PAUL GAUGUIN
Je vous revois tel que vous étiez, Paul Gauguin,
Le torse large sous votre tricot marin,
Face rude sculptée avec un doig-t robuste
Dans une chair puissante, impérieuse et fruste
Où coulait sous la peau le sang de vos aïeux
Incas- Je vous revois, Gauguin, je vois vos yeux
Qui semblaient regarder très loin vers quelque rêve
Où déferlait la mer au sable d'une grève.
Vous étiez fort, massif, osseux, tanné, pesant,
Gauguin, moitié pilote et moitié paysan.
Et vous parliez, d'une voix rauque, avec des pauses,
Puis tout à coup, et les paupières demi-closes,
Vous vous taisiez. Alors : récifs, clartés, parfums,
S'évoquait l'Ile avec ses femmes aux corps bruns
MÉDAILLONS DB PBINTnBS 2.11
Kn leur jcuno beauté nalvo et sculpturale,
Tahiti la divine et sa lumière australe ;
Vous vous taisiez, et l'on croyait alors soudain
Entendre déferler au rivage lointain
De l'Ile heureuse que votre art a faite sienne
Ton flot phosphorescent, Mer Océanienne.
232 VrSTIGIA FLAMME