NOUVELLES JUIN
A nous de pourvoir à leur subsistance, et c’est ce à quoi nous tous, Pères et Frères, travaillons d’un bout de l’année à l’autre ; mais c’est tout juste si on arrive, après bien des efforts, à joindre les deux bouts.
De plus, la mission Saint-Joseph doit faire marcher le moulin à scie (le seul du Vicariat), — ce qui nous prend les meilleurs de nos Frères, durant une grosse partie de la belle saison...
Voilà, mon très Révérend Père, quelles sont nos occupations et nos charges, sans entrer dans aucun détail et sans vous mentionner nos souffrances et nos épreuves. Elles sont pénibles et nombreuses; et vraiment il faut du courage, du dévouement et une grande force d'âme et de corps pour accomplir sa tâche ! Je suis heureux de vous dire que le bon Maître ne nous ménage pas ses grâces, et qué nous sommes tous heureux et fiers de le servir dans notre sainte vocation.
Je ne parle ici que des membres de la communauté de la mission Saint-Joseph ; mais je pourrais vous en dire autant, sinon plus, des vaillants Pères et Frères qui, seuls à leur poste, sont séparés de leurs plus proches voisins par des centaines de milles. Nous avons, dans le cours de l’hiver, reçu des nouvelles de chacun d’eux. Ils vont tous assez bien ; mais plusieurs sentent leurs jambes faiblir en voyage et leur santé s’altérer. Que la bonne Mère les conserve et leur envoie du secours !.…
En terminant:ma longue lettre, je suis heureux de vous annoncer que le R. P. Bruno Roure, de la mission Providence, beau vieillard octogénaire, va, dans le cours de cette année, célébrer ses noces d’or sacerdotales. Le R. P. Roure a passé la plus grande partie de son existence parmi les sauvages Plat-Côté-de-Chiens. Durant quarante ans, il a tenu bon contre l'isolement et toutes les autres épreuves attachées à la fondation d’une mission au pays des glaces. Les souffrances et les privations des premiers temps sont des rèves pour nous. Le R. Père Roures a bien gardé son troupeau ; les Flancs-de-Chiens, qui occupent un pays aussi vaste que trois provinces, sont, comme les Montagnais du reste, des chrétiens pra-
tiquants, et parmi eux il n’y a pas un protestant, malgré les efforts inouïis des ministres de l’erreur (1).
Je finis, mon très Révérend Père, en vous priant de voir, dans le décousu de cés pages, un simple témoignage de ma bonne volonté. Me faisant l’interprète de tous mes Frères de la mission Saint-Joseph, je vous prie de vouloir bien agréer nos hommages de religieux attachement et de filiale affection en Jésus-Christ et MARIE Immaculée,
Alphonse Durorr, O. M. I.