‹ Veuve et garçon, comédie-vaudeville en un acteChapitre 14 sur 22 · PAUL, MATHILDE · texte numérisé non relu

PAUL, MATHILDE

PAUL

La belle fureur ! pourrais-je en savoir le motif?

MATHILDE

Osez-vous le demander ? vous souffriez qu'il refusât pour vous le mari qu'il destinait à sa nièce . . . Il faut avouer que c'est du dernier oubli des convenances.

PAUL

Vous me ferez l'amitié de me dire comment vous qualifiez la position dans laquelle je viens de vous trouver avec monsieur de Kiancourt ?

MATHILDE

Eh ! ne savez-vous pas que c'est une comédie ?

PAUL

Eh bien ! je joue mon rôle ; ne suis-je pas ici pour cela?

Vous jouer de la naïveté d'un enfant...

PAUL

Voudriez-vous bien me dire encore comment monsieur de Riancourt , si bien disposé ce matin en ma faveur, sait maintenant que j'ai voulu me rire de sa crédulité ?

MATHILDE

Il a bien fallu le désabuser-. . il allait faire partir une lettre pour M. de Valmont , et tout était manqué , si je ne lui eusse appris que vous étiez marié . .

PAUL

Avec vous ?

MATHILDE

Non.

PAUL

Ah ! vous craignez encore le ridicule f

MATHILDE

Oui, monsieur, et à vous parler sans détour, tout ceci me contrarie , me lasse ... et le seul moyen que vous ayez à employer pour me rendre la tranquillité , est de repartir à l'instant.

PAUL

Je suis vraiment désespéré de ne pouvoir me rendre à cette gracieuse invitation . . . mais , puisque vous ne voulez me faire aucune concession , il serait trop amiable à moi d'aller au-devant de vos désirs. Dites à M. de Riancourt que vous êtes ma femme , et je me remets en route.

MATHILDE

Vous profitez de mon embarras pour exercer votre raillerie . • C'est peu généreux , et cela ne me surprend pas de votre part. . . mais n'espérez pas m'amener à une dé-

marche qui me mettrait dans une position plus fausse encore,

PAUL

Convenez que c'est une chose parfois bien embarrassante qu'un mari ? . .

MATHILDE

En effet.

PAUL

Air ; Je chante le plus haut possible* (De l'Artistt.)

Si l'on achète des châteaux ,

Le lendemain on peut les vendre;

On fait emplette de chevaux ,

Mais à perle l'on peut les rendre.

L'on choisit de rares bijoux,

On les cède, ils cessent de plaire : -

Il est fâcheux que d'un époux

On ne puisse pas se défaire, (bis,)

Cela ne laisse pas d'être engageant pour ceux qui auraient envie de se marier.

mathilde , à part.

Paraître plus long-temps piquée du ton qu'il prend avec moi lui donnerait de l'amour-propre. ( Haut ) Restez , monsieur, vous en êtes le maître.

^ PAUL

Oui , et je veux vous amener à une capitulation honorable.

MATHILDE

Je réponds du contraire, et j'accepte le défi.

Air ; La œe en arrêt , casque baissé.

Oui , ce combat est décidé , Je sens qu'il y va de ma gloire ; Mon cœur, loin d'être intimidé, Compte déjà sur la \ictoire.

Voyez quel éclatant succès !

Je saurai , dans votre défaite , Vous décider a la retraite , Quoique militaire et Français» (bis.)

PAUL

Je n'en crois rien.

MATHILDE

Vous le verrez bientôt... Je vous laisse rêver à votre plan d'attaque... de si vastes desseins ne veulent pas être troublés.

PAUL

De votre côté, madame, disposez vos moyens de défense... Je ne serai pas surpris d'être repoussé avec perte , vous m'avez prouvé qu'une femme avait dans l'esprit, une finesse , un tact inventif que l'on refuse à notre sexe... Vous offrirai-je lamain.

Air : TValse du Barbier de Séville*

C'est trop de peine ,

Et tant de gène Entre nous n'est plus de rigueur.

Moi , je vous laisse ,

La politesse j]Ne peut rien changer a inon cœur.

Ensemble. ( paul.

Elle me laisse ,

La polittsse [Ne peut Jfieo changer a mon cœur.

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