‹ Vertus et doctrine spirituelle de Saint Vincent de PaulChapitre 44 sur 61 · AUX MÊMES, EN LEUR ENVOYANT UNE LETTRE DE SAINT VINCENT · texte numérisé non relu

AUX MÊMES, EN LEUR ENVOYANT UNE LETTRE DE SAINT VINCENT

• Il faut, mes chères Sœurs, que je vous dise tout simplement les pensées que cette lettre m'a données, la lisant. 0 mes Sœurs, la douceur du style, la remarque des grâces que Dieu vous a laites et à nous, et les instructions que sa charité vous donne si suavement, m'ont donné un tel effroi, que je ne le vous puis dire, me souvenant que tant de fois Dieu nous a fait avertir par lui de nos obligations ; que tant de fois il a su et voulu oublier nos fautes et manquements, ne se lassant point de nous exciter et encourager, ni d'avoir des soins de nous tout paternels, prenant pour cela des peines comme si nous étions des sujets de mérite. Et que lui avons-nous rendu, terre ingrate que nous sommes ? Rien autre chose que des mécontentements, par nos infidélités à Dieu, pour lequel il veut nous gagner. Tantôt quelque membre de la Compagnie s'en est séparé, ou a fait de grandes fautes contre sa vocation; tantôt tout le corps a dégénéré; nous sommes toutes stupides. Il semble que tous les avertissements que Dieu nous a fait donner n'ont point eu d'autre effet que de battre l'air, et, qui !pis est, je crains bien que, ayant été prononcés devant Dieu et |les anges, ils ne nous donnent grande confusion en notre jugement. N'est-ce pas avec raison, mes Sœurs, que mon cœur h été touché de crainte et de justes appréhensions? Et ne pensez pas que je vous dis ceci pour vous intimider, ni pouf parler a vous seules; c'est à moi que je le dis, et à toutes celles qui, comme moi, ont fait mauvais usage de notre sainte

vocation. Je les prie toutes, pour l'amour de la mort de notre cher Mailre, de se renouveler en sa résurrection, recevant la

paix que tant de fois il nous a donnée en la; - - Mais prenons garde qu'il ne la leur do veté, mais dans le travail et dans le som qu'il a souffertes pour nous, nous enseignant par là que

ne ^aurions avoir la paix avec Dieu, avec notre pi avec nous-mêmes, si Jésus-Christ ne nous la donne, et qu'il ne nous la donnera que par le mérite de ses plaies et souffrances, qui ne nous sera jamais appliqué que par la mortification de nous-mêmes, que nous acquerrons par son imitation, faisant la très-sainte volonté de Dieu. Que vous heureuses auprès de tant d'autres de votre condition, nonseulement de pauvres filles, mais même de personnes de condition, qui cherchent d'être employées pour le service de Dieu et des pauvres, et ont tant le désir de faire la volonté de Dieu et d'être aidées pour cela! Et elles demeurent sans pouvoir avoir cette consolation. Et vous, rien ne vous manque; et il semble que vous n'êtes pas contentes, et qu'au contraire de vous servir des moyens que Dieu vous donne de vous perfectionner , vous les dédaignez. Pardonnez-moi , mes chères Sœurs, si l'affection que je vous porte me lait vous parler ainsi ; car j'ai souvent l'ait de pareilles fautes que celles dont je vous soupçonne. Mais, tout de bon, je veux être fidèle à Dieu, et, pour cela, lui demander souvent sa grâce. Faites ainsi; estimez et lisez avec affection vos règlements et instructions, avec désir de les mettre en pratique, et y travaillez à bon escient pour l'amour de Dieu ; et surtout servez-vous des derniers avertissements peut-être que Dieu vous donne de ce qu'il demande de vous. Ce n'est pas, mes chères Sœurs, que j'aie pensée de vous menacer des jugements de Dieu ; mais craignons, vous et moi, son indiguation, si nous négligeons l'accomplissement de sa sainte volonté. »

t Au nom de Dieu, mes très-chères Sœurs, ne vous ennuyez pas de vos peines, ni de vous voir sans consolations que de Dieu. Oh ! si nous savions les secrets de Dieu quand il nous met en cet état, nous verrions que ce devrait être le temps de nos plus grandes consolations. Eh bien, vous voyez quantité de misérables que vous ne pouvez secourir ! Dieu les voit aussi, et ne veut pas leur donner plus grande suffisance. Portez avec eux leurs peines; faites votre possible pour leur donner quelque peu d'aide, et demeurez en paix. Peut-être que vous avez votre part delà nécessité. C'est la votre consolation ; car, si vous aviez abondance, vos cœurs auraient peine d'en user, et de voir tant souffrir nos seigneurs et nos maîtres. Et puis, Dieu châtie son peuple pour nos péchés. N'est-il pas raisonnable que nous souffrions avec les autres ? Qui sommes-nous pour nous croire devoir être exemptes des maux publics? Si la bonté de Dieu ne nous expose pas aux plus grandes misères, soyons-lui en bien reconnaissantes, et croyons que c'est sa seule miséricorde sans aucun notre mérite... La plupart de nos Sœurs des environs de Paris ont été contraintes de se réfugier; mais, grâce à Kûtre-Seigneur, elles n'ont eu nul mal ni aucun déplaisir jusques à présent. — Vous savez la belle cérémonie qui s;est faite aujourd'hui pour la descente de la châsse de sainte Geneviève. Oh ! qu'il fait bon être fidèles à Dieu qui fait tant rendre d'honneur à ses bonnes servantes pour marque de son éternelle affection (A la Sœur Barbe Angibou, à Brienne, 1652)1 »

xvn

Page 1