‹ Victor AlfieriChapitre 31 sur 52 · SCÈNE III MICOL, DAVID · texte numérisé non relu

SCÈNE III MICOL, DAVID

MicoL. — Ah î mon époux, tu ne sais pas... A peine mon père se levait-il de table, Abner se glissa vers lui

— == SAUL

et lui parla un moment ; je m'avance ; il sort ; mais déjà le roi n'était plus le même.

David. — Mais quoi? Que dit-il? En quoi te semblat-il... ?

MicoL. — L'instant d'avant il était tout à nous ; il pleurait avec nous : il nous embrassait tour à tour, il se promettait une famille de jeunes héros qu'il nous devrait et qui seraient son soutien ; à l'entendre il était plus qu'un père ; maintenant il est plus qu'un roi. David. — Ah ! ne nous lamentons pas trop tôt. Saiil est le roi ; il disposera de nous à sa volonté ; mais l'important est de ne point perdre la bataille d'aujourd'hui ; que demain U recommence s'il lui plaît à se montrer cruel à mon égard, je retournerai à ma vie misérable, la vie d'angoises et de fuite de l'exilé. Mon vrai, mon seul tourment sera de me séparer de toi. Et pourtant je le devrai... Vaines espérances! et pour toi, union déplorable ! Un autre époux t'eût donné la place et l'état de reine ; et moi, je te les enlève ! Malheureux que je suis ! Tu ne peux donner à ton mari vagabond et toujours fugitif des enfants nombreux et prospères...

MicoL. — Ah ! nous ne serons plus séparés. Personne n'osera t'arracher de mes bras. Je ne veux plus de cette vie atroce que je menai loin de toi : que plutôt je descende dans la tombe ! Dans ce palais de la douleur je passais de longues journées dans la solitude et dans l'ombre ; je croyais entrevoir d'horribles fantômes. Tantôt j'entrevoyais suspendu au-dessus de ta tête le poignard de mon père, et je t'entendais gémir, et tu versais des larmes à faire naître dans tous les coeurs la plus violente colère contre ton meurtrier ; mais le barbare Saûl t'enfonçait le fer dans le cœur ; tantôt je te voyais cherchant dans les anfractuosités de quelque caverne à te faire un lit sur des cailloux, et au moindre bruit ton cœur battait = 133

d'effroi, et tu cherchais refuge dans une autre caverne, puis dans une troisième, et nulle part tu ne trouvais repos ou amis : tu étais malade, plein d'angoisse, épuisé de fatigue, dévoré de soif... Oh ciel ! puis-je redire mes tourments, mes doutes, les agitations de mon cœur? Je ne t'abandonne plus, jamais, jamais...

David. — Tu m'arraches le cœur; tais-toi : ce jour est dévoué au sang, non aux larmes.

MicoL. — Pourvu qu'aucun obstacle ije s'oppose au combat ! Ce n'est pas la bataille que je crains pour toi : tu as Dieu pour bouclier ; mais j'ai peur que le perfide Abner n'empêche ou ne gâte ta victoire.

David. — Qu'est-ce à dire ? Saiil te paraît-il hésiter ? ne veut-il plus me confier. . . ?

MicoL. — Je n'ai rien entendu de tel, mais il fronçait le sourcil et murmurait en lui-même je ne sais quoi ; il parlait de prêires qui trahissent, de gens inconnus qui sont au camp, de [fausse bravoure. Ses propos étaient entrecoupés, ofcscurs, douloureux et terribles pour celle qui est la femme de David et la fille de Saûl.

David. — Le voici ; écoutons-le.

MicoL, — Dieu juste, sois l'appui de ton serviteur ; confonds l'impie, éclaire mon père, sauve mon époux, défends ton peuple.

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