DEMANDE DE LA BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE
« Louise de Marillac, veuve depuis vingt-sept ans, servante de Jésus Christ et de ses membres les pauvres plus de volonté que d'effet, très-attachée à l'obéissance du Saint-Père, par sa qualité, quoique indigne, de catholique romaine, et par son désir, depuis longues années, de recevoir, une fois en sa vie, la sainte bénédiction apostolique, supplie humblement M. Berthe, prêtre de la Mission, la mettre en esprit aux pieds du très-Saint- Père, présentement vivant, vrai lieutenant de Jésus-Christ, par le zèle que Sa Sainteté a pour la foi de son Église, à ce qu'elle reçoive, par ce moyen, cette grâce, pour obtenir de notre bon Dieu celle de faire sa très-sainte volonté, le reste de ses jours. Elle sera obligée de prier Dieu pour lui, en reconnaissance de cette charité. »
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« Au nom de Dieu Père, Fils et Saint-Esprit.
« Prosternée en toute humilité en la vue de la véritable pré-
genre de Dieu en tout lieu, seul être et créateur de toutes les Imes immortelles; dans la véritable connaissance de mon néant et impuissance, sans sa grâce, j'implore trés-humblement sa miséricorde sur mes misères, qui m'ont rendue coupable de tant d'ingratitudes vers sa bonté, que tant de fois j'ai offe par mes misérables péchés, qui me rendent indigne de participer aux mérites de Jésus crucifié, auxquels néanmoins me confiant, je mets toute mon espérance ; suppliant la Sainte ;<i pour ce sujet de m'étre vraie mère et protectrice, et de m'ôbtenir pardon de l'abus que j'ai fait des grâces de Dieu, à l'instant de ma mort. Et, sous le bon plaisir de mon Dieu, je supplie mon saint ange gardien, saint Louis, et tous les saints, de m'aider de leur intercession en ce passade si important, et auquel je me soumets pour l'amour de Dieu, quand je n'y serais pas nécessitée, pour honorer l'instant de la séparation de la divine âme de mon Sauveur, désirant le salut de la mienne pour le glorifier éternellement avec son Père et le Saint-Esprit.
« Je proteste devant Dieu et toutes les créatures que je veux vivre et mourir en l'Église catholique, apostolique et romaine, et commande à mon fils, tant que je le puis, de faire le semblable, étant la seule voie du Paradis pour lequel nous sommes créés, et, en l'espérance que j'ai que Dieu lui fera cette grâce, je supplie sa bonté prendre pleine et entière possession de tout ce qu'il est, pour faire en lui et de lui sa très-sainte volonté ; et d'arroser de ses grâces efficaces, pour le temps et pour l'éternité, la bénédiction que, comme sa mère, il m'a donné le pouvoir de lui donner, et que je lui donne, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
« Suppliant l'humanité sainte de notre Sauveur avoir pitié de nos âmes pécheresses à l'instant de notre mort.
« Je demande très-humblement pardon à mon saint ange gardien et à mon très-honoré Père et directeur, par lesquels il a plu à la bonté de Dieu me tenir attachée de volonté a faire la sienne très-sainte, du peu de correspondance et de fidélité que j'ai eu aux soins ch3 Stables qu'ils m'ont fait l'honneur d'avoir de mon salut, reconmissantque, sans cela, je me serais souven misérablement détout . \ée de Dieu.
t Je demande aussi très-humblement pardon à tous mes chère, prochains, que j'ai mal édifiés et scandalisés par mes péchés, à ceux, que j'ai offensés et contristés, en quelque manière que ce soit, et à toutes les créatures, dont j'ai abusé en l'usage, contre la très-sainte volonté de Dieu, me donnant à Dieu pour leur en Caire telle restitution qu'il plaira à sa miséricordieuse factice, en ce monde ou en l'autre.
t L'obligation de mère, avec l'affection naturelle que j'ai toujours fortement eue pour mon fils, me fait lui recommander de se souvenir du soin que la bonté de Dieu a eu de son éducation pour son salut, et le supplier de lui être reconnaissant toute sa vie, essayant de ne rien faire jamais contre sa très-sainte volonté. Et pour vous y aider, mon fils, prenez conseil, en toutes vos affaires, de personnes capables et de sainte vie. Et pour vous servir utilement des avis qui vous seront donnés, demandez-les toujours avant d'avoir de dessein formé ; car cela vous empêcherait de dire franchement le pour et le contre de vos propositions; et en cela vous vous tromperiez vous-même. J'espère tant de la bonté de M. Vincent, que jamais il ne vous déniera son assistance dans vos besoins, tant pour le tempow»l que pour le spirituel.
« Vous savez les obligations que vous et moi lui avons, ce qui me fait vous supplier que si vous êtes si heureux d'avoir occasion de servir sa Compagnie, de vous y employer fortement, y étant obligé très-particulièrement non-seulement pour reconnaissance des bienfaits que nous en avons reçus, mais aussi pour le service qu'il rend à la sainte Église notre mère...
« Je supplie mon fils se souvenir souvent de prier Dieu pour le repos de l'âme de son père, et d'avoir mémoire de sa bonne vie, étant fort craignant Diuu et exact à se rendre irréprochable ; et surtout de sa patience à souffrir les grands maux qui lui sont arrivés en ses dernières années, esquelles il a pratiqué de trèsgrandes vertus... »
Suivent différents legs: l°aux prêtres de la Mission, à la charge de messes et bonnes œuvres pour elle et les siens, au jour anniversaire de leur mort, « et ce pour honorer l'instant de la mort de Notrc-Seigncur en croix, à ce que le mérite de ce divin sacrifice perpétuel soit appliqué aux âmes agonisantes et à celles
qui croupissent dans le péché mortel, pour leur obtenir de la miséricorde de Dieu une grâce efficace pour les en tirer » ; 2* à son confesseur; 3* à sa filleule; 4° aux confréries auxquelles elle a appartenu, t demandant pardon à Dieu d'avoir faut manqué aux dévotions qu'elles recommandent, ce qui me frit connaître qu'il vaut mieux s'enrôler à peu et s'en bien acquitter» ; 5° aux Filles de la Charité, « pour leur aider à faire les onguents qu'elles emploient à panser les pauvres malades qui viennent à leur maison, déclarant que je suis obligée de faire beaucoup pour elles, si Dieu m'en avait donné le moyen ; et, pour cela, je supplie mou fils leur être toujours reconnaissant des charités qu'elles m'ont faites, et tenir à grande bénédiction, si Dieu lui donne quelque occasion de s'employer pour elles : à quoi je l'exhorte tant que je puis de ne pas manquer » ; 6° aux pauvres, avec une prédication qui leur sera faite par quelque prêtre charitable, « le suppliant, au nom de Notre-Seigneur, de ne parler que pour leur instruction, leur enseignant l'obligation qu'ils ont de connaître Dieu, ce que c'est des boni et des mauvais pauvres, et combien leur condition leur est avantageuse pour leur salut, s'ils en savent bien user ; ce qu'ils doivent faire avant de venir à la mendicité ; avec quelle humilité ils doivent demander ; leur obligation de servir Dieu et entendre la sainte Messe fêtes et dimanches ; les faire résoudre à se mettre à genoux soir et matin ; le tout pour la gloire de Dieu et le bien des âmes qui perdent tant de temps pour ne pas connaître leur état et obligations » ; 7° à son fils : « Mon fils jouira de mon bien après ma mort, comme mon seul héritier, après mes dettes et mes legs payés ; et après sa mort, tout le bien que je lui laisse appartiendra aux pauvres, que je substitue mes héritiers après lui. Et, au cas qu'il vienne à se marier et ait des enfants, il en jouira, et ses enfants, en la manière accoutumée aux successions substituées ; entendant ?t voulant que les pauvres soient héritiers du peu que Dieu m'adonne, tant qu'il n'en aura point descendant légitimement de lui. Lit, pour cet elTct, je supplie très-humblement M. Vincent de Paul, instituteur et général des prêtres de la Mission, et, après lui, ses successeurs, de prendre la peine d'avoir égard à cette disposition ; à ce nue, si la substitution avait lieu, il3
la fassent recueillir, pour en faire annuellement la distribution ; sachant que leur principal exercice est de travailler pour le saiut des pauvres, auquel je voudrais, si je pouvais, contribuer de ma propre vie. Mais, au cas que Dieu donne la bénédiction d'un solide établissement à la Compagnie des Sœurs de la Charité des Paroisses, ou qu'elle puisse subsister, comme elles font depuis quelques années, demeurant sous la conduite desdits Messieurs de la Mission, mon intention et dernière volonté est que ce soient elles qui jouissent, aux fins et conditions susdites, du peu de bien que je laisse, pour leur donner plus de moyen d'assister les pauvres malades des champs, aux lieux où elles trouveront peu d'aide, excepté que les mêmes Messieurs de la Mission jouiront de cent livres de rente ; suppliant la bonté de Dieu, s'il lui plaît donner quelque mérite à cette disposition, de l'appliquer pour moyen d'attirer sa miséricorde sur l'âme de mon fils et la mienne, à l'instant de notre mort, dont nous avons grand besoin pour notre salut.
« Je supplie très-humblement M. Vincent, par la charité que Dieu lui a donnée pour le prochain, et par l'amour qu'il porte à l'humanité sainte de notre Rédempteur, me pardonner tous les manquements de reconnaissance de l'honneur qu'il m'a fait, exerçant tant de charité pour mon fils et pour moi, dont je le remercie de tout mon cœur ; et le supplie lui vouloir continuer sa sainte affection, lui servant de Père par son bon conseil et aide en ses besoins, m'accordant la très-humble prière que je lui fais pour l'amour de Dieu, et à son succès- [ seur, si Dieu l'appelait à lui devant moi, d'être exécuteur de i ce mien présent testament avec mon iils, auquel j'ai proposé j la substitution ; leur promettant, s'il plaît à Dieu me faire ; miséricorde et me mettre en son Paradis, de faire tout ce que î peut faire une âme pour eux, en récompense de la charité qu'ils exerceront en ce sujet.
« Je remets et abandonne mon âme, de tout mon cœur, entre les mains de Dieu, son Créateur et sa dernière fin ; et laisse bien volontiers mon corps à la terre, attendant sa résur- /ection. Pour le lieu de sa sépulture, je la laisse entièrement à ia disposition de la divine Providence, par la conduite de
M. Vincent, lequel je supplie <e souvenir que je lui ai témoigné avoir grand désir d'être mise le long d'un mur, au bas de l'église Saint-Lazare, dans la petite cour, qui paraît un cimetière, y ayant été trouvé des os de morts; ce que je souhaite encore tant que je puis, et le demande, pour l'amour de Dieu, û sa charité ; le suppliant aussi qu'il soit mis au plus tôt au même lieu, contre le mur, une grande croix de bois, à laquelle soit un crucifix, un écriteau aux pieds, auquel soit cette in* scription : Spes unica ! et cela aux dépens du peu que je laisse, et que Dieu m'a donné pour exécuter ce mien testament.
« Pour mes fuiïérailles, je déclare que je ne veux pas qu'il y soit lait autre dépense que celle qu'on a faite pour nos Sœurs défuntes ; et que si quelqu'un voulait être cause que l'on fit autrement, je crois dès maintenant qu'il n'aurait jamais eu aucune affection pour moi ; n' étant pas raisonnable que mon misérable corps, qui a tant offensé et fait offenser Dieu, soit en nulle considération. Et puis ce serait me déclarer indigne de paraître être morte en vraie Sœur delà Charité et servante des membres de Jésus-Christ ; quoique néanmoins je ne mérite pas cette qualité.
« Voilà, ô mon Dieu ! votre pauvre créature prosternée aux pieds de votre divine Majesté et grandeur, s'avouant criminelle et mériter l'enfer, en la rigueur de votre justice qui m'y devait condamner, n'était ce puissant amour qui a fait homme votre Fils unique pour m'en délivrer. Plaise à votre divine bonté que je sois, et mon fils, du nombre des âmes qui, par lui, vous glorifieront éternellement ! et daignez regarder bénignement les actes, désirs, et dispositions cotées en ce présent testament, que je fais en la croyance que c'est votre divine volonté, laquelle a dirigé la mienne ; sans laquelle je proteste de tout mon cœur ne jamais rien vouloir, et avec laquelle j( déclare vouloir achever ma vie, comme je fais cet écrit, lequel j'ai fait et signé de ma main ce vendredi, 15* jour de décembre 1645. Louise de Marillac, étant saine de corps et d'esprit, par la grâce de Dieu. »
Le 28 décembre 1653, Mademoiselle Le Gras ajouta à ce testament un codicille nécessité par le mariage de son fils. Elle terminait ainsi : < Vous savez, mon Dieu, que je suis toute a
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vous, et que votre Providence, par votre bonté, a été la conduite de tous les états de ma vie, dont je vous remercie très-humblement, vous demandant pardon de rechef et de tout mon cœur de mes méconnaissances et ingratitudes. Je vous offre cette petite disposition mue de votre volonté, renonçant à toute autre considération ; vous suppliant, pour l'amour de Jésus crucifié, me donner votre bénédiction, à mon fils, et à toute sa famille, pour que nous puissions vous glorifier éternellement. •
Enfin, le 11 mai 1656, une petite fille lui étant née, elle révoqua, par devant notaires, la substitution qu'elle avait confirmée dans le codicille de 1653, « ayant tout sujet de se contenter de la conduite de Michel- Antoine Le Gras, écuyer, son fils unique, bailli de Saint-Lazare et conseiller en la cour des monnaies, et de demoiselle Gabrielle Leclerc, sa femme, pour les respects et témoignages d'amitié qu'elle en a reçus depuis leur mariage; s'assurant que son dit fils, venant à décéder sans enfants, aura soin d'assister les pauvres des biens qu'il a et aura de ladite demoiselle sa mère. • Elle ajoutait un legs particulier de dix-huit livres par an en faveur de sa petite-fille, « pour les employer à faire un petit diner aux pauvres de sa paroisse, auquel diner elle les servira. •
dale, 159; — la dé traction et l'envie, tio. — Charité envers ceux qui sont tentés sur leur vocation, 161 ; — envers les agonisants : exhortation à la mort, 164.