XVI. Vertige bulbaire
Les vertiges que nous avons examinés jusqu'ici sont dus à des irritations périphériques. De même que pour la moelle, nous pouvons facilement admettre que la lésion des conducteurs dans leur trajet bulbaire produira des réactions identiques ou analogues à celles que produit l'irritation périphérique. Nous avons ici, de plus que dans la moelle, les voies centripètes des nerfs crâniens. Nous ne pouvons faire l'anatomie complète du bulbe, noyaux et conducteurs, et nous nous contenterons de passer en revue brièvement les centres bulbaires intéressés par les irritations périphériques auxquelles nous avons cru pouvoir attribuer la réaction vertigineuse.
Vertige olfactif. — Nous ignorons les rapports de la muqueuse olfactive avec les centres bulbaires, mais il est facile de remarquer que certaines odeurs provoquent la nausée, le vomissement, l'éternûment, l'accès de toux, l'accès d'asthme, des troubles vaso-moteurs qui ont incontestablement pour centres des noyaux bulbaires, et que ces réflexes sont directs. Il est donc vraisemblable qu'il y a
VERTIGE BULBAIRE.
des rapports entre l'olfaction et les centres qui nous occupent, niais nous ne pouvons les préciser. Le vertige olfactif peut donc, selon nous, être dû à une irritation bulbaire aussi bien qu'à une irritation pituitaire.
Vertige optique. — La rétine est mise directement en rapport avec Je noyau du moteur oculaire commun, et, sans doute aussi, par le faisceau longitudinal postérieur, avec les autres noyaux oculomoteurs de l'accommodation à la lumière, à la distance et à l'orientation.
Le faisceau qui passe par les tubercules quadrijumeaux antérieurs unit par un trajet ultérieur les noyaux oculomoteurs à la rétine (Meynert). Un autre faisceau important atteint l'olive inférieure qui, d'après Bechterew, s'unit à là substance grise du troisième ventricule, par d'autres fibres au corps dentelé du cervelet et au vermis.
Ces associations nucléaires nous font supposer que les images rétiniennes, spécialement dans leur définition, dans leur description de l'espace visible, fournissent à ces centres les appréciations et les mensurations d'espace au moyen desquelles s'élaborent les images motrices d'adaptation et d'orientation, et, par suite, de coordination. Bechterew regarde la substance grise du troisième ventricule comme un organe dont l'intégrité est une condition rigoureuse pour assurer le fonctionnement normal de l'équilibre.
Un autre faisceau de provenance rétinienne aboutit aux noyaux de la protubérance qui sont en rapport avec le cervelet, les gros noyaux de l'encéphale et les lobes occipitaux.
En voilà plus qu'il ne nous en faut pour assimiler au vertige optique le vertige produit par les irritations ou la mortification de ces centres associés, sans omettre les vertiges réflexes provoqués par l'irritation même des noyaux oculomoteurs dont nous allons nous occuper.
Vertige oculomoteur. — Nous le décrivons parmi les vertiges bulbaires, bien que le siège des noyaux soit audessus des limites du bulbe, mais ils sont en rapports intimes avec d'autres noyaux bulbaires, tels que l'olive
LES VERTIGES
supérieure, et par celle-ci avec le cervelet, les noyaux antérieurs de l'audition et les noyaux vestibulaires. Ils sont aussi en rapport avec la rétine et les tubercules quadrijumeaux postérieurs et antérieurs. Le vertige oculomoteur peut donc être d'origine bulbaire par irritation d'un de ces noyaux ou des fibres qui y aboutissent. En réalité, le vertige oculomoteur nous semble être volontiers une irradiation des noyaux oculomoteurs non vers le cervelet, mais vers les noyaux internes du nerf labyrinthique, les vrais centres du vertige.
Vertige ophtalmique, Vertige nasal, Vertige dentaire, Vertige guttural.
Ces quatre variétés du vertige trijumeau, en y ajoutant le vertige trijumeau cutané, peuvent avoir pour cause une lésion bulbaire intéressant les fibres qui unissent le trijumeau, soit au cervelet, soit celles qui descendent dans le bulbe au milieu des centres dont nous avons parlé plus haut.
Vertige labyrinthique. — Les moindres lésions bulbaires intéressant soit les fibres, soit les noyaux du nerf labyrinthique, soit les nerfs qui unissent ces noyaux à d'autres centres bulbaires et extra-bulbaires, ou ces noyaux bulbaires eux-mêmes, pourront éveiller dans le bulbe le vertige labyrinthique. Nous renvoyons, pour le détail de ces complexes rapports, à l'exposé anatomique qui précède la physiologie du labyrinthe (vertige labyrinthique).
On comprendra que peu de ces parties peuvent échapper à la sclérose en plaques ou systématique, à la compression, à l'apoplexie, à l'asphyxie, à l'intoxication bulbaire, et nous n'insisterons pas davantage. Rappelons que certaines lésions du corps restii'orme (Brown-Séquard) ou du noyau décrit par Duval, entre celui de la racine sensitive du trijumeau et la première paire dorsale, provoquent des hémorrhagies, et que toutes les irritations des noyaux bulbaires, quels qu'ils soient, pourront produire le vertige soit par irradiation intra-bulbaire sur les noyaux vestibulaires, soit
VERTIGE BULBAIRE.
indirectement par troubles vaso-moteurs et moteurs proprement dits sur l'appareil labyrinthique.
Vertige glossopharyngien,
Vertige laryngé,
Vertige cardiaque,
Vertige stomacal,
Vertige hépatique,
Vertige intestinal.
Ces différents vertiges peuvent s'expliquer également par irradiation intrabulbaire des noyaux sensitifs glossopharyngien et pneumogastrique sur les noyaux vestibulaires, avec lesquels ils sont en rapport de contiguïté et peut-être de continuité, et par troubles réflexes sur la circulation bulbaire, labyrinthique ou encéphalique.
Le vertige néphrétique,
Le vertige hémorroïdal,
Le vertige vésical,
Le vertige génital,
Le vertige cutané,
Et les vertiges médullaire, cérébelleux et cérébral, eux-mêmes s'expliqueront de la même façon, par irradiation directe dans la substance grise, ou par troubles réflexes, centraux ou périphériques.
Le vertige locomoteur a un mécanisme plus complet, el les sensations bulbaires qui s'y associent nous montrent qu'en réalité le bulbe y joue le premier rôle.
Nous voyons aussi qu'à l'exception du vertige optique, tous les autres vertiges peuvent s'interpréter par irradiation vers les noyaux vestibulaires et prendre la signification du vertige labyrinthique. Nous dirons même que les importants rapports des noyaux vestibulaires avec le cervelet et l'étendue de la surface cérébelleuse occupée par la terminaison des fibres de provenance labyrinthique, nous permettent de supposer que, par l'intermédiaire du cervelet, le vertige optique lui-même serait attribuable à une irradiation dernière sur le noyau interne du nerf labyrinthique, considéré ainsi comme l'unique sujet de la réaction vertigineuse.
LES VERTIGES
Diagnostic du vertige bulbaire. — Le vertige est le plus souvent un symptôme initial dans les affections spinales et bulbaires, et l'on comprend qu'il est, dans ce cas, difficile de le rattacher dès le début, à une lésion bulbaire, alors que les autres symptômes fonctionnels de ces maladies font encore défaut. Ainsi le vertige de Ménièi e ou le vertige laryngé au début du tabès, le vertige stomacal dans cette même affection, pourront être attribués à des troubles périphériques quand rien ne fait supposer une lésion des centres, d'autant plus que certains sujets ont des formes profondes de vertige associées à des troubles périphériques très légers et inversement ; et joignez à cela que la susceptibilité au vertige, comme à la nausée, à l'éternùment, à l'asthme, au bâillement, aux troubles vaso-moteurs, etc. , etc. , est très remarquablement développée chez certaines personnes qui n'en sont pas plus malades, mais poussent la spécialisation réactionnelle très avant sur tel ou tel symptôme d'irritation bulbaire.
Le vertige de début dans la sclérose en plaques, dans les myélites chroniques diffuses, dans la paralysie générale, dans les atrophies musculaires systématiques, les compressions intéressant le trajet périphérique de certains conducteurs, les caries, etc., sera impossible à caractériser cliniquement, d'autant plus que tous les vertiges de toute forme et de toute intensité se retrouvent dans une foule de maladies, et qu'aucune d'elles n'a son vertige propre. Il y a ou il n'y a pas vertige; et quand il y a vertige, il peut avoir tous les caractères.
La sclérose médullo-bulbaire peut s'accompagner de sclérose du nerf labyrinthique, de sclérose tympanique, de sclérose artérielle dans le département de l'oreille interne, de sclérose rénale, etc., et le vertige labyrinthique peut être observé chez un tabétique sans qu'il y ait sclérose ou même irritation des noyaux vestibulaires. Nous ne connaissons qu'une façon, encore assez infidèle, de faire le diagnostic entre le vertige d'origine périphérique et le vertige par lésion bulbaire, c'est l'examen et le traitement locaux de l'appareil périphérique. Cette critique est souvent significative dans ses résultats, pour l'oreille, rarement pour
VERTIGE CÉRÉBELLEUX.
l'œil, plus rarement encore pour les autres causes périphériques de vertige, à moins de coïncidences nettement établies. Quand l'examen de l'oreille interne ne donne aucun résultat, il reste un bon critérium, le régime lacté et les purgations, qui, agissant sur la tension des liquides labyrinthiques, peuvent faire cesser le vertige, s'il est dû à un excès de tension, ce qui est très fréquent. Dans ce cas, les centres ne semblent pas pouvoir être mis en cause; ajoutons que, dans tous cas de vertige, il faut rechercher les grands et petits signes du mal de Bright, et même en leur absence, essayer le régime lacté; le vertige labyrinthique coïncide avec les affections centrales les plus caractérisées, et le symptôme vertige peut disparaître s'il est de cause périphérique, sinon il sera très probablement dû à une lésion des noyaux bulbaires.
Le diagnostic du vertige labyrinthique restera à faire, même en présence des affections centrales les plus complètement caractérisées, même en présence de tous les signes d'intégrité fonctionnelle de l'appareil de l'audition, distinct de l'appareil de l'orientation auriculaire (Voy. Vertige tabétique) .