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tinuait, mais le vent avait changé et nous résolûmes, si l’esquif était encore en état de servir, de remonter à la voile vers notre point de départ, L’embarcation fut vidée, ct, par bonheur, nous constatâmes qu’elle n'avait aucune voie d’eau. Tout grelottant et le ventre creux, car, la veille, je n’avais pu avaler une bouchée de ce poisson que la bonne Providence nous avait servi, tant j'avais le cœur serré, je repris la barre du gouvernail et, à pleine voile, nous revinmes vers nos Frères, Ceux-ci s'étaient bien douté de quelque malheur; aussi, dans la joie de nous revoir, ils ne savaient que répéter leur perpétuel refrain : « Qu'importe le poissoni Vous êtes sauvés, nous n'avons qu'à bénir le bon Dieu. »
Le bon Dieu, en effet, nous donna encore du poisson en remplacement de celui que nous avions perdu, et je fus plus heureux en l’amenant, par deux fois, à la mission : 2000 pièces chaque fois, Avant la fin du mois, cette pêche nous avait procuré 12000 poissons, c’est-à-dire à peu près de quoi nourrir notre monde pendant les sept mois d'hiver. Seulement, ce poisson, suspendu à l'air pour être gelé, a subi longtemps une température trop douce, et son odeur aitire les corbeaux, contre lesquels nous avons de la peine à le défendre.
Voilà mon anecdole à propos de mon volume retrouvé. Elle est un peu longue, mais elle vous fait connaître les soucis et les tribulations d’un père de fanulle.
Continuons le tour de ma chambre. Voici ce que, dans le pays, on désigne sous le nom de « cassette » ; en France, nous dirions « valise ». C’est l’une et l’autre à la fois. C'est la « valise » qui a fait avec moi son tour de France et presque son tour du monde; c’est la « casselle » qui a renfermé, pour cette chère mission, les trésors du sanctuaire : calices et ciboires d'or et d'argent apportés de France. A cette heure même, emplie comme
elle est du trousseau nécessaire au missionnaire des pays froids, elle me rappelle la générosité et la délicatesse de nos Œuvres Apostoliques, le travail et l’économie de nos bonnes Sœurs de Charité, non moins que leur industrie ingénieuse, car elles trouvent toujours moyen de faire servir aux orphelins et aux sauvages ce qui ne peut plus servir aux Pères ou aux Frères; le vieux devient du neuf sous leurs doigts de fées et grâce à leur sagacité prévoyante. Oh! comme leur charité sait tirer parli, pour les pauvres mal vêtus, des coupons d'’étolfes ou des confectionnés que vous nous envoyez! Quelle économie sur les achats que nous sommes obligés de faire annuellement en Angleterre ou en France!
À propos de valise, je ne puis oublier le don précieux de ce genre qui m'a été fait par l'Œuvre Apostolique de Paris, sous forme d’une charmante petite chapelle de voyage. Comme c’est commode! et combien je remercie du fond du cœur ces bonnes dames de l'Œuvre!
Une scie mécanique à découper du bois a également sa place dans ma chambrette. C’est un instrument qui m'a suivi de Montréal ; il a fait déjà de très jolies choses pour la chapelle du Sacré-Cœur et, tous ces jours-ci, je lui donne encore à découper deux belles niches pour les statues du Sacré-Cœur et de Notre-Dame de Lourdes. J'espère, par ce moyen, faire un vrai bijou de cette chapelle du couvent. En travaillant ainsi, À mes heures de loisir, j'espère voir se réaliser pour moi ce qu'un bon monsieur de France me disait pour lui-même, en m'offrant des linges d’autel et des vases sacrés : « Si je loge bien Notre-Scigneur sur la terre, il me logera bien dans le ciel. »
Je m'arrête là pour cette fois, chère madame; autrement ma chambreite deviendrait une salle de pas perdus.
A ce moment, le vent souffle avec violence et sou-
lève des tourbillons de neige, Je vais donner mon cœur à Dieu et me jeter sur mon grabat. J'y dormirai mieux que dans les huttes souterraines des Esquimaux, où j'ai passé tant de nuits sans sommeil; mais où j'ai eu la consolation de baptiser tant de pauvres petits, hélas! aujourd’hui abandonnés, faute de missionnaires.
En me recommandant, moi et ma chère petite famille de la Providence, à vos bonnes prières et à votre charité, en vous remerciant aussi avec vive reconnaissance de votre générosité,
Je me souscris, chère madame, votre très humble et très dévoué serviteur,
LECORRE, 0. M. 1.