DE L'AUTEUR
Le livre que nous présentons au public n'est 'point une œuvre destinée k fomenter les discordes religieuses. Gîus qui ont intérêt k empêcher la vérité de se faire jour pourraient seuls nous imputer cette intention, que démentent toutes les pages de notre travail.
Retiré, loin du monde , de ses passions et de ses intérêts, nous avons été frappé de l'immense gravité d'une série d'événements qui, depuis un siècle, se sont succédé en Pologne, avec rapidité et une progression eflVayaote. Nous avons cherché k saisir l'ensemble et le détail de cette partie de l'histoire de l'Eglise. Nous l'avons considérée, non à la lueur incertaine de l'esprit du siècle, non en rapport avec des intérêts passagers, mais purement et simplement au point de vue de la foi catholique.
Les faits que nous racontons appartiennent à Thisluire, et il n'est donné ni k la force brutale ni aux sophismcs de l'or- -gueil de les effacer ou d'en altérer le sens. Ils gagnent k être vus dans toute leur nudité, et par cela même dans toute leur
grandeur; aussi bien ceux qui nous ont précéilc que ceux qui se passent aujourd'hui sous nos yeux.
Ils nous présentent un speclacle sublime. Dieu, dans ses desseins impénétrables, et voulant éprouver, sans doute, cette nation catholique, grande et puissante autrefois, a permis qu'elle tombât sous le joug de l'étranger. Mais, non contents de l'asservir politiquement, ses dominateurs veulent lui arracher sa religion même. Elle résiste avec une générosité et un dévouement dont l'histoire n'offre peut-être pas d'exemple.
Cependant, il est des esprits qui, loin de s'en émouvoir, vous disent froidement : De quel droit les habitants de la Pologne réclament-ils la liberté et l'indépendance de leur Eglise? En passant sous le joug de la Russie, ils soutdeveaus russes. En Russie, la religion catholique n'est que tolérée; or, quiconque n'est que toléré n'a d -oit à rien qu'à ce qui lui est accordé par générosité.
Sans nous arrêter à ce qu'il y aurait de sauvage dans l'aj)plicalion rigoureuse de cette maxime, nous dirons qu'avant 1768, la question pouvait être ainsi posée. Elle le fut, en effet, pour les catholiques nés ou établis en Russie, lorsque le Saint-Siège négocia en leur faveur avec Iwan III , Wassiliewicz (1583-I586), avec le grand-duc Alexis Michailowicz (1672-1675), avec les deux frères Pierre et Iwan (4686), avec Pierre-le-Grand (1705-1719), et môme avec Catherine II (1765-1769). Dans ces négociations le Pape fit appel, et avec succès, k h générosité des souverains de Russie.
Mais, depuis 1768, l'ancien état de choses finit et une noQvelle position fut faite aux catholiques de Russie. Cette position légalement acquise, incertaine et flottante d'abord, se dessina nettement en 177â, et devint dès lors un droit que rien n'a effacé depuis et que le temps n'a fait que rendre plus sacré et plus inviolable encore. A dater de celte époque, les catholiques et le Saint-Siège, leur représentant et leur défenseur, ont pu s'appuyer sur des traités ; ainsi, au lieu d'une simple tolérance b la merci d'un caprice, leurs droits ob-
tinrent la sauvegarde du droit des gens. Ces traités obligent le gouvernement russe ii reconnaître et \k respecter, dans toute leur étendue, les droits sacrés de r£glise catholique.
La Pologne était, avant 1768, un peuple entièrement libre. Les pays qui la composaieot alors comptent aujourd'hui plus de 21 millions d'habitants ; alors sur 13 millions de catholiqucs , elle avait 5 millions de dissidents ou de Ruthéniens de la religion grecque d'Orient, qu'on appelait non-unis j par opposition avec les Rulhcniens unis ou catholiques y ayant leur rite particulier distinct du rite latin. La religion catholique élait la religion de l'État, et la constitution accordait aux catholiques seuls tous les droits de rehgion. Les Ruthéniens non-unis que frappait, entre autres, cette exception, n'étaient pas sous ce rapport plus mal partagés, qu'ils ne l'étaient et ne le sont aujourd'hui même en Russie ou dans tout autre état.
Tout à coup la Russie saisit ce prétexte pour intervenir dans les affaires de la Pologne, en réclamant pour une communauté de dissidents, à laquelle, de l'aveu même de Frédéric II qui se joignit à Catherine, deux cents églises auraient suffi, les droits et les libertés dont Jouissait la majorité de la nation. Or, ce fut là une injustice inouïe. La nation, prise en masse, était catholique. La religion catholique élait la religion de l'Etat; le pouvoir d'accorder aux dissidents tous les droits politiques et religieux appartenait aux catholiques; c'était donc obliger celte nation à briser de sa propre main la constitution qui l'avait régie depuis des siècles ; c'était violer le droit des gens, et fouler aux pieds les principes les plus sacrés.
La Russie, pour arriver h. ses Gns , avait eu recours aux moyens les plus corrompus et les plus violents. Elle avait excité les dissidents et les schismaliques de Pologne à faire valoir de prétendus droits les armes h la main ; elle avait secondé les rebelles avec les forces d'une coalition formée par ses intrigues entre les principales puissances proteslaoïes de l'Europe, la Russie, l'Anglelerre, la Suède et le Dauemarck^
El lorsque la malheureuse Pologne, épuisée par une lutle inégale, fut réduite à accepter la loi du plus fort, et à accorder aux rebelles les droits qu'ils réclamaient, la Russie couronna son œuvre, en légitimant et consacrant en quelque sorte le principe de la rébellion dans le traité que le 15 (24) février 1768, de concert avec ses alliés, elle imposa h l'infortunée victime de ses perfidies.
L'art. II de ce traité est ainsi conçu : c La noblesse des Grecs orientaux non-unis et des dissidents des deux communions évangéliques, ayant formé une confédération pour le rétablissement de ses anciens droits et privilèges, tant spirituels que temporels , Sa Majesté le Roi et la République de Pologne approuvent, par le présent acte séparé, leurs confédérations faites k Thorn et à Sluck, et les reconnaissent pour légitimes, les ayant déjk reconnues pour telles par la confédération générale ; en sorte que celte noblesse confédérée et tous ceux qui se sont joints auxdites confédérations, pour maintenir leurs droits, et se faire rendre justice, seront cersés bons patriotes et fidèles citoyens de l'Etat et de Sa Majesté le Roi. >
La cour de Saint-Pétersbourg ne parlait pas un langage moins clair. Dans une pièce diplomatique célèbre que le prince Repnin, ambassadeur russe k Varsovie, remit, en 1767, au roi et aux étals de la république de Pologne, nous lisons ces paroles : < Lorsqu'enfin les dissidents eurent perdu tout es*
< poir de voir leurs droits reconnus, il ne leur resta plos qu'à « recourir au seul moyen que leur suggéraient la nature, la
< raison et la forme de leur gouvernement , en prenan' le € parti de se confédérer pour secouer le joug de l'injustice et « se garantir de la persécution. » — « L'impératrice, » est-il dii h la lin de celte pièce , • en s'occupant des affaires de
< la Pologne, n'en veut retirer d'autre avantage que ceux
< qu'elle a tonjours eus en vue, c'csl-hdire la satisfaction de « faire le bien, la gloire de voir une nation voisine et amie « loi devoir une portion de son honhoiir, oiilin la considéra- « lion de to\ilc IKuropc. »
On sait quel fut, k l'égard de la Pologne, le désinlére&icment de la Russie, lors des partages qui se succédèrent en 1775, 1793, 1795 et 18lo. Toutefois, k chacune de ces occasions , les Polonais reçurent les promesses les plus solennelles de respect pour les droits de leur religion. Ainsi l'art. V du premier traité de partage, qui eut lieu le 18 septembre 1775, article reproduit dans les traités suivants, dit :
< Les catholiques romains jouiront dans les provinces ce-
< dées par le présent Traité de toutes leurs proprié-
< tés, quant au civil ; et par rapport à la religion , ils seront « entièrement conservés in statu quo, c'est-à dire dans le • même libre exercice de leur culte et discipline , avec toutes « et telles Eglises et biens ecclésiastiques qu'ils possédaient
I c au moment de leur passage sous la domination de Sa Ma-
I « jesté impériale au mois de septembre en 1772; et Sadite
J « Majesté et ses successeurs ne se serviront point des
I < droits de souverain , au préjudice du statu quo de la
I c religion catholique romaine dans les pays susmentionnés. *
I II est superflu d'appuyer sur le dommage que causa au
I monde chrétien le partage de la Pologne, éternelle honte du
"f xvui* siècle; le Saint-Siège n'eut point 'a se reprocher de l'a-
I voir laissé consommer sans élever sa voix pour eu détourner
les puissances coalisées. Mais lorsque découragé par la cu- I pidité des uns et l'indifférence des autres, il perdit l'espoir
j d'empêcher ce désastre, le Saint-Siège rendit encore h la
^ Pologne un dernier service : il veilla activement à ce que la
religion de ce peuple du moins fût conservée.
£n effet , ce traité de 1772 changea désormais la position du Saint-Siège à l'égard de la Russie ; depuis lors ses rapports avec la Russie sont devenus pareils k ceux qui existent avec les antres puissances de l'Europe ; il est investi du soin de veiller k l'accomplissement exact des promesses que la Russie a faites k la Pologne. La Russie confirma et renouvela ces promesses dans les traités conclus directement avec le Saint-Siège en 1784-1798-1815; elle reconnut cl pranlit solenncllcracnt aux papes les droits de i'I^^^'li.so calholi(|no do
l'un et de l'autre rite. Il y a plus, le droit reçut encore la sanction du fait lorsque, dans des cas qui furent nombreux, ces traités reçurent une pleine et entière exécution.
Eo 1783, le Saint-Siège conflrma , par son légat , cardinal Ârchetti , la création de rarchevêclié de Mohilew qui eut lieu en vertu d'on traité , et il émit k cet cfTet la bulle Onerosa pastôralis officii , datée du 15 avril de celte année. En 1798, ^ l'occasion de la nouv^'Ie circonscription des six diocèses latins et des trois Rtithéniens unis situés dans les anciennes provinces de la Pologne, un concordat fut conclu entre le cardinal Litla , légat du Saint-Siège, et l'empereur Paul !•', confirmé par Pie YI, dans la bulle Maxime undique pressi , a la date du 15 novembre de la même année- Enfin, Pie VII conclut avec Alexandre I*' le célèbre concordat relatif à la circonstance de la circonscription des diocèses du royaume de Pologne , érigés par suite du congrès de Vienne, et mis sous la protection de la Russie , et il le confirma par la bulle Ex impositâ nobis , du 28 juin 1818.
Le Saint-Siège s'appuie donc aujourd'hui sur des traités et des concordats, lorsqu'il demande au gouvernement russe de respecter dans toute leur étendue , en Russie comme en Pologne, les droits sacrés des catholiques de l'un et de l'autre rite. 11 possède un droit rigoureux , il n'a plus besoin d'en appeler, comme auparavant, k la générosité du souverain
russe.
On objectera peut-être que la Russie peut toujours s'en tenir au système de simple ou prétendue tolérance relativement aux catholiques répandus dans l'intérieur de l'empire et dans les colonies asiatiques , vu qu'il ne s'agit dans les traités et les concordats que des catholiques qui , depuis 1775, ont passé de la Pologne k la Russie, et qu'ainsi le Saint-Siège , en voulant étendre la liberté religieuse h tous les catholiques de Russie , ne reste plus dans les limites d'un droit positif et rigoureux. Nous répondons, les traités en main , que les catholiques qui ont toujours fait partie de l'empire russe , et ceux qui appartenaient autrefois à la Po-
Iogr:L, se trouvent sur le pied d'une égalité parfaite sous le point de vue de la liberté religieuse et de leurs rapports avec le Saint-Siège. La Russie peut-elle, sans trahir le rôle qu'elle peut être appelée à jouer dans le monde, repousser les réclamations de ses propres sujets , lorsqu'elle se rappelle celles qu'elle fit valoir en 1768 à l'égard des habitants delà Pologne qui ne professaient point la religion de l'État? Dans ce pays, dont les habitants, devenus sujets russes, pleurent aujourd'hui la perte de leur religion , un petit nombre d'individus appartenant h des communions étrangères, obtinrent, par l'intervention violente de la Russie, l'égalité religieuse et politique. Et aujourd'hui elle refuserait aux catholiques cette même égalité religieuse !
La Russie ne consulte que la sagesse humaine en voulant imposer aux catholiques polonais la religion moscovite; elle espère, par ce moyen, les rattacher au trône du czar, et leur faire oublier insensiblement leur propre nationalité. Mais il n'est donné k aucun pouvoir humain d'enter un peuple sur un peuple , comme on greffe un arbre sur un autre arbre. Pour qu'une pareille entreprise offrît quelque chance de succès, il faudrait que les deux peuples ne différassent pas de langage, de mœurs , de religion, qu'ils eussent vécu sous des institutions civiles et politiques pareilles , qu'ils eusseut reçu la même culture intellectuelle, ou bien qu'ils fussent encore tous deux au berceau de la civilisation. Mais quand toutes ces conditions manquent , un seul procédé peut encore les faire vivre en paix sous le même sceptre : c'est que ce sceptre soit armé de justice et d'équité. Ces attributs affermissent les trônes et enseignent h ceux qui y sont assis la véritable sagesse ; ils font la force des nations et leur ouvrent des sources intarissables de prospérité et de vie; quand ils animent un gouvernement , alors le souverain passe sans trembler au milieu de son peuple ; il goûte le bonheur d'avoir fait des heureux ; les Etats confiés par la Providence à ses soins paternels deviennent riches et florissants; prince et peuple jouissent des plus pures délices : les uns pour avoir sacriûé
lear vie au bonheur de leurs semblables, les autres pour avoir secondé les efforts de leur prince par leur ûdétité et leur obéissance.
Mais au lieu de rattacher les Polonais k l'immense empire du czar par les liens de la justice et de l'équité, le gouvernement rosse veut atteindre ce but en leur imposant une langue qui n'est pas celle de leurs pères , et une religion que leur conscience repousse. Inutiles efforts ! tiens fragiles , que la première secousse ne peut manquer de briser.
Et maintenant pardonnez, ô nobles enfants de la Pologne, pardonnez les paroles que , dans la simplicité de son cœur, vous adresse, pour votre justification et pour la sienne, l'auteur de ce livre. Si les liens qui m'unissent a vous ne sont pas ceux du sang, ils sont ceux qui unissent tous les vrais croyants an corps mystique de Jésus-Chnst, à la sainte Eglise catholique apostolique romaine, hors de laquelle il n'y a point de salot pour les hommes.
Souvent , oui souvent je pense à vous ; souvent dans mes
rêveries solitaires, songeant aux ruines encore fumantes de
Totre patrie, je me demande quels peuvent être sur vous les
desseins de la Providence. Auriez-vous encore des fautes
graves à expier ? Faut-il vous appliquer ces paroles de
saint Paul qui , en parlant de lui-même et des autres apôtres,
dit : « Le Seigneur nous a pour ainsi dire condamnés à la
mort. » Ou celles-ci : « Nous avons été donnés en spectacle
au monde , auî anges et aux hommes! > Puissent ces paroles
vous instruire et vous consoler dans les souffrances que vous
endurez pour la foi de vos pères ! continuez à combattre
vaillamment pour elle , rendez k César ce qui est à César,
mais conservez a Dieu ce qui est h Dieu ; ce précepte du
Sauveur , l'Église vous le répèle aujourd'hui par l'organe de
son chef, le successeur du prince des Apôtres. C'est pour
vous le répéter ^ mon tour , pour vous adresser une parole de
consolation que j'ai entrepris de retracer l'histoire des longues
années de vos soulîrances.
Montrez- vous les dignes enfants de '/Eglise, supportez avec une patience héroïque et chrétienne les maux par lesquels le Seigneur veut vous éprouver. Brisez les liens du péché qui depuis longtemps vous tenaient captifs. Revenez à cette antique piété qui couvrit vos pères d'une gloire immortelle ; revenez 'a l'Eglise qui, Gère de votre courage et de vos eiploits, vous compte toujours au nombre de ses plus chers enfants. C'est elle qui , dans des jours plus heureux , fortifla votre bras; encouragés par sa voix vous devîntes le boulevard de la foi chrétienne; c'est encore au sein de cette tendre mère que vous puiserez la force dont vous avez besoin dans ces jours d'épreuves. Tout n'est pas perdu, et le Seigneur qui mène les peuples à son gré est asr:? puissant pour vous préparer un avenir plus glorieux que ne l'a été le passé ; mais n'oubliez pas que la (idélilc a la vraie foi et une véritable régénération religieuse peuvent seules vous arracher au tombeau.
Et vous, pasteurs vénérables de TEglise de Pologne, quelles plus belles paroles puis-je vous adresser que celles que le grand saint Basile adressa aux fidèles de Nicopolis, au moment où l'une des plus rudes persécutions venait d'éclater : € De même qu'a l'orage succède bientôt le calme, et de mêL:«e que le torrent qui déborde se perd bientôt dans les profondeurs delà terre, laissant tout k sec derrière lui, de même aussi la persécution qui éclate sur nos têtes ne durera que peu de temps. Oublions le présent et, guidés par l'espérance., réfugions-nous dans l'avenir. L'épreuve est rude ; supportons-la courageusement. Celui qui sort du combat sa.ns être Bi.ESSÉ M couvert LE POUSSIÈRE , uc scra point couronné. Il n'y a qu'une seule chose qui doive exciter notre douleur, c'est le malheur de celui qui, pour une gloiie passagère (s'il y a de la gloire à se déshonorer ouveriemcnt), s'est privé de la gloire immortelle des justes. Soyez les enfants des confesseurs, les enfants des martyrs, qui ont résisté au péché jus-
qu au sang.
Portez vos regards sur le crucilix ; rappele/.-vous ce que Jésus a soulferl pour nous, ce (ju'ont souiïort ses Apôtns pour
lui Icmoigner leur amour cl fonder son Eglise à laquelle vous appartenez , et celle pensée ranimera voire courage. C'est elle qui fit dire h saint Chrysoslome en parlant des Apôtres :
< Flagellés, ils se retirèrent pleins de joie ; non pas d'avoir reçu des coups , mais d'avoir été trouvés dignes de soufi'rir des ignominies pour le nom du Christ ; jelés en prison et miraculeusement délivrés par un ange , ils continuent d'annon- <^er Jésus-Christ. Ils vonl au temple semer la parole de la doctrine, et le nombre de ceux qu'ils convertissent à la religion qu'ils prêchent , est si grand qu'on peut dire d'eux avec vérité qu'ils sont devenus des pécheurs d'hommes. Ramenés de nouveau en prison, non-seulement ils ne se laissenl point abattre, mais la sainte liberté qui les anime prend un nouvel essor; conduits au milieu du peuple en fureur, aux grincepenls de dents ils répondent avec courage : < Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes.» 0 magnanimité ! ô sainte liberté ! Et ce sont des hommes grossiers, de simples pêcheurs qui bravent ainsi la mullilude irritée , les persécutions, les injures ! Ils cherchent la mort du martyre comme le plus grand bonheur qui puisse leur arriver. Bientôt l'univers entier est à leurs pieds. Les Uomains,avec lesquels ils luttent nus et sans armes, ne peuvent les vaincre; et douze pêcheurs donnent des lois aux maîtres du monde et les soumettent a leur empire. >
Le même Père dit dans un autre endroit : « Ils triomphent des obstacles qu'on leur oppose , comme d'une toile d'araignée ; leurs ennemis se dissipent comme la fumée, ils passent comme la poussière. Les persécutions, au lieu d'anéantir l'Eglise, n'ont fait que lui donner des martyrs, qui la soutiennent et la protègent dans le ciel comme ils firent sur la terre. »
Que vos forces se retrempent donc dans ces saints combats, à dignes prêtres de la Pologne ; que vos souffrances rachètent les péchés du peuple, et l'on pourra vous appliquer avec vérité ces paroles que saint Chrysoslome , de retour de l'exil, adressa avec un saint enthousiasme aux fidèles de son Eglise:
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« Tel est l'avanlage des persécutions ! elles réveillent rame comme la pluie réveille et fait germer les graines qu'elle arrose. Dieu lui-même l*a dit : les portes de l'enfer ne prévaudront point contre l'Eglise. Celui qui la combat, se combat lui-même et s'épuise en vains efforts; loin de l'affaiblir ou de la vaincre, il lui fournit l'occasion de manifester davantage sa force invincible, et contribue à rehausser l'éclat de son triomphe. Comme la fournaise éprouve l'or, ainsi la persécution éprouve l'âme généreuse; elle lui donne la force de souffrir ; elle la détache de la terre, la réveille de son engourdissement , en recueille et concentre les facultés ; enfin elle rend h l'esprit le calme et la modération. Ils ont suscité la persécution afin de disperser le troupeau de Jésus-Christ, mais leur espérance a été déçue. Ils n'ont fait que lui ramener son pasteur. »
Écrit le Jour de la féie de saint Thomas l'apOlre, 1840.