‹ Victor AlfieriChapitre 14 sur 52 · APPIUS, ICILIUS, VIRGINIE, NUMITORIA, PEUPLE, LICTEURS · texte numérisé non relu

APPIUS, ICILIUS, VIRGINIE, NUMITORIA, PEUPLE, LICTEURS

Appius. — Quelles clameurs! Est-ce ainsi qu'on se

présente devant le respectable tribunal des Décem-

virs?

Le Peuple. — Rome te demande justice,

Appius, — Et moi, je demande aux Romains du

respect et de la tenue. Pour veiller au salut du peuple

non moins que pour mettre un frein à sa licence, la

Justice siège à côté de moi, et je suppose que ces haches inexorables que vous voyez autour de ma personne vous le disent assez haut. Eh! quoi? porteriez- vous atteinte à ce pouvoir souverain que vous m'avez donné? Et n'émane-t-elle pas de vous cette majesté du peuple romain que vous avez mise tout entière sur ma tête ? Je vous prie donc de me respecter ; vous vous respecterez ainsi vous-mêmes.

NuMiTORiA. — Appius, tu vois une malheureuse mère à qui un homme impie veut enlever sa fille unique, la fille que j'ai mise au monde, que j'ai allaitée, qui a grandi auprès de moi, mon amour et celui de son père. On ose la salir du nom d'esclave ; on essaie de la ravir, de l'arracher de mon sein. Ce nouvel attentat fait trembler les Romains et les remplit d'horreur. Et moi, une fureur me tient... Voici ma fille : regarde-la ; elle est mon unique espérance : elle est bien belle, mais elle a plus de vertu encore que de beauté. Rome tout entière connaît notre façon de vivre et nos mœurs ; il n'y a rien chez nous qui sente l'esclavage. Un doute affreux m'accable ; je te prie de le dissiper, et je t'en prie au nom de tous les citoyens ; réponds, Appius : nos enfants sont-ils nos enfants ?

Appius. — J'excuse les propos d'une mère. Je vais te répondre, et en même temps répondre à tous les Romains. Là où il y a des lois, nul ne doit avoir peur, qui n'a point enfreint les lois. C'est en vain qu'on veut te ravir ta fille, si ta fille est bien ta fille. Je ne favorise secrètement aucun parti. Personne jusqu'à présent n'est venu dire au tribunal que cette fille était une esclave, mais vous, qui êtes- vous? Et qui est le père, vrai ou ieint^ de la demoiselle?

NuMiTORiA. — L'ignores-tu, Appius? Regarde-la

bien : elle a nom Virginie, et ce nom elle le tient de son

„ VIRGINIE

part, que tu connais bien, que Rome connaît, et les «anemis de Rome plus encore. Nous somme plébéiens et aous en sommes fiers ; ma fille est née libre; elle mourra libre. Icilius l'a choisie pour fiancée; n'est-ce pas là une preuve qu'il n'y a rien à reprocher à sa naissance ?

Icilius. — Sache aussi, Appius, qu'Icilius l'aime plus que sa propre vie et autant que la liberté.

Appius. — Pour l'instant je ne veux savoir qu'une chose. Est-elle, ou non, de naissance libre ? Qu'elle soit ta fiancée et que tu l'aimes, cela ne change rien au sort qui l'attend ; tes regards mauvais, tes paroles pleines d'orgueil et de fiel ne peuvent rien sur moi. Icilius et Rome entendront bientôt mon arrêt. On saura qui elle est.

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