Victor Alfieri
Victor Alficri naquit à Asti en Piémont, le 16 janvier 1749.11 était d'une famille noble et ancienne. M. Ernesto Masi a pu écrire tout un livre et un g; os livre sur la famille des Alfieri, dontl'histoireest intimement liée àl'histoire même de la commune d'Asti. Avec le tenps, les Alfieri s'étaient d'ailleurs bien embourgeoisés, et la commune d'Asti, de son côté, n'était plus qu'une honnête petite ville de province, lorsque vint an monde celui qui devait donner au nom de ses ancêtres et à sa cité natale un éclat nouveau et inattendu.
Victor Alfieri passa les neuf premières années de sa vie dans la maison paterneHe, sous la surveillance de sa mère et de son beau-père — son père était mort qaandil était tout enfant et sa mère s'était remariée ; — pais on le mit à l'Académie de Turin, où l'on élevait les jeunes gens de son inonde. Il nous dit dans sa Vita qu'il y fit de fort mauvaises études, mais il exagère; son affirmation est contredite par quelques détails qu'il nous donne dans les mêmes chapitres, et qui prouvent qu'il était un fort en thème et un garçon plein d'amour-propre.
En 1766 — a avait dix-sept ans — i: fut nommé porte enseigne au régiment provincial d'Asti ; mais ces fonctions, qui ne l'ob'.igeaient d'ailleurs, en temps de paix, qu'à quelques jours de présence au corps tous les ans, n'étaient point faites, nous dit-il, pour un futur poète tragique et pour un homme libre, et il trouva mayendc s'en affranchir.
Il voulait voir du pays. Il s'associa à deux ou trois jeunes gens qui avaient envie d'en faire autant, et après avoir demandé, suivant l'usage, et obtenu la permission du souverain, il sortit des Etals du roi di Sardaigne et, flanqué d'nn valet de chambre et d'un précepteur anglais, il prit la
route qui conduit à Milaa. De M.lan il alla à Florence par Modène et Bologne, puiô à Sienne, puis à Rome, pnis à Naples, d'où il revint à Rome 2t gagna Venise.
linons a conté longuement — peut-être trop longuement— toutes ces pérégrinations, s'accusant d'avoir voyagé comme un colis, sans rien voir, et un quement pourchaagerde place. Là encore il a exagéré. Les rapports des ministres du roi de Sardaigne auxquels il était obligé ds se présenter dans la plupartdesÉtats où il séjournait, le représentent comme nn jeune officier des plus sérieux et curieux de s'instruire. Mais Alfieri, dans le temps où il écrivait sa Viia, aimait à dire que outes les heures qu'il n'avait pas consacrées à la Tragédie avaient été des heures perdues, et qu'il n'avait vécu que dn jour où il avait connu sa vocation.
En 1767, il fit son premier séjour à Paris. Il y arriva vers la fin du mois d'août et y fit son entrée pir le faubourg Saint-Marcel, quin'était pas alorsbeaucoup moins laid qu'aujourd'hui, et qui le prévint tout" d'abord contre tout ce qu'il devait voir dans Paris. Il erra, nous dit-il, par les promenades publiques, fréquenta les théâtres (pointa retenir: on verra pourquoi), se fit présent jr au roi Louis XV, qui ne daigna pas même le regarder, et, quelques semaines plustaird, partit pour Londres. L'Angleterre le ravit. « Les rues, les auberges, les équipages, les femmes, une aisance universelle, la vie et l'activité partout, la propreté et commodité des habitations, un mouvement continuel d'argent et de marchandises, tout ce'a, nous dit-il, lui rendit courage dès l'abord, et surtout le bon gouvernement et la vrais liberté dont on jouit dans ce piys-là. » Alfieri, on le voit, pensait de l'Angleterre ce qu'en avait pensé Montesquieu et ce qu'en pensait Voltaire. Il passa la fin de l'été et l'automne de 1768 en Hollande, où il occupa ses loisirs à lire Machiavel et où il fut amoureux d'une jeune femme au point de vouloir se suicider, quand celle-ci se souvint qu'elle avait nn mari et s'éloigna de lui.
De refour dans sa patrie après un voyage qui avait duré deux ans, Alfieri se consacra, nous dit-il, aux études philosophiques, c'est-à-dire qu'il lut la iVoaveZ/e Héloïse, du moins
INTRODUCTION
le premier vomme, car, nous dit-il, l'affectation de l'auteur l'empêcha d'aller plus avant ; le Contrat social où il assure n'avoir rien compris ; Helvétius qui lui déplut; Montesquieu dont il di! le plus grand bien ; Voltaire dont il goûta la prose et non les vers ; Plutar que enfin, qui le « fit hurler d'enthousiasme ».
jvîais il ne tenait plus en place. Au mois de mai 1769, il était di nouveau sur les grands chemins. On le vit à Vienne, à Prague, à Dresde, à Berlin. A Berlin, il se fit présenter au roi de Prusse et remercia le Ciel de ne l'avoir point fait naître soa esclave. Il ne respira qu'à Copenhague. On le vit en Suède, en Finlande, et la sauvage rudesse de ces régions le transporta. Et les pages oii il peint ces paysages septentrion iux sont ptrmi les meilleures. Elles font songer àdn Loti, On le vit en Russie, mais la pensée qu'il était dans les Etats d'une Clytemnestrcphilosophesse — c'est aiasi qu'il appelle Catherine II — le décida à s'éloigner au plus vite d'un pays qu'il considérait comme en dehors de l'Europe. Il rebroussa chemin et parla Prusse et la ti oUande gagna l'Anglcterre.où il fut le héros d'un drame à la fois romanesque et comique e* dont ia narration remplit le onzième et le douzième chapitre de sa Vita. On verra dans ces deux chapitres — que d'ailleurs nons ne reproduisons pas — qu'il s'éprit à Londres d'une noble Lady qui partageait ses faveurs enlre le futur auteur de San/ et son proprs cocher, et comment finit l'aventure .
En septembre 1771, aprèi avoir traversé Paris où il refusa de se re icontrer avec Rousseau, qu'il jugeait orgueilleux et bourru, il « s'engouffra » dans « les Espagnes » avec une bonne provision de livres italiens qu'ils avait achetés à Paris. C'est ainsi, je veux dire en voyageant et du fond de sabtrline, qpi'ilfit connaissance des clas iquesde son pays. Il lisait aussi beaucoup Montaigne, et peut-être est-ce a la fréquentation de l'auteur des Essais qu'il doit non certes le style oulaDhilosophie de ses tragédies, mais la bonhomie de sa Vita, au moins d'une partie de «a Vita, l'ouvrage, qui tout compte fait, demeure son chef-d'œuvre.
11 traversa la France sans la voir, tant il était occupé à
lire; mais il ouvrit les yeux sur l'Espagne, marchant beaucoup, chevauchant plus encore, et suivi de son domestique, et rappelant ainsi l'illustre chevalier de la Manche et son fidèle Sancho. Madrid ne lui plut point ; mais Lisbonne le ravit, Lisbonne lui rappelait Gênes. 11 y avait la rrer, la mer « don il ne pouvait se rassasier ». £t c'est à Lisbonne qu'il se lia pour la vie avec l'abbé de Caluso, dont l'amitié lui devait être en plus d'une circonstance un véritable réconfort.
Au commencement de 1772 nous le retrouvons à Turin. Il s'installe dans nne maison magnifique de la place Saint- Charles, et dès ce moaient — il avait vingt-trois ans — il résout de ne plus songer qu'à se faire un nam dans les lettres. Il refuse un emploi qu'on lui offre dans la diplomatie, et fonde avec quelques amis une manière d'académie où il s'amuse à écrire — en français — des comédies ou dei pamphlets « où il singe Voltaire (1) » et qui ne manquent pas de philosophie. C'est qu'Alfieri avait un tempérament de satirique, et peut-être — c'est du moins mon sentiment — s'estil trompé en donnant le meilleur de ses forces à Melpomène. M lis il était ambitieux et très persuadé qu'on ne va à la postérité que par le moyen des genres nobles.
En 1774 il écrivit — en italien — une Cléopâtre qu'il fit représentera Turin au mois de juin 1775 après l'avoir revue et corrigée à maintes reprises. Il n'a pas recueilli cette pièce dans l'édition de ses Tragédies et il en parle dans sa Vita avec un profond mépuis. Il est bien sûr que cette Cléopâtre ne vaut rien, mais elle n'est pas sensiblement plus mauvaise que beaucoup d'autres pièces qu'il considérait comme excelentes, sa i?os77izîncfapar exemple ou son Don Garzia. En tout cas elle eut quelque succès, et ce su:cès le détermina à prendre vis-à-vis du public et de lui-même l'engagement de persévérer dans la carrière de poète dramatique.
Il se mit à travailler avec une soinbre énergie ; il apprit à fond l'italien qu'il parlait mal, car il était né dans un pays « amphibie » et il voulait être un poète italien; puis il se mit
(i) L'expression est de lui.
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à composer. Dans cette même année 1775, il fit le plan et le développement en prose de son Filippo et de son Polinice, tout en couvrant de notes marginales les graads classiques italiens dont il pensait avec raison que les leçons ne lui seraient pas inutiles. Il ne nous dit rien, dans sa Vifa, des poètes français, et même, à l'en croire, il neleurdevr-^itrien du tout. Il ne faut pas, sur ce point, s'en rapporter à sa parole ou à celles des critiques italiens qui ont acceplé aveuglément cette affirmation audacieuse. L'un d'eux, Boselli, écrivait, il y a trois quarts de siècle : « La tragédie est sorlie toute faite de la tête d'Alfieri, comme Pailasdu cerveau de Jupiter. » Et l'on sait que Gioberti a proclamé avec insistance qu'Alfieri était tout à fait indemne de l'inflncace française: dagli influssi gallici. Il n'ya rien de plus faux. Alfieri avait lu nos auteurs et fréquenté nos théâtres, et il suffit d'avoir présents à l'esprit les principaux chefs-d'œuvre de notre tragédie pour saluer au passage dans l'œuvre d'Alfieri beaucoup de vieilles connaissances (1).
Pour mieux apprendre l'italien, le jeune poète fit ce qu'il appelle des voyages littéraires en Toscane. Il alla à Pise, à Florence, il tiéjourna à Sienne. On verra dans sa Vita, et plus au long dans sa Correspondance, sans parler de ses sonnets, la plaça considérable que tiennent dans son existence ses amitiés siennoises. 11 trouva à Sienne des gens très cultivés, qui étaient tout animés comme lui de l'esprit du XVIII» siècle, qui l'admiraient et l'encourageaient. Il signait volontiers ses lettres : Alfieri il Tragico, car il avait dans ce temps-là une certaine vanité. Et il aimait aussi à faire parade de ses chevaux, car il était bon cavalier et il avait pour le moins une douzaine de montures. Ce fut à Sienne qu'il écrivit son traité de la Tyrannie, auquel il faut toujours se référer si l'on veut remonter à la source de ses tragédies qui ne sout en définitive que des mélodrames destinés à inspirer la haine des tyrans.
(i) Voir sur ce point l'ouvrage de M. Bertana que j'indique plus loin dans la bibliographie. M. Bertana a rompu très franchement et très courageusement avec la tradition et les préjugés de la critique de son pays.
Le traité de la Tyrannie, pour le dire en passant, comme au surplus celui du Prince et desLettres,n'a. pas grande valeur. On se tromperait fort de voir dans Alfieri un émule de ce Montesquieu, pour lequel il professait d'ailleurs la plus sincère admiration. Il rappelle plutôt le jeune Etienne de laBoétie, l'auteur du Contre un ou La Servitude volontaire. Ce qui fait le mérite de ses écrits politiques, ce n'est ni l'originalité des vues, ni leur nouveauté; et ils sont bien loin de laisser supposer chez lui une lon^ae méditation de l'histoire; mais une chaleur d'accent et une ardeur républicaine qui font songer aux discours de nos grands révolutionnaires. Ce style 93 se retrouve dans les tragédies, notamment dans Virginie.
lin 1777, Alfieri, qui estimait qu'on ne peut faire de bonnes tragédies qu'à la condition d'avoir une maîtresse du meilleur monde, se lia avec la comtesse d'Albany, femm » de Charles Stuart, qu'on appelait le Prétendant et qui se donnait à luimême le titre de ro; d'Angleterre. Alfieri nous a laissé dans sa Vita et dans ses sonnets un portrait des plus flatteurs de Louise de Stolberg, comtesse d'Albany. Il ne faut guère lui reprocher d'avoir idéalisé les traits de la femme qu'il aima, mais tout ce qae l'on sait de la comtesse d'Albany montre qu'elle était un peu plus matérielle qu'il ne l'a dit, et que c'était une muse encore assez ignorante. Il n'est pas même certain que l'union du poète et de la reine d'Angleterre ait toujours été parfaite ; mais, à vrai dire, cela n'a peut-être pas grande importance. Ce qu'il est utile de retenir, c'est qu' Alfieri, qui disait tenir très fort à son indépendance, mena à partir de ce moment une existence assez asservie à celle de sa dame.
C'est pour la suivre qu'il partit pour Rome, qu'il n'aimait guère, en 1730. Elle allait y chercher un refu'lc contre les violences de son mari et demander asile à son beau-frère le cardinal d'York ; c'est pour la suivre qu'il alla vivre quelque temps en Alsace où elle passa deux saisons ; c'est pour la suivre enfin que lui qui professait, dit-il, une sainte horreur pour Paris et pour la France, et qui certes, s'il ettt été libre, eût passé sa vie entière à Sienne ov
= INTRODOXTION
à Florence, se résigna à vivre daos la rae de la Chaise, puis dans la rae de Bourgogne, à partir de 1786, et y aurait sans doute vécu jusqu'à sa mort si la Révolution n'avait obligé « sa dame » à poi'ierses pénatesa Ueurs. Au surplus, la comtesse d'Albany ne collabora en aucune façon à ses tragédies. Il en avait déjà fait un certain nombre quand il la connut, et avait arrêté depuis longtemps sa manier; et son style.
Ilest bon, avant de poursuivre ce récit, de donner une idée de la tragédie alfiérienne.
Elle n'est pas aussi profonde qu'on l'a souvent prétendu, du moins en Italie. La grande originalité en est dans le style, qui est d'une concision peut-être un peu affectée, à la manière de Sénèque. Voici. l'exemple le plus classique de cette brièveté :
Hai scelfo ?
Scelsi.
Emone ?
Morte .
L avrai.
« As-tu choisi ? — C'est fait. — Hémon ? — ha mort. — Meurs donc. •»
Mais quand on a suffisamment admiré cette virtuosité dans l'art du raccourci, qui n'exclut pas toujours d'ailletirs, il est bon d'en faire la remarque, \x plus insupportable prolixité, il faut bien dire que la tragédie d'Alfieri n'est aa fond que du mélodrame. On y trouve presque partout le tyran, le traître, l'héroïque jeune premier, vengeur de la Justice, l'ingénue, la marâtre, etc. Alfieri s'est bien défendu d'à oir eu recours aux moyens ordinaires des faiseurs de drames, c'est-à-dire aux méprises et aux reconnaissances sur lesquelles repose le théâtre du vieux Crébillon et bien souvent celui de Voltaire, mais cela n'empêche point qu'il a fait des tragédies d'où est banni'- jusqu'à l'ombre d'un caractère. Son Philippe est un monstre, son Etéocle une bête féroce, s n Saùl un fou, sa Rosemonde une panthère. Et en face de ceux de ses personnages qui sont méchants et cruels, voici le cortège des victimco qui se sacrifient avec une sorte
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de joie, qui ont même le goût de la mort. Antigoae veut mourir ; il ne lui suffit pas d'accepter la mort : elle la provoque, elle la réclame. Octavie, dans la tragédie da même nom, est insultée, rîiiilée, torturée par Néron. Et pourtan'; elle l'aime, elle l'adore. Pourquoi? grands Dieux! Parce que cela fait plaisir à Alfieri, parce qu'il lui semble que c.;tte tendresse d'Octavie, qui ne peut être que de la stupidité, fait contraste avec la méchanceté de Néron. Il ne s'agit pas d'être vrai, ni même vraisemblable, mais d'agiter devant nous des fantômes dont les uns doivent porter l'effroi daas l'âme des spectateurs et les autres le faire pleurer .e pitié. On y est d'une cruauté que rien n'égale on d'une sublimité dans le sacrifice qui dépasse tout.
D'ingénieux critiques se sont demandé où était « l'unité esthétique » de la tragédie d'Alfieri. Et ils ont cru voir qu'elle ét^it dans la peinture de la volonté. Le héros d'A fieri, disent-ils, est l'homme qui veut. Et si pour vouloir il suffisait de dire : Je veux, ces critiques auraient raison. Car les héros d'Alfieri disent : Je veux, et ils disent aussi : Je jure, presque à chaque vers. Ce sont de grands faiseurs de serments et de remarquables entêtes. Mais si, pour vouloir, il faut savoir, peser, délibérer, les héros d'Alfieri ne «veulent pas. Les héros de Corneille veulent et ils nous disent pcv.r quoi. Les héros d'Alfieri sont des machines qui broient ou de pauvres agueaux qui se laissent broyer parce que c'est leur rôle d'être des bourreaux ou des victimes. Ne songez pas à Corneille quand vous lisez Alfieri, mais à l'auteur d'Hernani ou de Marion de Lorme. Les héros d'Alfieri sont des furieux et non des volontaires, du moins quand ils prétendent vouloir ; ils ont ce que Stendhal appelait de l'énergie, c'est-à-iire de la passion.
Pour bien pénétrer la tragédie d'Alfieri, il ne suffit pas de lire ses pièces ; il faut lire aussi, je dirais presque surtout les examens qu'il a faits de chacune de ses pièces et cù il nous dit ce qu'il a voulu faire. Rien n'est plus instruclif. H y a, selon lui, des sujets tragique ^ et des sujets tragëdiables. Voilà une distinction qui parait subtile : il est bon de voir ce qu' Alfieri entend par là. Pourquoi, se demande-t-il , l'a
r^-=^ INTRODUCTION
sassinat de Marie Stuai t par Elisabeth, fait tragique s'il en fat, n'est-il pas tragédiab'e — car il paraît qu'il ne l'est pas? —C'est, non? répond-il, qa'il n'y a pas enirc Elisabeth et Marie S'.uart des liens de famille assez étroUs- Elisabeth tuant Marie Stuart, c'est une reine qui tue uue autre reine, et ce'a ne prête poiat. Supposez maintenant qae je représenteMarie Stuart faisant périr Darnley sjn mari. Voilà une matière tragédiable. Une femme qui tue son mari — ou un mari qui'ue sa femme — c'es ^ un suiet de tragédie, parce que le meurtrier ou la met- rtrière doit triompher, pour achever son crime, des sentiments les plus sacrés ; il ou elle doit faire taire la voix de l'amour conjugal ou la voix du sang. Philippe II ne serait point tragédtable — il ne serait que tragique — si sa passion de dominer et son orgueil avaient choisi pour victime un autre personnage que son propre fils. Etéocle et Polynicc forment le sujet le plus tragédiable qui se puisse imaginer : ils sont frères et ils s'eatre-déchirent, ou plutôt ils s'entrcdéchirent et ils sont frères ! Mirra, qui a pour son père un amour criminel, est infiniment plus tragédiable que Phèdre qui n'aime que son biau-fils,
VoUà une conception de la tragédie tout à fait conforme a l'esthétique du xviii' siècle. On aimait dans ce temps-là à faire fré.nir la nature.
Ce n'est pis tout. Oa ai:nait à faire fr mir la nature, mais on voulait réhabiliter la nature que de fâcheux jaûsénisfe^ avaient, paraît-il, calomniée au siècle d'avant. Le xvni" siècle croit à la bonté foncière de l'homme. «L'homme est bon, mon ami, dit Diderot, très bon. » II n'y a point de tragédie si la nature ne frémit point, mais on fait œuvre mauvaise et condamnable si en ne rend point hommage à la nature. Comment résoudre cette contradiction ? Alfieri s'y est employé de son mieux et ses examens ont justement pour objet denous montrer combien cela était malaiséetavec quelle prodigieuse habileté il s'en est tiré. Le mo7en dont il use le plus tréquemment est l'emploi du « traître •». Le traître de mélodrame est le bouc émissaire qui porte sur lui tous les péchés de 1 humanité. La tragédie qui veut faire frémir la nature et qui veat aussi proclamer la bonté originelle de — = 9
l'homme a inventé le traître, ou du moins, — car il y avait des traîtres dans Corneille et dans Racine, — a donné au traître des proporticus giganteiquts. C'est lui qui arme les pères contre les fils et les fils centre les pères — et la nature frémit ; — mais les fils assassins et les pères meurtriers ne sont pas coupables. Vive la nature et maudits soient les traîtres ! le Gomez de Philippe II, le Cr^on de Polynic , le Bothwell de Marie Siuart, l'Abner de Saûl et tutti quanti \ Les examens d'Alfieri sont des plaidoyers pour les criminels qu'il a mis sous nos yeux : ils ont été séduits, nous dit-il ; ayons pitié d'eux et réservons notre indignation p ur lesséductears. Vous direz peut-être que les séducteurs font à la nature humaine le même tort que lui feraient les criminels s'ils n'avaient pas été séduits. Il est possible, vous dirai-je, et même il est certain, car les traîtres, après tout, sont aussi des hommes ; mais il faut croire que les faiseurs de mélodrames ne s'en doutent pas.
Un autre moyen dont Alfieri s'est servi pour sauver la nature humeiine tout en nous présentant des horreurs, c'est l'usage qu'il fait de la folie. Saûl esi un fou. Oreste en est un autre. Il est entendu qu'Oreste tu;: sa mère ; la tradition l'exige et il n'y aurait point de tragédie sans cela. L'Oreste d'Alfieri poignardera donc la misérable Cly emneslre, mais sans s'en apercevoir, dans un accès de délire. C'est un fou. Eh ! mcnstres ! dirait M. de Voltaire, dont l'Oreste est aussi un meurtrier inconscient, préférericz-vcns qu'il fût un parricide ?
Vous voyez cependant qu'il ae faut pas chercher des caractères dans r.lfieri. Le poète n'a voulu qu'une chose : iaire frémir la nature durant quatre actes et nous réconciler avec elle au cinquième, sur le dos du traître ou en plaidant la responsabilité limitée des assassins.
Tout cela est bien conventionnel et bien faux. Ce qui l'est pas moins — et qui sent bien aussi scn xvui' siècle c'est la place considérable que fait Alfieri dans son théâtre à ce que Diderot appelait les conditions ou 1* s relations. Nous ne sommes point, disait Diderot, des hommes en général, mais des magistrats, des professeurs, des militaiies, des bct"- ^ 10 -
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geois ou des paysans ; nous avons une condition et le théâtre doit tenir compte des conditions. Pareillement, ajon'ait-il, ncus sommes fils ou pères ou frères ou cousins germains ce quelqu'un ,et ce sont là des relations dont le théâtre doit aussi tenir compte. Un père ne s'exprime pas comme un oncle ni un frère comme une sœur.
Il suffit de parcourir les Examens d'AUieri pour voir qu'il est un disciple de Diderot. Ses tyrans ont beau être des tyrans, il se souvient qu'ils sont des rois et, ccmme tels, qu'ils ont une certaine dignité et qu'il faut les entourer . 'un certain prestige. C'est i^arfois gênant. Il est entendu, di^ Alfieri, que Néron est un cruel et un fourbe. Qu'il soit cruel, ie m'en arrange et même j'en suis heureux, car un monarque absolu doit être cruel, mais la fourberie m'embarrasse, non pas qu'elle ne soit pas dans le caractère d'un tyran, au contraire, mais un roi de tragédie doit être grand, même dans le crime, et qui dit fourbe dit petit. Alfieri cons'a e, dans l'examen d'Octavie, qu'il devait f ire de Néron un fourbe, puisque l'histoire assure qu'il en é'ait un, et qu'au surplus un tyran est toujours fourbe, mais enfin cette fourberie est un défaut au point de vue de l'art, un défaut qu'il doit signaler et dont il s'excute fort humblement.
Quel aractère croyez-vous qu'il faille donner à Jocaste, la mère d'£téocle et de Polynice? Réponse : celui d'une mère. Or une mère n'a point ou ne doit point avoir de préférence pour l'an ou l'autre de ses enfants : elle doit les aimer tous également, sinon c'est une mauvaise mère. A'issi Jocaste maudit-«.lle Polynice quand elle apprend qu'il vient de 'ner Etéocle. bien que Polynice ait été dans le cas de légitime défense et même qu'il ait tué Etéocle sans 1 -. vouloir (voir plus haut) — et le coeur maternel de Jocaste ne re rend son maternel équilibre que lorsque ses deux garçons sont morts l'un et l'autre. Quant à Antigone, elle préfère Polynice à Etéocle, mais, nous dit l'auteur, elle en a le droit: uue sœur n'est pas une mère.
Je pourrais faire à propos des tragédies d' Alfieri bien d'antres observations du même genre; elles achèveraient de nous convaincre que l'œuvre du poète italien, bien loin ^^=^ 11 ==========.-========1=
d'être ane improvisation de génie, est le frait d'une poétique très conventionnelle et très rigoureuse et qu'il avait été chercher chez Voltaire, chez Crébillon, chez Diderot. Au surplus, tout cDmme celle de ses modèles, la tragédie d'Alfieri conduit an mélodrame d'une part et de l'autre au drame bourgeois. Il a beau restrcidrc le nombre de ses personnages au minimum indispensabliî — il n'y en a que quatre dans Rosmunda, — supprimer les coafidents, viser à la concision la plus énergique, ces austérités ne doivent point nous faire illusion ; sa tragédie n'en est pas moins un mélodrame ou un drame bourgeois.
Après cela, il faut bie i dire qu'il était habile homme et bon versificateur. Par le don du style et l'ingénieuse disposition des scènes il est arrivé à mettre sur pied des drames qui font grand effet. San Or este est encore souvent représenté en Italie ; d'illustres acteurs, Modena, Salvini, ont conquis leur célébrité en incarnant son iaul, et l'on sait que le rôle d2 Mirra fat le triomphe de !a Risîori lorsqu'elle vint à Paris dans les premières années du second Empire. C'était un bon dramaturge, et il faut d'autant plus l'en louer qu'il n'a point f ai représenter ses pièces, et qu'il n'avait donc pas, pour en tirer parti et se corriger, le cas échéant, l'expérience que donne toujours la représentation publique.
Victor Alfieri habitait donc à Paris et il y surveillait l'édition de ses tragédies qu'il avait confiée à l'imprimeur Didot, lorsque la Révolution commença.. Il semble que l'auteur de la Tyrannie et de tant de drames tyraanicides eût dû voir avec sympathie les efforts que faisait la France pour s'affranchir de ses maîtres. Et, en effet, si on se réfère, non à sa Vita, où il se donne des airs de prophète et semble prévoir les pires excès des jacobins, mais à sa Correspondance, il ne fut point hostile aux premières manifestations de l'esprit révolutionnaire. Il écrivait à sa mère le 22 décembre 1789 : « Que ma pré^ence à Paris ne vous inquiète pas; le danger, s'il y a eu danger, est passé; il ne faut pas croire aux exagérations des Français qui oat fui en Italie. Certes je ne pense pas que tout ce qui s'est fait jusqu'à présent ait été bienfait, mais ce sont maux passagers dont sortiront peut être des
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biens durables. » Il composait une ode sur la prise de la Bastille et des plus enthousiastes.
Puis il changea d'avis. H faut bien dire qn'il ne fat pas le seul. André Chénier, avec lequel il était en relations, changea d'avis, lui aussi. Et pour d'excellentes raisons. Je ne crois donc pas qu'il faille chercher les origines du Misogallo dans les rancunes personnelles qu'Alfieri aurait pu nourrir contre une révolution qui l'atteignit dans ses intérêts privés. On sait en effet que sa bibliothèque et ses meubles furent confisqués au lendemain de son départ (16 août 1792) et que Vi."^^ d'Albany, privée de la pension que lui avait faite l'ancien régime, et que le nouveau lui avait quelque temps continuée, fut portée sur la liste des émigrés. On peut très bien adm;ttre qu'Alfieri, qui était sincèrement révolutionnaire et qui avait fait, comme bien d'autres, le rêve d'une république française renouvelée des Romains ou des Grecs, ne trouva point dans les Jacobins des clubs les héritiers de ses héros de Plutarque. Il avait été trop idéaliste ; la vue des réalités ne le fit pas renoncer à son idéal, mais plutôt que d'avouer qu'il s'était fait une idée trop haute de l'humanité, il préféra faire porter aux Français tout seuls le poids de ses déceptions. Si la liberté n'a point donné du premier coup tout ce que l'auteur de la Tyrannie en eût pu attendre, ce n'est pas pour une autre raison que d'avoir été « souillée, contaminée, avilie par les Français ». Le Misogallo développe ce motif avec une abondance et une verve haineuse qui en font, nonobstant l'injustice évidente de l'auteur, et peutêtre même à cause de cette injustice, un livre des plus intéressants. Pourrions-nous d'ailleurs lui en vouloir? Il me plait de constater qu'à l'heure où j'écris, le ministre de la Guerre du royaume d'Italie, notre allié, est un héritier du nom d'Alfieri.
Alf ieri quitta Paris un peu précipitamment le 16 août 92 ; il fit bien. Il revint en Italie et s'établit à Florence où il passa les dix dernières années de sa vie. Vieillesse triste, assombrie par les deux invasions françaises, et par des embarras d'argent qu'il ne faut pas d'ailleurs exagérer. Il est possible aussi que v< le digne amour » ne fût plus pour le - = 13 =
poète aussi réconfortant qu'il l'avait été. En tout cas il ne cessa de travailler. On verra, dans les extraits que nous donnons de sa Vita, qu'il apprit le grec, traduisit des auteurs grecs et des auteurs latins, fit une nouvelle tragédie et acheva de rédiger sa biographie. Il continua également de faire des sonnets — il en avait fait toute sa vie, — qu'il ne faut pas comparer, comme on l'a fait, à ceux de Pétrarque, mais qui ne sont pas mauvais. Il écrivit enfin ses Satires et ses Comédies. Il a laiësé une quinzaine de satires, dont quelquesunes, comme celle qui a pour titre les Voyages, sont moins des satires que des récits en vers de ses propres aventures, mais dont quelques autres ont une portée générale. La satire de l'Education, en particulier, mérite de rester. Quant aux comédies, Alfieri en écrivit six, dont quatre ont pour sujet la politique et dont les deux antres sont simplement des comédies morales.
J'ai dit plus haut qu' Alfieri avait un tempérament de satirique, et qu'il eût pu, s'il l'avait voulu, laisser la réputation d'un auteur de comédies. Toutefois les comédies qu'il a écrites vers la fin de sa vie ne sont pas d'une lecture fort divertissante. L'humeur du poète s'était, je l'ai dit, singulièrement assombrie et son œuvra s'en ressent. L'Uno, £ Pcchi, I troppi, trois comédies politiques, sont des réquisitoires pleins d'amertume contre les régimes que l'auteur condamnait, réquisitoires pleins d'amertume et peu probants. Il y manque surtout la fantaisie ailée d'Aristophane. Quant à VAntidoto, la quatrième des comédies politiques d'Alfieri, c'est une moralité un peu froide. On aime mieux la Finestra, apologue dramatique qui rappelle Lucien, et surtout le Divorzio, comédie de mœurs contemporaines, dont on trouvera l'analyse et quelques extraits à la fin de ce volume.
Alfieri mourut le 3 octobre 1S03, à l'âge de cinquanletrois ans. Il était épuisé par le travail et le régime de sobriété excessive auquel il s'était volontairement condamné. La comtesse d'Albany le pleura sincèrement, mais elle n'entendait point vieillir dans la solitude, et le peintre Xavier Fabre tint auprès d'elle pendant vingt ans la place que le tragique italien venait de laisser vide. Lorsque Fabre mou- 14 =
INTRODUCTION
rat à son tour quelques années après la comtesse, il se trouvait en possession de la bibliothèque d'Afieri et de ses papiers, que celui-ci avait laissés en usufruit à son amie et qui devaient à sa mort être donnés à la ville d'Asti. La comtesse d'Albany eut le tort de méconnaître les vœux d'Alfieri; le peintre Fabre devint le propriétaire d'un trésor qvi'il légua à son tour à sa. ville natale, Montpellier, où on le conserve pieusement,
Victor Alfieri n'a pas eu de son vivant la réputation à laquelle il avait droit. Ses longs séjours à l'étranger, le faii que ses tragédies n'étaient point représentées, ou fcrt peu, l'isolement dans lequel U semblait se complaire, tout cela fit que ses contemporains ne le connurent guère, et sa mort ne fut point un événement. Mais quand son Misogallo dont on ne connaissait que des fragments, et où il prophétisait la résurrection de l'Italie, fut un peu plus répandu, lorsque, sous l'influence de cette Révolution française qu'Alfieri avait mauiite, les Italiens prirent conscience de leurs aspirations nationales, il devint peu à peu populaire. Ses tragédies furent l'école de la nouvelle Italie ; et lui-même prit la figure d'un père du Risorgimento. Pendant tout un siècle la critiqua italienne l'ieva au niveau des grands poètes du passé. Il représentait l'effort, la volonté de l'âme nationale. On fit de lui ua professeur d'énergie. On voulut que son théâtre eût été une création non seulement originale, mais quasi miraculeuse, sans aucun lien qui la rattachât à H tragédie italienne des siècles antérieurs, moins encore à la tragédie française.
On est revenu de ces exagérations. On sait aui'ourd'hni qu'un auteur, si grand qu'il soit, ne doit pas tout à luimême, qu'un homme énergique et capable de l'effort qu'a fourni Alfieri, n'est pas cependant à l'abri de l'humaine faiblesse, que la comtesse d'Albany ne fut pas une Béatrice, comme on l'avait dit, et, pour tout dire, que pour comprendre et juger Alfieri il faut le faire en histori:;n et non en patriote. C'est ce qu'a parfaitement vu M. Emilio Bertana. Toutefois il a peut-être réagi avec quelque violence. Son ouvrage est par là même un peu négatif. Il ne suffit pas - ~ 15 —
de dire ce qa'Alfieri n'est pas, et ce qu'on a eu trop longtemps le tort de croire qu'il était ; il faut aussi mettre en lumière ce qui vraiment permet de lui faire encore aujourd'hui une place honorable dans la littérature de son pays. n doit beaucoup à nos tragiques; il a adopté et même un peu forcé la poétique de la tragédie du xviii* siècle français ; l'âme de ces drames est la même que celle des drames de Voltaire ; mais après cela il est bien lui-même. Rien de ce qui subsiste dans la tragédie française du xviii" siècle du style précieux de l'âge précédent n'a trouvé place sons sa plume. Il est plus direct, plus agissant. La fluidité, la mollesse du vers voltairien sont aux antipodes de sa manière. Il est souvent déclamatoire, mais point endormeur. Ses personnages n'ont ni la complexité ni la grandeur de ceux de Racine ou de Corneille, mais ils ont un relief, une vigueur qu'on ne trouve que cbez eux. Je ne crois point, encore un coup, qu'il faille voir dans les héros d'Alfieri des prodiges de volonté, mais n'est-ce pas déjà quelque chose qu'on ait pu les considérer comme tels? Surtout il faut redire qu'Alfieri savait admirablement son métier. Nous sommes portés à sourire aujourd'hui du mélodrame bien fait, de la scène qui était à faire et qui effectivement est faite et comme il fallait qu'elle fût faite; mais songeons qu'en 1780 et dans les années suivantes, et en Italie, on n'avait pas encore des modèles de cet art, comme le xix^ siècle nous en fournit. Techniquement le théâtre d'Alfieri marque un progrès sensible, même sur celui de Voltaire, et à plus forte raison sur celui de Crébillon. Ce qui fait du tort à Alfieri, c'est qu'on ne peut s'empêcher de le comparer à Racine ou a Corneille, et dès lors il est perdu. Mais pensons à nos romantique et il reprendra ses avantages. Il est le premier architecte du drame moderne. Il croyait perfectionner la tragédie en la condensant ; la vérité est qu'il a créé le drame romantique sous sa forme la plus ramassée. Ajoutez des figurants ; mettez quelques décors; développez quelques 'irades, et vous ferez de chacune des tragédies d'Alfieri un drame tout à fait moderne. Il ne clôt pas le cycle de la tragédie; il ouvre celui du drame. Si, au lieu de s'entêter dans son idée =^ — 16 =
INTRODUCTION
de faire plus court et plus serré que les tragiques français, il eût pris Shakespeare pour modèle, Shakespeare qu'il goûtait fort d'ailleurs, mais à l'endroit duquel il avait hérité du préjugé voltairien, il n'est point douteux que dans un cadre plus vaste et oii il eût pu utiliser tontes les ressources de son esprit, il eût laissé des oeuvres supérieures à celles qu'il a écrites. Et n'est-ce pas déjà beaucoup que certaines scènes de son Agamemnon et son Saiil presque tout entier évoquent le souvenir de Macbeth et du Roi Learl
Paul Sirven.