LE CARILLON DE LA NOUVELLE-FRANOE
Messieurs, quand nous avons appris Vos pompeuses ap
Il est vrai, nous n’avons pas pris
De flambeaux ni de torches ;
Mais pour bien mieux vous honorer D'abord nous avons fait sonner
Le carillon [bis] de la Nouvelle-France,
On dit que le cérémonial Vous parut incommode ; C’est Montcalm notre général Qui l'a mis à la mode ;
Car dès qu’on voit de vos soldats, I1 faut qu'on sonne à tour de bras Le carillon [bis] de la Nouvelle-France,
Vous vous plaignez que tous nos airs Vous écorchent l'oreille,
Cependant ces brillants concerts S'accordent à merveille ;
1—Le texte du « Carillon de la Nouvelle-France » n'est pas aux archives de l'Hôtel-Dieu de Québec. La seule copie manuscrite que j'en connaisse est celle du récollet. Elle ne diffère aucunement de la version qu’en a publiée M. Larue en 1863, dans ses Chansons historiques, loc. cit. M, Larue ne donne pas le nom de l’auteur, et je pense bien qu'il l'ignorait.
Un mot du Journal du frère Bonaventure. C'est une sorte de capharnatim assez curieux et souvent intéressant, dont peut-être je ferai l'inventaire un jour—ou l’autre—plutôt l'autre.
Montcalm en marque les accents Et ses troupes les contretemps Du curillon [bis] de la Nouvelle-France,
Vous espériez dans notre fort
Manger une salade ;
Nous vous avons servi d’abord
Une fine poivrade,
Vous la trouvies d'un si haut goût
Que vous n'entendiez plus les coups
Du carillon [bis] de la Nouvelle-France.
Vous avez bien senti les sons Différents de nos cloches,
Pour en distinguer tous les tons
Vous étiez un peu proches,
Il ne fallait point avancer
Quand vous avez vu commencer
Le carillon [»i:; de la Nouvelle-France,
Vous n'avez pas vu le plus beau
De nos cérémonies,
Si les troupes qu'avait Rigaud
Se fussent réunies,
Vous eussiez vu le Canadien
Sauter et joindre le tocsin
Au carillon [bis] de la Nouvelle-France.
Vous avez 4ens ce jour perdu Vos chapeaux et vos tuques ; Si les Indiens eussent paru Vous perdiez vos perruques,
Vous eussiez crié, mais en vain, L'on n’eft point arrêté le train Du carillon [bis] de la Nouvelle-France, 1
Un Anglais :
Merci, messieurs, de vos honneurs, Laissons les railleries ;
Le diable emporte les sonneurs
Avec les sonneries :
Quand tout le monde est déconfit
L'on n’a pas tort de crier: fi !
Du carillon [bis] de la Nouvelle-France,
Au fond, je ne blâme pas messieurs les Anglais, et personne ne les blâmera, de n’avoir pas apprécié la mélodie du Carillon de la Nouvelle. France. Je trouve seulement, parce que je n’en ai pag i explication,
lu.dt étrange leur envie—et c'est à quoi le chansonnier ramène se partie de campagne aux champs de Carillon—de venir là s’empiffrer de salade, Cela me fait ressouvenir gatment de la petite débauche d’herbe tendre, qu’en un pré de moines passant le brave fne du bon Lafontaine s'était permise, et qui, à lui aussi, valut un haro dans les grands prix,
Or, chose curieuse, et preuve que salade n'est point là que pour rimer avec poivrade, la chanson suivante résume aussi en une envie famélique pour la salade de Carillon l'entreprisa des Anglais, 2
1—Allusion évidente, et peut-être inopportune, aux scènes barbares de William Henry. De son côté, le soir même de sa victoire, Montcalm écrit à Doreil : L'armée, et trop petite armée du roi, vient de battre ses ennemis. Quelle journée pour la France! Si j'avais eu deux cents sauvages pour servir Ên tête à un détachement de mille hommes d'élite dont j'avais confié le commandement au chevalier de Lévis, il ne s’en serait pas échappé beaucoup dars leur fuite.
2—Soutenir que je ne soupçonne absolument pas le sens qu'il convient d’attacher à cette “ salade ” serait outrepasser la vérité. Je Pense que tout simplement l’auteur, ou mieux les auteurs, pes deux chansonniers parlent de salade, ont voulu signifier ceci : Les Anglais pensèrent nous manger en salade. ou encore : Ils »'imaginèrent ne faire qu’une bouchée de nous, si peu nombreux... Littré et autres donnent bien un sens militaire à salade : troupe formée de différentes armes, mais je ne vois pas que nos chansonniers emploient salade en ce sens. Contenu en ce mot, il y a aussi,en de certaines chansons populaires et généralement grivoises, un sens caché qui ne saurait avoir ici son application...
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Ce fut un beau samedi,
En mil sept cent cinquante-huit, Que les Anglais ont fait attaque Sur nos frontières de Carillon, Vivent nos braves bataillons !
Vingt mille hommes ils ont avancé, Croyant nous épouvanter,
Croyant manger une salade
Dans les cantons de Oarillon.
Vivent nos braves bataillons
La salade qu'ils ont mangée Etaït fort bien assaisonnée ;
Mais :e vinaigre est un peu aigre Dans les cantons de Orillon.
Vivent nos braves bataillons !
El
Ils ont avancé dans le fonds Croyant y prendre nos vallons, Mais à nos canonniers
Trois de leurs barges furent coulées, Vivent nos braves canonniers |
Pauvre roi Georg”, te v'la foutu, Pour toi la bataille est perdue
Los LEE LEE EC ECEPONENNNNENNRNNNNS
1—Strophe ainsi tronquée dans les j'emprunte ma citation.
Chansons historiques de Larue, à qui
La À grand exprimée en cette strophe incomplète est admirablement achevée dans ce triolet, rencontré à la suite d’une lettre de la Mère Juchereau de Saint-Ignace, aux archives de l'Hôtel-Dieu de Québec :
nr roi aura l’humeur noire, Il se fâchera tout de bon Avec raison Quand il apprendra la victoire Dont le Canada se fait gloire Avec raison, s
Ce triolet, qui « vaut seul un long poème, » !est au manuscrit précédé d’une chanson de cinq couplets, sous la rubrique : canadienne, Canadienne elle l’est, mais seulement dans son application aux événements du Canada d’une chenson française composée en 17657 sur les maréchaux d'Estrées et de Richelieu :
Nous avons deux généraux Qui tous deux: sont maréchaux, Voilà la ressemblance.
L'un de Mars est le favori
Et l’autre l’est de Louis,
Voilà la différence. 2
L'auteur de la Chanson canadienne est peut-être la Mère Juchereau elle-même ; elle l’adresse à un correspondant en France, avec une lettre datée du 20 octobre 1758.