SCÈNE V
PAUL , RIANCOURT.
PAUL , à part Que vais-je dire à cet original ?
riaiscourt , à part.
Ce jeune homme a l'air timide... il faut l'encourager... Parlons-lui le premier. ( Haut. ) Vous avez une sœur charmante , monsieur...
PAUL
C'est trop d'indulgence.
RIANCOURT.
Comment , de l'indulgence ? il y a beaucoup plus que cela... Vous voyez en moi le plu» ardent de ses admirateurs.. .
PAUL , à part.
Cet homme a du tact... il place bien ses confidences...
RIANCOURT.
Commentée pas être charmé de tant d'attraits... taht d'esprit... d#\^ï*h^%Avez-vous^eaucoup connu son mari ?
PAUL
C'est le mari de ma sœur , que vous voulez dire..,
RIANCOURT.
Oui.
Mon beau-frère*..
Sans doute...
Mais oui... assez...
C'était , dit-on f un fort mauvais sujet...
PAUL
Hein ?
PAUL
RIANCOURT.
PAUL
RIANCOURT.
Air de Calpigi.
Aux soins qu'un mena c réclame , A 1 amour qu'on doit a sa femme , Bien loin do payer le tribut , Les plaisirs , tel était son but.
Inconstant, dérangé...
TAUL.
De grâce...
RIANCOURT.
Querelleur , joueur.
PAUL
Je me lasse.
Pouvez-vous ainsi, sans remords, Remuer la cendre des morts ?
RIANCOURT.
C'est vrai... c'est vrai... jeune homme... maïs pour en revenir à votre sœur...^ je lui destine , si toutefois elle y consent... un époux qui , j'en suis certain , lui fera oublier les torts de son premier mari... celui-là... est sage t prudent , d'un âge raisonnable...
Du vôtre , peut-être ?
RIANCOURT,
Il a quelque fortune...
PAUL
Comme vous . . .
RIANCOURT.
Ce n'est pas un de ces hommes aimables.. .y
Ah ! c'est vous... vous venez de vous trahir...
RIANCOURT y d'un air triomphant.
Eh bien! jeune homme , vous l'avez dit... Oui , mon intention est d'épouser cette aimable veuve... J'ai cru m'apercevoir qu'elle accueillait mon hommage. paul y à part J'étais prévenu. ( Haut. ) Ah! monsieur, je me félicite d'avoir une sœur... assez intéressante pour vous inspirer de pareils sentimens...
RIANCOURT.
Ce qui vient encore ajouter au bonheur que j'éprouve en songeant à cette alliance , c'est que nos goûts semblent s'accorder merveilleusement... Quelle simplicité... comme elle fuit lé monde et ses plaisirs... Ainsi que moi... comme elle aime la province , et comme elle déteste Paris !
PAUL
Votre intention ne serait donc pas de l'y conduire;,, dans le cas...
À Paris... dans ce gouffre où s'engloutissent les fortunes... l'honneur des familles et celui des époux,..
PAUL
Un peu moins de sévérité pour la première ville du monde.
Air : Amis , Voici la riante semaine.
Pour contempler tout, ce qui peut se'duire , Pour que les yeux soient vraiment éblouis , AUez , Monsieur, je ne crains pas de dire,
Qu'il vous faut habiter Paris.
C'est le séjour des arts, de la science; De nos talens admirant les progrès, tin sot toujours y perd son ignorance.
RIANCOURT.
Pourtant, Monsieur f moi je n'irai jamais.
PAUL , à part»
C'est vraiment dommage. ( Haut ) H ne vous reste donc aucun doute sw 4ea*ggntîf»>ens que vous avez inspirés.. •
RIANCOURT.
Aucun.. . Un instant, néanmoins , j'ai conçu quelque crainte. '
PAUL
Pourquoi ?
RIANCOURT.
Un étourdi de neveu , officier de chasseurs qui était venu passer un semestre à Riancourt , rendit avec moi plusieurs visites à Mme de Neuville ; je crus remarquer bientôt qu'il allait sur mes brisées et que sa figure plaisait plus que la mienne.
paul, à part.
Ah ! par exemple, on ne m'avait rien dit de celui-là. On a eu des motifs apparemment, (haut.) Et qu'en est-il résulté?
RIANCOURT.
^ Que j'y ai mis bon ordre... je vous Fai renvoyé à sa garnison... sans tambour ni trompette.
PAUL
Vous avez tres-bien fait, monsieur ; il ne faut jamais exposer les jeunes gens.
V$ uçe et Garçon. 3
RIANCOURT.
C'est que, d'ailleurs, mes intérêts s'y trouvaient furieusement compromis, dans l'intention où j'étais d'obtenir la main de Mme de Neuville ; car il faut en finir... C'est assez avoir attendu. J'ai quarante-cinq ans bien sonnés, et si c'est un défaut que de se marier trop jeune, je tomberais dans l'abus contraire en différant encore,.* Une seule chose pourtant m'embarrasse...
Air ; Mon père était pot.
J'ai balancé jusqu'à ce jour A lui peindre ma flamme.
PAUL
Un tel oubli peut , en amour , Mériter quelque blâme ;
Mais , à votre gré ,
Je lui parlerai, Vous pouvez tout attendre -9
Car , avec succès ,
Mieux que vous je sais Comment il faut la prendre.
RIANCOURT.
Ah ! mon jeune ami , que de reconnaissance ! mais à charge de revanche... disposez de moi... je suis tout à vous... Auriez-vous déjà l'intention de prendre un parti... de vous marier..
PAUL
Pourquoi pas? la vie de garçon commence à me fatiguer . . .
RIANCOURT.
Sérieusement ?
PAUL
Sans plaisanterie.
RIANCOURT.
Vous n'êtes pas pressé f
PAUL
Pas précisément.
RIANCOUKT.
Quarante mille livres de rente, cela vous convient-il f
PAUL
Mais oui . . .
RIANCOURT.
Quel est votre âge ?
Vinjt-six ans.
riancourt.
Vingt-six et quatre , trente. . . seize et quatre , vingt , bien . . .
Air : Mon plan n'est pas encor bien arrêté.
{A part.) Je lui cherchais un époux accompli,
£)'un cœur parfait , d'un charmant caractère \ Or, ce jeune homme est un fort bon mari. Un tel neveu fait mon affaire.
(Haut. ) Embrassez-moi . . .
PAUL
Pourquoi donc?
RIANCOURT.
Il le faut.
De les unir , devance mon cœur grille.
TAUL , à part.
Décidément , cet homme n'est qu'un sot /
RIANCOURT.
Oui , vous serez de ma famille.
Ensemble.
PAUL
Je ne comprends pas un mot a ceci i.
Un tel neveu , dit-il, fait son affaire ; Pour qui veut-il un époux accompli ?
Que signifie un tel mystère ?
Je lui cherchais un époux accompli, D'un cœur , etc.
Riancourt sort.