QUELQUES CONSIDÉRATIONS MÉDICALES SUR LES EAUX DE VICHY
Nous venons de nous livrer à quelques considérations sur l'origine des eaux de Vichy; nous allons maintenant les examiner sous un autre point de vue un peu hypothétique comme le précédent, mais pour lequel cependant l'expérience a déjà posé quelques bases.
De tout temps on a reconnu leficacité des eaux thermales dans un grand nombre de maladies, et partout elles ont été appliquées de diverses manières au traitement de nos infirmités.
Le plus souvent, c’est à l’intérieur qu'on les administre, ou bien on les applique à l'extérieur sous formes de bains, de douches ou de vapeurs. Quelquefois même c’est dans la vase que contiennent les fontaines que l’on se plonge en entier.
Avant d’énumérer les diverses maladies que l’on vient combattre à Vichy, cherchons dans les résultats de l’analyse de ces
(86) eaux , quels sont les principes qui peuvent agir avec le plus d'énergie. Ils s’y trouvent évidemment en bien petite proportion, puisqu’un litre d’eau ne contient que 6 à 8 grammes de substance.
L’acide carbonique qui se dégage de toutes les sources avec plus ou moins d’abondance, est certainement une des matières actives des eaux de Vichy; mais comme il se dissout d'autant plus facilement que l’eau est plus froide et la pression plus forte , celles de Vichy en retiennent peu endissolution, et celui qu’elles conservent est probablement destiné à faire passer la soude à l’état de bicarbonate. Quoi qu’il en soit, l'acide carbonique que les anciens chimistes nommaient le principe volatil des eaux , a une action tonique sur l'estomac ; il facilite les digestions, et agit comme un stimulant assez puissant.
La matière la plus abondante dans les eaux de Vichy est le carbonate de soude, ou la combinaison de la soude avec l'acide carbonique. Toutes les autres substances paraissent subordonnées à celle-ci ; peut-être aident-elles son action; mais il est probable que seules elles auraient bien peu d’activité. Ce sel est donc celui qui fait en quelque sorte la base des eaux de Vichy. Il a, du reste, une action
irés-marquée sur l’économie animale, Il agit principalement comme fondant et comme dissolvant ; par conséquent, il facilite la marche des divers liquides dans l’économie animale ; il communique à presque tous ces liquides une propriété alcaline, et comme les alcalis ont la propriété de dissoudre la plupart des matières animales, on trouve alors le moyen d'expliquer presque chimiquement les effets de ce sel que la nature a si libéralement répandu dans toutes ‘les eaux minérales de l'Auvergne. L'action chimique du carbonate de soude est donc de rendre les liquides plus coulants, et par conséquent de rendre les tissus plus perméables, I] doit alors favoriser les sécrétions, c’est-à-dire le passage des liquides contenus dans certains organes , dans d'autres, et souvent même au dehors du corps. Or, comme notre état de santé dépend en grande partie du rapport qui existe entre l'absorption et la sécrétion de nos organes, comme nous ne pouvons vivre qu'aux dépens des corps extérieurs qui nous nourrissent ou entretiennent notre vie, et dont une partie doit ensuite être rejetée, on conçoit toute l'utilité d’an moyen qui nous permet d'augmenter à volonté l’une de ces fonctions pour la mettre en rapport avec l’autre.
Ce sel agit encore d'une manière très-effhcace sur les organes digestifs. En neutralisant l’acidité du liquide qui aide la digestion, il favorise puissamment cette dernière fonction qui est d’une si grande importance pour l’état de sante de l'individu.
En indiquant les propriétés du bicarbonate de soude’, nous avons esquissé celles des eaux de Vichy. Il reste cependant plusieurs matières salines dont nous n’avons pas encore parlé. En les étudiant dans l’ordre de leur prépondérance, nous arrivons au rnuriate de soude où sel marin.
Ce sel n'est autre chose que le se/ de cuisine, celui que nous employons journellement dans nos aliments. Il agit comme un stimulant assez puissant, c’est-à-dire qu’il favorise la nutrition, lorsqu'il est pris à doses modérées ; et ce qu'il y a de singulier, c’est qu’il agit de la même manière sur l'homme, les animaux et les végétaux.
Le sulfate de soude est un purgatif doux ; on l’emploie souvent à plus forte dose sous le nom de sel de Glaubert , mais il se trouve en si petite quantité dans les eaux de Vichy, qu’il doit plutôt contribuer à aider l’action du bicarbonate de soude qu’à agir lui-même directement.
Le carbonate de magnésie S'y trouve à trop faible dose pour avoir une action bien marquée.
Le carbonate de chaux a toujours été considéré comme un sel inerte, qui n’augmente ni ne diminue les propriétés des eaux thermales. On peut en dire autant de la silice, qui du reste est aussi en très-petite quantité dans ces eaux.
Enfin, l’oxide de fer leur communiquerait certainement des propriétés toniques et astringentes, s’il s’y trouvait en quantité notable, ce qui n’a pas lieu; en sorte que l’on peut considérer son action comme nulle.
En définitivé, on voit que les eaux de Vichy sont composées de matières très-différentes, dont les propriétés ne sont pas les mêmes, mais parmi lesquelles une d'elles l'emporte et imprime son caractère à l’ensemble.
Peut-on attribuer à ce mélange les propriétés que plusieurs siècles d’expérience ont confirmées relativement aux eaux de Vichy ?
Pouvons-nous, au moyen de nos connaissances en chimie et en médecine, expliquer convenablement les nombreux résultats que l’on a obtenus de leur emploi? Pourrions-nous, par conséquent, par la seule ins-
pection d’une analyse bien faite, devancer l’expérience et connaître d'avance les effets d’une eau minérale”? Je ne le pense pas, et tout en reconnaissant l'utilité de la chimie, dans ce genre de recherches, tout en admettant qu'elle peut guider le médecin d’une manière plus ou moins sûre, je n'en reste pas moins convaincu que l'expérience seule doit nous conduire en pareille matière. Il est pourtant un fait certain, c'est que s’il y a une exception à cette règle, ce sont les eaux de Vichy qui la présentent. Il n’est aucune eau thermale dont les effets et l’analyse soient aussi concordants. Mais comment attribuer à une aussi petite quantité de matières bien connues, les effets merveilleux si souvent obtenus au moyen de quelques verres de ces eaux?
comment expliquer l’action différente de plusieurs sources dont les analyses offrent, à peu de chose près, les mêmes résultats? Enfin, comment se rendre raison de l'efficacité de certaines eaux dans lesquelles l’analyse trouve à peine quelques millièmes de matières salines, et dont les effets ne peuvent nullement être révoqués en doute? je citerai seulement deux exemples, celles de Spa et du Mont- Dore.
Doit-on attribuer ces propriétés occultes
à une matière végétale où animale, à cette substance glaireuse qui existe dans toutes Les sources thermales, et qui s'y modifie de mille manières ? Cette substance à laquelle on n’a réellement donné l'attention qu'elle mérite que depuis l’époque où M. Longchamp a appelé sur elle l’attention des chimistes , agitelle sur nos organes en y pénétrent, en s'ÿ assimilant avec d'autant plus de facilité, que sa Composition approche davantage de nos ussus, comme le présuime M. Robiquet, dans le travail qu’il vient de publier sur les eaux de Néris”? Ce sont des questions bien difficiles à résoudre ; mais on peut heureusement profiter des bons effets des eaux en attendant leur solution.
Les anciens chimistés étaient tellement persuadés de la présence d’un corps actif et inconnu dans les eaux thermales, qu'ils ne manquaient jamais d'y annoncer ce corps sans l'avoir trouvé. Souvent même ils en indiquaient deux : le phlogistique qui était obligatoire, et l'esprit sulfureux volatil qui était de convention. Pour donner une idee de la haute estime que l’on avait pour ce corps inconnu , on me permettra de rapporter ici un passage d’une dissertation sur le transport des eaux de Vichy, par M. Tardy, qui en
était inspecteur en 1778.
(92) «Il n’est pas douteux, dit-il, et nous en convenons, que les eaux de Vichy produisent au loin de bons effets. Le grand nombre de personnes qui s’en sont bien trouvées, qui les envoient chercher tous les jours , la grande quantité qui s’en consomme à Paris et dans les provinces les plus éloignées, la pratique des médecins les plus éclairés qui les prescrivent à leurs malades, même transportées ; enfin , la nature du minéral que ces eaux roulent avec elles, etquis’y conserve très-long-temps, ne nous permettent pas de douter qu’elles ne soientavantageuses dans quelquelieu qu’on les boive..…. Or, ce sel étant fixe, et se conservant très-long-temps dans les eaux de Vichy, on peut en faire usage partout, et en recevoir du soulagement. Mais doiton conclure de là qu'elles sont aussi salutaires, étant transportées, qu’elles le sont à leur source ? la chose devrait être ainsi, si toute leur action dépendait uniquement d'un sel fixe ; mais les connaisseurs conviennent qu’elles en ont un volatil; c’est lui qui frappe l’odorat des buveurs ; c’est lui qui, étant porté au loin avec les vapeurs, attire, de deux. ou trois lieues, les bœufs et Les vaches qui traversent la rivière d'AI-
” D sé
lier, sans goûter de son eau, ét courent se gorger à l'écoulement de nos fontaines. Ce sel volatil est sulfureux ; il s’élance hors de sa source , et on le voit, dans un temps chaud et serein, pétiller et jaillir comme des étincelles..….. Si les eaux de Vichy charrient avec elles des parties volatiles, elles ne doivent pas ÿ être inutilement , la nature ne fait rien en vain; l’Auteur suprème la fait toujours agir pour une fin... Combien ne devons-nous pas estimer le volaul de nos eaux? Il en est comme l'esprit qui les anime et les rend fécondes ; c'est une matière éthérée, subtile, qui, par son affinité avec les esprits animaux, pénètre sans obstacle toutes les divarications des nerfs, tous les réduits des viscères; elle se porte avec facilité dans les parties les plus enfoncées et les plus reculées de notre corps, et va leur donner un nouveau mouvement et une nouvelle vie. C’est un rayon de lumière qui va porter la sérénité dans le corps abattu par la maladie; en un mot, c’est un esprit fécond qui est porté sur nos eaux.
» Mais qu'on ne s'y trompe pas, on ne trouve cet esprit qu'à leur source; c’est là seulement où il se plaît à manifester sa présence et ses bons effets, »
J'avoue que, sans me permettre de décrire une chose que personne n’a jamais vue, et sans attribuer entièrement les propriétés des eaux à un esprit quelconque, je pense qu’il existe dans les eaux thermales quelque chose qui nous est complétement inconnu , et qui contribue beaucoup à ces effets parfois mira culeux qu'on en obtient. La chimie, quoique ayant fait d'immenses progrès, est loin encore du but qu'il lui sera permis d’atteindre, et d’ailleurs elle ne pourra jamais pénétrer tous les sécrets de la nature. Je suis heureux, dans cette opinion, de pouvoir m'étayer de l'autorité d’un chimiste distingué (1), qui n’a pas hésité d'émettre la même idée, après avoir fait usage des eaux de Néris. Et c’est aussi d'après ma propre expérience que je parle, sans craindre d'être contredit par les chimistes qui, eux-mêmes, auront été soumis au régime des eaux thermales.
On attribue dans le monde un voyage aux eaux , à la mode, au bon plaisir de son médecin qui, ne sachant plus que faire, flatté de se débarrasser de vous pour quelques mois, vous expédie au fond d’une province ; et si
(1) M. Robiquet, Journal de Pharmacie. Novembre 1835.
(9%) parfois vous guérissez, on trouve tout simple que l'air de la campagne, la distraction , la bonne chère, la société, l’absence de toute affaire , aient pu vous ramener dans votre état habituel, et vous rendre une santé dont le délabrement ne vous laissait aucun espoir. Il est vrai que toutes ces causes sont de puissants auxiliaires, à la bonne chère près; car les poulets que M*°deSévigné voyait vendre troissous la paire, ne valent pas mieux qu'a cette époque, etse payent plus libéralement ; mais alors on attribuera à la diète et au changement de régime ce qu'on refusera à l’action des eaux.
IL est malheureusement vrai que plusieurs médecins, doutant eux-mêmes de l’action des eaux thermales, les considèrent comme un dernier espoir à offrir à leurs malades ; mais ils’en faut de beaucoup qu'il en soit toujours ainsi, et trés-souvent un moyen aussi efficace, tenté dès qu’il est possible de s’y soumettre, prévient bien des maux, suspend de longues douleurs. :
Mon intention n'est pas de developper le tableau de toutes les souffrances auxquelles les eaux de Vichy peuvent apporter du sou- Jagement, la liste serait trop longue et probablement encore incomplète. Je me contenterai de résumer aussi brièvement que je le
pourrai, leurs principales propriétés et leurs applications les plus générales. N'ayant recueilli moi-même aucun fait relatif à l'usage de ces eaux, et n'ayant d’ailleurs que des connaissances très-bornées en médecine, j'ai dû y suppléer par les travaux qui ont déjà été publiés, et je citerai principalement ceux du docteur Petit, la notice publiée par le docteur Lucas, à la suite de l’analyse de M. Longchamp, et les observations recueillies par Desbrest, ancien inspecteur des eaux de Châteldon.
Notre corps est composé d’un certain nombre d'organes, dont chacun doit remplir une fonction quelconque. Get ensemble d’organes est enveloppé par une espèce de membrane que l’on appelle peau, et qui forme l'extérieur de notre corps. Cette peau pénètre dans l'intérieur et tapisse également les cavités internes, seulement on a jugé convenable de lui donner des noms différents, suivant les organes qu’elle enveloppe. C’est à travers cette enveloppe intérieure ou extérieure que passent toutes les substances que nous absorbons, c’est-à-dire qui venant du dehors, pénètrent dans l'intérieur de notre corps, comme la nourriture, etc. Ainsi, en prenant un bain d’eau de Vichy, on applique
( 97 ) ve médicament sur la peau extérieure ; en buvant la même eau, on l’applique à l’intérieur. Dans ces deux circonstances, elle doit agir différemment.
Prise à l’intérieur, elle est absorbée comme le sont les corps qui nous servent journellement pour notre nourriture ou pour notre boisson. Nos organes sont tellement disposés, qu’une substance une fois absorbée par notre estomac ou plutôt par nos intestins, passe bientôt dans le sang, et comme le sang va ensuite , au moyen de la circulation, nourrir tous les organes, comme il ;sécrète divers principes dans des glandes qu’il est obligé de traverser , il s'ensuit que l’eau de Vichy, prise à l’intérieur, doit agir assez promptement sur toutes les parties de notre corps, et l’expérience a prouvé qu'elle agit alors principalement par le bicarbonate de soude qu’elle contient; car tous les liquides deviennent alcalins, comme l’a démontré M. Darcet, qui a fait sur cet objet des expériences très-curieuses dont voici le résultat :
« Un verre ou deux décilitres d’eau ther- » male de Vichy, dit ce célèbre chimiste, » contenant environ un gramme de bicar- » bonate de soude, pris à jeun, et l’urine » étant acide, ne suffit pas pour alcaliser
(98) cette sécrétion ; l'urine, quoique moins acide, reste parfaitement claire, et ne laisse déposer qu’un peu de mucus, dans l’espace de douze heures. | » En prenant à jeun deux verres d’eau de Vichy,quicontiennent environ deux gram-
mes de bicarbonate de soude, l’urine de-
vient promptement alcaline ; elle est alors très-claire, et ne laisse déposer en refroidissant que peu de mucus. Les urines ren-
dues pendant la journée ont les mêmes
caractères , et ce n'est que huit ou neuf heures après avoir bu de l’eau de Vichy que l'urine reprend son acidité naturelle, » Trois verres d’eau de Vichy, bus à jeun, influent sur la sécréuion de l’urine de ma-
nière à la rendre alcaline presque pendant vingt-quatre heures; l'urine , dans ce cas,
est parfaitement claire, et ne laisse déposer, en refroidissant à l'air, que très-peu
s de mucus. n
» En buvant quatre verres d’eau de Vichy, qui représentent à peu près quatre grammes de bicarbonate de soude sec, l’urine est constamment alcaline; cette urine est bien claire, et ne laisse déposer que peu de mucus, quoique restant exposée à l'air pendant douze heures.
» Cinq verres d’eau de Vichy, bus le matin à jeun, produisent les mêmes effets, mais d’une manière encore plus prononcée. A ceterme, lurine est constamment alcaline et parfaitement claire; celle que l'on rend le matin est très-colorée , bien claire, et ne laisse déposer que irès-peu de mucus ; l'alcalinité augmente encore dans l'urine de la nuit, lorsqu'on s’est baigné dans l’eau minérale avant le diner, et surtout lorsqu'on a dü, pour remédier à une digestion pénible, boire un verre d'eau de Vichy dans le courant de la soirée. ES
» Ce qui précède fait voir que les buveurs d'eau qui prennent, à Vichy, jusqu’à cinq verres d’eau minérale, chaque matin, et qui se baignent, en outre, tous les jours dans l’eau thermale, se trouvent soumis à un régime dont le résultat doit être d’alcaliser leur urine pendant tout le temps qu’ils prennent les eaux, c'est-à-dire. trente ou quarante jours de suite. » | Cette propriété alcaline est communiquée
par l'eau de Vichy, non-seulement à l'urine mais à tous les liquides de notre corps.
Si maintenant nous examinons l’action. de
l'eau de Vichy à l'extérieur , c’est-à-dire en bains, nous verrons qu’elle est différente. La
chaleur naturelle de l’eau, les sels qu'elle renferme et l'acide carbonique qu’elle contient; agissent en irritant la surface entière qui s'Y trouve plongée. On ressent une sorte de picotement ou de fourmillement qu’on n’éprouve pas dans l’eau ordinaire, et qui stimule la peau d’une manière très-énergique:
C’est ce qu'on appelle en médecine un dérivatif puissant, parce qu’attirant le sang à l'extérieur, puisqu'on augmente la vie de la surface, on le détourne des organes intérieurs sur lesquels il se portait avec trop de violence ou qui s'en trouvaient trop fortement im prégnés. C’est l'effet que produit un vésicatoire, avec cette différence que ce dernier est local, tandis que le bain agit sur toute la surface du corps. On concevra facilement que, dans une foule de maladies des organes intérieurs, il sera très-utile d'opérer cette diversion ou cette dérivation , et de porter ainsi à l’extérieur l'irritation qui cherche à se fixer sur des organes plus importants.
Les maladies étant considérées comme des lésions de nos organes, elles sont en général d'autant plus graves que ces lésions appartiennent à des organes plus essentiels à notre existence ; et si l’on fait attention à la dispo sition des parties qui nous composent, on
verra celles qui sont les plus nécessaires à la vies placées plus p'efomdément. et les moins délicates situées x l'extérieur. Il sera donc très souvent utile d'irriter la peau ou notre surface externe pour secourir les parties internes. En cela, les eaux de Vichy réussissent parfaitement, et l'expérience est d'accord avec la théorie. R
Souvent on veut localiser Pace extéieure du bain, et on l’applique seulement aux pieds {pédiluves) ou aux mains (maniluves) , afin d'attirer le sang dans une partie seulement, et de causer une irritation paruelle ; enfin, lorsqu'on veut produire tout l'effet possible sur une surface déter- minée, on soumet cette surface à l’action d’un jet continu d’eau thermale (douche); de sorte que, outre la chaleur et l’action des sels contenus dans l'eau, on profite encore de la pesanteur ou de l'impulsion du jet. Par ce moyen que M°° de Sévigné appelait une zépétition du purgatotre, on obtient l'effet que produirait ‘un yésicatoire ; ‘la peau devient rouge, brülante, le sang y afflue, et la chaleur s’y conserve long-temps encore, lorsque le jet a cessé de venir la frapper. Si lorsque la peau a été irritée par l’action de l’eau thermale, on se plonge dans un lit bien chaud,
( 102 ) et que l'on se couvre’un peu, bientôt il se manifestera une sueur abondante “qui augmentera singulièrement l’action du bain, et prolongera en quelque sorte sa durée.
On voit par ce qui précède que les eaux de Vichy n’agissent pas de même à l’intérieur et à l'extérieur, La membrane ou la peau qui enveloppe nos organes paraît en général disposée à absorber à l'intérieur, et à sécréter au contraire à l'extérieur. Il ne faudrait pas cependant considérer ce mode d'action comme absolu, car les eaux peuvent aussi être absorbées par la peau extérieure, comme elles peuvent irriter la membrane interne de l’estomac et des intestins ; mais chacun de ses effets est très-pelit relativement à l'autre ,:eten somme, elles agissent sur la plupart des individus, comme nous venons de l'indiquer.
Ce que nous venons de dire doit faire pressentir tout le parti qu’un médecin habile peut urer de cette puissante action des eaux de Vichy; mais aussi quelle justesse d’application , quel coup d'œil sûr doit avoir celui qui dispose à son gré d'effets si variés et si énersiques !
Il ne suffit pas ici de connaître entièrement l’action des eaux, il faut aussi apprécier l'état de l'individu qui vient s’y soumettre, il faut
encore avoir une connaissance exacte des symptômes qui ont accompagné le développement de la maladie, en suivre tous les détails, et apprécier d'avance les résultats que l’on va obtenir. Sous ce rapport, Vichy ne peut encore rien envier aux autres établissements. Un homme, que regretteront toujours ceux qui l'ont connu, a ajouté long-temps son talent et sa bienfaisance aux. richesses. dont la nature avait doté Vichy, er à porté cet établissement à son plus haut degré de splendeur. Aujourd’hui, deux hommes remarquables par leur jugement et leur profond:savoir, s'occupent avec zèle de l'importante mission. qui leur a été confiée, et augmenteront, si:
la chose est possible , la réputation.que ces eaux célèbres ont acquise.
Jetons maintenant un coup d'œil sur les principaux types de maladies sur lesquelles les eaux de Vichy peuvent avoir une action salutaire, Comme elles sont stimulantes , c’est-à-dire qu'elles angmentent l'intensité de la vie sur les organes auxquels on les applique, elles sont nuisibles dans toutes les maladies aiguës, et conviennent en général dans les maladies chroniques. En effet, il faut dans le premier cas (dans les maladies
aiguës), ralentir ; autant que possible , la cir-
( ro culation pour diminuer lintensité du mal : dans le second (maladies chroniques), il faut l'activer, et c’est précisément l'effet des eaux: Il ne faudrait pas cependant les appliquer inconsidérément à toutes les maladies que l’on peut ranger dans cette dernière classe, car souvent elles agmenteraient le malaise.
L'intérieur de notre corps est partagé en deux cavités par un muscle que l’on appelle diaphragme. Au-dessus de ce muscle sont placés tous les organes destinés à la respiration et à la circulation ; au-dessous se trouvent tous ceux qui concourent à la nutrition. Les eaux de Vichy conviennent spécialement au traitement des maladies de ces organes. Aussi les emploiet-on avec succès pour donner du ton à l'estomac et aux fibres intestinales , dans les mauvaises digestions et les maladies de ces organes ; elles favorisent la sécrétion de la bile, et agissent d’une manière très-salutaire dans les obstructions du foie, dans les engorgemens de la rate et du mésentère. Elles augmentent la circulation qui a lieu dans le petit système de la veine-porte , et paraissent aussi exercer leur influence sur le pancréas. Leurs effets sur les reins et sur tout l'appareil urinaire sont incontestables , et quoique cette propriété ait été constatée depuis long.
( 105 ) temps, elle vient d'être mise, pour ainsi dire, en évidence par M. le docteur Peut, qui a publié un mémoire fort intéressant sur cet objet. il Din
La cause de la formation des calculs uent à un défaut de proportion entre la faculté dissolvante de l’urine, et la quantité de matière calculeuse fournie par les reins. Cette matière est presque toujours de l’acide urique qui peut se dissoudre dans une liqueur alcaline, et comme nous savons déjà que l'usage de l’eau de Vichy rend tous les liquides alcalins, nous pouvons parfaitement expliquer ce que l'expérience confirme tous les jours. Voici du reste ce quedit le docteur Petit luimême dans son mémoire sur le traitement des calculs urinaires.
« Le meilleur moyen de dissoudre les calculs formés par l'acide urique , est de rendre l’urine alcaline et de la maintenir à cet état pendant toute la durée du traitement ; et l'expérience a démontré que les sels alcalins remplissent parfaitement ce but , sans qu’il en résulte d'inconvénients pour les malades.
Ces sels ont en effet l'avantage d'arriver promptement, par la circulauüon, jusque dans les voies urinaires, et de pouvoir Communiquer à l'urine l’alcalinité nécessaire pour
( 106 ) saturér l'acide urique , et tenir en dissolution les urates qui résultent de la combinaison de leur base avec cet acide. Il faut éviter d’employer les alcalis purs, parce qu'à cet état , nos organes lessupportent difficilement, qu'ils pourraient en être affectés, et qu’on est alors obligé de n’en user qu’à de très-faibles doses ; mais à l’état de bi-carbonates, ils n’offrent plus les mêmes inconvénients et remplissent toutes les conditions désirables pour pouvoir être employés avec succès. L’on sait en effet que Jes a!calis sont d'autant mieux supportés par nos organes , et que leur puissance dissolvante est d'autant plus grande, qu'ils sont mieux saturés par l'acide carbonique. Néanmoins , il faut encore dans ce cas les administrer avec prudence, car, lorsqu'on porte la dose un peu trop loin, l'estomac paraît se fatiguer ; il manifeste une certaine répuenance , et les malades se plaignent de quelques douleurs dans le bas des intestins et dans la région de a vessie; mais il suflit alors, pour faire cesser ces symptômes , d'en suspendre momentanément l'administration et de les donner ensuite à moins forte dose. Le choix des hi-carbonates n’est pas non plus indifférent; ceux de soude et de potasse sont et doivent être préférés, comme étant à la
fois les plus solubles et ceux qui saturent l'acide urique avec le plus de facilité. Les eaux thermales de Vichy surtout, présentent aux calculeux des avantages qu’il serait difficile de trouver nulle part ailleurs, et qu’elles doivent évidemment à la grande quantité de bi-carbonate de soude et d’acide prie 04 qu'elles tiennent en dissolution. »
Toujours guidé par l’analogie et l'expérience, le docteur Petit a pensé que les eaux de Vichy pouvaient avoir sur les goutteux une action presque aussi puissante que celle qu'elles exercent sur les calculs et la gravelle. Il y a en effet bien peu de différence entre l’origine de ces deux maladies ; toutes deux paraissent dues à de l'acide urique , ou à des sels fortement azotés qui, se déposant dans les reins ou dans la vessie, produisent la gravelle et les calculs, et qui, en pénétrant dans les articulations, déterminent la goutte et finissent par s'opposer aux mouvements. Ces diverses maladies ont en général une même cause, la présence d’une trop grande quantité de matière azotée , une nour-riture trop succulente et trop animalisée. Il n'est done pas élonnant qu'un moyen qui a si bien réussi pour les calculeux, ait aussi un véritable succes pour les goutteux.
.« L'action des eaux thermales de Vichy, dit le docteur Petit (1), comme Ca E ment aussi d’autres boissons également alcalines contre la goutte, est d'autant plus facile à comprendre, que ce n'est pas seulement l'urine qui devient alcaline sous l'influence de cette médication, mais aussi la transpiration cutanée et toutes les autres sécrétions, et que même on peut porter cette alcalisation à un degré très-élevé sans le moindre inconvénient, pourvu toutefois que l’état de l’estomac et des organes de la poitrine le permette. |
» est si facile de s’alcaliser, continue-t-1l, et on peut le faire si impunément, qu'il serait de la plus haute importance que l’expérience vint confirmer les espérances que font naître les premiers essais. Ne serait-ce pas, en effet, un remède précieux que celui qui pourrait servir non-seulement à combattre la goutte avec succès lorsqu'elle se manifesterait, mais encore à en prévenir le retour, pourvu qu'on l’employät deux ou trois fois, par exemple, dans le courant de l'année, et particulièrement vers les époques où les at-
(1) Quelques considérations sur la nature de la goutte ct son
traitement par les eaux thermales de Vichy, Pages 10 et 11.
taques se montrent le plus ordinairement ? »
Je suis bien loin d’avoir indiqué toutes les maladies qui peuvent être combattues avec succès par les eaux de Vichy; j'ai préféré m'étendre un peu sur leur mode d'action, et jé terminerai en indiquant leur emploi contre les engorgements scrofuleux. C’est encore ici une conséquence des applications précédentes, car si, comme on le pense, les scrofules sont produits par la formation d’une trop grande quantité d’albumine que le sang dépose dans divers tissus (comme il abandonne la matière des calculs dans les reins, et la matière de l’ankilose dans les articulations), iln”y arien d'étonnant que l'albumine, qui est une matière animale, soluble dans les alcalis, puisse être entraînée par le mn oies à nate de soude. |
On doit bien penser que dans le traitement des nombreuses maladies que nous venons de citer, les eaux doivent être administrées à des doses bien différentes. Tantôt on les prend en boissons seulement, et à la dose de deux à vingt verres et quelquefois plus dans une journée ; tantôt c’est en bains qu’elles sont appliquées pures ou mitigées d’eau douce, et le bain se répète quelquefois. Enfin on peut encore y Joindre la douche,
Les doses doivent non-seulement varier selon une foule de circonstances dépendant de la situation du malade, mais encore selon l'état de l'atmosphère. Ainsi l'expérience a constaté que dans les temps d'orage, les eaux se digèrent diflicilement et occasionent un ballonnement du bas-ventre quelquelois trèsincommode, et tellement sensible, dit le docteur Lucas, qu’il devient le signe certain de l'approche des orages, On a remarqué à Ja même époque un bouillonnement plus considérable à la surface des fontaines , et un plus grand dégagement d’acide carbonique.
M. Longchamp pense que ce dernier phénomène se trouverait expliqué assez naturellement par la diminution de la pression atmosphérique, qui effectivement a presque toujours lieu dans les tempsorageux; mais ilarrive quelquefois des orages assez violents sans que le baromètre annonce de diminution dans la pesanteur de Fair, et cependant les mêmes phénomènes se présentent , et, dans tous les cas, si cette théorie rendait raison de la vive ébullition des sources, elle n’expliquerait pas le malaise et le ballonnement dont se plaignent lesmalades lorsque le temps està l'orage,
M. le docteur Bertrand, qui a publié un excellent travail sur les eaux du Mont-Dore,