LA NATURE A COROT
« Jo te donne les bois, les vallons et les pluines Et le fleuve qui coule entre les prés herbeux. Et les ruisseaux et les sources et les fontaines Et l'étang immobile où vont boire les bœufs,
Et je te donne aussi les saisons de la terre. Le printemps qui s'azure entre les saules gris, L'hiver, l'été où l'ombre est fraîche et désaltère. Et le roval automne en sang aux cieux meurtris ;
Je te donne les jours, les soirs et les aurores, L'aube et le crépuscule et la brise et le vent, Le frisson du matin dans les feuilles sonores Et tout le ciel, le vaste ciel, le ciel vivant;
Je te donne la fleur et l'herbe avec la branche, La colline onduleuse et le lac apaisé Et la brume lég^ère où la nymphe est si blanche Qu'elle s'évanouit dans l'air vaporisé,
Et je te donne aussi le visag^e des femmes Et la fleur de leur bouche et le lac de leurs yeux Et le secret subtil des lignes et des âmes Et le rythme qui meut les corps harmonieux,
Puis je mets dans ton cœur la pureté sereine Et le profond amour de toute la beauté, Je fais ton œil magique et ta main souveraine Pour que ton art soit rêve et soit réalité.
Que d'autres aillent vers la g-loire et la conquête Avec le rude élan des forts et des héros, Toi, demeure. Voici la brosse et la palette. Aime-moi. Je suis là près de toi. Sois Couor ! »
MàDAILLONS DB PEINTRB8 227
EDGAa DEGAS
Ton œil inexorable et la main sans \nl\^,
Dans le g'cste, le mouvement et l'atlitude,
Ont poursuivi, pendant cinquante ans d'âpre étude,
Le vrai toujours mobile et toujours épié.
Ce dur précepte, tu ne l'as pas oublié. Que la chair devant toi se montre et se dénude Ou que, de mille atours parée, elle s't^lude, Tu dénonces son vain orgueil humilié I
Si bien môme, Degas, quelque Danseuse ailée D'un bond aérien tente son envolée, L'illusion bien vite h ton regard s'éteint,
Car tu sais nous montrer, quand retombe la gaze El que pose au tréteau le chausson de salin, Le poids du corps qui pèse au talon qu'il écrase.
228 VESTIGIA FLAMIM/Ii