‹ Veuve et garçon, comédie-vaudeville en un acteChapitre 6 sur 22 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

PAUL , RIANCOURT.

PAUL , à part Que vais-je dire à cet original ?

riaiscourt , à part.

Ce jeune homme a l'air timide... il faut l'encourager... Parlons-lui le premier. ( Haut. ) Vous avez une sœur charmante , monsieur...

PAUL

C'est trop d'indulgence.

RIANCOURT.

Comment , de l'indulgence ? il y a beaucoup plus que cela... Vous voyez en moi le plu» ardent de ses admirateurs.. .

PAUL , à part.

Cet homme a du tact... il place bien ses confidences...

RIANCOURT.

Commentée pas être charmé de tant d'attraits... taht d'esprit... d#\^ï*h^%Avez-vous^eaucoup connu son mari ?

PAUL

C'est le mari de ma sœur , que vous voulez dire..,

RIANCOURT.

Oui.

Mon beau-frère*..

Sans doute...

Mais oui... assez...

C'était , dit-on f un fort mauvais sujet...

PAUL

Hein ?

PAUL

RIANCOURT.

PAUL

RIANCOURT.

Air de Calpigi.

Aux soins qu'un mena c réclame , A 1 amour qu'on doit a sa femme , Bien loin do payer le tribut , Les plaisirs , tel était son but.

Inconstant, dérangé...

TAUL.

De grâce...

RIANCOURT.

Querelleur , joueur.

PAUL

Je me lasse.

Pouvez-vous ainsi, sans remords, Remuer la cendre des morts ?

RIANCOURT.

C'est vrai... c'est vrai... jeune homme... maïs pour en revenir à votre sœur...^ je lui destine , si toutefois elle y consent... un époux qui , j'en suis certain , lui fera oublier les torts de son premier mari... celui-là... est sage t prudent , d'un âge raisonnable...

Du vôtre , peut-être ?

RIANCOURT,

Il a quelque fortune...

PAUL

Comme vous . . .

RIANCOURT.

Ce n'est pas un de ces hommes aimables.. .y

Ah ! c'est vous... vous venez de vous trahir...

RIANCOURT y d'un air triomphant.

Eh bien! jeune homme , vous l'avez dit... Oui , mon intention est d'épouser cette aimable veuve... J'ai cru m'apercevoir qu'elle accueillait mon hommage. paul y à part J'étais prévenu. ( Haut. ) Ah! monsieur, je me félicite d'avoir une sœur... assez intéressante pour vous inspirer de pareils sentimens...

RIANCOURT.

Ce qui vient encore ajouter au bonheur que j'éprouve en songeant à cette alliance , c'est que nos goûts semblent s'accorder merveilleusement... Quelle simplicité... comme elle fuit lé monde et ses plaisirs... Ainsi que moi... comme elle aime la province , et comme elle déteste Paris !

PAUL

Votre intention ne serait donc pas de l'y conduire;,, dans le cas...

À Paris... dans ce gouffre où s'engloutissent les fortunes... l'honneur des familles et celui des époux,..

PAUL

Un peu moins de sévérité pour la première ville du monde.

Air : Amis , Voici la riante semaine.

Pour contempler tout, ce qui peut se'duire , Pour que les yeux soient vraiment éblouis , AUez , Monsieur, je ne crains pas de dire,

Qu'il vous faut habiter Paris.

C'est le séjour des arts, de la science; De nos talens admirant les progrès, tin sot toujours y perd son ignorance.

RIANCOURT.

Pourtant, Monsieur f moi je n'irai jamais.

PAUL , à part»

C'est vraiment dommage. ( Haut ) H ne vous reste donc aucun doute sw 4ea*ggntîf»>ens que vous avez inspirés.. •

RIANCOURT.

Aucun.. . Un instant, néanmoins , j'ai conçu quelque crainte. '

PAUL

Pourquoi ?

RIANCOURT.

Un étourdi de neveu , officier de chasseurs qui était venu passer un semestre à Riancourt , rendit avec moi plusieurs visites à Mme de Neuville ; je crus remarquer bientôt qu'il allait sur mes brisées et que sa figure plaisait plus que la mienne.

paul, à part.

Ah ! par exemple, on ne m'avait rien dit de celui-là. On a eu des motifs apparemment, (haut.) Et qu'en est-il résulté?

RIANCOURT.

^ Que j'y ai mis bon ordre... je vous Fai renvoyé à sa garnison... sans tambour ni trompette.

PAUL

Vous avez tres-bien fait, monsieur ; il ne faut jamais exposer les jeunes gens.

V$ uçe et Garçon. 3

RIANCOURT.

C'est que, d'ailleurs, mes intérêts s'y trouvaient furieusement compromis, dans l'intention où j'étais d'obtenir la main de Mme de Neuville ; car il faut en finir... C'est assez avoir attendu. J'ai quarante-cinq ans bien sonnés, et si c'est un défaut que de se marier trop jeune, je tomberais dans l'abus contraire en différant encore,.* Une seule chose pourtant m'embarrasse...

Air ; Mon père était pot.

J'ai balancé jusqu'à ce jour A lui peindre ma flamme.

PAUL

Un tel oubli peut , en amour , Mériter quelque blâme ;

Mais , à votre gré ,

Je lui parlerai, Vous pouvez tout attendre -9

Car , avec succès ,

Mieux que vous je sais Comment il faut la prendre.

RIANCOURT.

Ah ! mon jeune ami , que de reconnaissance ! mais à charge de revanche... disposez de moi... je suis tout à vous... Auriez-vous déjà l'intention de prendre un parti... de vous marier..

PAUL

Pourquoi pas? la vie de garçon commence à me fatiguer . . .

RIANCOURT.

Sérieusement ?

PAUL

Sans plaisanterie.

RIANCOURT.

Vous n'êtes pas pressé f

PAUL

Pas précisément.

RIANCOUKT.

Quarante mille livres de rente, cela vous convient-il f

PAUL

Mais oui . . .

RIANCOURT.

Quel est votre âge ?

Vinjt-six ans.

riancourt.

Vingt-six et quatre , trente. . . seize et quatre , vingt , bien . . .

Air : Mon plan n'est pas encor bien arrêté.

{A part.) Je lui cherchais un époux accompli,

£)'un cœur parfait , d'un charmant caractère \ Or, ce jeune homme est un fort bon mari. Un tel neveu fait mon affaire.

(Haut. ) Embrassez-moi . . .

PAUL

Pourquoi donc?

RIANCOURT.

Il le faut.

De les unir , devance mon cœur grille.

TAUL , à part.

Décidément , cet homme n'est qu'un sot /

RIANCOURT.

Oui , vous serez de ma famille.

Ensemble.

PAUL

Je ne comprends pas un mot a ceci i.

Un tel neveu , dit-il, fait son affaire ; Pour qui veut-il un époux accompli ?

Que signifie un tel mystère ?

Je lui cherchais un époux accompli, D'un cœur , etc.

Riancourt sort.

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