ALBERT MARQUE
J'aime le port avec sa jelée et son quai,
Les ports où hier encor, joyeux l'on s'embarquait,
Joyeusement, au cri de départ des sirènes,
Vers l'aventure heureuse et les courses lointaines.
0 ports de l'Océan dont les larges bassins
Vivent selon le flux et le reflux marins,
Ports de la Manche, et vous qu'emplit d'un bleu brutal
La Méditerranée au flot toujours égal,
Marseille la Marchande et Toulon la Guerrière !
Je vous aime, vous vous ouvrez dans la lumière,
Vous êtes g-rands, vous êtes fiers, vous êtes beaux
Et vos phares hautains dominent sur les eaux.
Je vous aime, mais j'aime aussi sur toute côte
Où la plage est sableuse et la falaise haute
àlÉDAIIXONS DB PBINTBBS 237
L'humblo buvrc qui s'ofTro au pôcheur en péril,
Celui où les filets se sèchent til h fil,
Qui sent la vase, le varech et la marée,
Où la barque à l'anucuu de fer est amarrée,
Où Tua fume sa pipe à pas lents sur le quai,
Un de ces petits ports comme les peint Marquet.
238 VESTIGIA FLAMMiE
HENRI MATISSE l'espagnole
Elle est debout en son grand chàle à fleurs qui pand A long's plis et, poings aux hanches, elle se campe, Mais la mantille en vain lui caresse la tempe, Sa face est rude et l'œil n'a rien de provocant ;
Qu'importe le péché, si le cœur se repent? Le cierge est sur l'autel et l'huile dans la lampe I Ses pieds menus sont faits pour que l'amour y rampe Et seule la Madone écrase le serpent.
Matissk a peint celte Espagnole, et derrière elle Toute l'Espagne ardente et grave et rituelle S'évoque en son org-ueil et son entêtement,
Et l'on croit, jeu qui plaît au palais comme au boug-e,
Entendre s'exhaler le sourd mugissement
De quelque taureau noir qui saigne au sable rouge.
MÉDAILLONS DB PRINTRBS 230