CHANSON CANADIENNE
Le Français comme l'Anglais Prétend soutenir ses droits, ®
1=—Pour lui donner... cette valeur, il m'a fallu régulariser le triolet, fautif su manuscrit :
Aveo raison
Le roi George aura l'humeur noire, ÂAvec raison, ete.
2— Chansons historiques, loc. cit., £ 18.
3—On écrivait alors Anglois, que l'on prononçait Anglouais, ce qui rimait avec droits, aussi prononcé drouaits.
blement la Mère Juébec :
Juchece, avec
t, fautif
ii rimai
DRE ressemblance ; çais par équité, L'Anglais par dupliité, Voilà la différence.
L’Anglais fait des prisonniers, Nous en faisons milliers, Voilà la ressemblance ;
Le Français les traite bien,
Et l'Anglais les traite en chien, Voilà la différence,
11 nous a pris des vaisseaux, Nous lui prenons des châteaux, Voilà la ressemblance ;
Il nous rendra notre bien
Et nous garderons le sien, Voilà la différence,
Chouaguen vaut Beauséjour, 1 Frot abs à à . tour, Voilà la ressemblance ;
Mais vis-à-vis de Orillon, 2 Qu’y a-t-il à mettre de bon ?
Voilà la différence,
1—Le fort de Beauséjour, en Acadie, pris par les Anglais en 1755. 2.—Le manuscrit de l'Hotel-Dieu, au lieu de Carillon à Port-Mahon. Ce port de l’île de Minorque fut enlevé aux Anglais en 1756 par les Français commandés par le maréchal de Richelieu, et sans doute à la chanson franse, dont la chanson canadienne n’est qu’un décalque, ainsi Le je l'ai dit, it-on, à la gloire de ce fait d'armes : Mais vis-à-vis de Port-Mahon, changé en Carillon dans l'adaptation canadienne. Le Mère Sainte-Hélène aura oublié de faire catte retouche à sa copie. Deux éditions de cette chanson, celle du Je Canadien en 1863, et celle de l'Union Libérale, No du 28 septembre 1888, portent le mot Carillon.
L'Anglais cherche des lauriers, Autant en font nos guerriers, Voilà la ressemblance ;
Les Français en font amas, L’Anglais n’en moissonne pas, Voilà la différence,
Hélas ! les lauriers moissonnés à Carillon nous les avions payés d’une autre moisson : 700 hommes de l’armée française avaient été tués ! “ Chiffre énorme dans une si petite armée, où le prix d’un homme se multipliait par le carré des distances entre la France et l'Amérique. ” !
Et Bougainville et Bourlamaque étcient blessés, et les hôpitaux regorgèrent de nos soldats,
A-t-on jamais songé à ces milliers de soldats des régiments du Béarn, du Languedoc, du Royal-Roussillon, succombant sur nos “ arpents de neige ”, pour nous conserver Français ? Ah ! les braves cœurs l... Et a-t-on assez réfléchi sur cette poignante réalité : Ces Vaillants laissaient en France leur patrie, une famille : un père, une mère, des sœurs, une femme, ou une “ promise ”, images aimées et lointaines vers qui se tournaient leurs regards expirants ?.….. Quels deuils dans les foyers de France !
Par ailleurs, la prise de Port-Mahon, l’un des plus beaux faits d'armes de
la guerre de Sept Ans en Europe, fut chantée en France comme le furent chez nous nos victoires. Le recueil manuscrit de l’Hôtel-Dieu se termine une « chanson française » sur la prise de Port-Mahon ; j'en cite, à titre de curiosité, le premier couplet. Il y en a trois.
Ces braves insulaires Qui font, qui font sur mer les corsaires, Ailleurs ne tiennent guère.
Le Port-Mahon est pris, Le Port-Mahon est pris, Ils en sont tout surpris, Il est pris, il est pris.
Ces forbans d'Angleterre, Ces fou, ces fou’, ces foudres de guerre, Sur mer comme sur terre, Dès qu’ils ont combattu Sont battus [ter].
1=—Bonxeouoss, Montcalm et le Canada Français, p. 92.
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Deuils inutiles ? sacrifices perdus ? Ils ne réussirent pas à garder le Canada à la France, c'est vrai, mais le souvenir fervent qui leur survit ne contribue-t-il pas à nous conserver l’Âme française ? Il n’y a sur cela aucun doute, depuis un demi siècle surtout que le passé revit dans le présent, par la vertu de l'événement que voici.
LS
Le premier jour de l’année 1858, les abonnés du Journal de Québec recevaient en hommage de nouvel an, en guise sans doute de la chanson coutumière, un poème nouveau d'allure héroïque. Le poème, contenu en huit pages in-octavo, imprimé sur papier azur, comptait trente-deux strophes et deux cent quarante-quatre vers ; au bas du dernier on lisait ce nom : Octave Crémazie. C'était l'apparition du Drapeau de Carillon, destiné à commémorer le 100° anniversaire de la grande victoire, et plus encore, par sa portée générale, à raviver la flamme nationale au cœur de la race canadienne-française.
Le poète faisait à sa race par ce poème un cadeau de nouvel an comme jamais elle n’en avait eu, et j'imagine aisément les patriotiques ardeurs qui, en l’hiver de 1858, réchaufférent le cœur de nos braves gens, à l’évocation—très neuve pour cette génération —des gloires ancestrales, Le poète leur demandait :
Pensez-vous quelquefois à ces temps glorieux
Où seuls, abandonnés par la France leur mère, Nos aïeux défendaient son nom victorieux
Et voyaient devant e. ‘uir l’armée étrangère ? Regrettez-vous encor ces jours de Carillon
Où, sous le drapeau blanc enchaînant la victoire, Nos pères se couvraient d’un ir nortel renom,
Et traçaient de leur glaive une héroïque histoire ?
Regrettez-vous ces jours où, lchement vendus Par le faible Bourbon qui régnait sur la France, Les héros canadiens, trahis, mais non vaincus, Contre un joug ennemi se trouvaient sans défense ? D'une grande épopée 8 triste et dernier chant, Où la voix de Lévis retentissait sonor”,
Plein de hautes leçons ton souvenir touchant Dans nos cœurs oublieux sait-il régner encore ?
Nos cœurs ne sont plus oublieux, grâce à tes vers, Ô barde! Et ta race—l'exil que tu subissais a dû en être adouci—, quand elle a por erge une devise, a mis à son blason ces mots : Je me
Les modestes chansons par moi exhumées de la poussière des archives auront-elles apporté aussi quelque aliment au culte du passé chez mes compatriotes ? J'ai cette récompense à ma peine,