‹ Vicariat de Saint-Albert: Lettre du P. Claude au R. P. SoullierChapitre 2 sur 4 · M. CLAUDE, 0. M · texte numérisé non relu

M. CLAUDE, 0. M

Le signataire de cette lettre, après l'expédition apostolique qu’il vient de nous raconter, eut une pénible mission à remplir : préparer et assister à la mort un nègre condamné pour meurire. Après l'avoir instruit el baptisé, après lui avoir fait faire sa première Communion, il eut la consolation de l'accompagner à l'échafaud, sur lequel le paüvre malheureux mourut en pénitent converti et résigné.

Dans une lettre adressée à M6" Granni, et datée de Calgary du {°° mai 1884, le P. CLAUDE fait le récit suivant :

La veille de l'exécution, je me rendis de nouveau à la prison pour y dire une messe à laquelle assistèrent plusieurs soldats catholiques, Le condamné communia pour la dernière fois dans les sentiments de la plus

grande piété. À partir de ce moment, je ne le quittai plus, l’exhortant et l’encourageant, priant sans cesse avec lui,

Vers onze heures du soir, je l’invitai à prendre son repos; pour moi, je me retirui à l'écart pour prier. Jusqu'à minuit il ne fit que prier, puis un léger sommeil s’empara de lui, mais il était {toujours agité, Dès le grand matin, je le réveillai; sa première parole fut une parole de résignation et de fermeté tout à la fois; nous commençâmes la prière et la préparation à la messe et à la mort. Il priait comme de coutume avec une grande ferveur et n’était préoccupé que de la pensée de se préparer à paraître devant Dieu. Après Ja messe, nous priâämes jusqu’au déjeuner. Un bon déjeuner; je crois qu’il a mangé de bon appétit. Vint ensuite la préparation immédiate à la mort, car le moment redoutable pour lui et pour moi approchait ; mais j'avais demandé au bon Dieu la grâce d’être tous les deux inébianlables à ce iriste moment. Pendant la préparation à la mort le silence se fit dans la salle des gardes; le condamné se tourna vers moi: « Mon Père, je crois que c'est le temps », me dit-il. Je lu: dis de ne pas s’inquiéter, qu’on l’avertirait. Quelques instants après le shérif arrive et me demande s’ilest prêt : « Al rightn, dit-il; puis, se levant et priant loujours, il se remit à genoux pour recevoir la dernière absolultion, car le shérif avait manilesté Le désir que je ia lui donnasse à la prison plutôt que sur l’échafaud. Il sortit de la cellule dans la salle des gardes où le député-shérif, qui était le bourreau, lui mit le corsage de cuir pour fixer ses mains, qu'il plaça de lui-même dansla position voulue pour étre liées ; on lui enleva le boulet. Pendant tout ce temps et pendant toute la marche funèbre, il ne cessait de répéter les prières que je lui suggérais.

Pour un instant, la vue des assistants, qui, du reste, avaient été tenus à distance, l’impressionna un peu, sans cependant le troubler. Il gravit courageusement les marches de l’échafaud, lequel avait été préparé dans une espèce de pelite chambre aux murailles plus élevées, afin que le public ne püût rien voir, à l'exception des jurés et de quatre ou cinq autres personnes. De lui-même il se plaça sur la trappe, toujours en priant. Quand le bourreau lui demanda s’il n’avait rien à dire, il se retourna : « Messieurs, dit-il, me voici arrivé à mon dernier moment; je dois mourir : je reconnais que ma sentence est juste, car le crime que j'ai commis est horrible. Mais je ne crains pas la mort, c’est la troisième fois que je l’affronte, non pas que j'aie comnis d'autres crimes; je n'aurais probablement pas commis celui-ci si je n'avais pas été pris de boisson; mais j'ai été soldat, exposé à des dangers ; je n’ai jamais craint la mort, et cette fois-ci je la crains moins que jamais, parce que je n'ai jamais été si bien préparé. Depuis longtemps j'ai fait ma paix avec Dieu, j'espère que je vais au Giel ; puissé-je y retrouver ma victime ! je le souhaite. Je remercie les officiers, les soldats, qui ont bien pris soin de moi. Je demande pardon à la ville pour le scandale que je lui ai donné; je pardonne à tous ceux qui m'auraient fait de la peine. Je meurs, croyez-le, content et sans haine. » Puis il se retourna vers moi: « Merci, mon Père, adieu, ne m'oubliez pas. » Il me dit auparavant quelques autres paroles que je ne pus saisir, à cause de mon émotion et du tremblement qui m'agitait. Le bourreau lui mit lu corde au cou, lui rabattit le bonnet noir, un coup de hache fit partir Ja trappe, et l'homme disparut. La chute fut de 7 pieds; il vécut sept minutes et demie. J’eus le temps de réciter deux fois les prières jusqu’à ce que les convulsions de l’agonie eussent cessé; cette agonie fut longue

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