CONTRADICTIONS
t Le principal sujet de celle lettre est pour vous témoigner le déplaisir que j'ai de voir la mauvaise disposition de nos Sœurs et la désunion qui parait entre vous. Je suis aussi bien étonnée d'entendre que, pour de petites contradictions, il y en ait qui laissent entrer dans leur esprit la pensée de désirer venir à Paris avant que l'obéissance les y appelle. 0 mes chères Sœurs, il y a grand sujet de dire qu'elles ne savent ce qu'elles demandent. Eli bien, vous avez un peu de peine quand Messieurs les Pères (des pauvres) vous mortifient devant vos maîtres qui sont les pauvres. Ne leur en donnez point de sujet, et faites si bien qu'ils ne trouvent rien à redire. Et si quelquefois vous pensez ne point avoir failli, ou quand quelques-uns de ces Messieurs vous reprennent trop rudement, à votre gré, et que vous pensez que cela vous décrédite auprès des malades , humiliez-vous en souffrant patiemment, et après, en particulier, dites-leur vos raisons et les priez de vous avertir de vos fautes de la sorte... Je vous prie, ma chère Sœur, de donner la première l'exemple de la vertu que vous souhaitez en toutes. J'ai vu la petite aversion que vous me mandez d'une de nos Sœurs. 0 mon Dieu, il faut bien que votre charité en ait grande compassion et support. Ne savez-vous pas bien que, pour l'ordinaire, cela est dans les sentiments naturels, et que nous n'en sommes pas les maîtres ? Mais c'est à ceux qui sont en charge à essayer, et les aider à sortir de cette peine sans qu'ils s'en aperçoivent. Il ne faut pas que nous soyons si tendres de nous mettre en peine si l'on ne nous parle pas, si l'on ne nous fait pas bonne mine, mais essayer de gagner les cœurs par le support et cordialité. Enfin, ma chère Sœur, celles qui ont soin des autres doivent ne songer non plus à leur propre satisfaction que si elles étaient insensibles... Je sais, ma chère Sœur, qu'il y a beau-
coup de peine à nous bien acquitter de nos charges ; mais Dieu qui nous les adonnées ne nous déniera pas sa grâce. Et, pour l'obtenir, humilions-nous bien fort par une sainte défiance de nous-mêmes et une grande confiance en sa bonté, qui nous fasse tout bonnement lui demander ce qu'il veut que nous donnions a nos chères Sœurs, que nous devons regarder comme ses chères créatures et servantes (A la Sœur Turgis, a Angers, 24 août i6î3;. »