‹ Vertige [electronic resource]Chapitre 62 sur 76 · XXX. Mal de mer · texte numérisé non relu

XXX. Mal de mer

Le vertige marin est bien exactement une désorientation subjective résultant de l'incohérence et de la non-conformité de nos mesures simultanées d'espace. L'orientation objective est sans cesse trompée par les mouvements du bateau, et l'orientation subjective indirecte est naturellement en contradiction avec les images d'attitudes segmentaires et les perceptions de stabilité viscérale que véhiculent les cordons postérieurs. De plus, le labyrinthe contredit sans cesse les autres perceptions et tout l'appareil du sens de l'espace devient de plus en plus irritable par ses propres contradictions jusqu'à ce que les irradiations bulbaires se manifestent. Chacun a le mal de mer à sa façon, c'est toujours une suite d'auras dont le mode d'expansion varie avec les individus. Les sensations bulbaires les plus vagues s'associent : la faim, le dégoût, la pesanteur encéphalique et labyrinthique, la peur, le malaise, la nausée, le vertige, les troubles circulatoires ou sudoraux, les troubles sécrétoires, avec irradiations progressives vers les centres étagés du péristaltisme et de l'antipéristaltisme de l'appareil digestif ; la certitude qu'il faudra s'exécuter et le pénible spectacle d'encouragements formels dans le voisinage ; puis des retentissements sur les noyaux du phrénique, sur les centres respiratoires, les centres convulsifs de Nothnagel, etc. Certaines personnes ont le mal de mer en quittant le bateau, d'autres sont toutes prêtes à l'avoir avant d'y monter.

Il est produit surtout par les contradictions entre les opérations vestibulaires et les autres sources de l'orientation objective et subjective. Le vertige n'est pas le symptôme dominant du mal de mer, il n'est que le premier signe du désarroi bulbaire. On peut avoir le mal de mer sans vertige.

Diagnostic.

Le vertige peut être conscient comme il peut aussi se produire à l'insu du malade. Quand il est conscient, il éveille la sensation vertigineuse, et l'interrogatoire du malade nous renseigne suffisamment, s'il est pratiqué avec méthode. Demander à un malade s'il a ou s'il n'a pas de vertige ne suffit pas. Nous avons vu combien sont vagues les définitions théoriques et combien les plus classiques d'entre elles sont incomplètes ou erronées; dans la pratique, c'est pis encore. Les malades ou bien ne savent pas exactement ce qu'ils entendent eux-mêmes par ce mot, et leur réponse n'aura, dans ce cas, aucune signification; ou bien ils lui donnent le sens d'éblouissement, d'étourdissement, d'obnubilation, de titubation, de peur des chutes, etc. Dans ce cas encore, la réponse du malade ne nous renseigne pas. Il faut donc que le médecin précise son interrogation, en la faisant suivre d'explications portant sur les formes les plus ordinaires du vertige, imperception, surperception, illusion ou hallucination dans le domaine des analyses objectives ou subjectives d'espace, d'attitudes et de mouvements, puis sur les irradiations ordinaires qui peuvent nous révéler des formes frustes de la désorientation subjective, quand les formes principales manquent. Quand il n'y a pas sensation vertigineuse, c'est-à-dire vertige senti par le malade, on peut porter l'examen sur les chutes, les titubations, les déviations dans la marche, le signe de Romberg, et d'autres symptômes que le malade peut avoir remarqués sans se les expliquer, vu l'absence de sensation vertigineuse. Les troubles bulbaires associés ne sont révélés par le malade que lorsqu'ils sont conscients, et alors le vertige l'est également, selon toute vraisemblance.

LES VERTIGES

Nous nous sommes longuement étendus sur ce point dans la définition clinique du vertige.

Le vertige étant reconnu, il reste à le qualifier, c'està-dire à en faire le diagnostic étiologique. Nous nous livrerons donc à la recherche de sa cause locale et de sa cause générale, s'il en est une.

Remarquons ici que le trouble vertigineux est en réalité un trouble fonctionnel dans le domaine de l'orientation subjective directe ou indirecte. L'appareil labyrinthique et ses centres bulbaires ayant la propriété presque exclusive de cette fonction, le vertige sera presque exclusivement labyrinthique. En effet, la plus grande partie des cas de vertige, de cause périphérique formellement étrangère à l'appareil labyrinthique, n'en sont pas moins susceptibles d'être attribués à une action réflexe sur les conditions organiques indispensables au fonctionnement de cet appareil, ou à une irradiation internucléaire se propageant au noyau interne situé sous le plancher du quatrième ventricule. Un trouble gastrique pourra déterminer le vertige par une action réflexe sur la circulation céphalique ou labyrinthique, . en même temps que de la céphalée, du bourdonnement d'oreilles, de là lourdeur oculaire, des éblouissements ou des battements artériels; il pourra également provoquer le vertige par irradiation directe du noyau pneumogastrique au noyau interne. Il pourra produire, par le même mécanisme, du vertige cérébral ou cérébelleux, ou bulbaire, ou oculaire, etc. Un malade sera pris de vertige chaque fois que ses yeux auront à exercer certaines formes pénibles d'accommodation, soit qu'il regarde de trop près, soit trop en haut, etc. Nous savons que le noyau interne, le noyau par excellence de l'orientation subjective directe et, par conséquent, du vertige direct ou indirect, est relié aux noyaux oculomoteurs par l'intermédiaire de l'olive supérieure. Chez les sujets enclins au vertige, ce noyau est d'une grande susceptibilité et accueillera les moindres irradiations émanées de noyaux bulbaires voisins, moteurs ou sensitifs. L'excitation anormale ou forcée des noyaux oculomoteurs, de l'écorce cérébelleuse, des noyaux cérébelleux, directement ou indirectement reliés au noyau

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