L'ANNEAU
Les longes rideaux tirés pendent à la fenêtre
En plis droits et pesants ; Le feu brûle et soudain l'on voit mourir ou naître Ses fantômes ardents ;
Le vieux bureau de laque et la commode peinte
Près de l'écran chinois Et le lustre dont le cristal s'irise et tinte
Sont là, comme autrefois;
Comme autrefois aussi le vieux portrait s'écaille
Par le temps déverni, Et le miroir, en son lourd cadre de rocaille,
S'embue et se ternit.
POÈMB8 DIVERS S7
Rien n'a changé, mais tout, aujourd'hui semble attendre
Mystérieusement Quelque chose que je vais dire, et pour l'entendre, Tout le silence attend...
Ne pensez pas, 6 chers témoins des heures mortes,
Que je revienne ici Comme ces voyageurs dont la mémoire apporte
De fabuleux récits
Ou comme un conquérant qui suspend à sa poupe
L'héroïque Toison, Et de qui la stature en airain se découpe,
Sur l'or de l'horizon.
Non I Celui qui revient sans trophée et sans g-loire, C'est moi, c'est toujours moi.
Et de quel vain laurier m'eût paré la victoire, Car je porte à mon doigt,
38 VESTIGIA FLAMMjE
Plus beau que nul trésor, puisque son cercle cèle
Un nom que seul je sais, L'anneau mystérieux de la chaîne éternelle, Qui me.lie à jamais!