‹ Vestigia flammae; poèmesChapitre 15 sur 95 · L'OMBRE · texte numérisé non relu

L'OMBRE

« Je suis la sombre sœur des Ombres douloureuses Et dool le cœur vivant par l'amour fut percé. Et, comme elles, j'habite aux rives ténébreuses Ou'illumine parfois un éclair du passé ;

Comme elles, près du fleuve aux souterraines ondes, Je penche sur son flot mon visage pâli, Mais nos mains ne font pas de coupes si profondes Que, jointes, à jamais, on y boive l'oubli ;

Et si Tune de nous, au fond de sa poitrine, Sent enfin s'endormir le souvenir brûlant, Si la paix, un instant, sur son front las s'incline Et pose son doux doigt sur un cœur palpitant,

Soudain l'Amour, caché dans les roseaux du fleuve, Se dresse, dieu jaloux, impérieux et beau, Et, sur son arc tendu plaçant sa flèche neuve. Ravive au flanc la plaie où coule un sang nouveau.

Car c'est en vain, hélas ! qu'aux rives ténébreuses Noas avons voulu fuir le tourment du passé. Nous sommes à jamais les Ombres douloureuses, Au cœur toujours vivant, au cœur toujours blessé. »

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