrice, par la titubation et la déséquilibration, cette même désorientation réagira sur les noyaux vestibulaires, en état vertigineux perçu comme vertige par les centres de conscience situés plus haut.

Il peut y avoir déséquilibration sans vertige et inversement, et nous distinguons cérébralement les deux phénomènes. Les fonctions d'appropriation motrice, et particulièrement celles qui assurent l'équilibration sont grossièrement conscientes et nous devons rappeler que le pédoncule supérieur contient des fibres qui vont du cervelet au noyau rouge, d'où partent à leur tour des fibres, qui, d'après Bechterew, vont se terminer « dans les circonvolutions pariétales supérieures au niveau de la surface motrice ». Or cet auteur a observé par l'irritation de cette région des mouvements giratoires analogues à ceux que produit la section d'un pédoncule cérébelleux supérieur. C'est donc par ces fibres que l'écorce pariétale regarderait les images

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cérébelleuses d'équilibration; c'est sans doute par cette partie de l'écorce que s'établit l'équilibration volontaire. Le vertige d'origine cérébelleuse n'a pas, plus que les autres, de caractères pathognomoniques certains ; tous les caractères de vertige observé dans les affections cérébelleuses peuvent se retrouver dans d'autres vertiges. La titubation n'est pas un élément de diagnostic suffisant; on la rencontre, avec en plus tous les signes de l'ivresse, chez des sujets arrêtés pour ivrognerie, avec des troubles moteurs, avec des absences partielles, etc., chez des malades qui n'ont aucun trouble cérébelleux et guérissent par exemple par la diète lactée. Charcot ne distingue pas la démarche du vertigineux par lésion cérébelleuse ou par lésion labyrinthique. Les vomissements, la nausée, la céphalalgie, les raideurs cervicales, les troubles oculaires se rencontrent dans une foule d'affections autres que celles du cervelet.

Toute lésion cérébelleuse peut atteindre une partie de l'écorce ou des conducteurs en rapport avec les centres des vertiges déjà décrits. D'autre part, les lésions cérébelleuses, celles des pédoncules, auront bien des chances d'intéresser soit le plancher du quatrième ventricule, soit le corps restiforme, soit les filets vestibulo-cérébelleux, soit le tronc du nerf labyrinthique, etc. C'est donc un diagnostic presque impossible à faire directement, à moins de circonstances exceptionnellement favorables, comme un traumatisme, une douleur très localisée, et encore presque tous les troubles cérébelleux peuvent engendrer par irradiation ou par action directe le vertige labyrinthique. Le diagnostic par exclusion n'est jamais possible.

Nothnagel avait déjà remarqué que le vertige dit cérébelleux n'apparaissait que quand la lésion cérébelleuse était de nature à augmenter le volume de cet organe, c'est-à-dire à exercer une compression soit de sa propre écorce, soit des organes voisins, pédoncules, nerf labyrinthique, noyau vestibulaire sur le plancher du quatrième ventricule. Dans la plupart des observations de vertige dû à une lésion cérébelleuse, c'est au nerf labyrinthique et à son noyau qu'il faut rapporter ce symptôme, par irritation directe ou par irradiation. Dans un cas de tumeur cérébelleuse

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