SCÈNE I PHILIPPE, GOMEZ
Philippe. — Quelle est la chose du monde, Gomez, qui pour toi a le plus de prix ?
-:- -^ PHILIPPE
GoMEz. — Ta faveur.
Philippe. — Par quels moyens crois-tu la conserver?
GoMEz. — Par ceux qui m'ont permis de l'obtenir : l'obéissance et le silence.
Philippe. — Il te faudra donc aujourd'hui obéir et te taire.
Gomez. — J'en ai l'habitude ; tu sais que je...
Philippe. — Je sais que tu fus jusqu'à présent le plus fidèle parmi les plus fidèles ; mais comme je roule aujourd'hui de grands desseins dans ma pensée et que je devrai peut-être te confier une mission importante et nouvelle, il m'a paru bon de te rappeler brièvement ton devoir,
Gomez. — Le grand Philippe pourra donc aujourd'hui me connaître mieux encore.
Philippje. — Je vais t'imposer une tâche que tu peux accomplir sans peine, mais dont toi seul et nul autre ne serait capable, La reine sera ici dans un moment : je m'entretiendrai longuement avec elle ; tu entendras ce que nous dirons. Observe les moindres mouvements de son visage et retisns-les. Fixe sur elle ton regard pénétrant d'inquisiteur, celui-là même qui te permet de lire dans les replis les plus secrets du cœur de ton roi, d'y démêler ses désirs les plus cachés et de les satisfaire sans rien dire,