LETTRE A TOUTE ABSENTE
Je peri'-e à vous. Le ciel est presque un ciel d'aulomne
Et la journée a fui lentement monotone
Comme si vous aviez, eu partant, emporté
La lumière, l'azur, le soleil et l'été...
Il fait gris, le crépuscule sera morose
Malgré ce lourd bouquet vivant dont chaque rose
Semble faite, avec ses pourpres et ses carmins,
Pour mourir, une à une, entre vos belles mains.
Je pense à vous. J'ai voulu lire dans vn livre.
Mais en vain mon esprit distrait cherchait à suivre
La ligne qui succède à la li^ne, pourtant
La maison «st déserte et nul bruit ne s'entend.
Je suis seul et ma porte est close, c'est Dimanche.
Mon front avec ennui sur la page se penche
Et cependant j'aime ces choses qui sont là :
POÈMRS DIVERS 25
S miroirs que le temps mystérieux voiln, Ces meubles, ma pendule haute en Iai)ue rouge, Muette et suns aiguille au balancier qui bouge, Une commode peinte avec des Chino s d'or, Mon grand bureau vénitien... que sais-je encor Et ces roses aussi que vous eussiez aimées, Si somptueuses, si belles, si parfumées ! Mais tout me semble amer et plus rien ne m'est doux, En ce jour pâle et gris, que de penser à vous, A vous si loin, à vous si proche, à vous l'absente, Parmi le crépuscule et la nuit commençante. Et qui, partie, avez, avec vous, emporté La lumière, l'azur, le soleil et l'été !
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