‹ Victoires et chansons [microforme]Chapitre 3 sur 12 · LA MONONGAHÉLA · texte numérisé non relu

LA MONONGAHÉLA

Il est remarquable que toutes les grandes batailles de la gue:re de Sept ans en Amérique, ci-haut énumérées, furent livrées sur le sol

1. - Recueil relié en parchemin, sous le No 2. L. La copie est très doute des victoires cha:

taire bless dèrent à Pertinet

RS

aujourd'hui américain, C'est que, à cette époque, vallée du Mississipi et de l'Ohio, et de l'Ohio Champlain, tout le pays était

toire à garder intact au roi de

et planteurs anglais,

colons français,

que quelques p

tout

t de

; pour s’en assurer la possession il fut Améri

les plaines d'Abraham, où elles eu suprême !

France—et alors dans la Nouvellesons, » Des grandes victoires de jadis A la race anglo-saxonne il demeure }' de chansons!

Le mieux partagé? Franchement, je donnerais ma part d’Amérique. et l’Angleterre avec, pour telle de ces cha qui mal y peuse! Opinion libre d’ailleurs, et di gagnera peut-être quelques adeptes parmi les au lois qui voudront bien prêter Poreille à nos cha

LE CCE CREER

1— Montcalm et le Canada français. Septième édition, Paris, 1888, P. 16.

Donc, en 1750, l'Angleterre et la France étant en paix depuis le traité d’Aix-la-Chapelle, les quelque million et demi de colons et planteurs anglais de la Nouvelle-Angleterre et de la Virginie résolurent de s'étendre par delà les Alléghanies,

prendre dans le territoire convoité, soulèvement des tribus sauvages d'en deçà des Alléghanies contre les Français, projet de construction d’un fort à la tête de la rivière Ohio, où elle reçoit les eaux de la Monongahéla.

Les Français, de leur côté, prenant les devants, construisirent eux-mêmes, à la place et sur les plans adoptés par la Compagnie Virginienne, un fort L auquel on donna le nom de uquesne, alors gouverneur de la Nouvelle. ; France ; c’est là que s'élève a jourd’hui la vaste ville de Pittsburg. Désormais les évènements vont grandir et se précipiter,

À la nouvelle des travaux exécutés à la fourche de l'Ohio, un régiment de volontaires américains, qui se tenait aux ordres d’un ardent jeune homme de vingt-deux ans, lieutenant colonel dans les milices virginiennes, descend ; avec des canons dans la vallée, Grossi par des guerriers Mingos, le corps Î expéditionnuire marche sur le nouveau fort, Le 28 mai DL Ÿ date fatale l: dans l’histoire commune des Etats-Unis et de la France, un feu de peloton, B au lever du soleil, retentit dans les « Grandes- Prairies » : une petite troupe française vient d’être surprise au bivouac, et les trente hommes qui la composent ont été, sans sommation, tués ou faits prisonniers. Au milieu du feu, un des Français avait essayé de donner lecture d’un papier ; il était tombé mort sur les cadavres de ses Compagnons. C'était un officier nommé Villiers de Jumonville, envoyé comme parlementaire à la rencontre des Anglais. Ceux-ci, après leur triste victoire, se retirèrent derrière les remparts du fort de la Nécessité, construit sur le bord de la Monongahéla. La vengeance court sur leurs pas : avec six cents canadiens, le frère de Jumonville se rue sur le fort et écrase ses défenseurs sous une dure capitulation, au has de laquelle le chef de l'expédition virginienne appose comme signature le nom alors

La paix n'est plus possible, L’Angleterre débarque en Amérique deux nouveaux régiments avec le général Braddock, tandis que la France envoie à Québec 3,000 hommes de troupes.

Naturellement, le premier objectif du général anglais est le fort Duquesne, qui lui barre le chemin, A l'été de 1755, il se met en marche et le 9 juillet, à quelques milles du fort, en pleine forêt vierge, son armée se trouve en présence de celle de M,

1=— Montcalm et le Canada Français, pp. 19-20.

de Beaujeu, qui n'a à opposer aux 3,000 Anglais que 146 mili. ciens canadiens et 72 soldats des troupes de la marine, plus 600 san. Vages commandés par Pontiac,

Et la bataille commença. Il était midi et demi. se termi

en de la manière de dans les bois ; ses

X vainqueurs une

ns et de vivres, Et cela finit par une chanson, entonnée sur l'air de Robin tttrelure, par un gai luron de larmée française,

Braddock avait toujoërs dit Qu'il viendrait, chose bien sûre, Pour attaquer Pécody 1 Turelure Et renverser sa clôture Robin turelure,

Beaujeu, Dumas, Lignery

Ont voulu voir sa figure

Et l'on mit même au défi Turelure

De soutenir sa gageure Robin turelure,

Aussitôt deux mille Anglais

Se sont mis tous en posture,

Mais nos Hurons et Français Turelure

1— M. Pécody de Contrecœur, commandant du fort Duquesne.

Ont ‘ait voler leur coiffure Robin turelure,

Cinq cents 1 sont sur le chemin

Attendent la sépuiture ;

Les Outaouais, Algonquins Turelure

Leur ont donné la tonsure

Robin turelure,

Les autres, épouvantés,

Pour éviter la blessure

Ont promptement décampé Turelure

En maudissant l'aventure

Robin turelure,

Ils ont laissé leurs canons,

Fusils, poudre, sans mesure,

Ainsi nous les attendons Turelure

Avec leurs propres armures

Robin turelure,

Remercions-les du micux

De leurs chariots et montures,

S’ils reviennent par ces lieux Turelure

Nous leur fournirons voitures

Robin turelure,

1— L'auteur est trop modeste, ou la chanson trop proche du champ de bataille, Plus de mille Anglais périrent dans cette rencontre.

Nous annonçons à Vaudreuil

Leur tr,ste déconfiture ;

Il leur murquera son deuil Turelure

A la Pointe-à-la-Chevelure

Robin turelure, 1

Le dernier vers est une allusion au plan des tant la pri

Projet contre ce poste, ! ce qui en ce bas monde fait le bonheur de l’un fait le malheur de l’autre; et si les braves troupiers français se réjouissaient d'annoncer à M. de Vaudrenil leur triomphe du fort Duquesne, il it bien aussi que les vaincus annonçassent leur piteuse « décon. fiture » à leur « gracieux » souverain, le roi d'Angleterre Geor, Un courrier se dévoue à porter ce message ingrat à Sa Majesté itannique, Il arrive à St. James, se prése ; et le dialogue suivant s'en3e.…..snr l'air du Chevalier de Pusais, Encore un tour de quelque gai chansonnier du fort Duquesne | ?

Courrier, qu'y a-t-il de nouveau ?

Tu me parats troublé du cerveau,

À te voir tu me parafs tout révant, Explique-moi ces nouvelles promptement.

Je n’ai point trop de bonnes nouvelles, Quoi ! les Français ont-ils gagné la querelle ? Sur la Belle-Rivière ai-je perdu

Tous mes soldats s’sont-ils bien ‘défendus ?

1— Archives de l'Hôtel-Dieu de Québec.

2— Cette pièce n'est Pas au recueil de l’Hôtel-Dieu de Québec, Je la

trouve parr : les “Chansons historiques publiées par M, Hubert Larue dans le Foyer canadien, 1865, pp. 19.20.

Ah! mon Roy, vous saurez pour vrai, Nous sommes battus des Français ; Braddock, notre puissant général,

Au lieu de donner a reçu la balle, Sans jamais avoir vu personne,

C’est que beaucoup et peu l'étonne ; Parmi ces bois et ces verts feuillages Etaient cachés et Français et Sauvages,

Comment l'affaire s’est-elle passée ?

Dis-moi au juste la vérité;

Se sont-ils toujours battus dans le bois ?

Mes troupes ont-elles reculé quelques pas ?

Ah ! dis-moi donc qui a eu le plus d'avantages, De mes Anglais, des Français ou Sauvages ?

Les Français avaient-ils le vent sur nous ?

Dis-moi comment uous avons eu le dessous.

Pour vous dire la vérité, Aurait fallu s’y être trouvé, Mais je vous dirai bien pour le présent,

Que c’est la faute du commandant,

Car dans le temps que les Français attaquent, Tous vos soldats étaient qui faisaient halte, Et quoique tous en bataille rangés,

Ni plus ni moins a fallu reculer,

Le feu a-t-il duré longtemps ?

Ai-je perdu bien de mes gens ?

Tous mes équipages et tous mes chariots

Se sont-ils rendus d’un pareil assaut ?

C'est qu’ils n’ont pu jouer l'artillerie,

Mes bombes et grenades ne leur ont pas servi ? Tous mes officiers ont-ils bien travaillé ?

S'eont-ils battus en vaillants guerricrs ?

Tous vos mortiers et tous vos obusiers

N'ont servi qu'à nous embarrasser ;

Vos bombes et grenades, mortiers et canons,

Sont à présent à ce grand Roy Bourbon.

Vous pouvez dire : Adieu la Belle-Rivière.

Ÿ sans compter ce qu’il vous en coûtera

Encore, peut-être ne l'aurez-vous pas,

Oh ! adieu donc, tout est perdu,

uisque je suis toujours battu,

Je n’en suis Pas quitte pour vingt millions

De mes bombes et greuades, mortiers et canons, De mes soldats, aussi de mes familles,

C’est qu'au cœur ils m'enlèvent la vie,

J'aimerais mieux me tenir en E Que de tout perdre et de payer l'écot.

abord h revenait la victoire rtiiler:s anglaise, mple que son

1— Cours d'histoire du Canada, II, p. 524.

Stuila 1 qu’a battu les Anglais [bis] Est un vrai officier français, [bis] Morbleu, C’est un bon vivant, puisque Pour vaincre il s’est fichu du risque.

Braddock, ? général is, [bis Cruel Cd grue na be

Voulut faire le fendant, mais zeste | De Beaujeu lui ficha son reste,

Beaujeu avec son air martial [bis] Méritait fort un piédestal ; [bis] Dam’, vis-à-vis d’un roi qui pense # Le mérite a sa récompense,

Il n'eut rien; ç’fut assez pour lui [bis] Que de mourir pour nos lis, [bis] Stuila est avide de gloire,

Qui donn’ sa vi’ pour la victoire.

Oui, de Beaujeu rien que le nom [bis] Fit beaucoup plus que le canoh, [bis] Dans sa famille le courage

Est tout ce qu’elle a d’apanage.

1— SruiLa. Il fait plaisir de rencontrer d siècle notre si populaire c’tu-là. Cest cette orthographe plus logique qu'il faut en effet Gonner à l'expression plus archaïque encore de cettutremonte à Marot. Dans la fable Le lion et le rat il écrit : Cettui lion …,

2— Sans doute ce mot devait.il compter dans ld mélodie pour trois syllabes :

Braddocque, ce que réclame aussi la mesure.

3— Louis XV...

Il est mort, mais il est vivant [bis

Dans le cœur de nos braves gens. bis] Oui, d’sa valeur et d’son courage A:

Toujours nous rendrons témoignage.

Stuila mérit’ les r'grets du roi [bis]

Qui meurt combattant pour ses lois, [bis] Quand le soleil luit sur la plante,

Ses rayons la rendent vivante,

Si ma chanson n’a guèr’ d’esprit [bis] Mon cœur sent bien'tout ce qu’il dit, [bis] Souvent stuila qui veut mieux dire

A beau style, n’excit’ qu’à rire, 1

Brave troupier, va, personne ne rira de ta chanson. A cent cinquante-sept ans du héros qu’elle céläbre, sa naïve sincérité nous émeut encore et, qui sait, peut-être plus profondément qu’elle n’émut les contemporains, Car notre patrimoine à nous, les petits-fils des héros de 1766, n’est-ce pas l'épopée écrite par nos ancêtres de leur épée trempée dans le sang anglais ? Non, aucun Canadien-français— ni même aucun Anglais—ne rira de ta chanson, pas plus qu’il ne s’étonnera du dithyrambe qui, de l’âme de ton brave commandant enseveli dans sa gloire, jaillit entonné par la conscience populaire,

Plus vite que l’éclair, plus craint que le tonnerre, Portant avec moi la terreur et la mort,

J'ai passé comme un Mars des rivages du Nord Partout où m’appelaient la justice et la guerre,

1— Cette chanson et la pièce suivante sont tirées des archives des Ursulines de Québec (Vieux carton, 2, no 5 ). M. l'abbé Lindsay m'a gracieuse. ment communiqué la copie qu’il en a prise.

it

Et les Anglais m'ont vu briser comme du verre Tout ce qui s’opposait à mon puissant effort.

Au fort Duquesne seul ? je servis de support Lorsqu'il ne semblait plus qu’il en eût sur la terre, Le plus sage au conseil, le premier aux hasards, Mes vertus ont terni le lustre des Césars

Et rendu ce pays étonné de ma gloire.

Quel siècle vit jamais un si grand conquérant ? Vivant j'ai triomphé, je triomphe en mourant,

Et choisis, pour tombeau, le champ de ma victoire, #

La louange est certes méritée, bien que très hyperbolique, mais M. de Beaujeu, qui avait fourni son chemin d'immortalité par la force suruaturelle du pain eucharistique, n'eût pas désapprouvé que l'on imputât, plrs qu'à ses efforts, la victoire du fort Duquesne à l'intervention de la Mère de Dieu, ainsi que l’on fit, Chose digne de remarque, en effet, de même que le désastre de l'amiral Walker sur l'Isle-aux-Oeufs en 1711 fut a comme en témoi

1— A la copie des archives ce vers et le précédent se lisent comme suit :

Partout où m’appelait la justice et la guerre. Les Anglais m'ont vu briser comme du verre

Métrique fautive, à laquelle j'ai remédié de mon mieux.

2— La copie porte encore :

Ce qui est

3 — De ma gloire, lit-on au manuscrit ; le vers—pensée, mesure et rime— exige évidemment M BA Pan

4 Cantiques spirituels, 1706, Page Air noté, gravé, chant 12 e 11=1. Cet ouvrage est à l'Hôtel-Dieu de Québec. Hip re

D'une nouvelle terre Grand et puissant appui, C'est vous, Ô Vierge Mère, Que je chante aujourd'hui, Contre la Virginie

Vous armes votre bras, De notre colonie

Vous guidez les soldats,

Braddock avec audace

Fait marcher ses guerriers,

Et sur notre terrasse

Veut cueillir des lauriers,

Il veut dans nos campagnes Déployer ses drapeaux,

Mais c'est dans nos montagnes Qu'’ont échoué ses travaux.

Mébprisant les alarmes D’York et de Boston, Nous porterons les armes Sous votre auguste nom, Donnez-nous la victoire Sur tous nos ennemis, Vous seule aurez la gloire De les avoir soumis,

Pleins d’un nouveau courage Sont les soldats français; Vont avec les sauvages

Au devant des Anglais,

1— L'original porte bien conquis, mais la rime et la raison exigent soumis,

S'appuyant sur Marie Plus que sur leur valeur, Bientôt chacun s'écrie :

Louis est le vainqueur !

Quinse cents sur la place Viennent d’être immolés, Quinze cents sur la place, Vainous et désolés, Sucoède à la hardiesse L'épouvante et l’effroi ; Marie est la maîtresse, Tout fléchit à sa voix,

Faites fleurir nos Vis!

L'Anglais sur nos frontières Porte leurs étendards, Exauces nos prières, Fortifiez nos remparts, 1

Prière nécessaire et opportune.

La bataille de la Belle-Rivière n’est que la prersière d’une longue Campagne. La Nouvelle-Angleterre est en armes, les tran anglais déversent de nouveaux régiments sur le sol d'Amérique, ils sont dix A. contre un Français qui s’avancent Pour venger leur première défaite, et qui,

Sur nos frontières Portent leurs étendards,

Chouaguen, Carillon réclament votre aide, ô Vierge Marie |

Exaucez nos prières, Fortifiez nos remparts,

1— Ce cantique ouvre le recueil manuscrit des archives de l'Hôtel-Diew de Québec.

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