‹ Vestigia flammae; poèmesChapitre 8 sur 95 · LETTRE A TOUTE ABSENTE · texte numérisé non relu

LETTRE A TOUTE ABSENTE

Je peri'-e à vous. Le ciel est presque un ciel d'aulomne

Et la journée a fui lentement monotone

Comme si vous aviez, eu partant, emporté

La lumière, l'azur, le soleil et l'été...

Il fait gris, le crépuscule sera morose

Malgré ce lourd bouquet vivant dont chaque rose

Semble faite, avec ses pourpres et ses carmins,

Pour mourir, une à une, entre vos belles mains.

Je pense à vous. J'ai voulu lire dans vn livre.

Mais en vain mon esprit distrait cherchait à suivre

La ligne qui succède à la li^ne, pourtant

La maison «st déserte et nul bruit ne s'entend.

Je suis seul et ma porte est close, c'est Dimanche.

Mon front avec ennui sur la page se penche

Et cependant j'aime ces choses qui sont là :

POÈMRS DIVERS 25

S miroirs que le temps mystérieux voiln, Ces meubles, ma pendule haute en Iai)ue rouge, Muette et suns aiguille au balancier qui bouge, Une commode peinte avec des Chino s d'or, Mon grand bureau vénitien... que sais-je encor Et ces roses aussi que vous eussiez aimées, Si somptueuses, si belles, si parfumées ! Mais tout me semble amer et plus rien ne m'est doux, En ce jour pâle et gris, que de penser à vous, A vous si loin, à vous si proche, à vous l'absente, Parmi le crépuscule et la nuit commençante. Et qui, partie, avez, avec vous, emporté La lumière, l'azur, le soleil et l'été !

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