‹ Vichy et ses environs, ou description des eaux thermales, et des sites pittoresques quio les entourent; avec quelques considérations sur l'action médicale des eauxChapitre 18 sur 30 · OM · texte numérisé non relu

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sucre, cet effet n'aurait pas lieu, et l’eau serait de suite absorbée par la terre, comme lorsqu'on en verse quelques gouttes seulement sur ce même sucre. I] faut donc avoir recours à l’action du feu pour fondre une masse aussi considérable que notre planète. On ne manquera pas de fairede suiteune objection, et de dire que si la terre avait été fondue, elle conserverait encore une partie desa chaleur ; mais c'est précisément cette chaleur qu’elle conserve, qui chauffe actuellement les bains de Vichy et toutes les sources thermales.

La terre n’est refroidie qu’à sa surface. Il serait trop long de rapporter ici les nombreuses expériences sur lesquelles les géologues s'appuient pour prouver qu’il existe une chaleur centrale tout à fait indépendante de l’action du soleil ; mais ces expériences sont très-concluantes, et tendent à prouver que la terre est incandescente et fondue dans son intérieur, et que la croûte seule est figée.

La température prise dans des mines à de grandes profondeurs , donne lieu de croire que la croûte figée est d'environ vingtà vingtcinq lieues, terme moyen. Or, puisque la terre a trois mille lieues de diametre, il n’y a donc qu'une pellicule épaisse d’un soixanième de Ja grosseur du globe qui supporte

tous nos empires, tous nos établissements, et bien plus tous les corps organisés, végétaux etanimaux. La terre, d’abord liquide et entièrement fondue par la chaleur, a dû se refroidir très-vite ; mais à mesure que la croûte solide s’est formée, la chaleur s’est conservée, le refroidissement a été plus lent, au point qu’actuellement il est à peine sensible. [l est arrivé pour le globe ce qui nous arrive à nous-mêmes, lorsque nous sommes exposés au froid , nus ou enveloppés de chauds vêtements; dans le premier cas, nous nous refroidissons très-vite ; dans le second, notre chaleur est conservée par l'enveloppe qui s’oppose à sa dispersion. :

Quelque étrange que paraisse, au premier abord, cette idée de voir la terre recouverte seulement d'une petite croûte solide et fondue dans l’intérieur , comme la fonte qui coule d'un creuset ou d’un haut fourneau, elle n'en est pas moins appuyée sur toutes les preuves possibles. Ainsi il faut nous résigner à habiter ce globe fondu , et à nous promener sur sa croûte crevassée.

Si vingt lieues nous séparent de la partie fondue , la chaleur interne doit arriver bien plus près de la surface, et quoique les points les plus bas, auxquels nous ayons pu attein-

(75) dre, soient tout au plus d’une demi-lieue au-dessous du niveau de la mer, on y a déjà reconnu une chaleur assez forte pour incommoder les mineurs qui travaillent à une telle profondeur. .

Il est facile comme on le voit d'expliquer de cette manière, et l’origine des volcans, et celle des sources thermales, Les premiers ne seraient que des points de communication de l’intérieur à l'extérieur du giobe, et les secondes seraient des eaux chauffées par cette chaleur centrale, et qui arriveraient encore chaudes à la surface.

Telle est en effet l'opinion aujourd’hui admise sur l’origine des eaux minérales. Elle s'accorde parfaitement avec les faits. Reste à savoir si ce sont des eaux de pluie qui pénètrent assez profondément pour s'échaufter , et qui, chassées ensuite par la vapeur, remontent et jaillissent parfois à la surface, ou si ce sont des vapeurs qui se forment dans l’intérieur du globe, et qui viennent ensuite se condenser en traversant les couches refroidies de lextérieur. En examinant avec soin les faits que nous présentent la plupart des sources thermales, nous pourrons, je pense , nous décider assez facilement pour l'une de ces deux hypothèses.

Si les eaux de pluie pouvaient aller s'échauffer à une grande profondeur et:remonter ensuite, les sources minérales, à la chaleur près , se comporteraient comme les autres, c’est-à-dire, qu’elles seraient abondantes dans les années pluvieuses, et qu'elles tariraient pendant les sécheresses, phénomène que l’on n’a pas encore observé; car on ne trouve pas de variation dans leur volume, et s'il en existe, Ce qui est probable , elles doivent être si lentes que nous n'avons pu jusqu à présent nous en apercevoir.

La température des eaux thermales éprouve évidemmentdes variations. On en a observé de bien marquées dans celles de Chaudesaigues, et l’on a pu voir, par le tableau contenu dans le chapitre précédent, que celles de Vichy avaient beaucoup varié aussi. IL y a plus, c'est que ce tableau semble annoncer ici une diminution graduelle de température, et bien que je ne considère pas comme concluants les résultats exprimés par ce tableau, je n'en suis pas moins CONvaincu que toutes les eaux thermales finiront par sé refroidir, et probablement tariront tout à fait. Je citerai tout à l'heure quelques exemples à l'appui de cette opinion, qui du reste est d’accord avec le refroidissement graduel du globe.

On s’est beaucoup occupé aussi de la composition chimique des eaux, et l’on a cherché à deviner l’origine des nombreuses substances qu’elles amènent à la surface. On à supposé , avec quelque raison, que les sels et autres matières contenues dans les eaux, provenaient de leur action à une température élevée sur les terrains qu’elles traversaïent ; mais depuis qu’on a vu des sources sortir de divers terrains, et même des granites et des porphyres, et amener des sels que ces sortes de sols ne contiennent pas, il a fallu encore avoir recours à l'intérieur du globe, ce qui recule la difficulté sans la résoudre; et il est bien certain que tout ce qui est contenu dans les eaux, que le bicarbonate de soude, le muriate et sulfate de soude, l'acide carbo:

nique, etc. , que l’on trouve dans celles de Vichy , proviennent des profondeurs du globe comme leur température.

Il faut donc qu'il existe dans le sein de la terre des masses considérables de matières sa: lines et d'acide carbonique, puisque les eaux en amènent continuellement à la surface , et font l’oflice de sondes qui vont à de grandes profondeurs chercher les matières que nous ne pouvons attémdre par les procédés qui nous sont connus:

Ün seul exemple suflira pour nous donner une idée de la prodigieuse quantité de matières que les eaux minérales versent continuellement à la surface de la terre.

Chaque mètre cube d’eau de Vichy contient environ quinze kilogrammes ou trente livres de matière solide; il sort chaque jour un volume d’eau égal à deux cent cinquanteneuf mètres cubes. Or, en multipliant ces deux nombres, on obtient trente-huit mille kilogrammes par jour, ou treize millions huit cent soixante-dix mille kilo par an. Elles en fournissaient autant probablement lors de l'invasion des Romains dans les Gaules ; elles en versaient sans doute une quantité au moins aussi grande long-temps auparavant, et pendant plusieurs siècles encore elles présenteront les mêmes phéminènens Qu'on multiplie maintenant ces treize à quatorze millions de kilo par ce nombre de siècles, et qu’on fasse attention que Vichy est un point sur la terre, qu’une foule de sources semblables ou plus importantes existent dans toutes les parties du monde, et l’on restera aussi étonné qu'ignorant des causes qui peuvent suffire à ce transport continuel du centre à la circonférence.

On sera tenté alors d'attribuer aux sources

( 79 ) minérales une très-grande importance dans la formation des couches qui recouvrent notre planète.

Indépendament des petits rochers, comme celui des Célestins, comme le pont de Saint- Alyre à Clermont, comme tous les dépôts de travertins d'Italie, il faudra leur attribuer la formation des couches calcaires des bassins géologiques : tels que la Limagne, le Bourbonnais, le bassin du Puy dans la Haute- Loire, et une foule d’autres bien plus considérables; il faudra leur attribuer la salure des eaux de la mer et les dépôts de sel gemme, car si les carbonates de chaux se déposent près des sources, les matières solubles sont entraînées dans la mer qui est un vaste bassin évaporatoire. Toute l’eau qu'y amènent les fleuves est égale à celle qui s'évapore, et chaque jour par conséquent la salure doit augmenter de toutes les matières salines que les fleuves y conduisent et que l’évaporation ne peut entrainer.

Il semble cependant que la nature ait mis un terme dans chaque localité à la production de toutes ces matières salines. Un grand nombre de sources minérales sont maintenant taries complétement, et d’autres coulent à peine. On ne peut douter que la fontaine des

Co) - :

Célestins n'ait formé le grand rocher sur iequel est construit le couvent, ainsi qu’une grande partie des anciens remparts de Vichy; on ne peut révoquer en doute que Ja fonfaine de Saint-Alyre à Clermont n’ait eu, lorsqu’elle a formé le pont de Pierre, une plus grande puissance créatrice qu'actuellement.

Il existe sur divers points de la France, et notamment dans la Limagne, un grand nombre de rochers qui, comme celui des Célestions, ont évidemment été formés par des eaux thermales, et près desquels on né trouve plus la moindre source, ou bien, s’il en existe, ce sont des eaux froides comme celles des Gélestins, ou même des eaux pures comme celles des sources ordinaires, Le volume et la température de ces fontaines ont dû nécessairement s'affaiblir par gradation. Il existe en Auvergne des sources très-chaudes qui déposent encore une substance minérale blanche et fibreuse que l’on nomme arragonite. On n'a pas d’exemple que cette substance ait été formée par des eaux froides, et cependant on la rencontre en abondance autour de plusieurs fontaines dont les eaux sont tout à fait refroidies ou même ne coulent plus du tout; telles sont les arragonites de Coudes et celles des eaux du Tambour sur le bord de l’Allier, entre Cler-

( 81 ) mont ét Issoire. Telles sont celles du rocher des Célestins à Vichy. Nous trouvons encore dans ce singulier rocher une autre preuve de la température élevée dont ces eaux ont joui autrefois; | On remarque dans la plupart et probablement dans toutes les eaux thermales, une substance particulière qui à été long-temps décrite sous le nom de matière végétale ou végéto-animale. Cette matière étudiée avec soin par M. Longchamp, a reçu de lui lenom de Barégine, parce qu’il l’observa ou l’étudia d’abord dans les eaux de Barèges : M. Robiquet l’a aussi étudiée à Néris, et a publié sur ce sujet, dans le Journal de Pharmacie, des observations très-intéressantes et aussi Consciencieuses que le sont tous les travaux de ce savant chimiste. | Il'en résulte que la barégine est une substance végétale azoiée, d'abord incolore et soluble, puis prenant successivement la forme de filamens qui se colorent bientôt en vert, qui se groupent, sé réunissent et forment ces pellicules vertes qui flottent sur le bassin de la source de l'Hôpital à Vichy, et qui sont aussi si abondantes dans les bassins de Néris, Cette matière a été considérée comme une plante par plusieurs botanistes, et décrite

(8) sous le nom de tremella thermalis, En effet, on ne la voit guère se développer en abondance et avec sa belle couleur verte que dans les éaux chaudes; on en trouve à peine des traces dans l’eau des Gélestins, et cependant plusieurs fragments d’arragonite, pris derrière cette source, offrent à l'intérieur cette belle couleur verte très-bien conservée. Elle se détruit au feu avec facilité, et sa présence témoigne évidemment de la haute température que cette source à possédée autrefois. On fait la même remarque aux eaux du Tambour. Il existe aussi près de là des arragonites colorées en vért par la même matière.

On æ beaucoup discuté l'origine de cette matière organique qui s'échappe du sein de la terre; on a attribue sa formation à la présence de l'azote qui existe dans [a plupart de ces sources, tandis que l'inverse peut avoir lieu, et l'azote peut provenir de sa décomposition. Quelle que soit l'opinion que l’on adopte, il esttoujours très-diflicile d'expliquer la présence de l'azote ou d’une matière azotée dans une eau que l’on regarde comme le résultat de la condensation des vapeurs qui arrivent de l’intérieur de la terre.

Pour revenir à notre but, il est évident qu'un grand nombre de sources thermales

sont déjà taries. Plusieurs d’entre elles ont changé de composition à plusieurs reprises, comme on peut le constater par leurs dépèis.

Le fer suHuré, l’arragonite, la silice, le carbonate de chaux et l’oxide de fer font parue en proportion différente des divers dépôts que ces eaux ont successivement abandonnés, et nous ne pouvons connaître de même les changements survenus dans leurs parties solubles.

Aïnsi un jour viendra peut-être où les eaux de Vichy, depuis long-temps refroidies, cesseront de couler, et si alors l'espèce humaine existe encore, elle conservera dans ses annales le souvenir des bains qui y furent construits, et des eaux chaudes qui les alimentaient. | Ho,

Nous ne pouvons cependant affirmer que la disparition d'un certain nombre de fontaines minérales soit due à l'épuisement des matières, aux dépens desquelles elles étaient formées dans l'intérieur du globe ; il est bien probable que plusieurs d’entre elles ont bouché elles-mêmes leur orifice par les dépôts calcaires qu’elles ont accumulés. Je ne citerai plus la source des Célestins, mais celle de l'Hôpital dont les conduits se couvrent tous les ans d’une telle quantité de carbonate de

chaux, qu'ils seraient obstrués depuis longtemps si on n’avait la précaution de l’enlever ; en sorte que si cette source était maintenant abandonnée à elle-même, elle se boucherait au bout d'une longue suite d’années, et cherchérait aïlleurs une issue. C’est ce qui est arrivé à un grand nombre de sources en Auvergne. Elles ont construit à leur issue un énorme chapeau de concrétion, et n'ayant plus la force de le soulever, elles ont disparu.

Ce fait est tellement constant, que la majeure partie des fontaines actuellement ‘existantes sont placées sur le bord de l'eau, et il est facile d’en concevoir la raison. Les eaux courantes, en entraînant la matière calcaire à mesure qu’elle se forme, s’opposent à l’obstruction des canaux, et donnent aux eaux un libre écoulement. Je ne citerai pour exemples que celles de Vichy, d'Hauterive et de Châteldon ; tandis que toutes les sources éloignées des ruisseaux et des rivières sont maintenant oblitérées. Lorsque la Limagne était couverte d’eau et formait un grand lac, toutes les fentes de la terre venaient s’ouvrir sous les eaux , aucune source ne pouvait se fermer, et lés produits calcaires également répartis se déposaient sous l’eau en couches puissantes et régulières.

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