BUT ET MÉTHODE DE L'OUVRAGE
Ce qui suit est une étude de la vie et de l’œuvre de Victor Cherbuliez. Elle a pour objet de faire la part de ce qu’il a pu y avoir dans cette œuvre de véritablement créateur et de franchement original et de le séparer de ce qui sera simplement souvenirs, réminiscences et imitations.
Après nous être efforcé de montrer l'influence exercée et avoir constaté le succès de cette œuvre, nous concluerons en essayant de déterminer la place que son auteur doit occuper dans notre littérature.
Nous avons fait choix de ce sujet parce que nous avons pensé que Cherbuliez mériterait d’être mieux connu :
pour avoir contribué à maintenir la tradition idéaliste en France, surtout à une époque où des influences contraires prévalaient,
pour avoir aidé au développement romanesque moderne,
pour avoir participé activement à la création du genre littéraire, dit cosmopolite,
parce que son œuvre s'étendant sur une période d’une trentaine d'années dénota un talent littéraire bien évident (à en juger par ses succès en librairie) et un courant d'idées maintenus en marge des écoles romantique, réaliste et naturaliste; et qu’on pourrait définir une tendance d’éclectisme intellectuel dans certaines classes de la société,
parce que l'esprit de Cherbuliez est original et que, avec bien d’autres, nous avons cru que ses nombreux aphorismes exprimés avec une pureté toute lapidaire pourraient constituer un recueil de pensées dignes de figurer sur la liste de celles de nos moralistes de deuxième plan,
parce que l’œuvre de cet auteur offrait un mélange de réalité scientifique et d'imagination plus en harmonie avec les aspirations de l'esprit de notre race, que celles offertes par les Écoles précitées, et qu’en manière de corollaire nous pourrions peut-être prouver (grâce à l’étude d'œuvres analogues parues à diverses périodes) la continuité du genre qui répondrait ainsi à un besoin national.
Nous avons estimé de même que les théories de Cherbuliez, esthéticien de la seconde moitié du xix° siècle, outre qu’elles représentent une conception du beau sur laquelle tout n’a pas été dit, étaient encore, à l'heure actuelle, susceptibles de donner d’utiles enseignements.
Il nous a paru également intéressant d'étudier le cas d’un philosophe qui, de propos délibéré, avait choisi le roman comme moyen d'expression et de propagation de ses thèses a démontrer, présentait un parallèle avec celui des auteurs tel que Paul Bourget et Anatole France par exemple, et qu’on pourrait sans doute en tirer quelques conclusions valables.
L'œuvre volumineuse de Valbert, non de plume de Cherbuliez, en tant que publiciste à la Revue des Deux Mondes devait encore à notre avis être soulignée comme possédant une valeur documentaire appréciable, surtout dans les domaines littéraires, sociaux et politiques, notamment dans celui de la politique étrangère, partie dans laquelle ses contemporains se plaisaient à reconnaître son autorité et à constater son influence sur l'opinion.
Finalement nous avons été tenté par un problème assez curieux, c'est le cas d’un jeune intellectuel sollicité par deux cultures diférentes et presque opposables, la germanique et la classique, et se rendant à celle-ci.
LS